L'étrange aventure de Mabel (Mabel's Strange Predicament)
Mabel Normand (1914)
L'étrange aventure de Mabel tourné et sorti entre janvier et février 1914 marque la deuxième apparition de Charlot à l'écran. C'est pour ce film que Chaplin inventa le costume du vagabond. Un costume tout en contrastes: gilet étriqué et pantalon trop large, grandes chaussures et petit chapeau melon, cravate et col sale pour signifier qu'il s'agit d'un clochard qui se donne des airs de gentleman. Là-dessus se rajoute la petite moustache dont l'utilité est de le vieillir (il avait seulement 25 ans). Il teste son personnage pour la première fois en public lors d'une course de mini-voitures qui donnera Charlot content de lui sorti deux jours avant l'étrange aventure de Mabel.
Cependant même si le personnage est né, il n'a pas acquis sa physionomie ni sa personnalité définitive. Dans ses premiers films, il se comporte de façon grossière, antipathique et son visage déjà marqué pour un homme aussi jeune (d'autant qu'il a accentué ses rides d'expression avec du maquillage pour faire plus vieux) est animé par des sourires mauvais du genre canaille. On sent bien que Chaplin sort du caniveau et a pas mal d'heures de vol derrière lui. Par la suite, Chaplin atténuera à l'inverse la dureté de son visage sous une épaisse couche de maquillage qui donnera à Charlot cette aura d'innocence qui ne le quittera plus. En quelque sorte il se refera une virginité à travers son personnage (un trait commun avec d'autres stars du burlesque).
Au départ, Chaplin (rajouté au casting à la dernière minute sur une intuition de Sennett) ne devait faire qu'une courte apparition mais il était déjà si bon avec son jeu précis et ses talents d'acrobate que son rôle fut étendu, notamment la première scène qui dure 1 minute (durée inhabituelle chez Keystone où tout doit aller très vite.) Il faut dire qu'il est déjà très drôle, complètement ivre et draguant tous les jupons qui passent à sa portée, se prenant au final râteau sur râteau (en fait de râteau, c'est sa canne qu'il finit par se prendre dans la figure!) C'est sa prestation survitaminée et irrésistible qui sauve le film de l'oubli. Celui-ci est en effet un vaudeville des plus convenus avec pseudo-maîtresse sous le lit et dispute entre époux et si le pyjama de Mabel pouvait choquer en 1914, il est plus que daté aujourd'hui.

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