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Articles avec #zemeckis (robert) tag

A la poursuite du diamant vert (Romancing the stone)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (1984)

A la poursuite du diamant vert (Romancing the stone)

"L Homme de Rio" (1963) de Philippe de BROCA a fécondé au moins deux beaux bébés. Steven SPIELBERG s'en est inspiré pour "Les Aventuriers de l arche perdue" (1980) et a ensuite rendu hommage à la source originelle du film d'action et d'aventures de Philippe de Broca en réalisant "Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne" (2010). Robert ZEMECKIS, poulain de Spielberg qui avait réalisé "1941" (1979) à partir d'un scénario écrit par Zemeckis et Bob GALE et produit ses deux premiers films n'avait cependant pas encore connu de succès commercial retentissant. Afin de convaincre les studios de lui donner le feu vert pour tourner "Retour vers le futur" (1985) dont il avait écrit le scénario, toujours avec Bob Gale, il s'est donc lancé dans sa propre version de "L'Homme de Rio", "A la poursuite du diamant vert" que Michael DOUGLAS lui avait proposé de réaliser. On l'a un peu oublié aujourd'hui mais Michael Douglas était à cette époque davantage connu comme producteur que comme acteur (il avait notamment été l'artisan du succès de "Vol au-dessus d un nid de coucou") (1975). Le rôle de jack D. Colton a définitivement lancé sa carrière d'acteur.

Dans le genre, "A la poursuite du diamant vert" est une réussite qui se démarque de ses illustres "parrains" en ajoutant à la BD d'aventures trépidantes dans la jungle (par ailleurs parfaitement menée) une touche de screwball comédie à caractère féministe. Le film doit beaucoup en effet à l'alchimie du duo formé par Michael DOUGLAS et Kathleen TURNER et à la dynamique de leur relation. Alors qu'au départ Jack D. Colton est présenté comme un baroudeur expérimenté face à Joan la romancière inadaptée avec sa valise et ses talons, le rapport de forces s'inverse très vite. Colton fait systématiquement les mauvais choix face aux situations auxquelles ils sont confrontés alors que Joan s'ouvre facilement toutes les portes ce qui conduit Colton à se plonger dans des romans qu'il aurait auparavant méprisés. A ce couple détonant il faut ajouter la plue-value comique de Danny DeVITO et voilà comment Robert Zemeckis obtint le ticket gagnant pour sa célèbre saga rétro-futuriste tout en nous livrant un film réjouissant qui traverse le temps avec une suprême élégance!

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Seul au monde (Cast Away)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (2001)

Seul au monde (Cast Away)

L'un des thèmes transversaux de la filmographie de Robert ZEMECKIS est la relation que l'homme entretient avec le temps depuis son court-métrage de fin d'études "The lift" (1971) jusqu'à ce prenant "Seul au monde", film "performance" où pendant 1h30 (sur les 2h17 que dure le film) le spectateur est invité à s'immerger avec le héros dans une expérience de temps suspendu sur une île déserte. Grâce à la grande humanité que dégage Tom HANKS (et à son engagement physique qui rend terriblement crédible l'épreuve qu'il traverse) l'épreuve de la lenteur sur la durée et du dépouillement n'a rien d'aride.

"Seul au monde" est construit avec la rigueur scénaristique qui caractérise Robert ZEMECKIS comme un triptyque: avant/pendant/après. Avant, le héros, le bien nommé Chuck Noland ("sans terre") est un obsédé de la productivité. Il court littéralement après le temps qu'il ne cesse de mesurer avec les outils derniers cris de la technologie. Bref Chuck est le Winslow Taylor* du début du XXI°. A force de chercher à gagner du temps, il n'en a plus pour sa vie personnelle ce que lui fait discrètement remarquer sa fiancée Kelly (Helen HUNT) en lui offrant une montre à gousset de collection héritée de ses ancêtres avec sa photo le soir de noël. Un moment familial symbolique que le monde du travail ne respecte même plus avec les nouvelles technologies ce qui anticipe les ravages des mails professionnels bombardés sur les têtes des employés à toute heure du jour et de la nuit, pulvérisant la notion de vie privée et empêchant la déconnexion. Mais Chuck est victime d'un accident d'avion (une scène spectaculaire filmée d'une façon particulièrement immersive, les moyens de transport étant toujours source d'imprévus voire de catastrophes) et se retrouve coupé du monde et coupé du temps "mesurable" puisque son naufrage aérien a détruit les mécanismes des objets qui se trouvent dans ses poches. Plus que les étapes obligées de la robinsonnade, c'est la manière dont il réinvente l'usage des objets issus du naufrage qui fascine. Ultimes vestiges de la société de consommation de laquelle il a été contraint de s'extraire, tous ces objets superflus à l'origine deviennent des outils indispensables à sa survie: lames de patin transformées en couteau, tulle de robe devenu un filet de pêche, ruban magnétique de cassette vidéo servant de corde etc. Mais à la survie matérielle s'ajoute la survie psychique avec Wilson, le ballon de volley transformé en ami imaginaire. Là, on touche à ce qu'il y a de plus intime dans le cinéma de Robert ZEMECKIS, un univers peuplé de solitaires marginaux vivant en autarcie ("cast away" le titre original du film qui signifie "naufragé" résonne comme "outcast", "banni") dans un temps et un monde parallèle peuplé d'objets animés (de "Retour vers le futur" (1985) et son savant "fou" vivant dans son garage hors du temps à "Bienvenue à Marwen" (2018) et son village reconstitué de la seconde guerre mondiale peuplé de poupées à travers lequel le héros exorcise ses traumatismes). Des hommes-enfants tellement semblables à des autistes asperger qu'après son retour à la "civilisation", Chuck sera plus que jamais "Noland", son principal repère n'étant plus le temps industriel mais une paire d'ailes d'ange (les asperger ont le sentiment d'être des extra-terrestres dans le monde qui les entoure).

* L'inventeur du taylorisme ou "travail en miettes" qui consiste à décomposer la fabrication d'un objet en taches simples dont l'exécution millimétrée se fait sous la surveillance d'un chronomètre. Son application dans les usines Ford a donné naissance au travail à la chaîne et à la robotisation des hommes, une deshumanisation dénoncée entre autre par Charles CHAPLIN et Jacques PRÉVERT. Les critiques superficielles soulignant le placement de produit effectué par la société Fedex dans le film n'ont pas pris la peine de l'analyser en profondeur.

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Le Pôle Express (The Polar Express)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (2004)

Le Pôle Express (The Polar Express)


"Le Pôle Express" est le premier des trois films que Robert ZEMECKIS a réalisé à l'aide de la technique de la performance capture qui en était alors à ses débuts. L'aspect expérimental de son film vient appuyer sa recherche constante d'élimination des lois physiques qui compartimentent l'existence humaine. Avec le "Pôle Express", l'impossible devient possible: les obstacles se dématérialisent, permettant à la caméra de les traverser, les humains fusionnent avec leurs jouets, devenant des êtres synthétiques affranchis des contingences spatio-temporelles. C'est ainsi qu'un même acteur (Tom HANKS) après avoir pu s'incruster dans des images d'archives (dans "Forrest Gump" (1994)) peut ici incarner en même temps six personnages différents dont un vieillard et un enfant (ainsi que son père). De même le film défie les lois de la gravité avec de nombreuses séquences de montagnes russes qui donnent l'impression de voler. La plus virtuose est celle du ticket de train, à juste titre comparé à la plume de Forrest Gump (mais aussi au ticket d'or de "Charlie et la chocolaterie" ou bien à l'aventure tout aussi magique du Poudlard Express ^^). C'est cette dimension de liberté absolue qui donne au film son aura de rêve éveillé (la musique de Alan SILVESTRI y est aussi pour quelque chose) et lui permet de dépasser un discours de surface très niais sur "l'esprit de noël" et une intrigue initiatique convenue. Le "Pôle Express" en dépit de ces grosses ficelles ouvre une autre voie aux enfants sortis de l'illustration de Norman Rockwell brisant le mythe du père Noël en leur permettant de grandir sans s'amoindrir.

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Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (2018)

Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen)

"Bienvenue à Marwen" est un film clé de la filmographie de Robert ZEMECKIS, une œuvre-somme qui réunit ses principaux thèmes et figures de style: l'animation et la performance capture renvoient à "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" (1988) et à la trilogie "Le Pôle Express" (2004), "La Légende de Beowulf" (2007) et "Le Drôle de Noël de Scrooge" (2009), le monologue d'un homme solitaire avec un/des objets (des poupées à son effigie et celle de son entourage) qu'il dote d'une anima renvoie à "Seul au monde" (2001), les mutilations subies par les corps "cartoonisés" renvoient à Roger Rabbit mais aussi à "La Mort vous va si bien" (1992) l'entrée dans l'intrigue par la spectaculaire chute d'un avion renvoie à "Seul au monde" (2001) et à "Flight" (2012), la figure de l'innocent/handicapé mental/enfant dans un corps d'adulte renvoie à "Forrest Gump" (1994) enfin celle de l'artisan inadapté qui dialogue avec le monde par le truchement de ses créations/créatures renvoie à Doc Brown de la trilogie "Retour vers le futur" (1985), "Retour vers le futur II" (1989) et "Retour vers le futur III (1990). Robert ZEMECKIS rend d'ailleurs un hommage appuyé à la trilogie avec l'apparition de la maquette miniature d'une DeLorean bricolée pour voyager dans le temps (et qui laisse brièvement les mêmes traces de son passage une fois disparue) et fait également un clin d'oeil à son précédent film "Alliés" (2016).

Au-delà de ces références immédiates, évidentes, il y en a d'autres, plus subtiles et plus douloureuses qui font de ce "Bienvenue à Marwen" (2018) pourtant tiré de l'histoire vraie d'une autre personne une œuvre à forte résonance autobiographique. L'exclusion et l'annihilation de la différence par le nazisme et le capitalisme n'a jamais été aussi clairement exprimée que dans ce film. Elle l'était déjà dans les autres, mais de manière plus subliminale que ce soit l'enfermement à l'asile psychiatrique de Doc Brown dans l'Amérique néo-trumpienne ("Retour vers le futur II") (1989) ou le génocide des toons par un toon niant ses origines dans "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" (1988). L'ombre de la seconde guerre mondiale, recréée à l'échelle d'un village miniature par Mark plane sur de nombreuses créations de Robert ZEMECKIS qui ainsi peut raconter en jouant ou plutôt en rejouant l'histoire des propres traumatismes familiaux, lui dont les origines paternelles se situent dans ce qui a été l'un des épicentres de la Shoah, la Lituanie. C'est ainsi par exemple que dans "Retour vers le futur III" (1990), Doc et Clara héritent d'une partie de l'autobiographie de Wernher von Braun, célèbre ingénieur allemand que sa fascination pour Jules Verne a poussé à créer des machines volantes capables d'aller dans l'espace. Sauf que contrairement aux héros de Robert ZEMECKIS qui préfèrent la marginalité à la compromission, il a vendu son âme d'abord aux nazis (en étant à l'origine des premiers missiles V2 sans parler de son rang de SS) puis après avoir émigré aux USA dans le cadre de l'opération Paperclip, en participant au programme Apollo au sein de la Nasa. Il a d'ailleurs inspiré le "Docteur Folamour" (1963) de Stanley KUBRICK. Dans "Forrest Gump" (1994) dont les racines se situent dans le sud profond, le péché paternel originel qu'expie son fils tout au long de sa vie est celui de "Naissance d'une Nation" (1915) qui est explicitement cité (D.W. GRIFFITH devait d'ailleurs apparaître dans une première mouture du scénario de "Retour vers le futur III") (1990).

Bien entendu, cette différence a quelque chose à voir avec le féminisme. Robert ZEMECKIS a pour caractéristique de pouvoir s'exprimer aussi bien à travers un héros qu'à travers une héroïne, elle aussi différente et décalée, elle aussi la tête dans les étoiles et luttant pour pouvoir créer dans un monde qui n'est pas fait pour elle. C'est l'autrice/écrivaine/auteure de "À la poursuite du Diamant vert" (1984) et l'astrophysicienne exploratrice de "Contact" (1997) qui est l'extension de Clara dans "Retour vers le futur III" (1990). Mark est la synthèse parfaite du héros et de l'héroïne de Robert ZEMECKIS, homme lunaire et vulnérable qui se fantasme en guerrier viril entouré de bombes sexuelles ultra puissantes mais dont le talon d'Achille ^^ le renvoie en réalité à une féminité qui l'interroge sur son identité et sa place dans le monde.

Si je connais si bien l'œuvre de Robert ZEMECKIS c'est parce que j'avais un projet de livre à son sujet qui avait pour but de démontrer à quel point il s'agit d'un grand cinéaste dont l'œuvre, sous-estimée, est loin d'avoir livré tous ses secrets. Mais les critiques de son dernier film montrent que c'est en train de changer. Tant mieux. C'est d'ailleurs l'échec de ce projet qui m'a conduit à écrire sur Notre Cinéma en 2016. C'est pourquoi j'ai parsemé les sites où j'écris d'allusions à "Retour vers le futur III" (1990) de la lune à mon ancien avatar, "Lady in Violet".

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Le Drôle de Noël de Scrooge (A Christmas Carol)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (2009)

Le Drôle de Noël de Scrooge (A Christmas Carol)

"Le Drôle de Noël de Scrooge" est la troisième adaptation du célèbre conte de Charles Dickens par les studios Disney après "Le Noël de Mickey" (1983) et "Noël chez les Muppets" (1992). C'est également la troisième film d'animation en motion capture de Robert ZEMECKIS après "Le Pôle Express" (2004) et "La Légende de Beowulf" (2007). La fascination de Robert ZEMECKIS pour les nouvelles technologies notamment en ce qui concerne la combinaison entre le réel et l'animation l'ont poussé à fonder le studio d'effets spéciaux numériques IMD (Image Movers Digital) qui a été ensuite racheté par Disney de 2007 à 2010. C'est durant cette période de collaboration qu'est né un film dont l'aspect expérimental, lugubre et effrayant l'emporte sur l'aspect édifiant et merveilleux. On retrouve en effet les thèmes chers du réalisateur tels que l'hybridité, l'envol (les séquences aériennes sont proprement vertigineuses), les voyages spatio-temporels ou le dédoublement (les acteurs prêtent leurs traits à plusieurs personnages, par exemple Jim CARREY joue les trois fantômes en plus de Scrooge). Certains passages du film utilisent les effets 3D pour flirter avec le film d'épouvante notamment la séquence cauchemardesque du fantôme des noëls futurs. Robert ZEMECKIS y expérimente avec brio le passage de la 2D à la 3D quand l'ombre de la main de la grande faucheuse prend du volume ce qui la rend autrement plus tangible et effrayante.

En dépit de tous ces aspects positifs, le film n'est pas une pleine réussite. Tout d'abord parce que la morale du conte est aujourd'hui frappée d'obsolescence. "L'esprit de noël" apparaît comme un moyen de s'acheter (ou se racheter) une bonne conscience à peu de frais. La fête en elle-même ressemble surtout à un moment social convenu où il est de règle selon la morale chrétienne d'être convivial, généreux et charitable (ce qui dispense de l'être le reste de l'année?). Scrooge a beau être un odieux personnage, on perçoit aujourd'hui que ce qui est stigmatisé dans son comportement ce n'est pas seulement son inhumanité mais également sa résistance à la norme. On ne peut pas expliquer autrement par exemple l'acharnement de son neveu à vouloir l'inviter chez lui alors que sa réaction naturelle aurait été de le fuir. Cette confusion explique que la rédemption morale de Scrooge passe par sa soumission aux règles du jeu social. La manière dont a lieu cette rédemption est d'ailleurs discutable tant elle semble motivée par la crainte de la damnation bien plus que par une conversion authentique. Il faut dire que la peur de l'enfer était un bon moyen pour l'Eglise d'établir son emprise sur les âmes. Mais le recul de son influence sur les sociétés européennes fait que les ficelles idéologiques du conte apparaissent plus visibles. Ensuite la technique d'animation en motion capture produit un résultat assez froid et artificiel. Les personnages en particulier ressemblent à des pantins sans substance, ni âme. Leurs visages manquent d'expressivité, leurs mouvements de fluidité et leurs corps de densité.

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La Grosse magouille (Used Cars)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (1980)

La Grosse magouille (Used Cars)

Il y a deux façons de considérer "La Grosse magouille", le deuxième long-métrage de Robert Zemeckis, co-scénarisé par Bob Gale et produit par Spielberg.

Soit de façon indépendante et on se retrouve devant une petite comédie potache qui reste encore très agréable à voir près de 40 ans après sa réalisation. Les costumes et l'image font un peu kitsch, les gags ne volent pas toujours très haut (tout comme les techniques de vente des autos qui s'appuient sur les clichés sexistes et vulgaires en vigueur à l'époque) et l'histoire est très basique mais il n'y a pas de temps morts et l'enthousiasme qui s'en dégage fait que le film a conservé une certaine fraîcheur (par exemple le petit chien qui fait semblant d'être mort pour forcer la main d'un acheteur est trop irrésistible!). C'est d'ailleurs le cas de la plupart des films de Zemeckis, leur énergie les protège d'un vieillissement prématuré.

Soit comme un jalon dans l'œuvre de ce réalisateur ce qui en augmente d'autant l'intérêt. On y trouve nombre de thèmes et de motifs qui deviendront récurrents. Ainsi l'intrigue du film se base sur une guerre commerciale entre deux frères jumeaux (joués par le même acteur Jack Warden) dont les concessions d'automobiles d'occasion se font face de part et d'autre d'une route. Le dédoublement est une des obsessions de Zemeckis, l'exemple le plus célèbre étant sans doute "Retour vers le futur II" où Marty, Doc et Jennifer se croisent à différents âges. D'autre part Zemeckis a recours à des personnages ayant réellement existé au travers d'images d'archives qui interagissent avec la fiction. Le réalisateur inaugure sa longue collaboration avec les présidents américains par un discours de Jimmy Carter interrompu par une publicité pirate pour les voitures d'occasion vendues par "New Deal" et son employé un peu escroc Rudy Russo (joué par Kurt Russel). Zemeckis s'amuse alors à faire "réagir" Carter par un habile montage. Un peu plus tard dans le film il se livre même à une amusante mise en abyme de ses techniques de trucages de séquences filmées en faisant modifier un élément de la bande-son d'une des publicités du concessionnaire par son frère ennemi. 

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The Walk-Rêver plus haut

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (2015)

The Walk-Rêver plus haut

"Personne ne peut les saquer. On dirait deux armoires de classement." Voilà ce que les new-yorkais pensaient des tours jumelles du World Trade Center lorsqu'elles furent érigées au début des années 70. C'était l'époque où les pays de la Triade avaient besoin d'affirmer leur puissance en construisant toujours plus haut, sans se soucier d'esthétique ni d'intégration à l'environnement urbain. La tour Montparnasse à Paris est là pour nous le rappeler.

Mais contrairement à la tour Pompidou, celles du WTC ont reçu un magnifique cadeau: le baptême du magicien funambuliste Philippe Petit. Non seulement il a perçu la beauté qui se cachait derrière la laideur des bâtiments mais il a eu la générosité de faire partager sa vision au mépris de la loi et au risque de sa vie. Et Zemeckis a su en bon historien nous reconstituer cet épisode avec maestria et ainsi l'immortaliser.

"Seul un insatisfait tordu, antisocial, anarchiste et enragé entreprendrait une chose pareille." Comme tous les héros de Zemeckis, Philippe (joué par Joseph Gordon-Levitt) est un rêveur, un marginal, un solitaire, un subversif, un grand enfant qui joue aux gendarmes et aux voleurs. C'est aussi un passionné qui éprouve le besoin de se mettre en danger en se lançant des défis dangereux et illégaux. Cette forme d'art vivant et le total engagement qu'il requiert lui attirent l'admiration et le soutien d'un petit groupe de jeunes gens qui l'assistent ainsi que d'un père de substitution, le forain Papa Rudy (Ben Kingsley) qui lui enseigne tous ses secrets.

Si les séquences qui précèdent l'acte de Petit, ludiques et enlevées, relèvent du film de casse à la sauce frenchy, celle de la traversée sur le fil relève du plus pur poème visuel, entre vertige et contemplation (même sans 3D). "Tu leur a donné vie, tu leur a donné une âme, ils adorent ces tours maintenant". Zemeckis suggère de belle manière que ce sont les européens qui ont créé l'Amérique. D'ailleurs quand Petit n'est pas en train de traverser l'espace entre les tours, il est juché au sommet de la statue de la liberté, une oeuvre offerte par les français aux new-yorkais!

L'aura des tours du WTC devenues l'un des symboles de l'Amérique explique le choc planétaire de leur destruction le 11 septembre 2001 qui a fait oublier les deux autres attentats ayant eu lieu le même jour. Zemeckis ne pouvait oublier ce fait d'autant que Petit qui avait baptisé les tours a recueilli également une petite partie de leurs cendres.

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Contact

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (1997)

Contact

"Contact" est un chef d'oeuvre de la hard science-fiction. Comme "2001, l'Odyssée de l'espace" de Kubrick et "Interstellar" de Nolan, autres must du genre, il s'appuie sur des bases scientifiques solides. Il s'agit de l'adaptation du roman éponyme de l'astronome américain Carl Sagan qui a collaboré à l'élaboration du programme SETI (recherche d'émissions intelligentes avec un réseau de radio-télescopes) dont il est question dans le film.

Mais livre et film se distinguent des autres œuvres du genre par le fait de reposer entièrement sur les épaules d'une héroïne dont l'histoire personnelle se confond avec son obsession: capter un message venu du fin fond de l'espace. Brillante astrophysicienne, Ellie Arroway (Jodie Foster) est aussi une femme seule au monde. Pas seulement parce qu'elle est orpheline (elle a perdu sa mère à la naissance et son père à l'âge de 9 ans), mais aussi parce qu'elle est une femme dans un monde d'hommes et une idéaliste se débattant au sein d'un milieu corrompu par l'argent et le pouvoir. Son supérieur, Dave Drumlin (Tom Skerritt) machiste bouffi, "conseiller de deux présidents" et "membre honoraire à vie de l'académie nationale des sciences" incarne l'un et l'autre et n'a de cesse que de lui couper l'herbe sous le pied ou de s'accaparer ses découvertes. C'est lui que l'on voit dans les médias, lui qui apparaît au côté du président, lui qui est désigné pour effectuer le voyage vers Vega.

Mais Ellie a "dieu" (John Hurt, milliardaire excentrique et omniscient qui vit dans l'espace) avec elle. La confrontation entre la religion et la science est l'autre grand thème du film. Les découvertes d'Ellie suscitent l'hostilité des créationnistes qui tentent de saboter la mission. Elle-même en est écartée parce qu'elle n'a pas la foi, or selon le comité chargé de la sélection de l'astronaute chargé d'aller sur Vega, l'élu doit être croyant pour représenter 95% de l'humanité (j'ai du mal à croire qu'il n'y ait que 5% d'athées dans le monde mais bon...) Enfin son histoire d'amour compliquée et contrariée avec le fervent chrétien Palmer Joss (Matthew McCONAUGHEY) symbolise ce qui sépare foi et science mais aussi ce qui les réunit: la recherche d'un sens à l'existence.

Ellie Arroway est une héroïne profondément zemeckienne: indépendante, passionnée, intègre, perfectionniste, obstinée. Comme Doc dans la saga "Retour vers le futur", c'est une scientifique géniale mais en marge du système. Elle est le prolongement à l'ère contemporaine de Clara Clayton dans "Retour vers le futur III": le père de la hard science-fiction n'est autre que Jules Verne, figure tutélaire de Doc et de Clara.

Mais "Contact" n'est pas seulement passionnant sur le fond, il l'est aussi dans sa forme. Zemeckis multiplie des morceaux de bravoure technique qui ont fait date. L'introduction de 3 minutes, magistral travelling arrière partant de la terre jusqu'aux confins de l'univers est accompagné d'une bande-son qui suggère la remontée du temps: les années 90,80,70,60,50,40 et enfin 30 ou plus exactement 36, date de la première retransmission d'un événement (les Jeux Olympiques de Berlin) dans l'espace et qui 60 ans après a été capté sur Vega. On ne peut mieux suggérer la distorsion de l'espace-temps qui est centrale dans tout film sur les voyages spatiaux. Zemeckis nous fait également le coup des images d'archives falsifiées comme dans "Forrest Gump", la Warner a d'ailleurs reçu par la suite un avertissement de la Maison Blanche pour avoir utilisé sans autorisation des images de Bill Clinton, insérées de manière bluffante dans le film. Depuis 20 ans, les cinéphiles sont fascinés par l'incroyable trucage du plan séquence du miroir où Ellie enfant (Jena Malone) découvre son père décédé au bas des escaliers. Lorsqu'elle repart au premier étage chercher son médicament, la caméra "traverse" le miroir de la salle de bain et tout est vu en reflet inversé. Enfin lorsque Ellie découvre Vega, son ravissement est si total et si profond que Zemeckis utilise la technique du morphing pour nous montrer brièvement le visage de l'enfant qu'elle était se superposer à son visage adulte

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The lift

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (1972)

The lift

La plupart des grands cinéastes ont commencé par des courts-métrages qui nous donnent les bases de leur style et de leurs thèmes de prédilection. The Lift est un film de fin d'études, réalisé à l'université de Los Angeles (l'USC) alors que Robert Zemeckis n'avait que 19 ans. En dépit de son aspect expérimental (et donc un peu aride, noir et blanc et sans paroles) on reconnaît parfaitement la marque de fabrique de ce cinéaste:

- Un scénario écrit au cordeau et le montage incisif qui en découle (Zemeckis est avant tout un brillant scénariste).

- Le thème du temps routinier qui emprisonne dans une mécanique deshumanisante avec des gros plans répétitifs sur des réveils, des tableaux de bord et des cadrans (comme dans Retour vers le futur). L'absurdité de cette mécanique a quelque chose de kafkaïen.

- Un homme seul face à un monde d'objets (comme dans Seul au monde).

- La mécanisation du quotidien dans ses aspects les plus triviaux (les machines du petit déjeuner annoncent celles de Retour vers le futur) et des moyens de transport sous toutes leurs formes (Retour vers le futur, Pôle Express, Contact...)

- Une touche de fantastique dans le quotidien avec un ascenseur capricieux qui semble obéir à sa propre logique. La notion d'aléa, de hasard et de destin est au cœur de l'œuvre de Zemeckis ("La vie c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur lequel on va tomber" dit Forrest Gump.)

- Et pour finir encore le temps mais non plus le temps cyclique de la routine mais le temps linéaire de la vie, le temps qui passe et mène à la mort.

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Qui veut la peau de Roger Rabbit? (Who Framed Roger Rabbit?)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (1988)

Qui veut la peau de Roger Rabbit? (Who Framed Roger Rabbit?)


Contrairement à ce que l'on peut lire un peu partout (par exemple dans le Hors-Série de Télérama consacré au cinéma d'animation sorti récemment), la renaissance des studios Disney ne date pas de 1989 avec leur 36° long-métrage la Petite Sirène mais avec le 35° sorti en 1988, Qui veut la peau de Roger Rabbit? coproduit par Touchstone (filiale de Disney) mais aussi Amblin Entertainment (la société de Spielberg) et Silver Screen Partners. Il ne fallait pas moins de trois sociétés de production en effet pour supporter le coût pharaonique d'un film mêlant prises de vues réelles et animation comme dans Mary Poppins mais avec des techniques beaucoup plus sophistiquées. Grâce aux effets spéciaux sur l'ombre et la lumière les toons acquièrent un véritable relief et prennent vie. De réelles interactions sont possibles avec les humains car leur cohabitation avec eux dans les mêmes plans devient crédible, voire bluffante (Roger Rabbit dans l'imperméable de Valiant). Un pas de géant est fait dans la fusion entre animation et cinéma, entre la chair et le dessin. Et les acteurs eux-mêmes au jeu très cartoonesque (Bob Hoskins et Christopher Lloyd en tête) y vont à fond. Conséquence: le grand public a fait un triomphe au film et l'animation ainsi dépoussiérée a retrouvé une place de choix dans la production cinématographique.

Bien soutenu financièrement et techniquement par Disney et Spielberg, Zemeckis nous offre avec ce film un vrai bonheur de cinéphile. Comme dans Retour vers le futur, il mélange plusieurs genres. Qui veut la peau de Roger Rabbit? commence comme un bon vieux cartoon Looney Tunes de la Warner. Seuls les personnages (Baby Hermann et Roger Rabbit) sont inédits. Mais on retrouve bien l'esprit de ces courts-métrages complètement déjantés. Puis le film bascule dans la prise de vue réelle du tournage (film dans le film) tout en y laissant subsister ses héros de cartoon qui deviennent alors eux aussi des acteurs à part entière avec un décalage drôlatique entre leur apparence "innocente" et la réalité parsemée d'allusions sexuelles. Baby Hermann se définit d'ailleurs très bien lui-même "j'ai la libido d'un homme de cinquante ans et la quéquette d'un gamin de 3 ans." Rabbit, un "chaud lapin" est quant à lui marié à Jessica, un toon en forme de méga bombe sexuelle qui chante dans un club et qui est soupçonnée d'adultère. Mais elle non plus n'est pas ce qu'elle paraît. Un détective, Eddie Valiant est mis sur le coup: on nage alors en plein film noir des années 40-50 (le film est censé se passer en 1947) avec son privé alcoolique, sa femme fatale, son héros accusé à tort, sa mystérieuse corporation, ses allusions au temps de la Prohibition... avant de retourner régulièrement dans la comédie déjantée (la fin a un petit côté Rabbi Jacob dans l'usine de chewing-gum) avec l'apparition en guest-star de très nombreux personnages Disney et Warner qui pour figurer dans le film devaient avoir autant de présence à l'écran les uns que les autres (d'où le fait que Mickey et Bugs Bunny ou Donald et Daffy apparaissent et disparaissent ensemble). Mais aussi de la Paramount (Betty Boop, Woody Woodpecker etc.) Enfin le message antiraciste, antiségrégationniste, antifasciste et anticapitaliste libéral du film (les toons remplaçant les noirs et les ouvriers) n'est pas une surprise pour qui connaît Zemeckis.

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