La révolution française: les années terribles
Robert Enrico (1989)
La deuxième partie de la grande fresque du bicentenaire, beaucoup plus sombre que la première bénéficie d'un changement de réalisateur appréciable. Richard T Heffron est plus inspiré que Robert Enrico dans sa mise en scène, plus affranchie, plus lyrique, plus fluide, plus subtile, plus nerveuse. Il bénéficie également d'un matériau plus riche, digne d'une tragédie de Shakespeare. La guillotine, de plus en plus ensanglantée au fil du temps devient le centre de gravité d'une longue marche funèbre où les maîtres/bourreaux d'un jour deviennent les victimes du lendemain, où les anciens frères d'armes se trahissent et s'entre tuent dans leur lutte fratricide pour le pouvoir. D'autre part la surenchère de Marat qui réclame "10 mille têtes" à la fin du premier film et "100 mille têtes" au début du deuxième montre que l'on est passé à l'ère du crime de masse.
Le film n'est pas objectif pour autant. La famille royale est victimisée à l'excès ce qui n'empêche pas Jean-François Balmer de briller une nouvelle fois en Louis XVI notamment dans la scène émouvante où il écoute accablé les membres de l'assemblée voter un par un son arrêt de mort. De même Danton (formidable Klaus Maria Brandauer ultra charismatique) et Desmoulins (François Cluzet très convaincant) sont présentés sous un jour si favorable que l'on en oublierait presque qu'ils ne sont pas des agneaux innocents conduits à l'abattoir mais des politiques qui paient "cash" leur engagement en eaux troubles. La folie de Robespierre est en revanche soulignée et même si le film ne montre pas toute l'étendue de ses crimes, le film analyse avec justesse la psychologie d'un dictateur génocidaire obsédé par la vertu et la pureté qui détruit tout autour de lui tout en se détruisant. Comme Hitler, on est en effet frappé par la dégradation physique du personnage au fur et à mesure qu'il s'approche de sa mort. Andrzej Seweryn est immense dans le rôle.

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