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Articles avec #welles (orson) tag

La Dame de Shanghai (The Lady from Shanghai)

Publié le par Rosalie210

Orson Welles (1947)

La Dame de Shanghai (The Lady from Shanghai)

Comme son labyrinthe de miroirs, "La Dame de Shanghai" est un film déroutant dans lequel Orson WELLES s'amuse à brouiller les pistes. C'est une aventure pleine de chausse-trappes dans laquelle les éléments d'exotisme foisonnent (croisière aux caraïbes, quartier chinois de San-Francisco) et sont pourtant démentis par des gros plans sur des bestioles vénéneuses renvoyant à l'atmosphère trouble qui règne à bord du huis-clos du bateau avec ces gros plans sur des visages parfois grimaçants et en sueur. Michael O'Hara (joué par Orson WELLES) définit très bien les relations entre les personnages: ce sont celles de requins sur le point de s'entretuer. Même si l'on reconnaît les ingrédients du film noir, les motivations des personnages sont si nébuleuses que l'on s'y perd. Et c'est volontaire comme le souligne le célébrissime dénouement du film dans la salle des miroirs qui démultiplie l'image de la femme fatale aux cheveux coupés courts, de son mari infirme et du pseudo amant sauveur. A moins qu'il ne fasse éclater ces archétypes justement, de la même façon qu'il sacrifie la longue chevelure flamboyante de Rita HAYWORTH. Car au-delà de la mise en scène éblouissante et de l'atmosphère malsaine (mais vraiment très malsaine) que distille le film, celui-ci tourne en dérision les illusions tournant autour de la princesse en détresse et de son chevalier servant. La première scène fonctionne presque comme une parodie de sauvetage tant le chevalier est mou et sa princesse peu effrayée par la situation dans laquelle elle se trouve. Mais lui y croit, il est même complètement aveuglé. La suite montre comment ce chevalier se retrouve pris au piège dans un ménage à quatre particulièrement glauque puis accusé de meurtre sans parvenir à se dépêtrer de la fascination qu'exerce sur lui la belle Elsa. Laquelle passe son temps à lui demander de "l'emmener" quelque part, continuant à jouer le rôle de la pauvre fille impuissante alors que tout dans son regard et son attitude trahit qu'elle est le véritable cerveau d'une vaste mascarade dans laquelle elle se joue des hommes avant de les manger.

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Jane Eyre

Publié le par Rosalie210

Robert Stevenson (1944)

Jane Eyre

Si le Jane Eyre de Robert Stevenson est une incontestable réussite, en tout cas très supérieure aux "Hauts de Hurlevent" de William Wyler, c'est moins à son réalisateur (mineur) qu'il le doit qu'à l'impressionnante réunion de talents qui se sont penchés sur son berceau, véritable concentré de ce que les studios hollywoodiens (ici la Fox) ont pu produire de mieux durant leur âge d'or. Aldous Huxley (l'auteur du "Meilleur des mondes") au scénario, Bernard Herrmann à la musique, George Barnes, le chef opérateur de "Rebecca" de Alfred Hitchcock à la photographie et last but no least, la performance shakespearienne de Orson Welles dont l'influence sur le film dépasse d'ailleurs largement sa prestation d'acteur. C'est sa patte que l'on reconnaît sur la mise en scène avec une atmosphère ténébreuse et gothique, une entrée en scène opératique dans la brume, de nombreux éclairages expressionnistes, une utilisation de la profondeur de champ, de la plongée et de la contre-plongée et du positionnement des personnages dans le cadre traduisant les rapports de domination dans la lignée de "Citizen Kane". Joan Fontaine, parfaite dans ce genre de rôle renforce le lien que l'on peut établir entre cette adaptation du roman de Charlotte Brontë et celle du "Rebecca" de Daphné du Maurier. Le film devait d'ailleurs être produit à l'origine par David O' Selznick.

Il ne s'agit pas à proprement parler d'une adaptation fidèle puisqu'il a fallu condenser l'œuvre pour qu'elle tienne sur 90 minutes (la fin est d'ailleurs un peu précipitée et maladroite) mais l'essentiel y est, à savoir le caractère subversif de l'héroïne, reflet de celui de Charlotte Brontë. Jane est en effet une rebelle qui exprime sa colère devant les injustices qui lui sont faites, et ce dès sa plus tendre enfance. Par la suite, cette colère se transforme en une volonté farouche et indomptable. Charlotte avait titré une de ses œuvres "Tales of Angria" que l'on pourrait traduire par "Contes du royaume de la colère" ^^. Or la colère est aussi mal vue chez les femmes que les larmes le sont chez les hommes. A l'époque victorienne, c'était tout simplement une émotion qui faisait scandale lorsqu'elle s'exprimait chez une femme. Tout comme le fait de mener sa barque de façon indépendante ou de créer. Or Jane refuse catégoriquement le destin de recluse sous domination patriarcale qu'on veut lui imposer. Elle choisit une destinée d'homme, celle de partir seule en quête de sa place dans le monde, endurant des épreuves dignes d'un Bildungsroman au féminin. Et elle ose affirmer à Rochester qui est deux fois plus âgé qu'elle et d'un statut social supérieur qu'elle est son égale. D'ailleurs le fait qu'ils ne peuvent convoler que lorsque celui-ci est diminué physiquement a le même effet "anti-patriarcal".

"Jane Eyre" est aussi marquant par le fait qu'il met en scène dans le rôle de Helen Burns, l'amie de Jane à la pension Lowood  la jeune Elizabeth Taylor qui n'était alors âgé que de 11 ans mais qui crevait déjà l'écran. Peggy Ann Garner s'en tire également très bien dans le rôle de Jane enfant. Grâce notamment à leur jeu et à la mise en scène occulte de Orson Welles ^^ (qui s'intéressait beaucoup au roman de Charlotte Brontë), les séquences résumant l'enfance de l'héroïne ne sont pas qu'un simple passage obligé mais acquièrent une dimension comparable (en miniature) à celle de la "Nuit du chasseur" de Charles Laughton.

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Le Génie du mal (Compulsion)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleischer (1959)

Le Génie du mal (Compulsion)

En 1924, Leopold et Loeb, deux fils de la haute bourgeoisie de Chicago multiplient les actes de délinquance avant de commettre un meurtre gratuit au nom de leur prétendue "supériorité intellectuelle" justifiée par une lecture dévoyée de la théorie du surhomme de Nietzsche.

Ce fait divers qui a défrayé la chronique est à l'origine de la pièce "Rope's Play" de Patrick Hamilton qui a ensuite été adaptée par Alfred HITCHCOCK dans "La Corde" (1948). Mais il a également donné lieu à un roman "Crime" écrit par Meyer Levin dont est dérivé le film de Richard FLEISCHER. Celui-ci est très différent de celui de Alfred HITCHCOCK: plus scolaire, moins flamboyant, il menace même dans sa dernière partie de sombrer dans les lourdeurs du film-dossier, n'en étant sauvé que par la prestation de ce monstre de charisme qu'est Orson WELLES. Néanmoins en dépit de ce caractère appliqué, il est passionnant, surtout dans sa première partie. Il analyse en effet remarquablement les ressorts de la dérive criminelle des deux jeunes garçons. Historiquement et sociologiquement, la reconstitution des années 20 n'est qu'un vernis derrière lequel on reconnaît le contexte des années cinquante, celui de la "La Fureur de vivre" (1955) avec lequel le film de Richard FLEISCHER a des points communs. Arthur (Bradford DILLMAN) et Judd (Dean STOCKWELL) ont des relations avec leur famille marquées par l'incompréhension, l'indifférence et l'incommunicabilité. Le premier a des parents absents qui sont en représentation sociale permanente et la personnalité du second lui vaut des récriminations moralisatrices lui reprochant de ne pas entrer dans le moule du jeune homme américain viril qui fait du sport et tombe les filles. En rupture sociale et familiale, psychologiquement fragiles, les deux hommes se replient sur eux-mêmes et rejettent l'extérieur, ses lois et sa morale. L'effet miroir pathogène joue à plein même s'ils ne sont pas dans une relation d'égalité mais de domination-sujétion à caractère homosexuel sado masochiste. Artie le beau parleur est le mâle dominant et pervers du couple. Son penchant malfaisant est intimement liée à son besoin de toute-puissance. Si la pulsion criminelle émane de lui, c'est en ordonnant à Judd de l'exécuter qu'il tire le maximum de jouissance de son pouvoir. C'est aussi celui qui aime revenir sur les lieux du crime juste pour le plaisir de manipuler les enquêteurs en les lançant sur de fausses pistes. Judd, plus réservé cache derrière une apparence froide et des arguments intellectuels glaçants une nature tourmentée. Là où Arthur affiche un sourire carnassier, lui apparaît souffreteux et proche de l'évanouissement. Il a beau être sous l'emprise d'Arthur, une part de lui sabote ses plans: il ne peut écraser l'ivrogne comme il ne peut violer Ruth (Diane VARSI) comme il ne peut accepter de porter seul le chapeau du crime contre Kessler comme il ne peut s'empêcher de semer des indices qui vont les confondre. Enfin dans un film très axé sur la parole, l'argumentaire contre la peine de mort de l'avocat a d'autant plus de force qu'il établit un parallèle entre la bestialité de l'acte des garçons et celle de l'opinion publique, l'institution ne faisant qu'assouvir son goût du sang. La société ne peut progresser qu'en se montrant humaine vis à vis ce ceux qui ont commis des actes inhumains et non en rajoutant le crime au crime.

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Le Troisième homme (The Third Man)

Publié le par Rosalie210

Carol Reed (1949)

Le Troisième homme (The Third Man)

Sans Orson Welles, "Le troisième homme" se réduirait à un brillant mais un peu vain exercice de style entre film noir néo-expressionniste et formalisme russe à la Eisenstein dans les ruines viennoises de l'après-guerre. Ses entrées en scène ultra-théâtralisées donnent à ce film la dimension charnelle qui lui manque par ailleurs. Comment oublier l'expression de son visage lorsqu'il est démasqué sur le pas de la porte puis au sommet de la grande roue ou encore sa traque animale dans les égouts? On en comprend d'autant mieux le dernier plan où Anna Schmidt (Alida Valli) passe devant Holly Martins (Joseph Cotten) sans lui accorder un regard après l'avoir dans le reste du film confondu (nié même) en l'appelant avec le prénom de son ancien amant. Face au monstre d'amoralité mais aussi de présence qu'est Harry Lime (Orson Welles) Holly Martins ne fait vraiment pas le poids, lui, le petit écrivain de romans à 4 sous dont le charisme est inexistant, au point de vider la salle de son audience lorsqu'il y fait une conférence.

La moralité de l'histoire est parfaitement résumée par Harry (et c'est Orson qui en a eu l'idée): "L'Italie sous les Borgia a connu 30 ans de terreur, de meurtres, de carnage...mais ça a donné Michel-Ange, de Vinci et la Renaissance. La Suisse a connu la fraternité, 500 ans de démocratie et la paix. Et ça a donné quoi? Le coucou!" Merci Orson d'avoir donné une âme à ce film qui sinon n'aurait laissé dans les mémoires qu'une ritournelle de cithare un peu trop détachée pour être honnête.

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Le Procès

Publié le par Rosalie210

Orson Welles (1962)

Le Procès

Ce n'est pas le film d'Orson Welles que je préfère. Trop froid, trop cérébral, trop monocorde dans son inhumanité. C'est voulu bien sûr mais quitte à adapter Kafka, autant le faire avec un peu plus de fantaisie comme dans Brazil de Terry Gilliam (dont je suis une inconditionnelle).

Malgré ces réserves subjectives, le film est une réussite incontestable, tout à la fois exercice de style virtuose (décors, cadrages, lumières expressionnistes) et réflexion brillante sur la machine étatique qui écrase l'individu. On pense évidemment aux systèmes totalitaires et particulièrement au nazisme pour qui les juifs étaient simplement coupables d'exister. Certains plans se réfèrent directement à le seconde guerre mondiale (vieillards dévêtus et affublés d'un matricule, explosion "atomique" finale) Le caractère insondable de la machine bureaucratique s'allie avec l'absurdité de la situation de K et des autres accusés pris au piège d'un système opaque, organisé pour les broyer et dont les ramifications ne semblent pas avoir de fin.

On peut également donner à ce film une tout autre interprétation: celui de l'exploration d'une psyché torturée à la manière du film Cube ou d'un cauchemar à la façon d'Inception. Les décors étouffants, géométriques, labyrinthiques, qui s'emboîtent les uns dans les autres, les distorsions d'échelle (homme tout petit/porte immense), les situations irréelles (alignement d'hommes qui tournent le dos, disparitions/apparitions brutales...) vont dans le sens de cette thèse. On est frappé aussi par le fait que la justice, la police et les accusés sont tous des hommes, les premiers en situation de dominants castrateurs et les seconds de dominés humiliés. Les femmes, interchangeables, sont des objets de désir qui se dérobent et dont l'accès est interdit par les mâles dominants. La libido traitée surtout par le lapsus est refoulée ce qui conforte la sensation que l'on explore un inconscient dont le complexe d'Œdipe n'aurait pas été résolu.

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La Soif du mal (Touch of Evil)

Publié le par Rosalie210

Orson Welles (1958)

La Soif du mal (Touch of Evil)

Ce que la soif du mal dynamite dans le célébrissime plan-séquence de 3 minutes qui ouvre le film c'est la notion de frontière. Tout n'est que passage, porosité et contamination en tache d'huile dans ce film baroque et tourmenté à l'image de son esthétique expressionniste (angles obliques, plongées et contre-plongées, clair-obscur...).

Entre les USA et le Mexique tout d'abord. Le gang des Grandi ignore la frontière comme le découvre à ses dépends Susan qui se croyait en sécurité dans son motel du côté américain (Janet Leigh dans des séquences qui préfigurent Psychose tourné deux ans après). Susan justement forme un couple mixte avec Vargas, un policier mexicain joué par un Charlton Heston bluffant. Tous deux viennent de se marier et eux aussi ignorent les frontières, au grand dam de Quinlan (Orson Welles, gargantuesque à souhait), un flic américain qui n'aime pas que l'on empiète sur son territoire et dont le corps et l'âme sont profondément gangrenés par le mal. A touch of evil, le titre en VO est beaucoup plus juste que le titre en VF car il fait allusion à une tache morale qui lorsqu'elle touche un individu ne cesse de s'étendre à la manière d'une maladie. L'intégrité de Quinlan a été touchée lorsque sa femme a été assassinée par un métis qui a échappé à la justice. Cet épisode est à l'origine de la déchéance physique et morale de Quinlan. Alcoolique, boulimique, bouffi, monstrueusement obèse, Quinlan est devenu un monstre pour qui la frontière entre la justice et la vengeance, le bien et le mal s'est évanouie depuis longtemps. On découvre qu'il fabrique de fausses preuves pour piéger ceux qu'il veut coincer. Pour se convaincre de leur culpabilité, il ne s'appuie que sur son intuition concentrée dans une jambe malade qui le fait boîter. Encore une atteinte à son intégrité puisque sa jambe a été blessée par une balle qui était destinée à son adjoint Menzies qui lui voue depuis une dévotion aveugle. Enfin il poursuit Vargas de sa haine raciste vraisemblablement parce qu'il lui rappelle l'assassin de sa femme. Son objectif est de le contaminer ce qui explique son alliance avec Grandi qui lui aussi veut se venger de Vargas (qui l'a fait arrêter). Tous deux choisissent d'atteindre Vargas en s'en prenant à sa femme qu'ils veulent salir. Le suspens de La soif du mal est donc surtout moral. Le moment où Vargas se bagarre dans le cabaret des Grandi, prêt à commettre l'irréparable pour retrouver sa femme participe de cette contamination générale du bien par le mal. Mais le temps de Quinlan est compté car en s'en prenant à Vargas, il brûle ses dernières cartouches comme le lui rappelle Tanya (Marlène Dietrich), diseuse de bonne aventure qui lui offre un refuge bien dérisoire.

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