Little Girl Blue
Mona Achache (2023)
L'idée de départ du film était prometteuse: en finir avec la reproduction d'un traumatisme familial se transmettant de génération en génération au moyen d'une enquête approfondie se basant sur les archives pléthoriques laissées par la mère et la grand-mère de la réalisatrice, Mona ACHACHE: livres, carnets, photographies, enregistrements d'émissions de radio et de télévision etc. Mais aussi en faisant incarner Carole Achache, la mère de Mona par une actrice professionnelle, Marion COTILLARD. Disons-le tout de suite, sa prestation est incroyable et devrait être montrée à tous les détracteurs de cette actrice tant elle est aux antipodes des rôles dans lesquels on est habitué à la voir. Marion COTILLARD est une formidable actrice de composition, ce qu'elle avait brillamment démontré dans "La Mome" (2007) qui lui avait ouvert les portes de Hollywood mais depuis, ce talent avait été sous-exploité. Hélas, la réalisatrice n'a pas réussi à tricoter les matériaux hétéroclites qu'elle avait à disposition en un ensemble qui puisse tenir la route. Le film est extrêmement brouillon si bien que rapidement, on ne sait plus ce qui appartient à Monique (la grand-mère), à Carole (la mère) et à Mona (la fille). C'est sans doute voulu pour montrer la malédiction de la répétition du même schéma familial mais cela finit par nous faire décrocher. Plus embêtant, la sophistication du procédé retenu et la saturation du cadre par les archives, notamment les milliers de photos représentant Carole créé un effet de distanciation et de saturation narcissique qui tue dans l'oeuf toute émotion. Il y a quelque chose de poseur dans ce film, de complaisant. On se lasse de voir le même visage, le même corps (souvent dénudé), la même voix dupliquée des centaines de fois nous racontant ses expériences de jeune bourgeoise cherchant à s'encanailler. Ca se regarde et s'écoute beaucoup trop parler et à force d'ambivalences, cela jette un doute sur la volonté même de vouloir vraiment en finir avec la culture du viol. Jean Genet est par exemple décrit comme une ordure mais aussi comme quelqu'un de bien qui a quand même "formé" Carole. Ne pas avoir su ou pu en finir avec ce discours du "en même temps" laisse planer un grand doute sur l'effet de réparation recherché par la fille envers elle-même et envers sa mère, à l'inverse d'une Christine ANGOT et de sa fille Eléonore qui ne montrent aucune espèce de fascination pour le milieu qui a causé leurs maux.
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