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Love streams

Publié le par Rosalie210

John Cassavetes (1984)

Love streams

Torrents d'amour. On ne peut rêver meilleur titre pour ce qui s'avère être le chant du cygne, l'oeuvre somme, le testament de John Cassavetes. "J'ai une démarche obsessionnelle, une seule chose m'intéresse, c'est l'amour. Et le manque d'amour. Et quand il s'éteint. Et la douleur que l'on éprouve quand on perd, ou qu'on nous enlève cette chose dont on a tant besoin." Parce qu'il se savait condamné et que sa mère venait de mourir, il a réalisé une oeuvre incandescente. Une oeuvre brûlante de passion dans laquelle il a jeté ses dernières forces car il savait qu'elle l'immortaliserait, lui et sa muse Gena Rowlands dont le lien fusionnel, par delà le sexe, l'amour et la mort éclate dans toute sa splendeur.

De la pièce de théâtre originelle de Ted Allan, il ne reste plus grand-chose à l'arrivée. Cassavetes fidèle à sa méthode du work in progress a modifié le film au fur et à mesure du tournage, réinventant même complètement la fin. Love Streams est l'histoire de Robert et Sarah, un frère et une soeur en pleine crise existentielle. Deux misfits, deux paumés magnifiques, deux égarés qui se complètent admirablement. L'un solaire et l'autre ténébreux, l'un ying et l'autre yang, l'un positif et l'autre négatif, l'un qui aime trop et l'autre pas assez. Sarah dans le prolongement de Mabel (Une femme sous influence) est une "folle hystérique". Une femme dont l'amour débordant étouffe ceux qui l'entourent. Sa fille se réfugie chez son père Jack (Seymour Cassel) qui tient Sarah glacialement à distance tout comme Robert. Pour briser cette glace Sarah est prête à toutes les excentricités: débarquer sans prévenir chez son frère avec ses 14 malles et ses 12 valises, lui acheter une ménagerie afin de lui réchauffer le coeur (un délicieux moment burlesque qui se teinte de surréalisme quand l'âme du chien s'humanise), rêver qu'elle fait le pitre pour reconquérir sa fille et son mari ou leur chanter son amour sur une scène d'opéra. Et quand c'est trop, elle s'effondre, terrassée. Robert lui est un écrivain noctambule cynique et désabusé qui fuit l'amour dans la débauche. Il entretient à domicile une armée de nymphettes qui lui tiennent compagnie et s'abîme dans l'alcool. Logique que son obsession de capturer le mystère féminin lui échappe. La confrontation avec son fils de 8 ans qu'il n'a pas revu depuis sa naissance révèle l'étendue de ses failles. Avec lui, il se montre égoïste et irresponsable n'hésitant pas à l'abandonner dans une chambre d'hôtel à Las Vegas pour partir en virée avec des filles ou à lui proposer de la bière au petit déjeuner, le laissant se saouler sans réagir. On devrait détester Robert, on devrait mépriser Sarah. Mais avec Cassavetes c'est impossible tant il déchire les masques pour montrer les nerfs à vifs, les coeurs écorchés, les tripes à l'air. Car c'est bien cela l'amour sous sa forme la plus brute et la plus inconditionnelle.

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