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Articles avec #lgtb tag

Maurice

Publié le par Rosalie210

James Ivory (1987)

Maurice

Des trois adaptations des romans de Forster que réalisa avec succès James Ivory entre 1985 et 1992, Maurice est celle que je préfère. Le fait que ces oeuvres aient si bien résisté à l'épreuve du temps montre qu'il était injuste d'accuser Ivory d'académisme. Et c'est particulièrement vrai en ce qui concerne Maurice. Outre sa justesse de ton dans le parcours initiatique de ce jeune homme vers la connaissance de lui-même, le film est frémissant, sensuel sous son apparence corsetée. Car Forster et Ivory s'intéressent à des êtres épris de liberté qui se heurtent à la norme, ils dépeignent un désir aux prises avec les règles. Forster ancien étudiant à Cambridge et homosexuel clandestin a écrit un livre largement autobiographique qui n'a été publié qu'après sa mort. L'époque Edwardienne et l'atmosphère feutrée du collège anglais sied particulièrement bien à Ivory qui peut la filmer à sa manière à la fois pudique et inquisitrice, discrète et subversive.

Maurice est sans doute un des meilleurs films qui existe sur la condition homosexuelle vécue de l'intérieur dans une société "peu encline à accepter la nature humaine" comme le dit si justement le médecin hypnotiste joué par Ben Kingsley. Une sensation précoce de différence, la peur d'être rejeté par sa famille et par ses proches, la crainte de se confier, l'illusion et l'espoir que ce n'est qu'un goût passager ou que la science va venir à la rescousse, l'appréhension d'être découvert dans le milieu professionnel, le chantage qu'une telle découverte peut provoquer, le regard particulier sur le corps masculin, le chagrin d'être trahi et abandonné par l'âme soeur avec laquelle on vivait un amour platonique mais passionné, l'apprentissage de la solitude, l'amertume devant l'hypocrisie et l'intolérance, la répression légale vécue à juste titre comme une scandaleuse injustice. Mais aussi la découverte des plaisirs de la chair, l'étonnement d'être perçu comme tel par un autre homosexuel, la joie de renverser les barrières (sexuelles et sociales) de s'assumer, d'être soi-même quelles qu'en soient les conséquences par ailleurs.

Maurice (James Wilby, bouleversant) passe par tous ces états puisqu'il finit par accepter sa condition et l'idée d'un bonheur possible dans sa différence avec le garde-chasse Alec Scudder (Rupert Graves, magnifique). A l'inverse, son ancien grand amour Clive (Hugh Grant alors tout jeune et tout aussi remarquable que ses deux partenaires) ne supporte pas la pression sociale qui pèse sur ses épaules. Lorsque l'un de ses anciens camarades, le vicomte Risley est arrêté et condamné pour ses moeurs (une allusion à peine voilée au procès d'Oscar Wilde), il craque et après avoir rompu avec Maurice, il s'assèche dans une vie stérile faite de conventions et de mensonges. Comme dans Les Vestiges du jour, autre joyau de sa filmographie, Ivory excelle à suggérer via la fissure d'un plafond, un regard mélancolique derrière une fenêtre fermée les fêlures d'un être qui a renié sa nature profonde et s'est construit sa propre prison. 

 

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Mam'zelle Charlot (A Woman)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1915)

Mam'zelle Charlot (A Woman)

Un court-métrage burlesque à la trame conventionnelle et aux effets comiques peu originaux (chutes et torgnoles) qui aurait sombré dans l'oubli sans le moment où Charlot se travestit après avoir rasé sa moustache. Sa composition délicate est plus vraie que nature et réussit à jeter le trouble. Son numéro tout en minauderies et oeillades coquines est tout simplement époustouflant et confirme si besoin était son talent exceptionnel d'acteur.

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La vie très privée de Monsieur Sim

Publié le par Rosalie210

Michel Leclerc (2015)

La vie très privée de Monsieur Sim

L'entame du film fait penser à Blue Jasmine de Woody Allen. Soit un homme dépressif dont la vie familiale, professionnelle et sociale s'est désintégrée et qui dans une cabine d'avion assomme son voisin avec sa logorrhée insupportable. Ce dernier finit d'ailleurs par disjoncter de façon assez surréaliste. Plus tard dans le film, on le verra décidiver dans un autogrill avec celui qui le précède. On le verra également durant son parcours en forme de road-movie se mettre en couple avec son GPS à la voix féminine. Une idée surréaliste directement sortie du Her de Spike Jonze. Bref, le film décline le délitement des liens sociaux, la solitude et le manque de communication de nos sociétés modernes hyperconnectées (les amis sur Facebook, les forums de discussion...). Les paysages traversés symbolisent cette perdition qu'il s'agisse de cols enneigés, de plaines agricoles désertes ou de zones périurbaines standardisées. A chaque fois Sim s'amuse à déboussoler son GPS, qu'il tourne en rond sur les ronds-points ou qu'il se perde dans les zones blanches de la fracture numérique.

Néanmoins le film est bien autre chose que l'histoire linéaire d'un raté qui s'enfuit dans le désert. La façon dont il semble depuis toujours accumuler les échecs tout comme les perspectives qui finissent par s'ouvrir devant lui sont dépeintes avec une véritable richesse narrative. Il s'agit en effet autant un voyage dans l'espace qu'un va et vient dans le temps passé/présent/futur. Le passé refoulé du père -qui lui aussi a raté sa vie- resurgit au travers d'un journal et donne au héros une clé pour mieux se comprendre. De même, Sim découvre au travers d'un roman "l'étrange aventure de Donald Crowhurst" qu'il ressemble à ce navigateur des années 60 qui s'est égaré et ne sait plus comment rentrer chez lui. A chaque fois, ces outils de compréhension lui sont donnés par des femmes: Luigia son premier amour perdu de vue depuis 15 ans, Poppy une jeunette dont il s'amourache et qui veut lui faire rencontrer sa mère. À chaque fois, elles le mène à des hommes: Francis, l'ami de jeunesse de son père qui voulait en faire son amant et l'entraîner sur la route de Kerouac et Samuel l'oncle de Poppy, passionné par Crowhurst et qui a "flashé" sur Sim, ce que celui-ci ne comprend qu'au terme de son aventure. Pourtant le changement de direction du vent a lieu bien avant lors d'un repas où Samuel prend la défense de Sim qui est la cible de remarques méprisantes de l'un des convives ("vous êtes colporteur quoi?") avec un jeu de mots bien trouvé "Cole Porter, le musicien? Voyons vous ne connaissez pas Cole Porter?" La métaphore de la fausse route, du détour, du chemin de traverse, de l'erreur de parcours trouve alors sa pleine et entière signification.

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Victor Victoria

Publié le par Rosalie210

Blake Edwards (1982)

Victor Victoria

Remake d'un film allemand de 1933 Viktor und Viktoria de Reinhold Schünzel, le film de Blake Edwards se situe en 1934. Paris est reconstitué en studio comme dans les comédies musicales de Vincente Minelli mais on pense surtout à l'univers de music-hall de Bob Fosse dans Cabaret. Le film offre ainsi un véritable voyage dans le temps de ce genre cinématographique. Mais comme il s'agit aussi (et surtout) d'une comédie burlesque sur le travestissement et ses corollaires, le mensonge, l'artifice, la dissimulation, Edwards multiplie les hommages à ceux qui l'ont précédé. La photo de Marlène Dietrich sur la table de chevet de Victoria n'est pas là par hasard tant l'actrice allemande a su jouer de son androgynie pour jeter le trouble chez les hommes et les femmes notamment dans ses rôles de chanteuse de cabaret. Mais Edwards multiplie aussi les clins d'oeil à Billy Wilder (sous la direction duquel Dietrich a joué deux fois). Ainsi la maîtresse de King Marchand Norma renvoie à Marilyn par son prénom, ses cheveux blonds platine, sa coiffure et son costume. Son numéro reprend en version non censurée la célèbre séquence de la bouche de métro dans 7 ans de réflexion. Quant aux gangsters de Chicago dont King Marchand est l'un des leaders, ils renvoient évidemment à ceux de Certains l'aiment chaud, l'un des plus grands films existant sur le travestissement et ses thèmes sous-jacents, le désir et la sexualité.

La grande différence cependant avec les références citées par Edwards c'est qu'en 1982, les moeurs ont évolué et qu'il devient possible d'appeler un chat un chat. Les enjeux liés à la sexualité sont donc explicites qu'il s'agisse d'homophobie, de désir (homosexuel ou pas d'ailleurs), d'impuissance... Par le biais du travestissement, Edwards démontre brillamment que le désir se moque des catégories qui veulent l'enfermer. Il le fait avec élégance et légèreté. Sa mise en scène fluide fourmille de gags. Certains appartiennent au vaudeville (portes qui claquent, dissimulation dans le placard ou sous le lit...) d'autres, plus subtils relèvent d'un savant mécanisme de mise en scène (le doigt de l'inspecteur pris dans la porte mais qui ne réagit qu'après coup, le tabouret cassé de ce même inspecteur qui tombe à retardement, le numéro d'équilibriste qui trouve sa chute quand la voix de Victoria brise la bouteille etc.)

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Allez coucher ailleurs (I Was a Male War Bride)

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1949)

Allez coucher ailleurs  (I Was a Male War Bride)

Spécialiste des screwball comédies avec deux chefs-d'œuvre à son actif (L'impossible M. Bébé et La Dame du vendredi), Hawks réalise en 1949 un troisième film appartenant à ce genre avec toujours Cary Grant dans le rôle principal. Mais Allez coucher ailleurs est considéré comme étant un ton en dessous des deux films cités plus haut en raison de son rythme déséquilibré. La deuxième partie souffre en effet de longueurs. Mais le film reste un excellent divertissement et un bon témoin de son époque. Les tracasseries administratives de l'armée US (pour ne pas dire sa paranoïa) conduisent Cary Grant qui joue le rôle du capitaine français Henri Rochard dans une situation kafkaïenne pleine de cocasserie. Pour pouvoir suivre sa femme qui est officier dans l'armée jusqu'aux USA, il doit administrativement puis physiquement (via le travestissement) se faire passer pour une "épouse de guerre" (I was a Male War Bride est d'ailleurs le titre en VO). Seules les épouses étrangères de militaires américains étaient en effet autorisées à entrer aux USA dans l'après-guerre, rien n'étant prévu dans le cas contraire. La loi des quotas de 1924 et l'anticommunisme étaient à l'origine de la restriction de l'immigration.

De cette histoire authentiquement arrivée à un français, Roger H Charlier, Hawks tire un brillant parti en la tirant vers la screwball débridée. Plus que jamais Cary Grant joue le rôle d'un homme infantilisé et ridiculisé par une femme qui s'approprie l'identité et l'héroïsme masculin. C'est elle qui porte la culotte, qui conduit le side-car, qui donne des ordres, qui le sauve. Grant est réduit à l'état de potiche et de pantin qui ne sait pas gérer ses rapports avec les femmes. Plus le film avance et plus sa virilité s'amenuise jusqu'à être réduite au silence. Sa performance, très burlesque met en scène un corps inadapté à son environnement, engoncé dans des espaces étroits (le side-car, la baignoire), amenuisé, expulsé de partout, projeté dans les airs etc. Un corps au genre instable, un aspect que Hawks avait déjà exploité dans L'impossible monsieur bébé. La dernière séquence, hilarante d'Allez coucher ailleurs est la seule de toute sa carrière où il apparaît travesti. Certes il s'agit d'un déguisement grossier derrière lequel il a conservé ses habits masculins. Mais alors pourquoi n'enlève-t-il pas sa jupe à la fin du film?

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Chacun cherche son chat

Publié le par Rosalie210

Cédric Klapisch (1996)

Chacun cherche son chat

Chacun cherche son chat est un film qui réussit à capturer l'atmosphère d'un quartier de Paris en pleine transformation. Deux histoires cohabitent. Celle de Chloé, une petite maquilleuse mal dans sa peau qui s'efface derrière les superbes modèles dont elle s'occupe. Et celle d'un onzième arrondissement de Paris en pleine boboïsation où se côtoient deux mondes: un milieu populaire voué à disparaître représenté par de vieilles dames jouant leur propre rôle (dont la fameuse Madame Renée) et un milieu bourgeois-bohème en pleine expansion. Klapisch filme cette transition de façon documentaire: les démolitions, les déménagements en banlieue, le café des Taillandiers où le petit noir pris au comptoir ne coûte que 4 francs, les boutiques de fringues ou de disques, les bars de nuit, les tubes rétros et les tubes branchés... Les deux histoires se rejoignent dans la solitude commune à tous les personnages. Chacun cherche moins le chat perdu de Chloé qu'un peu de chaleur humaine, une amitié ou une histoire d'amour.

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Certains l'aiment chaud (Some Like it Hot)

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1959)

Certains l'aiment chaud (Some Like it Hot)

Some like it classic and some like it hot. Un des maîtres-mot du chef-d'oeuvre de Billy Wilder est la diversité et pas seulement celle des musiques. Celle des genres: poursuite du film noir/gags burlesque/comédie romantique d'un côté, filles/garçons/transgenres de l'autre. Celle des sexualités: hétérosexuelles et homosexuelles (féminine et masculine). Celle des climats: neige et mort à Chicago/soleil, palmiers et désirs torrides en Floride.

Car les autres thèmes majeurs du film sont le travestissement et la transgression. La Prohibition (le film se situe dans les années 20) cache le vrai sujet du film qui est le code de censure Hays encore en vigueur au moment du tournage à la fin des années 50. Seul le travestissement permet la transgression. Le cercueil contient des bouteilles de whisky, le corbillard contient des armes, les pompes funèbres abritent un tripot, le gâteau d'anniversaire cache un tueur, Joséphine et Daphné sont deux hommes, le millionnaire aux faux airs de Gary Grant (star glamour connu pour ses tendances bisexuelles et son goût pour le travestissement) est un saxophoniste fauché etc.

Certains l'aiment chaud s'avère donc être outre une comédie irrésistible un film très moderne dans son approche du désir, de la sexualité et de la féminité. Le film raconte l'initiation de deux hommes plutôt machistes au féminisme en les faisant passer de l'autre côté de la barrière. Ils découvrent la complicité et l'intimité avec des femmes et ils découvrent aussi les désagréments d'être considérés comme des objets sexuels par la gent masculine. En définitive ils découvrent surtout leur propre part de féminité. Joe acquiert une sensibilité qui lui faisait défaut dans son rapport à l'autre sexe alors que Jerry se retrouve coincé dans une hybridité comique dans laquelle son identité (de genre et sexuelle) vacille lorsqu'il se prend au jeu de la séduction avec le désopilant et néanmoins adorable millionnaire Osgood Fielding III. La scène finale ouvre tous les possibles comme le souligne la dernière réplique devenue culte, véritable provocation lancée à la face du puritanisme. Il est significatif que cette fin ouverte donne lieu aujourd'hui à deux interprétations diamétralement opposées. Pour la critique traditionnelle plutôt machiste, Jerry est pris au piège. Son "je suis un homme" est interprété comme une volonté d'être reconnu comme tel et le nobody's perfect d'Osgood est perçu comme une castration. Pour les gender studies, les féministes et les critiques LGTB il est au contraire libéré du poids de l'hétéro-machisme symbolisé par Joe et la mafia et l'on assiste à la naissance du premier couple homosexuel de l'histoire du cinéma, le nobody's perfect d'Osgood résonnant comme une déclaration d'amour inconditionnelle. Quant à Marilyn, elle est absolument parfaite dans le rôle de Sugar car elle est aussi hybride, ingénue d'un côté, bombe sexuelle de l'autre (et le film ne se prive pas de le souligner par tous les moyens!) 


 

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Ander

Publié le par Rosalie210

Roberto Caston (2009)

Ander

Ander, paysan du Pays Basque, célibataire, la quarantaine, vit avec sa mère et sa sœur Arantxa dans un hameau isolé du Pays Basque, la Biscaye. Sa vie est partagée entre les travaux de la ferme familiale et quelques heures à l'usine. Dans ce petit pays sauvage, rustique, la routine d'Ander n'est troublée que par quelques heures dans les bras de Reme, la prostituée locale. En effet, malgré l'insistance de sa mère, Ander refuse de s'engager et de se marier.
Jusqu'au jour où, à la suite d'une fracture de la jambe, il est obligé d'embaucher José, un ouvrier agricole péruvien. José débarque avec son sourire lumineux, sa douceur et sa timidité. L'immigré va bouleverser le monde si cloisonné du paysan et lui faire ressentir des choses qu'il ne soupçonnait même pas.

Dans son premier long-métrage superbe de sensibilité, de retenue et de grâce, Roberto Caston aborde de manière magistrale la thématique LGTB dans un environnement inattendu, celui du Pays Basque. L'histoire d'amour qu'il nous raconte est empreinte de délicatesse. Les regards sont fuyants, les gestes du quotidien évoluent imperceptiblement, les silences sont plus parlants que de longs dialogues : un suspense s’installe, entretenu avec tendresse et empathie. Puis vers le milieu du film, c'est l'explosion du désir qui nous surprend dans une scène d'amour physique brève et enfiévrée. Tout est juste et profondément humain, de la durée des plans au jeu sobre, pudique et intense des acteurs qui font de cet opus charnel, un bouleversement amoureux de deux hommes en quête de délivrance.

 

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Lady Oscar

Publié le par Rosalie210

Jacques Demy (1978)

Lady Oscar

Comment expliquer le naufrage de ce film en bonne place sur le site Nanarland (tout comme Parking) alors qu'il avait tant d'atouts au départ? Trop d'écueils se sont dressés sur le chemin de Jacques Demy sans doute et trop de paramètres non maîtrisés.

- La barrière de la langue et de la culture japonaise tout d'abord. En 1978 qui connaît les mangas en France alors que les animés commencent tout juste à remplir les grilles des programmes jeunesse d'Antenne 2? Celui de Lady Oscar n'existe d'ailleurs pas encore puisqu'il sera diffusé au Japon l'année suivante et en France à partir de 1986 avec le succès que l'on sait. La grandeur tragique et le souffle épique du manga de Riyoko Ikeda ainsi que la touche shojo si particulière (ce mélange unique et délicieux d'androgynie, de kitsch et de raffinement) disparaissent complètement. On retrouve certes chez Demy le même raffinement, la même élégance (dans l'harmonie des couleurs ou les mouvements de caméra tourbillonants par exemple) mais il vide le scénario de tout élément dramatique pour le tirer du côté du divertissement à la française du style "les mariés de l'an II." La figure transgenre d'Oscar devient ainsi un simple effet de mode, exactement comme pour Marco enceint dans L'Evénement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune. Mal à l'aise avec un thème qui le touche manifestement de trop près, Demy désamorce ce qu'il peut avoir d'explosif. Or la transgression subversive est au coeur de l'histoire et donne un relief extraordinaire à la Révolution dans le manga et l'anime qui est aussi l'histoire d'une émancipation. Rien de tel ici.

-Les choix scénaristiques réduisent les personnages et situations à des caricatures. Oscar devient une potiche (le plus beau poireau de France en fait...), Marie-Antoinette, une idiote écervelée qui bécote Fersen sous les fenêtres de Louis XVI, Rosalie une fille facile, Girodet un gros pervers (fous rires garantis dans la salle).

- Le choix des décors et des acteurs. Tourner à Versailles en décors naturels était en soi une idée séduisante. Mais Demy l'a fait pour des raisons de contraintes budgétaires et a bien du mal à habiter ces vastes espaces auxquels il n'a pas le droit de toucher. De même il doit renoncer à Dominique SANDA qui aurait été parfaite pour le rôle d'Oscar parce qu'elle est trop chère. Il choisit une danseuse anglaise inconnue Catriona Mc Coll parce qu'elle est blonde, sait faire de l'escrime et monter à cheval. Problème: elle ne dégage aucun trouble d'aucune sorte et son jeu est disons...limité. Le reste de la distribution est à l'avenant. Conséquence de ce manque de moyens et d'une direction d'acteurs approximative: de nombreuses scènes deviennent ridicules comme la prise de la Bastille, les Etats Généraux ou les mouvements théatraux de Catriona Mc Coll et des autres (fous rires garantis dans la salle bis repetita). Quant à la fin qui s'inspire clairement de celle des Enfants du Paradis elle achève de dénaturer les personnages, privés de rôle actif dans les événements et au final séparés alors que dans la mémoire japonaise ils sont indissociables. Franchement quel sens aurait Roméo et Juliette si Juliette lui avait survécu?

Le film a été un nouvel échec cuisant pour Demy. Il n'a évidemment pas marché au Japon puisqu'il dénaturait trop l'oeuvre d'origine. En France il n'a tout simplement pas été distribué. Il a fallu attendre 1997 pour qu'il sorte enfin en salles. Cependant tout n'aura pas été négatif. Un lien est né entre deux mondes bien différents exactement comme avec Harrison Ford et Model Shop. Lorsque Riyoko Ikeda s'est reconvertie en chanteuse lyrique, elle a donné un récital des airs chantés par Marie-Antoinette dans son petit théâtre à Versailles et Agnès Varda est venue l'écouter.

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L'impossible monsieur Bébé (Bringing up Baby)

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1938)

L'impossible monsieur Bébé (Bringing up Baby)

Hawks, largement ignoré dans son propre pays a été défendu par la critique française, notamment Les cahiers du cinéma (La nouvelle vague était très « hichcoco-hawksienne »). Mais si Hitchcock a été défendu surtout par Truffaut, c’est Rivette qui a mis en évidence l’importance de Hawks en 1953 avec un article intitulé Génie d’Howard Hawks : en apparence, Hawks ne fait jamais le même film et touche à tous les genres : films de gangster (Scarface), screwball comédies (Train de luxe, L’impossible M. Bébé, La dame du vendredi, Chérie je me sens rajeunir, Boule de feu, Le sport favori de l’homme, Allez coucher ailleurs ce dernier comme Certains l’aiment chaud ou Sylvia Scarlett étant aussi un drag-film puisque Cary Grant est déguisé en femme la moitié du temps), films d’aviation (Seuls les anges ont des ailes), western (La captive aux yeux clairs, Rio Bravo, Rio Lobo, Eldorado), films noirs (le port de l’angoisse, Le grand sommeil), comédie musicale (Les hommes préfèrent les blondes), fantastique (La chose d’un autre monde qui a donné lieu à un remake de John Carpenter, The Thing). Le génie de Hawks pour Rivette c’est de rester lui-même et reconnaissable quel que soit le genre abordé. En effet, il filme toujours de la même façon, à hauteur d’homme et de façon très énergique.

L’impossible M. Bébé est une comédie de la science comme Chérie je me sens rajeunir et Boule de feu. Le film aborde également le changement de sexe et les limites de l’humain (l’identité sexuelle souvent instable est au cœur des films de Hawks). C’est une screwball comédie (screwball signifie frénétique, fofolle, loufoque, déjantée) avec une forte présence de l’animalité (« comédie avec chien, léopard et brontosaure ») héritée du burlesque (Harold Lloyd) où un tandem qui se dispute se réconcilie à la fin.
Le film appartient au genre de la comédie du remariage (thème majeur de la screwball comédie) en ce que le héros est sur le point d’épouser une certaine Mrs Swallow qui lui promet une vie fossilisée symbolisée par le brontosaure. La rencontre avec Susan lui permet de suivre son instinct et de se réconcilier avec sa part animale qu’il refuse au départ comme le montre sa réaction à la première vision du léopard. La contamination homme/animal est particulièrement forte pendant le dîner avec le major qui imite le cri du léopard. Le film est anarchiste car il s’en prend à toutes les institutions et tous les conformismes. La screwball comédie est profondément subversive socialement, notamment sur les rapports hommes/femmes. Elle joue un rôle d’exutoire comme le carnaval en renversant l’ordre établi et en proposant des modèles de femmes fortes et libres.

Les sources de comique sont nombreuses :
-Répétition (par exemple: les phrases répétitives comme « Je reviens dans une minute Mr Peabody" ou « Tout va bien »)
-Gestes : olives, chutes, inversion des sacs de femme, costumes déchirés etc. L'héritage burlesque joue à plein comme le film avec Laurel et Hardy Son altesse Royale de Léo Mc Carey (un court-métrage muet) où l’on trouve également le gag de la robe déchirée.
-Allusions salaces : « Mr Bone-Mr Bony » qui signifie en argot "en érection" ; « Cet os doit faire partie de la queue » ; Mrs Swallow ; « Arrêtez de faire ça avec votre chapeau » (en fait une main aux fesses déguisée).
-Inversion, métamorphose, transformation (homme/femme), dédoublement (léopard apprivoisé/sauvage) et symétrie (première et dernière séquence, celle-ci étant reprise dans La mort aux trousses).

 

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