Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #telefilm tag

Le procès de Bobigny

Publié le par Rosalie210

François Luciani (2006)

Le procès de Bobigny

Rien de tel que ce téléfilm (disponible en DVD) inspiré de faits réels pour mieux comprendre ce qu'a pu changer la loi légalisant l'IVG défendue par Simone Veil en 1974-75. Simone Veil alors ministre de la santé de Giscard était une des neuf femmes élues à l'assemblée nationale et a dû défendre sa loi devant un parterre de 481 hommes. De même dans le téléfilm, on voit une avocate célèbre, Gisèle Halimi (Anouk Grinberg, habitée par le rôle) plaider devant un parterre de juges exclusivement masculins.

Le procès de Bobigny en 1972 a été en effet une étape majeure vers la légalisation de l'avortement car il s'est transformé en procès de l'archaïque loi nataliste de 1920 adoptée dans un contexte de France malthusienne (les français faisaient alors moins d'enfants qu'aujourd'hui). Pour mémoire cette loi interdisait la contraception et criminalisait l'avortement. En 1967 la loi Neuwirth avait bien légalisé le recours à la pilule mais elle n'était pas remboursée rendant son accès difficile. De plus sa publicité était interdite et l'éducation sexuelle était inexistante. Par conséquent en 1972 comme le rappelle Gisèle Halimi seules 8% des femmes y avaient recours dont 1% seulement dans les classes populaires.

Lorsque l'on regarde ce téléfilm, on découvre une France où l'héritage de mai 68 n'a pas encore infusé dans l'ensemble de la société et où les inégalités sociales sont criantes. Le poids du catholicisme est toujours aussi oppressant, désignant de sa vindicte toujours les mêmes cibles: les "filles-mères" des classes populaires. Sandrine Bonnaire joue le rôle de l'une de ces mères célibataires ayant les plus grandes difficultés à joindre les deux bouts, vivant en HLM avec ses trois filles dont l'aînée tombe enceinte à la suite d'un viol. On découvre à cette occasion l'hypocrisie et l'injustice de la loi de 1920 qui fonctionne à deux vitesses: "l'angleterre pour les riches, la prison pour les pauvres", non sans avoir auparavant risqué sa vie ou son intégrité physique entre les mains d'avorteuses clandestines.

C'est contre la barbarie de cet ordre moral et social que se battent les féministes Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir avec leur association "Choisir". Le téléfilm rappelle à l'aide d'images d'archives les manifestations du MLF, le manifeste des 343 "salopes" (qui déclarent avoir avorté sans avoir été inquiétées car célèbres ou riches) et la forte résistance de l'ordre patriarcal masculin même si le téléfilm n'est pas manichéen. Il montre certes des hommes brutaux (du petit violeur voyou au commissaire) mais aussi des médecins et scientifiques capables de faire passer l'humain avant leurs croyances idéologiques.

Ce téléfilm didactique et remarquablement interprété nous rappelle aussi que le combat contre les inégalités sexistes et sociales est loin d'être fini et que ses acquis restent fragiles face aux coups de boutoir de ceux qui veulent les remettre en cause.

Voir les commentaires

Une femme nommée Golda (A Woman Called Golda)

Publié le par Rosalie210

Alan Gibson (1982)

Une femme nommée Golda (A Woman Called Golda)

Biopic du début des années 80 sur la vie de Golda Meir dont le destin se confond avec l'histoire de l'Etat d'Israël et du sionisme. Ce téléfilm en deux parties d'une durée totale de plus de trois heures offre deux intérêts principaux.

Tout d'abord ce fut le dernier rôle d'une actrice de légende: Ingrid Bergman. Celle-ci était déjà malade au moment du tournage et disparut quatre mois après à l'âge de 67 ans. Néanmoins elle offre une interprétation marquante de ce personnage dont elle nous fait ressentir la force de caractère inébranlable. Golda Meir a en effet été une femme d'une envergure politique exceptionnelle qui avant Margaret Thatcher a été surnommée "la dame de fer". Dans le reste du casting on peut souligner la présence de Judy Davis âgée de seulement 27 ans dans le rôle de Golda jeune et de Léonard Nimoy (M. Spock) dans le rôle du mari de Golda, Morris.

Le deuxième intérêt du téléfilm est son aspect didactique. Il retrace en effet toute l'histoire contemporaine du peuple juif en Palestine de la déclaration Balfour de 1917 jusqu'à l'assassinat d'Anouar El Sadate au début des années 80. Il rappelle que l'origine du sionisme réside dans les pogroms subis par les juifs d'Europe centrale et orientale (Golda Meir née en 1898 est d'origine russe et a émigré avec sa famille aux USA). Après la disparition de l'Empire ottoman en 1918, il montre les tensions entre juifs et arabes dans l'entre-deux-guerres dans la Palestine sous mandat britannique. Golda et son mari vivent alors dans un kibboutz et celle-ci fait déjà figure de frondeuse. Puis après la seconde guerre mondiale alors qu'ils ont déménagé à Jérusalem, Golda se lance dans des négociations pour permettre aux enfants d'immigrants juifs d'entrer en Palestine alors que les britanniques, craignant une guerre civile ne les laissaient entrer qu'au compte-goutte. Elle rencontre ensuite dans des conditions rocambolesques le roi de Jordanie pour le convaincre de ne pas prêter main-forte à la ligue arabe qui veut attaquer Israël dès le jour de sa création. En vain, mais elle réussit à faire lever des fonds pour l'achat d'armes auprès de la communauté juive américaine. Par la suite alors que son mariage se défait et qu'elle s'éloigne de ses enfants on voit Golda gravir les échelons, devenir ministre du travail, des affaires étrangères puis premier ministre sans renoncer pour autant à son idéal de paix avec les pays arabes voisins. Mais la question palestinienne est à peine abordée dans le téléfilm alors que c'est le principal problème qui empêche la pacification de la région. Lorsque Golda meurt en 1978, rien n'est en réalité réglé. 

Voir les commentaires

Warriors: l'impossible mission (Warriors)

Publié le par Rosalie210

Peter Kosminski (1999)

Warriors: l'impossible mission (Warriors)

Inspiré de témoignages réels de soldats revenus traumatisés de l'enfer bosniaque, Warriors réalisé en 1999 pour la BBC est un téléfilm en 2 parties d'une force exceptionnelle, sorti depuis en DVD (et disponible également sur Youtube). C'est LA référence absolue sur la guerre ethnique qui déchira l'ex-Yougoslavie au début des années 90, l'équivalent d'un Voyage au bout de l'enfer dans les Balkans construit selon le triptyque avant/pendant/après. Le film suit le parcours de quatre jeunes britanniques dont la vie semble des plus ordinaires: ils vont en boîte, supportent leur équipe de foot favorite, s'apprêtent à convoler pour l'un d'entre eux. Mais en réalité, ces hommes ne sont pas si ordinaires. Tous sont des casques bleus de l'ONU en permission brusquement arrachés à leur vie quotidienne pour aller remplir une mission de "maintien de la paix" en Bosnie. Ils se retrouvent au coeur d'une guerre civile barbare entre serbes orthodoxes, croates catholiques et bosniaques musulmans (tous identiques sur le plan anthropologique, seule la religion liée à des facteurs historiques les différencie), une guerre à laquelle ils ne comprennent rien. Plus le film avance, plus il gagne en horreur et en complexité. On passe des expulsions et déportations aux massacres et aux charniers. Chaque village subit une épuration ethnique dont les principales victimes sont les bosniaques musulmans. Mais le plus grand traumatisme des soldats est lié à la nature de leur mandat: ils n'ont pas le droit d'intervenir dans le conflit (car ils ont un devoir de neutralité) et doivent donc assister aux tueries de civils sans pouvoir bouger le petit doigt pour pouvoir les sauver. Cette contradiction entre leurs élans humains (sans parler des liens affectifs qui se créent avec des habitants) et leur mission qui les contraint à l'impuissance les rend fous. Ce sont des hommes brisés, hantés qui rentrent chez eux. La deuxième partie explore longuement leur impossibilité à se réadapter à une vie normale, à reprendre leur vie d'avant comme si de rien n'était (d'autant qu'ils ne sont pas tous revenus vivants). Certains sont sidérés, d'autres font des cauchemars, d'autres se défoulent dans la violence ou ont des envies de suicide. Tous ont un profond sentiment de culpabilité. L'exploration des dégâts post-traumatiques montre que la guerre continue ses ravages bien après l'arrêt des combats. L'ONU semble être un rempart bien fragile face à la barbarie humaine et aux calculs politiques même si le constat est nuancé. La présence des soldats a attiré les médias, leurs témoignages recueillis auprès du tribunal pénal international a pu contribuer à l'arrestation des criminels et ils ont pu parfois adoucir le sort des populations déplacées, blessées...sans parler du fait que certains n'ont pas hésité à déplacer des civils pour leur sauver la vie en désobéissant à leur hiérarchie.

Voir les commentaires

La deuxième femme (Die Zweite Frau)

Publié le par Rosalie210

Hans Steinbichler (2008)

La deuxième femme (Die Zweite Frau)
Un téléfilm centré sur un trio: le fils Erwin, un vieux garçon introverti, sa mère envahissante qui a un contrôle absolu sur lui et la jeune Irina qui a bien du mal à briser ce couple et à trouver sa place.
 
La transformation d'Erwin est au coeur du film. Une fois libéré de l'emprise de sa mère, il se prend en main et en quelques jours, quelques semaines, il accomplit le parcours que d'autres mettent des années à effectuer. La scène la plus symbolique à cet égard est celle où il retourne en Roumanie à la fin du film pour ramener Irina en Allemagne. Cette fois, il s'y rend de son propre chef et non sous l'injonction de sa mère, il est au volant de son véhicule au lieu d'être dans la position du passager et surtout, il gagne son bras de fer avec la directrice de l'agence matrimoniale qui refuse de lui donner l'adresse d'Irina.
 
Ce dernier obstacle "maternel" surmonté, il peut enfin fonder une nouvelle famille avec Irina.
 
Irina est l'héroïne type de ce genre de film. Elle représente en apparence l'antithèse d'Erwin: elle est jeune, belle, moderne, émancipée, urbaine, délurée etc. Son couple avec Erwin ressemble à celui de la carpe et du lapin ou de la belle et de la bête. Ses failles se révèlent progressivement. Elle est soupçonnée de vouloir profiter d'Erwin ce qui est caractéristique du regard que les européens de l'ouest posent sur les immigré(e)s. Surtout elle cache son statut de mère célibataire qui la fragilise dans son entreprise. Tiraillée entre le désir de dire la vérité et la peur d'être rejetée, elle finit par s'enfuir mais Erwin la retrouve et l'oblige à se dévoiler ce qui rétablit l'équilibre entre eux.
 

Voir les commentaires

<< < 1 2