Mikado
Baya Kasmi (2025)
"Mikado" est tellement bourré de qualités par rapport au tout-venant de la production cinématographique française qu'on lui pardonne aisément ses imperfections. Baya KASMI que j'ai découvert je pense comme la plupart en tant que scénariste sur "Le Nom des gens" (2010) réalisé par Michel LECLERC réussit une comédie dramatique adoptant un angle original et pertinent. Cet angle, c'est celui de l'enfance maltraitée si souvent négligée au cinéma. C'était déjà un thème sous-jacent dans "Le Nom des gens" (2010) qui expliquait les comportements des deux protagonistes principaux par les traumas de leur enfance. "Mikado" en fait son sujet principal en confrontant un adulte abîmé par son passé d'enfant placé à sa fille pré-adolescente à qui il a imposé une vie en marge de la société qu'elle ne supporte plus. Entre les deux, une médiatrice, la mère qui partage avec Mikado un passé difficile (quiconque a vu "Le Nom des gens" (2010) comprendra la signification du piano) et un mode de vie précaire mais qui s'avère bien moins asociale, plus réaliste, plus sensible aussi au sort de leurs enfants.
Autre qualité majeure du film, des acteurs excellemment dirigés. Je n'aime guère Felix MOATI mais force est de constater qu'il est convaincant dans le rôle-titre. Vimala PONS a enfin un rôle consistant à se mettre sous la dent tandis que Patience MUNCHENBACH est très émouvante dans le rôle de l'adolescente mal dans sa peau qui découvre à quel point elle est inadaptée à la vie sociale en ayant été coupée des autres jeunes de son âge. Mais l'acteur qui touche le plus est Ramzy BEDIA dans le rôle d'un veuf mélancolique, lui aussi aux prises avec une fille adolescente (Saul BENCHETRIT) qui abrite transitoirement la famille de Mikado dont le van est tombé en panne dans le jardin de son mas provençal. D'ailleurs la rencontre entre les deux familles est montrée de façon très juste comme un accident de la vie et s'accomplit non sans réticences tant le mode de vie sédentaire et quelque peu lugubre de Vincent contraste avec celui, nomade et désordonné de Mikado et Laetitia qui vivent et se comportent comme deux adolescents attardés. Cette question de la place dans la famille est centrale dans le film. Tant que Mikado et Laetitia refusent de la céder, ils empêchent leurs enfants de grandir et même d'exister. Nuage* dit à un moment donné qu'elle n'est jamais née. Cela va au-delà d'une question d'Etat civil, c'est un mode de non-existence où il faut se cacher en permanence des yeux du reste de la société. La fin du film, en miroir de celle du début montre que chacun occupe désormais la bonne place: l'enfant qui s'efface c'est désormais Mikado pour laisser Nuage enfin voler de ses propres ailes.
* Les prénoms des enfants, Nuage et Zéphyr font penser à ceux de la famille Phoenix car le film de Baya KASMI a d'évidents points communs avec celui de Sidney LUMET, "A bout de course" (1988). Mais il m'a fait penser aussi à "L'Enfant" (2005) des frères Dardenne tout en étant plus léger, plus féministe et plus proche du ressenti adolescent.
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