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Articles avec #von sternberg (josef) tag

La Femme et le pantin (The Devil Is a Woman)

Publié le par Rosalie210

Josef von Sternberg (1935)

La Femme et le pantin (The Devil Is a Woman)

"La Femme et le pantin" est le film qui mit un terme à la collaboration entre Josef von STERNBERG et Marlene DIETRICH, l'une des plus fructueuses et mythiques du cinéma. Néanmoins on peut souligner que cette association fut brève (cinq ans) et intense (sept films en forme de "world trip", du Maroc colonial à l'Espagne en passant par la Chine et la Russie) ce qui sans doute l'usa prématurément. Librement adapté du roman éponyme de Pierre Louÿs, "La Femme et le pantin" est un film assez court qui nous dresse le portrait d'une femme inaccessible qui fait tourner la tête aux hommes. Le plan par lequel on découvre Concha Perez fait d'emblée d'elle une déesse mise sur un piédestal alors qu'il s'agit d'une "simple" ouvrière costumée pour le carnaval mais surtout nimbée d'une aura, celle du désir masculin inassouvi (celui de Josef von STERNBERG lui-même?) Frivole et capricieuse, Concha Perez fait tourner en bourrique les vieux barbons comme les jeunes bellâtres (du moins ceux qui ont des velléités d'emprise sur elle) selon son bon plaisir et surtout ses intérêts (financiers surtout). Deux hommes en particulier se disputent ses faveurs: le jeune Antonio et l'ex-capitaine Don Pasqual qui lui raconte ses déboires dans une série de flashbacks. Bien qu'il y ait de "L'Ange bleu" (1930) dans la façon dont Concha manipule et humilie Don Pasqual, le ton qui est censé être celui d'un mélodrame tire vers la comédie voire la bouffonnerie avec une Marlene DIETRICH en roue libre qui en fait des tonnes avec ses mines boudeuses et ses airs aguicheurs vis à vis de ceux qu'elle transforme en gentils toutous ("Paquitito" pour Edward Everett HORTON un habitué des films de Ernst LUBITSCH, "Pasqualito" pour Lionel ATWILL etc.) ce qui désamorce tout effet dramatique et rend l'histoire assez répétitive (alors que le film ne dure qu'une heure seize). La film tire son épingle du jeu grâce à sa beauté esthétique, particulièrement des costumes somptueux et une photographie magnifique.

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L'Ange Bleu (Der blaue Engel)

Publié le par Rosalie210

Josef von Sternberg (1930)

L'Ange Bleu (Der blaue Engel)

"L'Ange bleu" est ce qu'on appelle un classique incontournable de la cinématographie mondiale parce que c'est le premier film parlant du cinéma allemand et qu'il a révélé l'une des plus grandes stars du XX° siècle, alias Marlène Dietrich. D'ailleurs l'aura du film est aujourd'hui davantage liée à cette dernière qu'à son statut d'héritier de la faste période muette expressionniste des années 20. A l'époque, Emil Jannings était la plus grande star allemande mais il n'est pas entré dans la mémoire collective mondiale. Non qu'il manquait de charisme mais il avait tendance à surjouer. Ce qui était naturel au temps du muet où il fallait exagérer l'expressivité a perdu de sa pertinence avec l'arrivée du parlant. Ensuite, les rôles endossés par Emil Jannings n'ont pas contribué à le faire passer à la postérité. Comme dans "Le Dernier des hommes" de Murnau, il joue un rôle qui se confond avec son habit social avant de connaître la déchéance (pour mémoire dans "Le Dernier des hommes " il finissait en monsieur pipi et dans "L'Ange bleu" en clown sur la tête duquel on casse des œufs alors qu'il était au départ respectivement portier et professeur). Cette fascination pour le costume prestigieux, le côté guindé/coincé qui va avec et ce masochisme ne sont plus ce qui traduit le mieux actuellement le déclassement social. Enfin la vie et la scène ne faisant qu'un, le fait que Emil Jannings se soit compromis avec Hitler (même s'il ne fut jamais membre du parti nazi) précipita la fin de sa carrière puisqu'il fut blacklisté par les alliés. A l'inverse de Emil Jannings, Marlène Dietrich qui avait déjà tourné mais qui était alors inconnue (elle fut imposée au forceps par Sternberg) fit les bons choix qui lui ouvrirent les portes d'Hollywood avec le succès que l'on sait. Et en dépit de l'âge du film, sa prestation pleine d'aplomb reste toujours aussi fascinante d'autant plus qu'elle est filmée d'une manière extrêmement érotique par Josef von Sternberg qui insiste particulièrement sur ses jambes (quand elle enlève ses bas, on pense à "Gilda"). C'est d'ailleurs la partie cabaret du film qui a le mieux passé les épreuves du temps, le film éponyme de Bob Fosse s'en étant fortement inspiré. Josef von Sternberg tire remarquablement parti des contraintes cinématographiques de l'époque et fait construire des décors qui reflètent la psyché malade du professeur, notamment les coulisses étriquées du cabaret que von Rath encombre, lui qui ne sait pas quoi faire de son corps et qui se fait ridiculiser (le clown triste qui colle à ses basques annonce son destin funeste) avant même de subir l'opprobre dans son prestigieux "gymnasium" pour s'être compromis avec une vulgaire chanteuse de cabaret. Un univers parfaitement reconstitué d'autant que von Sternberg venait d'un milieu populaire qui contraste avec la morgue hautaine du professeur. Mais dès les premières images, le faux-semblant domine sa vie avec un décalage total entre le costume et le titre dans lesquels il se pavane et sa chambre miteuse sous les toits ainsi que le manque de respect flagrant (et justifié) des élèves à son égard. Il en va de même de son attitude rigide et moralisatrice de père la pudeur qui tel un ballon de baudruche se dégonfle en quelques secondes lorsque Lola-Lola lui jette sa culotte à la figure (et oui, bien avant Madonna!) Enfin l'utilisation du son qui était alors une nouveauté est assez saisissante là aussi avec une alternance de passages silencieux hérités du muet et de passages bruyants dans le cabaret notamment, la transition de l'un à l'autre s'effectuant brutalement lorsque les portes se ferment derrière les artistes.

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