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Articles avec #science-fiction tag

Titane

Publié le par Rosalie210

Julia Ducournau (2020)

Titane

Ira, ira pas? Je me suis posée la question pendant quinze jours. D'un côté un film qui traite de sujets qui m'intéressent et une réalisatrice dont le discours ému à Cannes et les tremblements incontrôlables de son bras tranchaient avec le caractère convenu des autres. De l'autre mon peu d'envie de me confronter à des scènes insoutenables. Finalement, ayant appris que ces scènes étaient brèves, prévisibles, peu nombreuses et concentrées dans la première partie, j'ai pu les gérer en fermant les yeux au moment adéquat. D'ailleurs si ces scènes sont globalement nécessaires dans le parcours du personnage d'Alexia, l'une d'entre elle (la plus longue) me semble limite superflue, comme un sacrifice fait au genre.

Quel genre d'ailleurs? Les scènes de meurtre se rattachent au slasher, celle de violence sur soi et de transformations corporelles au body horror, deux sous-genres du film d'horreur aussi bien occidental que nippon (j'ai personnellement beaucoup pensé à la saga Alien, à certains films de Brian DE PALMA et à "Akira" (1988) en plus des références citées partout à David CRONENBERG et à John CARPENTER). Il faut en passer par là pour que le film comme l'héroïne mue un peu (trop) abruptement vers une seconde partie très différente dans laquelle Alexia, sorte de cyborg qui se comporte à la fois comme une machine à tuer et un animal sauvage ne devienne Adrien, jeune homme transgenre frêle, ravagé et mutique en quête d'amour et d'acceptation. Alexia et Adrien tous deux incarnés par une impressionnante Agathe Rousselle sont en effet constitués d'un alliage d'homme, de femme et de métal*. Une fusion perturbante dont les manifestations marquent le spectateur: la plaque de titane se greffe sur le crâne, l'huile de moteur coule des orifices charnels et un enfant hybride en sort, une jeune femme utilise un long dard de métal sur ses victimes, un jeune homme danse lascivement sur un véhicule de pompiers sous les regards gênés de ses collègues et de son père adoptif. Vincent LINDON qui s'oppose en tous points au père biologique de Alexia (joué par Bertrand BONELLO) occupe en effet une position clé dans le film et il s'agit d'un choix de casting particulièrement judicieux. Car ce n'est pas tant sa quête de masse musculaire voire d'éternelle jeunesse que j'ai trouvé convaincante que le fait que son humanité ressort de façon saisissante dans un univers futuriste nocturne qui en manque cruellement. "On est responsable pour toujours de ce que l'on a apprivoisé" disait le renard dans Le Petit Prince et c'est exactement la ligne de conduite de Vincent (choix du prénom à mon avis non fortuit), prêt à recevoir tous les secrets que renferme le corps d'Adrien. Vraiment tous.

* Alliage qui sert de support réflexif à la déconstruction des stéréotypes de genre. Le lien femme-automobile au coeur de tant de publicités virilistes est par exemple un fil directeur du film de Julia DUCOURNAU sauf que si le point de départ (la scène de lap-dance dans un salon de tuning automobile) est tout à fait conforme aux pires clichés sexistes, la suite leur tord le cou, offrant aux regards masculins du film (et au spectateur) de quoi déranger cette vision caricaturale du monde.

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Minority Report

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2002)

Minority Report

La dernière chose qui reste en possession d'un être humain après qu'on lui ait tout enlevé, c'est son libre-arbitre, c'est à dire sa capacité de décision quelles que soient les circonstances. Mais cela présuppose d'accepter que l'avenir ne soit pas écrit d'avance. Or la prédestination, le déterminisme (ou la fatalité) est une croyance qui a la vie dure tant il s'avère tentant de remettre son destin entre les mains d'une entité autre que soi-même (qu'elle se nomme dieu, hasard, destin ou bien plus prosaïquement chef d'Etat, gourou, mentor ou même ses propres émotions et pulsions non contrôlées par la volonté) ce qui permet de se débarrasser de la responsabilité de sa propre vie et des choix que toute personne est amenée à faire ("j'ai obéi aux ordres", "j'étais en colère", "c'est le destin", "c'était écrit", "c'est la conséquence de mes malheurs" etc. comme autant d'excuses pour refuser d'endosser la responsabilité de ses actes). Sur un plan politique, de telles croyances ont des effets redoutables sur les droits fondamentaux lorsqu'il s'agit de substituer des intentions supposées aux faits avérés. 

Le film de Steven Spielberg, adaptation de la nouvelle de Philip K. Dick écrite en 1956 s'inscrit dans un contexte post-11 septembre 2001 qui est explicitement affirmé par le numéro affecté à John Anderton (Tom Cruise), le 1109 et ce bien que l'action soit censée se dérouler en 2054. En effet le spectre du terrorisme islamiste international a donné corps à une volonté politique de prévenir les attentats en bafouant le droit international et celui des individus. Aux USA cela a donné la guerre "préventive" contre l'Irak en 2003 fondée sur un mensonge d'Etat et dont les effets ont été l'inverse de ceux qui étaient attendus puisqu'elle a instauré un chaos dont le terrorisme a profité pour prospérer ainsi que l'enfermement et les maltraitances sur les "combattants illégaux" sans statut légal, notamment à Guantanamo. Le "Patriot Act" signé dans la foulée des attentats a donné à l'Etat américain le moyen de surveiller la population en perquisitionnant leur domicile ou en obtenant des informations confidentielles. Dans le film, une séquence montre comment la recherche d'un suspect dans un immeuble conduit à violer l'intimité des gens. En France, il a été question dans le débat public d'arrêter les "fichés S" (suspects) à titre préventif là encore et l'Etat d'urgence a conduit à des dérives liberticides, là encore au nom de la sécurité. 

Le film de Steven Spielberg bien que s'inscrivant dans le genre de la science-fiction est donc avant tout un film politique d'anticipation recherchant le plus grand réalisme possible grâce aux pronostics d'experts dans divers domaines. Alors certes, on ne peut pas encore faire changer ses yeux ou enregistrer des films produits directement par le cerveau mais les systèmes de télésurveillance, d'appareils numériques haptiques, tactiles (ou vocaux) ou la reconnaissance faciale, rétinienne ou via les empreintes digitales sont devenus des réalités plus ou moins généralisées. Cette volonté de crédibilité permet donc de démontrer une fois de plus les dégâts de la science sans conscience et le fait qu'aucun système, aussi perfectionné soit-il n'est infaillible puisqu'il reste dirigé par l'humain et que "errare humanum est". De plus, toute cette science s'appuie sur les prémonitions des "précogs", des humains possédant des dons médiumniques ce qui renvoie bien sûr aux bons vieux oracles de l'Antiquité, indissociables du "fatum". Il s'avère que ce n'est pas la vision elle-même qui est déterminante mais son interprétation. Prises au pied de la lettre, elles amènent à emprisonner des innocents puisqu'ils n'ont pas commis de crime au moment où ils sont arrêtés. Or on découvre que ces visions ne disent pas ce qui va arriver mais ce qui pourrait arriver puisque jusqu'au dernier moment le potentiel tueur a le choix de commettre ou non son crime. Et pire encore, ces visions peuvent être manipulées par de véritables tueurs qui s'en servent pour dissimuler leurs crimes bien réels. Bref, de quoi alimenter un abîme de réflexion.

La très grande richesse et la profondeur de ce film ne doit pas pour autant faire oublier les autres qualités de Steven Spielberg, notamment son travail d'orfèvre en ce qui concerne les scènes d'action. La séquence de combat entre Tom Cruise et ses anciens collègues dans une usine automatisée de fabrication d'automobiles à la chaîne est d'une précision virtuose étourdissante qui fait penser à "Le Mécano de la Générale" de Buster Keaton d'autant que la chute de cette séquence est hautement comique "de la mécanique plaquée sur du vivant". L'influence de Stanley Kubrick est également très présente. Ainsi l'homme qui opère les yeux de Tom Cruise utilise le même appareil que l'écarteur de "Orange mécanique", autre grand film sur la criminalité et le libre-arbitre. Les références ne sont pas saupoudrées, elles sont au coeur du film et font sens.

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Looper

Publié le par Rosalie210

Rian Johnson (2012)

Looper

"Looper", troisième film de Rian JOHNSON a finalement la même qualité que son film le plus connu, le huitième épisode de la saga Star Wars: il se démarque dans un genre très balisé en offrant une proposition réellement originale (voire dans le cas de Star Wars, iconoclaste ce qui a fait grincer quelques dents). Même si ce n'est jamais avoué explicitement, il est évident que le choix de Bruce WILLIS pour jouer le rôle d'un voyageur temporel qui se rencontre lui-même plus jeune (d'où le titre, en référence à l'idée de boucle temporelle) est un hommage à "L Armée des douze singes" (1995) de Terry GILLIAM, lui-même inspiré par "La Jetée" (1963) de Chris MARKER lui-même inspiré par " Vertigo" (1958) de Alfred HITCHCOCK. Il s'inscrit donc dans une filiation. Et en même temps, il s'en démarque de par la confrontation qui s'ensuit entre les deux versions du même individu qui n'ont pas du tout les mêmes motivations et donc, pas la même influence sur le futur, y compris le leur.

Le point de départ de toute l'histoire se situe en 2044. Joe, âgé d'une trentaine d'années (et joué par Joseph GORDON-LEVITT dont le visage a subi quelques modifications hasardeuses pour tenter de le faire ressembler à Bruce WILLIS) est un tueur à gages dont les seules motivations semblent être la drogue et le fric qu'il souhaite accumuler pour refaire sa vie en France. L'herbe y semble plus verte que la société dystopique de 2044 dans laquelle il vit où la violence est endémique et dans laquelle la mafia a remplacé l'Etat voire les parents (et qui ressemble à s'y méprendre à celle de "Les Fils de l homme") (2006). Sa particularité est d'être un looper c'est à dire qu'il est chargé d'éliminer aussitôt arrivées en 2044 des personnes envoyées depuis 2074 (trente ans dans le futur) dans une machine à voyager dans le temps. Celle-ci n'existe pas en 2044 alors qu'en 2074, la mafia s'est emparée de cette technologie (déclarée illégale) pour nettoyer son linge sale car il est devenu impossible de tuer sans être repéré. Elle en particulier décidé sous la direction d'un mystérieux tyran de faire éliminer tous ses loopers par la version jeune d'eux-mêmes.

Sauf que d'être confronté à sa propre mort grippe évidemment toute la machine et fait ressurgir les sentiments humains, à l'origine par essence de comportements imprévisibles. L'introduction avec le terrible sort réservé à Seth (Paul DANO), le collègue de Joe qui parvient à se reconnaître malgré les précautions prises par la mafia pour camoufler l'identité de la victime à tuer le démontre d'emblée. Le film devient alors l'illustration de la maxime selon laquelle son pire ennemi, c'est soi-même. Alors que le Joe sexagénaire, aveuglé par sa soif de vengeance ne se rend pas compte qu'en voulant massacrer les innocents de 2044 pour empêcher son funeste futur d'advenir il va contribuer à le réaliser, le Joe trentenaire lui se penche sur les raisons qui l'ont transformé en tueur et décide de protéger la mère et l'enfant qui dans le futur est censé devenir le tyran (et dont on sait qu'il a vu sa mère mourir sous ses yeux) car il s'identifie à lui. Son objectif: arrêter l'infernale spirale de violence pour changer l'avenir. On voit donc comment un même individu avec le même objectif (empêcher les drames humains du futur) obtient des résultats diamétralement opposés selon les choix qu'il fait. Le fait qu'un même personnage puisse se rencontrer (ou bien être évoqué pour le spectateur) à différents âges de sa vie permet aussi de comprendre qu'un bourreau peut aussi être ou avoir été une victime et vice-versa. De quoi amplement nourrir la réflexion et ce n'est pas la moindre des qualités de ce film que l'on a souvent comparé à "Inception" (2009).

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Le Théorème zéro (Zero Theorem)

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (2013)

Le Théorème zéro (Zero Theorem)

Comme je le craignais, "Le Théorème zéro", troisième et dernier volet de la trilogie orwellienne de Terry GILLIAM après "Brazil" (1985) et "L Armée des douze singes" (1995) est raté. Il est à la fois laid et lourd. Le défaut majeur du film est de se placer toujours sur le même ton, celui d'une satire hystérique d'un monde aussi moche que vide de sens. On peut faire de bons films sur des mondes moches et vide de sens. Terry GILLIAM avait réussi à le faire dans "Brazil" (1985) grâce à sa foi dans le pouvoir de l'imaginaire (et de la création artistique). Sauf que "Le Théorème zéro" signe l'arrêt de mort de celles-ci. Le héros ne rêve plus, il a abdiqué et confié cette tâche aux machines omniprésentes qui le cernent de toutes parts. Conséquence, c'est le film lui-même qui devient moche et vide de sens. Il n'est qu'une succession de scènes rivalisant de mauvais goût tant l'esthétique est criarde et vulgaire, en un mot, kitsch. Tout est mis sur le même plan dans une espèce de fourre-tout recyclant pas mal d'idées présentes déjà dans "Brazil" (1985) (les caméras de surveillance, les espaces de travail compartimentés etc.) ou dans "L Armée des douze singes" (1995) (la visite médicale) qui étaient des films autrement mieux charpentés. Ce qui ressort de ce gloubi-boulga assez indigeste est l'impression que le film a été fait par un dépressif qui ne croit plus en ce qu'il raconte et qui se laisse donc aspirer par le trou noir qui l'obsède pour se retrouver épinglé sur un cliché de vacances paradisiaques sous photoshop.

Il n'y a qu'une chose que j'ai aimé dans ce film: son décor principal, la demeure de Qohen (Christoph WALTZ) qui est une église transformée en appartements geek. Le médiéval est l'un des thèmes récurrents de la filmographie de Terry GILLIAM et le mélange entre l'art religieux de cette époque et les hautes technologies est assez réussi, un système de contrôle en chassant un autre. Mais c'est à peu près la seule bonne idée du film avec peut-être cet autre décor en extérieur rempli de panneaux d'interdictions mais qu'il aurait fallu exploiter. L'aspect coercitif est bien peu développé au profit du grotesque burlesque et cartoonesque que Terry GILLIAM savait doser dans ses autres films mais qui là envahit tout jusqu'à l'épuisement.

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Gagarine

Publié le par Rosalie210

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (2015)

Gagarine

Pour se faire une idée de la merveille qu'est le premier long-métrage de Fanny LIATARD et Jérémy TROUILH, il est possible de voir sur le net leur court-métrage au titre éponyme réalisé en 2015. Bien sûr, en quinze minutes et sur petit écran, le résultat n'est pas aussi grandiose mais il s'agit bien du prototype du film qui aurait été en compétition à Cannes si l'édition 2020 avait pu se tenir et qui sort au cinéma demain, 23 juin 2021.

"Gagarine" croise deux thématiques: la banlieue et la science-fiction. Le film est ancré dans un lieu unique, la cité Gagarine d'Ivry-sur-Seine, inaugurée en 1963 avec la visite du célèbre cosmonaute soviétique qui a donné son nom a la cité détruite en 2018 après des décennies d'abandon et de taudification comme nombre d'autres grands ensembles de la banlieue rouge. Les images d'archives de 1963 ouvrent le court comme le long métrage et rappellent que ces logements représentaient à l'époque d'un progrès social. En 2015 (pour le court-métrage) et 2018 (pour le long-métrage) on peut mesurer l'étendue de la dégradation des locaux. Paradoxalement le jeune Youri (en référence à Gagarine) qui a 20 ans dans le court-métrage se sent attaché à la cité et tente de la retaper à lui tout seul pour la sauver. Inutile de préciser qu'il plane très loin de la réalité ce que symbolise sa chambre dédiée à sa passion pour l'espace. Le court-métrage mettant en scène peu d'acteurs, il ne fait pas ressortir autant que le long-métrage le déchirement collectif que représente la décision (très politique) des pouvoirs publics de détruire la cité et de reloger les habitants plutôt que de la rénover. Youri apparaît juste comme un peu toqué alors que les quelques personnes qu'il croise ont toutes accepté voire espèrent cette issue. Par contre Youri est mieux entouré puisqu'il vit en famille avec notamment une mère aimante alors que son isolement est le facteur déclencheur de son expérience autarcique dans le long-métrage. On voit également l'esquisse des rêveries de Youri avec des séquences à la limite du fantastique jouant sur les lumières et les formes. Certains plans comme celui qui se réfère à "2001, l odyssée de l espace" (1968) sont repris à l'identique dans le long-métrage. Idem en ce qui concerne les mouvements de caméra qui font ressentir l'apesanteur. Et la dernière séquence dans laquelle la cité devient un vaisseau spatial est une belle variante de celle du long-métrage.

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Tenet

Publié le par Rosalie210

Christopher Nolan (2019)

Tenet

J'ai longtemps hésité avant de me décider à regarder "Tenet", j'avais eu de mauvais échos mais l'envie de me faire ma propre idée du film l'a emporté. Hélas, je n'ai pas été emballée et j'ai même fini par ne plus du tout m'intéresser à ce qui se passait à l'écran. Il m'a fait penser à une version ratée de "Inception" (2009). Dans les deux cas il s'agit de films basés sur un concept de distorsion du temps dont le déploiement permet de montrer des scènes d'action spectaculaires se déroulant à un rythme soutenu avec un effet labyrinthique donné par un montage complexe. Mais "Inception" était charpenté par une véritable histoire avec des enjeux à hauteur d'homme et le casting était de haut niveau. "Tenet" repose lui sur un scénario simpliste et archi-rebattu: sauver le monde de l'apocalypse et son casting est franchement médiocre (même si pour l'anecdote, c'est amusant de retrouver une partie des acteurs de "Harry Potter et la coupe de feu" (2005) quinze ans plus tard, Clémence POÉSY et Robert PATTINSON). Le "héros" tout comme "le méchant" (rien que ces mentions soulignent là aussi le manque d'ambition quant à la caractérisation des personnages) manque cruellement de consistance, il n'est que le rouage d'une machine qui semble être la seule raison d'être du film. Sauf que plus celui-ci avance, plus il devient confus à force de vouloir faire cohabiter dans un même plan deux temporalités antagonistes (un temps présent s'écoulant à l'endroit et un temps présent s'écoulant à l'envers). Confus et répétitif de surcroît puisque la deuxième partie du film revient sur les scènes déjà vues, partiellement remontées à l'envers. Pour humaniser un peu son film, Christopher NOLAN a ajouté l'histoire de la femme du méchant, Kat (Elizabeth DEBICKI) qui cherche à sauver son fils, Max de l'apocalypse programmé par son père. Cette intrigue souligne l'incohérence foncière du personnage de Andrei Sator (Kenneth BRANAGH) condamné par un cancer lié à ce qui s'apparente aux conséquences de la catastrophe de Tchernobyl et qui a de ce fait sombré dans le nihilisme mais qui a quand même fait un enfant. Il me semble que lorsqu'on veut détruire l'humanité en anéantissant le temps, on ne se perpétue pas. Le "paradoxe du grand-père" évoqué dans le film consistant à se détruire soi-même en détruisant le passé ne trouve d'ailleurs pas davantage de réponse satisfaisante. Sinon que Sator est russe et que pour nombre de blockbusters américains ratés*, être russe est une explication en soi. Comme le disait Sting dans les années 80 à propos de la menace nucléaire liée à la guerre froide "J'espère que les russes aiment aussi leurs enfants". Visiblement Christopher NOLAN nous a pondu un film avec les fantasmes américains de cette époque -les années 80- vis à vis des soviétiques "relooké" en film des années 2010. C'est ce qui s'appelle un retour en arrière. Mais pas au bon sens du terme.

* Ce n'est pas la première fois que je remarque qu'un film de Christopher NOLAN véhicule des idées conservatrices voire réactionnaires. Ca m'avait déjà frappé dans "Batman - The Dark Knight Rises" (2012).

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Alphaville (une étrange aventure de Lemmy Caution)

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1964)

Alphaville (une étrange aventure de Lemmy Caution)
Alphaville (une étrange aventure de Lemmy Caution)

Quand le film noir rencontre George Orwell au temps du béton armé cela donne ce chef-d'oeuvre d'anticipation qu'est "Alphaville". On aime ou on aime pas Jean-Luc Godard mais on ne peut pas se prétendre sérieusement cinéphile et dénier la valeur de ce film, tant par son caractère visionnaire que par l'influence qu'il a eu sur les films de science-fiction ultérieurs. "Brazil", "Matrix" et même l'ancienne attraction Cinémagique de Disneyland Paris montrent à un moment ou un autre un long couloir étroit jalonné de portes que l'on ouvre sur des salles d'interrogatoire ou bien sur des monstres c'est du pareil au même. Et Jean-Luc Godard et Stanley Kubrick convergent également dans leur dénonciation de la science sans conscience incarnée par Wernher von Braun (docteur Folamour chez Kubrick sans parler de Hal 9000 de "2001 l'Odyssée de l'espace" et le maître de l'ordinateur Alpha 60 qui contrôle la ville, le professeur von Braun chez Godard). Quant à l'aspect visionnaire, il suffit de rapprocher ce film de certains de ses contemporains comme celui de Maurice Pialat "L'amour existe" ou celui de Jacques Tati "Playtime" pour comprendre qu'ils parlent au fond de la même chose: la deshumanisation de la société en marche. Alors que le discours dominant n'avait alors que le mot "progrès" à la bouche et que la déconstruction du mythe des "Trente Glorieuses" commence à peine, Jean-Luc Godard a choisi les lieux les plus "futuristes" qui pouvaient exister dans et autour de Paris dans la première moitié des années soixante afin de les filmer de la façon la plus inquiétante possible (de nuit avec un noir et blanc peu contrasté) pour suggérer l'existence d'une société totalitaire dans laquelle les émotions, la mémoire, la beauté, la curiosité et l'intimité sont bannis afin de transformer les hommes en pantins dociles, ceux qui résistent étant exécutés lors de sinistres cérémonies publiques. Face à ce cauchemar scientiste et techniciste construit dans un contexte de guerre froide (le héros vient des "univers extérieurs" dont on peut penser qu'ils sont encore libres puisqu'il fait l'objet d'une surveillance constante et étroite), Godard oppose la résistance constante de son privé joué par Eddie Constantine qui avait déjà interprété le rôle de Lemmy Caution dans d'autres films français (mais de série B). Sous les frusques du détective, il incarne un poète dans la lignée de l'Orphée de Jean Cocteau venu chercher sa Natacha-Eurydice (Anna Karina dont le visage de poupée fascine plus que jamais) au fin fond des Enfers afin de la ramener dans le monde des vivants ("ceux qui pleurent"). Truffé de références littéraires et philosophiques, "Alphaville" est un film de résistance plus que jamais d'actualité à l'heure où face aux multiples crises qui nous affectent on nous oppose encore et toujours le même modèle de société fondé sur la soumission aux forces du marché secondées par un Etat autoritaire complice.

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L'Homme qui venait d'ailleurs (The Man who Fell to Earth)

Publié le par Rosalie210

Nicolas Roeg (1976)

L'Homme qui venait d'ailleurs (The Man who Fell to Earth)

"L'homme qui venait d'ailleurs" est un film qui a autant vampirisé David Bowie que celui-ci a été vampirisé par lui. Autrement dit cette rencontre entre un artiste total (ou tendant à l'être) et un cinéaste de SF a enrichi l'un et l'autre. Il est en effet impossible de séparer le film de la mythologie spatiale et extra-terrestre véhiculée par cet artiste qui a surgi sur la scène internationale sous la forme d'un cosmonaute en perdition (ou en plein trip hallucinogène selon les interprétations) puis sous celle d'un authentique alien. Thomas Jerome Newton renvoie donc à Tom, à Ziggy mais pas seulement. Son aventure terrestre corrompue par l'influence d'une substance psychotrope "politiquement correcte" (l'alcool qu'il découvre sur terre, lui qui ne buvait que de l'eau au départ et qui devient son carburant) renvoie au Thin White Duke, son personnage de dandy camé à consonances néo-nazie du milieu des années 70 qui correspondait à une réelle descente aux enfers de l'artiste dans l'addiction à la cocaïne. De fait, son apparence reflète cette période. David Bowie est d'une pâleur et d'une maigreur à faire peur même s'il apparaît aussi que cette apparence exerce un réel pouvoir de fascination de par la fragilité qu'elle confère au personnage ainsi que la féminité de ses traits: David Bowie n'a jamais paru aussi androgyne qu'à cette période (il l'est nettement moins dans les années 80 et a fortiori en vieillissant et on mesure alors à quoi il a échappé de justesse: une appartenance au "club des 27", ces artistes morts d'overdose à 27 ans).

Mais l'inverse est également vrai: David Bowie s'est nourri visuellement du film pour les pochettes de deux de ses albums: "Station to Station" enregistré aux USA alors qu'il était au fond du trou et "Low" qui marque le début de sa période berlinoise et de sa régénération. Car le film possède une identité forte avec une très belle photographie qui magnifie les paysages mais aussi les corps, beaucoup de "flashs" psychédéliques qu'on peut trouver datés mais qui ont aussi quelque chose de visionnaire et une narration elliptique qui demande au spectateur un effort pour relier les scènes et combler les trous. Ainsi l'origine extra-terrestre de Newton n'est pas affirmée d'emblée mais suggérée de toutes sortes de manières. Par exemple, il est dérouté ou incommodé par des objets ou des expériences du quotidien alors qu'on est témoin de ses visions élargies qui démontrent qu'il peut voir plusieurs programmes de télévision en même temps ou encore voyager dans le passé ou aller à la rencontre de sa famille extra-terrestre. De même, on constate vers la fin du film que le temps ne semble pas avoir de prise sur lui alors que les gens qu'il côtoie vieillissent et s'obscurcissent. Newton aussi semble céder à ce dernier penchant tant la vision de la réalité qui est devenue la sienne lui fait mal. Bien que l'on comprenne qu'il est le représentant d'une civilisation bien plus avancée que celle dans laquelle il échoue et que cette avance technologique lui permette de devenir très riche ce n'est pas du tout cela qui est montré. Au contraire, ce qui est montré c'est la solitude et l'étrangeté foncière du personnage perdu dans les grands espaces ("an Englishman in New-York" bien qu'on soit plutôt du côté du Nouveau-Mexique) puis privé de liberté et soumis à des expériences de laboratoire dans une société américaine foncièrement hostile typique de la paranoïa anti-communiste des années 70 (assimilés aux étrangers et aux aliens) avec des services de renseignement dont les méthodes n'ont rien à envier à celles de leurs homologues soviétiques et un abrutissement des masses sous les excès du consumérisme et de la publicité. Newton qui ressemble à un adolescent nimbé d'innocence ne peut que finir corrompu par une société aussi toxique, l'ironie étant qu'il est venu sur terre chercher de l'eau pour sa planète aride qui se meurt. Il se pourrait bien que celle-ci soit une métaphore de ce qui nous attend.

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Electroma (Daft Punk's Electroma)

Publié le par Rosalie210

Daft Punk (2006)

Electroma (Daft Punk's Electroma)

En écho à leur album sorti en 2005 "Human after all", les Daft Punk réalisèrent l'année suivante un long-métrage expérimental qui prolongeait la thématique de l'album puisqu'il racontait l'odyssée de deux robots en quête d'humanité dans un monde qui en était visiblement dépourvu. Cet OVNI en forme d'exercice de style sans paroles mais riche en musiques et en références cinématographiques se découpe en trois parties ou plutôt trois "tableaux animés". Le premier est un road-movie en Ferrari dans les paysages désertiques californiens qui fait penser aux films de la contre-culture hippie du type "Easy Rider" de Dennis Hopper et à "Duel" de Spielberg. Le deuxième se déroule dans un laboratoire aux machines vintage très kubrickiennes et à la lumière aveuglante où les deux robots se retrouvent dotés d'une apparence humaine. Mais cette métamorphose échoue, autant en raison de la chaleur écrasante qui fait fondre leur visage en latex que de la réaction hostile des habitants tous revêtus des casques du groupe qui lancent une "chasse à l'homme" dans la lignée de "l'invasion des profanateurs de sépulture" de Don Siegel. Le troisième, la plus marquant montre les deux robots marchant dans le désert jusqu'à ce que mort s'ensuive. Un contrepied évident à l'univers du clip fondé sur la vitesse puisque LA référence de cette dernière partie c'est "Gerry" de Gus Van Sant, film lui-même expérimental qui racontait l'errance de deux garçons perdus dans le désert et adoptait à l'aide de très longs plans-séquence muets le rythme lent de leur marche de plus en plus laborieuse au fur et à mesure que le poids des privations (d'eau surtout) se faisait ressentir. Les robots ne souffrent évidemment pas des mêmes maux, pourtant quelque chose finit pourtant par se "casser" en eux et les conduire droit à l'autodestruction, spectaculaire, surtout la deuxième qui fait figure d'holocauste en pleine nuit. Le résultat est envoûtant pour peu que l'on accepte de se laisser porter par l'étrangeté de ce "trip" visuel et sonore. Envoûtant et prophétique puisque lorsque le groupe de musique électronique annonça sa séparation en 2021, il le fit sur des images tirées de la fin du film.

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Le Chien mélomane

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1973)

Le Chien mélomane

Réalisé en 1973, "Le Chien mélomane", sorte de "Docteur Folamour" (1963) animé se situe dans la continuité du précédent court-métrage de Paul GRIMAULT, "Le Diamant" (1970). On retrouve dans cette nouvelle fable antimilitariste au dessin stylisé le personnage du professeur Savantas non plus cette fois en colonisateur mais en marchand d'armes. L'allusion à la guerre froide est transparente lorsqu'on le voit vendre le même instrument de destruction (qui ironiquement se trouve être un instrument à cordes) à deux pays ennemis jumeaux qui l'utilisent pour s'entretuer. Dans son immense usine de guerre prénommée "Pax" s'accumulent les ogives nucléaires du même nom (allusion sans doute à Orwell et aussi au fait que la dissuasion nucléaire était présentée comme le meilleur moyen de neutraliser le conflit en faisant courir des dangers insensés à la planète). De fait, comme dans le célèbre bijou d'humour noir de Stanley KUBRICK, la pacification aboutit à l'apocalypse nucléaire. Le présence de Jacques PRÉVERT au scénario se fait ressentir non par les dialogues (le film est muet, comme "Le Diamant") (1970) mais par le clin d'oeil à "Les Temps modernes" (1936) de Charles CHAPLIN. Non par le travail à la chaîne comme dans "Le Roi et l Oiseau" (1979) mais par une machine qui traduit le langage du chien en langage humain, seule source de parole du film. Chien qui par ailleurs fait dérailler la machine bien huilée jusqu'à l'irréparable.

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