Transit
Christian Petzold (2018)
J'ai beaucoup aimé les films que j'ai vu de Christian PETZOLD jusqu'à présent mais force est de constater que celui-ci est un beau ratage. D'ailleurs et c'est éloquent, Arte le diffuse mais ne le met pas en tête de gondole, contrairement à l'excellent "Barbara" (2012). Christian PETZOLD a fait un pari audacieux: transposer de nos jours le roman de Anna Seghers publié en 1944 et décrivant la situation de tous ceux qui fuyaient le nazisme et s'étaient réfugiés à Marseille en attente d'un hypothétique embarquement avant que les nazis n'envahissent la zone libre. Christian PETZOLD s'est sans doute dit que la problématique était intemporelle et que le lieu de l'histoire pourrait faire penser aujourd'hui à la situation des migrants clandestins. Sauf que les persécutés actuels ne sont pas européens, ne parlent pas l'allemand, pour la plupart ne font pas la queue au consulat en attente d'une autorisation d'embarquer, ne parlent pas d'"occupation", de "fascistes", de "camps de concentration", de "rafles". Bref il aurait fallu un minimum adapter le vocabulaire et les origines au contexte d'aujourd'hui. Ou alors assumer de faire de la science-fiction à la manière de Alfonso CUARON dans son remarquable "Les Fils de l'homme" (2006). Car en ne choisissant pas clairement le cadre de son histoire, il accouche d'un film abstrait, un film conceptuel, dénué de contexte historique et donc de tout aspect tangible. Si le début fait illusion avec des scènes de traque, de planque et de fuite en train, la suite à Marseille n'est qu'une longue attente dénuée d'enjeux. Les personnages sont tout aussi désincarnés que le récit et les tentatives de Christian PETZOLD d'ancrer l'histoire dans le réel ne font que le brouiller un peu plus. Ce qui ressort finalement, c'est l'aspect factice de cette construction avec une multiplicité d'incohérences. Par exemple le fait que le personnage joué par Paula BEER qui a obtenu un visa d'embarquement descend du bateau pour rechercher son mari alors même qu'elle a un amant et bientôt un deuxième. Tout cela alors que l'invasion de Marseille par les "fascistes" est annoncée comme imminente et est censé être fatale aux réfugiés. Mais pas la moindre trace de stress, ni d'une quelconque émotion d'ailleurs dans ce personnage qui prend tout son temps pour batifoler à l'hôtel. Il en va de même des autres et d'ailleurs, l'échec de l'entreprise se mesure au fait qu'à une ou deux reprises, Christian PETZOLD doit montrer une arrestation dans les cris et les larmes et un suicide pour qu'on se rappelle qu'on est censé suivre des gens traqués et en danger de mort.
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