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Articles avec #film de proces tag

Maine Océan

Publié le par Rosalie210

Jacques Rozier (1986)

Maine Océan

Le cinéma en plein air de La Villette m'a fait découvrir en 1998 dans sa programmation "au fil de l'eau" ce film qui m'a paru à l'époque être un véritable OVNI du cinéma français. C'est plus tard que j'ai compris l'importance qu'il avait auprès de nombreux cinéphiles et de réalisateurs qui cherchent à ancrer leurs récits dans une certaine territorialité tout en s'échappant dans une autre dimension (comme Alain Guiraudie ou les frères Larrieu par exemple.) Maine Océan est un film-parcours qui commence bien ancré sur des rails avant de bifurquer ou plutôt -puisqu'il s'agit de faire "un petit tour en mer"- de divaguer dans des directions inattendues. Il fait se rencontrer des gens qui ont au départ le plus grand mal à communiquer en raison de différences de langues mais aussi de classe sociale. On voit ainsi d'abord se heurter puis s'apprivoiser au travers de l'alcool et surtout de la musique et de la danse une brésilienne qui ne parle pas un mot de français, un marin à l'accent vendéen si prononcé qu'il est presque inaudible, une avocate et deux contrôleurs de la SNCF qui peuvent ainsi échapper temporairement à la grisaille de leur quotidien. L'un d'eux, Le Garrec (Bernard Menez) finit même par perdre le sens des réalités au point de se prendre pour le "roi de la samba" et de se laisser piéger par les promesses fallacieuses de l'imprésario de la danseuse brésilienne. Son retour sur terre sera laborieux mais il y parviendra en bénéficiant de la chaîne de solidarité des marins vendéens. Le film oscille en permanence entre un aspect documentaire (la micro-société de l'île d'Yeu) et un aspect lyrique quasi-mystique que ce soit dans la longue scène de communion dans la samba ou la succession de travellings finaux dans des paysages de fin du monde.

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Furie (Fury)

Publié le par Rosalie210

Fritz Lang (1936)

Furie (Fury)

Furie est le premier film américain de Fritz Lang réalisé en 1936. Il est à la société américaine ce que M Le Maudit est à la société allemande: la radiographie d'une dérive de la démocratie sous l'effet du populisme attisé par la crise économique et la faiblesse des États. Aux USA où le droit de porter des armes est inscrit dans la constitution, où l'individualisme est roi et où la méfiance vis à vis des interventions de l'Etat est de mise, on compte 6000 lynchages dans la première moitié du XXe siècle sans parler des chasses à l'homme et autres débordements de la justice privée (les films qui en parlent sont nombreux du Silence et des ombres à Truman show en passant par À Vif, Le droit de tuer, Justice sauvage etc.)

Lang utilise avec talent deux styles de mise en scène. Celle du classicisme américain pour filmer ce qui est rationnel et notamment le procès des lyncheurs (moment incontournable de tout film US sur la justice). Et celle de l'expressionnisme allemand avec ses éclairages contrastés pour illustrer la sauvagerie tapie en chaque homme. Plusieurs gros plans montrent les visages grimaçants des lyncheurs qui filmés à leur insu sont bien obligés de regarder cette réalité en face lorsque le film est projeté durant le procès (formidable mise en abyme du rôle ambigu du cinéma.) Mais leur victime n'est pas épargnée. Joe Wilson (Spencer Tracy) n'échappe à la mort que pour mieux se venger tout à fait à la façon de Monte-Cristo auquel on pense. Les deux hommes sont dépeints comme de naïfs et innocents jeunes hommes arrêtés juste au moment où ils allaient se marier, pris au piège d'une erreur judiciaire qui les brise de l'intérieur et où ils manquent y laisser la peau. Ils changent alors de personnalité, laissant le monstre s'emparer d'eux. La mort de la petite chienne de Joe qui venait de mettre bas dans l'incendie de la prison symbolise ce basculement. Le visage de Spencer Tracy déformé par un rictus, sa voix devenue rauque, son chapeau couvrant à demi son visage et les éclairages en clair-obscur le rendent terrifiant. Seule la femme aimée peut le ramener à la raison. "Ne m'abandonne pas" s'écrie d'ailleurs Joe au terme d'une nuit d'errance et de lutte intérieure solitaire semblable à celle de M. Enfin le film dissèque de façon impitoyable les phénomènes de violence collective où la responsabilité de chacun se dissout dans le groupe, où les rumeurs déformées et colportées de bouche à oreille font des ravages et où l'omerta est systématique. Chacun étant impliqué dans le crime, chacun couvre les autres par solidarité. Un phénomène bien connu des nazis qui l'utilisèrent de façon systématique pour souder leurs groupes de combattants, SS notamment.

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M le Maudit (M – Eine Stadt sucht einen Mörder)

Publié le par Rosalie210

Fritz Lang (1931)

M le Maudit (M – Eine Stadt sucht einen Mörder)

M Le Maudit est à la fois l'instantané d'une société dont Lang prophétise le basculement imminent dans le nazisme et un film qui analyse l'être humain dans toute sa complexité. D'un côté les institutions légales sont mises à mal par leur incapacité à capturer le criminel. Elles finissent par se faire doubler par une société parallèle clandestine venue des bas-fonds, celle de la pègre tout aussi organisée et dont les méthodes musclées sont couronnées de succès. Comment ne pas voir dans ce parallélisme (souligné par le montage alterné) un reflet de la faiblesse de la République de Weimar minée par la crise et menacée par la montée des extrêmes? Le chef de la pègre Stränker a d'ailleurs l'allure d'un milicien SA ou SS. Les signes de la crise sont partout: les bureaux éventrés, les usines désaffectées, le poids de la pègre, les inégalités sociales qui se creusent (la mère de la petite Elsie victime du meurtrier ne peut pas aller la chercher à l'école) et enfin la montée de la violence populaire.

Parallèlement Lang analyse en effet le mal à l'échelle d'un individu et d'une foule. Il choisit un pédophile comme personnage principal, l'une des formes de criminalité qui déchaîne les plus bas instincts. Son but est de montrer le populisme dans ce qu'il a de plus abject: la chasse à l'homme, le lynchage, la délation. L'humanité du meurtrier est niée "Nous devons le traiter comme un chien enragé, écrasez-le!" "Tuez la bête" révélant que cette bête est tapie en chacun de nous et qu'au lieu de la reconnaître, on la rejette sur un autrui qui sert de bouc-émissaire. Belle analyse au passage de l'idéologie nazie (une purification ethnique au détriment d'un peuple jugé porteur de tous les maux). Le meurtrier s'avère être en effet également une victime de lui-même autant que de ceux qui le traquent, un malade schizophrène démuni face à des actes qu'il n'arrive pas à contrôler. Les signes abondent d'ailleurs en ce sens (la figure spiralaire hypnotique en image et en musique avec l'air de Grieg, la figure phallique avec la flèche qui monte et descend...) Comme le dit son avocat une société civilisée doit soigner un tel homme et non le livrer au bourreau. Car traiter le mal par la vengeance ne fait que le faire grandir.

Premier film parlant de Fritz Lang, M n'en est pas moins fortement marqué par l'esthétique expressionniste du muet. La première séquence du film est un modèle en la matière avec les images signifiant la mort de la petite fille (images de lieux vides et d'objets abandonnés) ou la célèbre scène de la colonne Morris avec l'ombre du tueur qui couvre puis révèle le mot "meurtrier". De même le jeu de Peter Lorre est très corporel et poussé à l'extrême.

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Les sentiers de la gloire (Paths of Glory)

Publié le par Rosalie210

Stanley Kubrick (1957)

Les sentiers de la gloire (Paths of Glory)

Les sentiers de la gloire met en lumière les scandaleuses injustices commises par l'armée française pendant la première guerre mondiale et longtemps étouffées. Il s'inspire en effet d'un fait réel: En 1915, 4 officiers accusés de lâcheté furent exécutés pour l'exemple à la suite d'un ordre du sinistre général Réveilhac qui face au refus de ses troupes de se lancer dans un assaut impossible n'avait pas hésité à ordonner de faire tirer sur ses propres hommes. Comme dans le film, le colonel d'artillerie avait refusé d'obéir sans un ordre écrit.

Ce que le film met parfaitement bien en lumière, c'est que l'armée est une société en miniature reproduisant les barrières et rapports de force entre les classes sociales. Les simples soldats issus de milieux populaires s'entassent dans les tranchées boueuses et puantes et servent de chair à canon tandis que les officiers aristocrates vivent abrités dans des châteaux, donnent des réceptions et ont droit de vie et de mort sur une populace qu'ils méprisent. Le colonel Dax joué par Kirk Douglas qui est avocat dans le civil représente les classes moyennes en essor. Il va et vient entre les deux mondes, à la fois supérieur des soldats et subordonné des généraux.

Le film montre également que l'armée est une institution où règne une culture de l'irresponsabilité généralisée. Chacun peut se défausser de ses actes sous le prétexte qu'il obéit à un ordre et se défouler sur les autres sans être inquiété. En cela il souligne à quel point la première guerre a préfiguré la monstruosité de la seconde où sous les mêmes prétextes, des milliers de civils hommes, femmes et enfants ont subi le même sort. Il dénonce également les manipulations psychologiques dont sont victimes les soldats à qui on inculque le culte du courage pour qu'ils perdent tout discernement et aillent se faire massacrer ou exécuter sans broncher.

Les sentiers de la gloire est donc moins un film contre la guerre qu'un film contre l'armée dans lequel Kubrick donne toute la mesure de son antimilitarisme humaniste. Les autorités françaises ne s'y sont pas trompées. Sorti en 1957 en pleine guerre d'Algérie, le film fut invisible en France jusqu'en 1975. Il ne fut pas officiellement censuré mais le Quai d'0rsay fit pression sur les distributeurs pour qu'ils renoncent à l'exploiter. Le gouvernement tenta même de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Belgique pour y faire interdire le film (car c'est là que les cinéphiles français se rendaient pour le voir).

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Larry Flynt (The People VS. Larry Flynt)

Publié le par Rosalie210

Milos Forman (1996)

Larry Flynt  (The People VS. Larry Flynt)

"On refait toujours le même film" disait Jean Renoir. C'est particulièrement frappant dans le cas de Milos Forman. Ses films sont pour la plupart centrés sur des personnages masculins de fiction (Mc Murphy, Coalhouse Walker Junior) ou ayant réellement existé (Amadeus, Larry Flynt, Andy Kaufman). Des mauvais garçons charismatiques, provocateurs, showmen (plusieurs sont artistes) luttant le plus souvent pour la liberté d'expression ou le respect de leurs droits fondamentaux contre un système tyrannique. Ces leaders quelle que soit la noblesse de leur cause sont très imbus d'eux-même, manipulateurs et parfois grossiers. Néanmoins ils finissent tous par devenir des personnages christiques en se sacrifiant pour leur cause.

Larry Flynt est emblématique de ce type de personnage et parcours. La célèbre et polémique affiche qui le montre crucifié sur un ventre féminin en string avec pour seul vêtement un drapeau américain ainsi que celle moins sulfureuse qui le montre baillonné avec ce même drapeau dit tout.

Larry est en effet au départ un type plutôt minable, tenancier d'une boîte de strip-tease qui va avoir une idée de génie: créer Hustler un magazine concurrent de Playboy sans la caution "porno chic et bon teint" de celui-ci". Ce simple magazine va déchaîner les passions et confronter Larry à l'intégrisme religieux mais aussi au déferlement de haine raciste (car son magazine abolit toutes les barrières du bon goût de l'époque, y compris celle des "races.") C'est pourquoi son avocat très BCBG (Edward Norton) le défend bec et ongles y compris contre lui-même. Il dit en substance "je n'aime pas ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire." On ne peut que penser à Charlie Hebdo où le débat sur la liberté d'expression a croisé la violence et le terrorisme (Flynt a été victime d'un serial killer suprémaciste blanc et la rédaction de Charlie Hebdo de deux islamistes fanatiques).

A noter que le véritable Larry Flynt fait une apparition dans le film où il joue...le juge de Larry Flynt!

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Du silence et des ombres (To Kill a Mockingbird)

Publié le par Rosalie210

Robert Mulligan (1962)

Du silence et des ombres (To Kill a Mockingbird)

Ce très beau film de Robert Mulligan célèbre aux USA mais longtemps méconnu en France est une adaptation du roman de Harper Lee Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird en VO, prix Pulitzer 1961) qui signifie "ne tirez pas sur les innocents". Les innocents se sont les enfants et plus généralement les boucs-émissaires: Tom Robinson, Boo Radley et Atticus Finch.

Le film est à mi-chemin entre chronique réaliste et conte fantastique. L'ambiance expressionniste proche de celle de la Nuit du chasseur nous plonge au coeur des peurs enfantines tout en jetant une lumière crue sur Maycomb, une petite ville d'Alabama durant les années 30 où sévit la ségrégation (le roman et le film sont sortis au début des années 60 au moment de la lutte pour les droits civiques des noirs). Atticus Finch, un avocat intègre et (trop) clairvoyant décide de défendre Tom Robinson, un noir accusé d'avoir violé une blanche (l'obsession des racistes américains). Il découvre la vérité et il l'expose durant le procès. Cela n'empêche nullement Tom d'être condamné mais Bob Ewell, le malfaisant père de la jeune fille violée décide de se venger d'Atticus en s'en prenant à ses enfants, Jem et Scout. Ceux-ci sont par ailleurs fascinés par le soi-disant croquemitaine de la ville, un fantôme qui ne sort jamais de chez lui et qu'ils ont surnommé "Boo". Sans qu'ils le sachent, celui-ci leur fait des cadeaux et veille sur eux. Enfin l'ami des enfants d'Atticus, Dill est inspiré de Truman Capote qui était un ami d'enfance d'Harper Lee.

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