Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #lumet (sidney) tag

Le Groupe (The Group)

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1966)

Le Groupe (The Group)

"Le Groupe" c'est le "8 Femmes" (2002) de Sidney LUMET mais dans un état d'esprit totalement différent de François OZON. Il ne s'agit pas de s'amuser avec les mythes du cinéma à la façon d'une partie musicale de Cluedo mais de dépeindre l'état d'une société à une époque critique de son histoire (les années 30 et le début des années 40) au travers d'un panel de jeunes femmes que l'on découvre dans les premières images fraîchement diplômées d'une prestigieuse université prêtes à conquérir le monde mais que l'on retrouve près d'une décennie plus tard dans un cortège funéraire à l'occasion de l'inhumation de l'une d'entre elles. Autrement dit "Le Groupe" aurait pu s'intituler "Les grandes espérances déçues" tant le désenchantement y est palpable. Un désenchantement individuel et collectif qui raconte d'ailleurs mieux les années 60 (celles de la réalisation du film) que les années 30 (époque à laquelle celui-ci est censé se dérouler). Le talent de Sidney LUMET à mettre en scène des films choraux (ici au féminin) se vérifie dans l'analyse sans concession qu'il fait des relations entre les jeunes femmes du groupe. Il met bien en évidence par exemple la contradiction entre une solidarité affichée et la profonde solitude qui est réalité le lot de chacune des filles, aucune ne se montrant aux autres son vrai visage, d'autant que la bienveillance affichée dissimule son lot d'hypocrisies et de commérages. Si au début on a du mal à distinguer qui est qui d'autant que certains des membres du groupe portent des surnoms à consonance proche (Lakey/Libby, Pokey/Polly), la façon dont il agence l'individuel et le collectif ainsi que des analyses de caractère assez poussées fait qu'on a une idée assez précise de chacune d'elle à la fin. Pour ne prendre qu'un exemple*, il met subtilement en relation deux des filles du groupe, Kay et Lakey (encore deux prénoms/surnoms aux consonances proches). La première (Joanna PETTET) est mise en avant dès les premières images (qui montrent son mariage avec Harald) alors que la seconde (Candice BERGEN) au contraire est laissée dans l'ombre avant de disparaître en Europe une bonne partie du film. Il faut attendre la fin et l'explication orageuse entre Lakey et JR (ou plutôt Harald mais comment ne pas penser au personnage de la série "Dallas" (1978) en voyant Larry HAGMAN dans un rôle de mari volage et violent, alcoolique de surcroît) pour comprendre qu'il existait une alternative à l'enfer conjugal vécu par Kay mais qu'il ne pouvait se vivre que hors du champ de la caméra. Est-ce d'ailleurs un hasard si dans le cortège funéraire, Lakey qui ferme la marche est la seule à conduire sa propre voiture qui est de plus découverte et d'un rouge éclatant (alors que les autres sont noires évidemment)**?

*La richesse du film (qui dure 2h30) se mesure justement à celui de ses portraits. Il y aurait également de quoi dire sur Dottie (Joan HACKETT) qui par "désir mimétique" (un concept théorisé par René Girard) prend pour amant un ami d'Harald le soir même du mariage de Kay, Priss (Elizabeth HARTMAN) qui espère promouvoir les idées progressistes des démocrates et se retrouve comme elle le dit elle-même "objet d'expérience" d'un homme républicain qui s'approprie son corps en lui faisant des gosses à la chaîne et en l'obligeant à nourrir au sein alors qu'elle ne le peut pas ou encore sur Polly (Shirley KNIGHT) qui se retrouve à jouer l'infirmière et la confidente de son père maniaco-dépressif et d'un homme marié qui utilise la psychanalyse pour s'exonérer de ses responsabilités ou encore sur Libby (Jessica WALTER) la cancanière du groupe qui se la joue vamp mais ne supporte pas d'être touchée par un homme.

** Alors que dans la scène du mariage de Kay, on voyait au contraire Lakey pleurer et s'absenter d'une partie de la fête.

Voir les commentaires

Douze hommes en colère (Twelve angry men)

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1957)

Douze hommes en colère (Twelve angry men)

Film magistral de par la maîtrise de sa mise en scène et ses qualités d'écriture et d'interprétation, "12 hommes en colère", le premier film de Sidney LUMET est une éclatante démonstration de ce que le huis-clos théâtral filmé "en temps réel" peut apporter au cinéma en terme de tension dramatique et de profondeur émotionnelle, psychologique et réflexive.

La vie ou la mort d'un homme est l'enjeu du film. Son sort dépend de la décision de 12 personnes tirées au sort qui doivent délibérer et prendre une décision à l'unanimité. Les dés ne pourraient pas être davantage pipés: l'accusé est un petit délinquant pauvre et issu d'une minorité ethnique, l'avocat qui a été commis d'office s'est contenté d'assurer le service minimum, les jurés sont certes issus de milieux disparates mais tous bien intégrés, WASP et tous masculins. Certains parmi eux se basent non sur les faits (ou plutôt leur interprétation, discutable) mais sur leur subjectivité irrationnelle (préjugés, projection) En plus il fait une chaleur accablante et le ventilateur de la salle des délibérations ne fonctionne pas. Certains parmi les moins scrupuleux ne pensent qu'à en finir au plus vite et se rangeront à l'avis de la majorité.

Toutes ces failles nous sont révélées peu à peu au fur et à mesure que le débat progresse. Car il y a débat par la "faute" d'un seul homme (Henry FONDA, le juré n°8) qui ose se dresser contre les autres. Il a des doutes et le doute suffit pour invalider la peine de mort. Peu à peu, il va développer courageusement ses arguments avec méthode (c'est un architecte qui, à l'image du scénariste construit son argumentation comme une maison, pierre après pierre) et retourner un par un les autres jurés, trouvant en son voisin (juré n°9) un précieux allié de par son expérience et sa finesse d'observation. Si certains comportements désolent par leur désinvolture, indécision ou étroitesse d'esprit, d'autres forcent l'admiration. Le film est donc une étude passionnante de la part d'humanité (bonne et mauvaise) qui intervient dans les décisions de justice. Plus le film avance, plus les plans se resserrent, individualisant les uns et les autres pour une série saisissante de portraits dressant un panorama assez représentatif de la variété des comportements humains.

Voir les commentaires

A bout de course (Running on empty)

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1988)

A bout de course (Running on empty)

« A bout de course » s’ouvre sur le défilement d’un ruban de bitume. Encore que sa progressive dissolution dans le noir puisse également signifier l’adieu à une époque, celle des seventies à la fois libertaires et engagées dont le road-movie est un symbole. En effet au bout de quelques minutes, on comprend qu’il s’agit de l’histoire d’une famille traquée par les agents du FBI pour un acte terroriste commis par les parents, militants de l’ultra gauche. Une quinzaine d’années auparavant, en 1971. Ils ont plastiqué un laboratoire du M.I.T (Massachussetts Institute of Technology) qui fabriquait du napalm pour l’armée américaine alors engagée dans la guerre du Vietnam. L’ironie du sort veut que cet acte violent commis au nom d’idéaux pacifistes ait mutilé un gardien, condamnant les parents à une vie d’errance perpétuelle. Au contexte américain où la mobilité est un fait de société (il n’est pas rare qu’une famille déménage 30 fois au cours de son existence au gré d’offres de boulots souvent temporaires) s’ajoute les origines juives communistes d’Arthur le père (Judd HIRSCH) qui donne à cette odyssée un caractère biblique. Annie la mère (Christine LAHTI) ayant renié son milieu bourgeois d’origine en rompant le contact avec ses parents a accepté de faire corps avec le destin du père… du moins jusqu’à un certain point.

Car cet aspect de l’histoire reste en arrière-plan, telle une épée de Damoclès suspendue au-dessus des personnages. On a même tendance même à oublier par moments leur statut de clandestins en cavale tant le film s’attache à dépeindre leur quotidien et non leurs moments de rupture. Ce qui intéresse Sidney LUMET et ce qui rend ce film inoubliable, ce sont les répercussions du drame sur les enfants. Obligés de changer d’identité, d’apparence et de déménager tous les six mois, comment peuvent-ils se construire et se projeter dans l’avenir ? Doivent-ils payer pour une faute qu’ils n’ont pas commise au nom de l’unité du « clan » obligé de se serrer les coudes dans l’adversité ? Cette loyauté qui les condamne au silence n’est-elle pas incompatible avec la rébellion propre à l’adolescence, indispensable pour s’autonomiser ? C’est tout le questionnement qui traverse le personnage central de Danny, le fils aîné de 17 ans, merveilleusement interprété par River PHOENIX. Pour caractériser ses contradictions internes, outre une magnifique scène impressionniste entre ombre et lumière, Sidney LUMET fait apparaître sur la porte d’un placard un poster de Charles CHAPLIN, la star du muet et juste derrière, un poster de James DEAN, le symbole de la jeunesse rebelle des années 50 (identification renforcée a postériori par le fait que River Phoenix comme James Dean est mort très jeune). D’autre part se pose la question de la transmission. Ironiquement (là encore), le seul véritable héritage que reçoit Danny est celui de sa mère Annie (car du côté du père, derrière une idéologie révolue il n’y a qu’un trou béant). En effet Sidney LUMET montre qu’il est impossible de faire table rase du passé. Celle-ci a eu beau couper tout contact avec ses parents, elle a emporté avec elle un clavier de piano, symbole de ses talents musicaux et elle l’a transmis à Danny qui s’avère être un musicien surdoué. Il n’est pas surprenant qu’elle finisse par éprouver le besoin de renouer les liens avec son père pour lui confier l’avenir de son fils lors de l’une des scènes les plus fortes du film. Cette évolution d’Annie était déjà perceptible lors des retrouvailles avec Gus (L.M. Kit CARSON) l’un de ses camarades activistes resté figé dans le radicalisme de sa jeunesse et qui lui reproche de s’être embourgeoisée (parce qu’elle a fondé une famille et qu’elle refuse de le suivre dans un nouveau « coup » dont l’issue tragique ne fait aucun doute). Subtilement, Sidney LUMET renvoie dos à dos les deux systèmes, celui du réseau activiste révolutionnaire et celui de la cellule familiale en ce qu’ils privent les individus de leur libre-arbitre. Alors que les parents se sont engagés très jeunes dans une voie dont ils payent à vie les conséquences, leur fils se sent tellement lié à eux qu’il ne se donne pas l’autorisation de s’engager dans une voie qui lui serait propre. En même temps, le film dépeint le moment clé où celui-ci découvre que son talent peut lui ouvrir une perspective d’avenir distincte de ses parents en étant remarqué par son professeur de musique et en tombant amoureux précisément de sa fille alors que l’attachement en dehors du clan lui est en principe interdit (comme le montre l’abandon du chien dans la séquence d’introduction). Quant à l’accusation « d’embourgeoisement » émise par Gus et par le père de Danny à propos de la vie de famille et de la passion de la musique classique, elle tombe d’elle-même à partir du moment où les « vieux » ont confisqué de façon contre-nature la rébellion qui est le privilège de la jeunesse. La fin tragique de Gus et l’errance sans but de la famille de Danny (« Running on empty » comme le dit le titre en VO, ils tournent à vide) montre que ce choix de vie nihiliste n’en est pas un. Danny ne peut sortir de son aliénation familiale qu’en restant sur place et en prenant racine quelque part. Le tout avec l’aide de sa mère mais aussi de son père qui s’avère moins psychorigide qu’il n’en a l’air. La mort de Gus a souligné que leur existence était une impasse et il aime suffisamment son fils pour lui laisser une chance d’en construire une qui ne le soit pas : « Va changer le monde. Nous avons essayé ».

Voir les commentaires

Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient-Express)

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1974)

Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient-Express)

Le remake récent de Kenneth BRANAGH a fait ressortir l'aspect volontairement suranné du film de Sidney LUMET réalisé en 1974. Celui-ci, bien connu pour son éclectisme, a en effet décidé de donner un cachet de classique des années 30 à son film (pour coller à l'époque de la narration du roman de Agatha Christie) plutôt que de l'ancrer dans le bouillonnement créatif des années 70 dont il était pourtant partie prenante. En résulte un résultat un brin nostalgique, l'impression d'être dans une bulle artificiellement hors du temps dans laquelle il est agréable de se plonger.

En effet cette partie de Cluedo élégante et racée se déguste avec plaisir de par le nombre de grandes stars présentes au mètre carré: Lauren BACALL en grande dame un peu fofolle, Ingrid BERGMAN en bigote, Sean CONNERY en colonel, Anthony PERKINS en proie au complexe d'Œdipe 14 ans après "Psychose" (1960), Jean-Pierre CASSEL pour la touche frenchy, Vanessa REDGRAVE, Jacqueline BISSET, Michael YORK etc. Leurs personnages sont plus intéressants qu'ils n'en ont l'air car ils sont dichotomiques. En apparence, ils ressemblent tous à de lisses images d'Epinal à collectionner mais leurs regards perçants, gestes nerveux incontrôlés et changements parfois brusque d'expression révèlent les êtres réels qui se cachent derrière le rôle qu'ils interprètent. De même l'aspect ludique et mécanique de l'enquête repose sur un substrat tragique très bien souligné dans la séquence introductive et également dans le dénouement qui fait écho au premier film de Sidney LUMET, "Douze hommes en colère" (1957). En effet s'il faut chercher un fil conducteur à son œuvre (dont le caractère disparate est un frein à sa lisibilité), c'est sa critique des institutions (policière, judiciaire, politique, médiatique) et son intérêt pour les gens qui par leurs fonctions ont la responsabilité d'autres vies entre leurs mains. Le policier Hercule Poirot (Albert FINNEY vieilli pour ressembler à un homme de plus de 50 ans) choisit ainsi de sacrifier la vérité pour mettre fin à l'hécatombe en vies humaines provoquée par l'affaire Cassetti alors que les 12 jurés improvisés mettent la leur en danger pour que justice soit rendue.

Voir les commentaires