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Articles avec #gondry (michel) tag

Tokyo!

Publié le par Rosalie210

Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-ho (2007)

Tokyo!

D'ordinaire, je n'aime pas les films à sketchs, collectifs ou individuels. La fragmentation en plusieurs moyens métrages est frustrante, à peine entré dans une histoire qu'il faut déjà passer à autre chose sans que rien ne puisse être approfondi. Mais dans ce cas précis, la réunion de trois grandes pointures du cinéma d'auteur autour de la capitale japonaise fait des étincelles. D'ailleurs les trois segments sont de qualité à peu près équivalente (ce qui est un exploit) et entretiennent entre eux des relations plus étroites qu'il n'y paraît autour de l'exclusion et de la folie, en dépit du style très différent de leurs réalisateurs respectifs.

- Le premier volet "Interior design" signé de Michel GONDRY dépeint le mal-être d'une jeune fille qui ne parvient pas à trouver sa place à Tokyo. Un surprenant virage fantastique lui fait subir une cruelle métamorphose qui résout son problème existentiel et donne son sens au titre. Peut-être le moins (relativement) abouti des trois parce qu'il faut attendre la fin pour qu'il déploie tout son potentiel.

- Le second, signé Leos CARAX, prototype de l'une des séquences les plus célèbres de "Holy Motors" (2012) est intitulé "M. Merde". Une immonde créature surgie des égouts (de l'inconscient) jouée par Denis LAVANT sème le chaos dans la ville la plus policée du monde en multipliant les gestes puis une fois arrêtée, les propos iconoclastes. Le résultat est décoiffant et plus subversif que dans "Holy Motors" qui recherche davantage au travers du même personnage un résultat esthétique ("la belle et la bête") plutôt que politique. On reconnaît en M. Merde un avatar des créatures bestiales fantastiques nocturnes qui hantent le cinéma de Carax (le gorille de Dieu, Nosferatu...)

- Enfin le troisième segment, réalisé par BONG Joon-ho et intitulé "Tokyo shaking" établit un parallèle entre les tremblements de terre et les ébranlements du coeur de son protagoniste principal qui est tellement allergique au changement et au contact humain qu'il est devenu hikikomori c'est à dire reclus volontaire. Ce repli sur soi semblable à l'autisme (le refus du social et même simplement du contact visuel avec autrui, la compulsion de répétition routinière, d'accumulation d'objets, empilés ou alignés avec un perfectionnisme maniaque) est montré au final comme un fléau collectif: lorsque le héros se décide à sortir, il se retrouve dans une ville dont les espaces publics ont été désertés par leurs habitants. Quant à la jeune fille dont il est amoureux, on ne sait pas si elle est de nature humaine ou mécanique. Le résultat est étrangement hypnotique et poétique.

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Eternel sunshine of the spotless mind

Publié le par Rosalie210

Michel Gondry (2004)

Eternel sunshine of the spotless mind

Le début du film est en trompe-l'oeil. Ce que l'on croit être une première rencontre est en fait un "éternel retour" cher à Nietzsche (cité explicitement dans le film tout comme le poème d'Alexander Pope d'où est extrait le titre du film.) Eternel sunshine of the spotless mind est un éternel recommencement et l'autopsie d'une relation amoureuse entre deux personnages qui ne peuvent ni s'aimer, ni se séparer. L'attachement entre eux est aussi viscéral que la communication est impossible. Leurs premières rencontres matérialisent leur sentiment commun d'étrangeté. Leur solitude les condamne à se rapprocher que ce soit au bord d'une plage désolée ou bien sur un étang gelé. Et en même temps, la mise en scène souligne leur incapacité à se comprendre au travers de tensions, de silences, de barrières infranchissables (rampe d'escalier, sièges de wagon, rayonnages de bibliothèque etc.) L'idée d'avoir fait jouer à contre-emploi deux acteurs au profil typé est particulièrement brillante. Kate Winslet est l'élément explosif, spontané, déluré, instable du couple. Elle change de couleur de cheveux aussi souvent que ses variations d'humeur. Jim Carrey est à l'inverse un homme triste et introverti voire dépressif car incapable de gérer les conflits (autrement qu'en se défoulant sur les objets). Tous deux crèvent l'écran et forment un couple aussi détonnant qu'attachant.

En guise de (fausse) solution à leur problème de couple, un élément fantastique est introduit dans le film, celui qui consiste à se faire effacer la mémoire. Une tentation très humaine, celle de ne plus souffrir et dont la réalisation s'avère pire que le mal. Outre le fait que l'anesthésie de leurs sentiments prive les personnages de leur humanité elle les prive aussi de leur identité ce qui bénéficie à la société Lacuna dont les pratiques manquent singulièrement d'éthique. Patrick, l'un des employés joué par Elijah Wood vole l'identité de Joël pour devenir le nouveau petit ami de Clémentine, deux autres, Stan et Mary (Mark Ruffalo et Kirsten Dunst) font la nouba chez lui sans se soucier de son existence, Howard le gérant (Tom Wilkinson) s'offre en cadeau bonus Mary avant de lui faire effacer la mémoire etc. C'est pourquoi le film, passionnant de bout en bout, prend la forme originale d'une succession de souvenirs déstructurés engloutis les uns après les autres. Comprenant trop tard la manipulation dont il est l'objet, Joël tente de s'opposer à cet anéantissement avec ses faibles moyens et son combat prend la forme d'une lutte de l'individu contre la machine. A ce jeu là, Gondry est très fort et son cinéma inventif permet de se déplacer aux 4 coins du cerveau de Joël, en reconstituant ses souvenirs de façon très onirique: visages effacés, pans entiers d'images qui s'écroulent, changement brusque de personnage, scènes d'enfance où Gondry joue sur les âges et les échelles (tantôt on a un enfant sous la table, tantôt un Jim Carrey se comportant en enfant entouré de meubles gigantesques, tantôt Kate est une petite fille et tantôt la baby-sitter...)

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Soyez sympas, rembobinez (Be Kind Rewind)

Publié le par Rosalie210

Michel Gondry (2008)

Soyez sympas, rembobinez  (Be Kind Rewind)

Le film de Michael Gondry rattrape ses faiblesses budgétaires, esthétiques et rythmiques (le démarrage est laborieux et on se demande pendant 3/4 d'heure où il veut en venir) par un bouillonnement créatif jubilatoire et une grande richesse dans les domaines explorés.

Tout d'abord la filiation du cinéma de Gondry avec celui de Meliès saute aux yeux. On retrouve chez ces deux cinéastes le goût de la magie, des effets spéciaux, des trucages et de l'animation artisanale. Cette science du bricolage est ici mise en abyme: Gondry fabrique un film où deux personnages fabriquent des films suédés. Le suedage est un remake raccourci (15 minutes maximum) et parodique de films plutôt commerciaux et/ou cultes (Ghostbusters, 2001, Men in Black, Rush hour 2, King Kong etc.) réalisés avec des bouts de ficelle. Le plaisir jubilatoire ressenti par les personnages et le réalisateur est transmis au spectateur pour qui soudain le cinéma devient accessible. Avec cette technique, n'importe qui peut faire un film. De plus la durée très courte des films suédés fait penser aux clips et pubs que Gondry a réalisé au début de sa carrière.

Ensuite au travers de la démagnétisation des cassettes vidéos dont toutes les données disparaissent avant leur réenregistrement en suédé on retrouve le thème de l'effacement de la mémoire déjà exploré dans son 3° film Eternel sunshine of the spotless mind. En 2007, les VHS avaient déjà disparu et le DVD était en crise, le film est donc volontairement anachronique.

Enfin Soyez sympas rembobinez est un double hommage. D'abord à la comédie américaine classique et plus précisément celle de Capra, Vous ne l'emporterez pas avec vous où une communauté chaleureuse façon village gaulois résiste aux prédateurs capitalistes qui veulent raser leur immeuble (les exproprier de leur video-club et détruire les films piratés chez Gondry). Hommage aussi au sous-genre de la comédie qu'est le buddy movie (film de potes). Et hommage enfin à la musique noire populaire à travers la figure du jazzman Fats Waller qui serait né dans l'immeuble du video-club (Gondry est aussi musicien.)

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