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Articles avec #drame tag

Le Bleu du Caftan

Publié le par Rosalie210

Maryam Touzani (2023)

Le Bleu du Caftan

"Le Bleu du Caftan" est un très beau film, à la fois sensuel et pudique. Sensuel de par le métier qu'exerce Halim (Saleh BAKRI), un artisan qui fabrique des caftans (robes traditionnelles marocaines) dans sa boutique-atelier et pour qui l'amour du travail bien fait ne se marchande pas. Aux injonctions des clientes pressées, voire grossières, il oppose la qualité de son savoir-faire et même une philosophie autour du vêtement qui dure bien au-delà de la vie de sa propriétaire. Il est énergiquement secondé par sa femme, Mina (Lubna AZABAL) qui est de son propre aveu "solide comme un roc" et envoie balader celles qui insistent ou se montrent inconvenantes. Lorsque l'apprenti de Halim, Youssef entre en scène, il vient troubler ce couple fusionnel. On comprend très vite que Halim est homosexuel et que Mina sait parfaitement ce qu'il en est. Mais le tabou est tel que rien ne peut s'exprimer par la parole. Ce sont donc les regards, les inflexions de voix et les caresses sur le tissu qui s'expriment pour signifier le trouble, la jalousie, le désir. Comme dans "La Confusion des sentiments" de Stefan Zweig, Halim vit dissocié, allant décharger ses pulsions au hammam puis se laissant aimer physiquement par Mina qui est bien plus active que lui. D'ailleurs c'est elle qui l'a demandé en mariage. Lorsqu'elle manifeste des signes de rechute d'une "maladie" dont il n'est pas difficile de deviner la nature, Halim se réfugie d'abord dans le déni. Mais progressivement, le film offre un dévoilement extrêmement pudique des corps et des sentiments. Ce n'est pas la première fois que l'on voit au cinéma un couple soudé face aux moeurs rétrogrades de la société ("Le Temps d'aimer" (2022) aborde le même thème et avant, il y a eu "La Victime" (1961) qui a levé le tabou en Angleterre à une époque où l'homosexualité était encore pénalisée) mais assez paradoxalement, "Le Bleu du Caftan" est une superbe ode à la vie et à l'amour. Plus Mina s'approche de la mort, plus elle se libère, plus elle libère son mari et le jeune Youssef. La scène où ils dansent ensemble est magnifique de même que les marques d'amour de Halim, telles ces mandarines qu'il achète puis épluche pour elle. C'est dans le final que j'ai repensé au titre "Le Bleu du Caftan" qui résonne quelque peu comme "Le Bleu du Carcan". Progressivement, c'est le bleu infini du ciel qui se substitue à la Médina, comme la tunique qu'offre Halim à sa femme en un ultime geste d'amour.

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Daïnah la métisse

Publié le par Rosalie210

Jean Grémillon (1931)

Daïnah la métisse

Renié par son réalisateur, Jean GREMILLON, Dainah la metisse" (1931) est un film qui a été amputé d'une quarantaine de minutes par la société de production Gaumont ce qui l'a transformé en moyen-métrage elliptique (forcément!) mais au contenu assez fascinant. Les inévitables lacunes narratives sont compensées par une atmosphère onirique et une mise en scène hypnotique qui épouse la géométrie du navire où se déroule l'histoire. Et les personnages sont pour le moins atypiques, surtout pour un film réalisé au début des années 30, âge d'or du colonialisme. Pour mémoire en 1931, la France organisait une exposition au bois de Vincennes glorifiant son Empire surnommé "la plus grande France". Or le film comme son titre l'indique a pour héroïne une jeune femme métisse (Laurence CLAVIUS) qui flirte avec les passagers du paquebot de luxe où ils voyagent en direction de Nouméa. Le tout sous l'oeil envieux de quelques commères frustrées et d'un mari magicien quelque peu délaissé. Comme dans "Green Book" (2018), les repères sont inversés. Smith, le mari de Dainah (Habib BENGLIA), est un homme noir extrêmement distingué et fortuné alors qu'elle devient la cible d'un mécanicien blanc fruste, Michaux (Charles VANEL) qui tente d'abuser d'elle. Le désir est donc central dans un film qui invite pour reprendre l'expression de Rimbaud à un dérèglement de tous les sens et de toutes les normes. Une des scènes les plus marquantes est celle du bal masqué à bord du navire où tous les convives bourgeois portent des masques particulièrement disgracieux et où le visage de Dainah est recouvert par une grille, comme celui d'Hannibel Lecter sans doute parce qu'elle est un "met de choix" qu'il faut la préserver des regards concupiscents, à moins que ce ne soit le contraire. En tout cas, le résultat est incontestablement subversif ce qui explique sans doute le charcutage en règle qu'a subi le film à sa sortie. Film qui entre en résonance avec le cinéma fantastique d'un Georges FRANJU ou d'un David LYNCH sans oublier "Eyes wide shut" (1999) de Stanley KUBRICK.

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Pluto (Puruto)

Publié le par Rosalie210

Toshio Kawaguchi (2023)

Pluto (Puruto)

Naoki Urasawa est l'auteur de mes deux mangas préférés: "20th Century Boys" et "Pluto", tous deux primés à Angoulême, respectivement en 2004 et en 2011. Tout en bâtissant des intrigues palpitantes et des personnages intenses, Naoki Urasawa insuffle à ses oeuvres une dimension existentielle d'une puissance rare. Ainsi en est-il de "Pluto" qui rend hommage au père des mangas, Osamu Tezuka et à "Tetsuwan atomu" alias "Astro le petit robot" chez nous. Un auteur qui développait dans ses oeuvres nombre de thèmes religieux et philosophiques. Mais l'oeuvre d'Urasawa est plus sombre, plus adulte, plus mélancolique, plus inquiète, hantée par le mal. Elle prolonge à la fois la réflexion d'Asimov et celle de Philip K. Dick sur les robots avec un questionnement très simple mais imparable sur nos profondes contradictions humaines. L'homme a voulu créer le robot à son image mais il ne veut pas qu'il mente ni qu'il tue tout en l'utilisant comme machine de guerre dans les conflits armés. Il veut en garder le contrôle tout en lui insufflant des émotions par essence incontrôlables et ensuite s'effraie de voir celui-ci lui échapper. Le dernier avatar de Frankenstein s'appelle d'ailleurs Bora dans "Pluto" et ressemble à la créature d'eau et de glaise de Prométhée.  

Le résultat est que les robots de "Pluto" sont des vétérans de guerre remplis de tourments. Les plus sophistiqués d'entre eux ont une apparence humaine qui les rend indécelables à l'oeil nu. Ils ont un subconscient, une mémoire traumatique, sont submergés par la haine ou l'empathie, jouent du piano, peignent, jardinent, ont une famille, ne comprennent pas d'où viennent leurs larmes, mentent aux autres comme à eux-mêmes. Alors évidemment en dépit du tabou nimbé d'une épaisse couche de déni, il apparaît évident que ces robots peuvent tuer, et pas seulement d'autres robots. L'enquête porte d'ailleurs sur une intelligence artificielle qui commet des meurtres, sur les robots les plus puissants du monde mais aussi sur des humains qui leur sont liés. Tous ont trempé dans un conflit sanglant qui s'inspire de l'invasion de l'Irak par les USA en 2003, le "39° conflit d'Asie centrale".

Mais cette enquête en rejoint une autre, beaucoup plus intime. Gesicht, le robot-inspecteur chargé des investigations veut comprendre l'origine des cauchemars qu'il fait toutes les nuits, comprenant peu à peu que sa mémoire a été trafiquée par ses supérieurs humains pour reprendre le contrôle sur lui et les armes redoutables qu'il possède dans son corps. Armes et démons intérieurs ne faisant pas bon ménage, il éprouve le besoin d'interroger Brau 1589, seul robot a avoir officiellement tué un humain en violation de la législation inspirée des lois d'Asimov. Celui-ci est prisonnier mais n'a pas été détruit parce que les humains, dépassés par son cas ont peur des conséquences. Peu à peu, Gesicht reprend possession de ses souvenirs et de son identité et c'est de cette mémoire que hérite Astro. Tous deux sont reliés par le souvenir d'un enfant mort et des émotions extrêmes qu'elle a déclenché, des émotions incontrôlables qui les ont propulsé à un stade d'évolution supérieur. Alors bien évidemment, la question angoissante qui se pose aux humains dépassés face à ces robots ayant acquis le libre-arbitre c'est "que vont-ils choisir?" 

 

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Virgin Suicides (The Virgin Suicides)

Publié le par Rosalie210

Sofia Coppola (2000)

Virgin Suicides (The Virgin Suicides)

Le premier film de Sofia COPPOLA adapté du roman éponyme de Jeffrey Eugenides fait penser à d'autres films qui sont contemporains de son histoire se déroulant dans les années 70 comme "Pique-nique a Hanging Rock" (1975) (le puritanisme, le mystère, les jeunes filles en fleur idéalisées qui s'évaporent) et "Carrie au bal du diable" (1976) (l'extrémisme religieux, la puberté, le lycée et ses rituels comme le bal de fin d'année). Mais il a été réalisé à la fin des années 90 par une femme et me fait également penser à un film encore plus contemporain et radical, "Mustang" (2014) où il est également question de cinq soeurs cloîtrées par leur famille et l'obscurantisme des moeurs de leur communauté afin de les contrôler jusqu'à leur mariage. Mais autant "Mustang" est rempli d'une énergie rageuse, autant "Virgin suicides" est éthéré. Il faut dire que jamais le film n'adopte le point de vue des jeunes filles. Le spectateur n'a accès qu'au souvenir nostalgique des garçons les ayant connu 25 ans plus tôt. Celles-ci étaient alors des fantasmes sur patte pour eux qui épient chacun de leur mouvement et collectionnaient les objets leur appartenant afin de tenter de saisir leur mystère insondable. Il y a même dans les poses de Lux (Kirsten DUNST) un côté "Lolita" (1962)(est-ce en pensant aux "lollipops" que Humbert Humbert a imaginé le surnom de Dolorès?). Et dès que celle-ci est "consommée", elle semble perdre tout attrait pour le jeune homme qui l'abandonne. L'émancipation entravée par les parents surprotecteurs s'avère être un cul-de-sac à l'aune du conformisme américain symbolisé par le quartier pavillonnaire où vivent les jeunes filles. Dans une scène hautement symbolique, elles tentent en vain de sauver un arbre malade promis à l'abattage pour qu'il ne contamine pas les autres et ont cette phrase tellement significative: "pourquoi ne pas laisser faire la nature?" L'arbre sera coupé et elles s'autodétruiront. Superbe musique du groupe "Air" renforçant le caractère irréel des images.

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Les Misérables - Deuxième époque

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Le Chanois (1957)

Les Misérables - Deuxième époque

Avant de regarder le film de Jean-Paul LE CHANOIS, je n'avais vu qu'une seule adaptation du roman de Victor Hugo, celle de Robert HOSSEIN dont quelques passages m'avaient marqué, principalement l'exécution des membres du club des amis de l'ABC et le suicide de Javert. En attendant de voir la version de Raymond BERNARD qui de l'avis des connaisseurs est la meilleure (avec Charles VANEL que j'aime beaucoup), j'ai donc profité de la présence des deux parties du film de Le Chanois sur le site de France télévision pour commencer à combler mes lacunes.

Sans être transcendante, "Les Misérables" version Le Chanois tient tout à fait la route grâce à une transcription fidèle du roman de Victor Hugo, des décors de studio soignés (et rehaussés par la restauration récente des images) et une interprétation de haut vol. Cela a été maintes fois souligné mais le trio formé par Jean GABIN, Bernard BLIER et BOURVIL réussit à éclipser le ratage des scènes épiques de la deuxième partie qui sont plates et ennuyeuses ainsi que la plupart des autres personnages, même si Sylvia MONFORT, trop rare au cinéma est émouvante dans le rôle d'Eponine. A l'image de son personnage, Jean GABIN porte le film sur les épaules, sa présence est monumentale. Il ne joue pas Jean Valjean, il est Jean Valjean. Bernard BLIER n'ayant pas la rigidité glacée de Michel BOUQUET montre toute son intelligence de jeu en incarnant un Javert borné puis perdu face à l'énigme insoluble que lui pose le comportement de Valjean étant donné qu'il n'entre dans aucune des cases étanches dans lesquelles il range le bien et le mal. Enfin BOURVIL est absolument génial dans le rôle d'un Thénardier bonimenteur plein de duplicité, veule et sournois très loin de ses emplois habituels de gentils naïfs.

Et pour finir, bien que la présence d'une voix-off alourdisse un film qui n'avait peut-être pas besoin d'autant de pédagogie, c'est toujours un bonheur pour moi d'entendre une voix qui a bercé mon enfance, celle de Jean TOPART.

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Les Misérables - Première époque

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Le Chanois (1957)

Les Misérables - Première époque

Avant de regarder le film de Jean-Paul LE CHANOIS, je n'avais vu qu'une seule adaptation du roman de Victor Hugo, celle de Robert HOSSEIN dont quelques passages m'avaient marqué, principalement l'exécution des membres du club des amis de l'ABC et le suicide de Javert. En attendant de voir la version de Raymond BERNARD qui de l'avis des connaisseurs est la meilleure (avec Charles VANEL que j'aime beaucoup), j'ai donc profité de la présence des deux parties du film de Le Chanois sur le site de France télévision pour commencer à combler mes lacunes.

Sans être transcendante, "Les Misérables" version Le Chanois tient tout à fait la route grâce à une transcription fidèle du roman de Victor Hugo, des décors de studio soignés (et rehaussés par la restauration récente des images) et une interprétation de haut vol. Cela a été maintes fois souligné mais le trio formé par Jean GABIN, Bernard BLIER et BOURVIL réussit à éclipser le ratage des scènes épiques de la deuxième partie qui sont plates et ennuyeuses ainsi que la plupart des autres personnages, même si Sylvia MONFORT, trop rare au cinéma est émouvante dans le rôle d'Eponine. A l'image de son personnage, Jean GABIN porte le film sur les épaules, sa présence est monumentale. Il ne joue pas Jean Valjean, il est Jean Valjean. Bernard BLIER n'ayant pas la rigidité glacée de Michel BOUQUET montre toute son intelligence de jeu en incarnant un Javert borné puis perdu face à l'énigme insoluble que lui pose le comportement de Valjean étant donné qu'il n'entre dans aucune des cases étanches dans lesquelles il range le bien et le mal. Enfin BOURVIL est absolument génial dans le rôle d'un Thénardier bonimenteur plein de duplicité, veule et sournois très loin de ses emplois habituels de gentils naïfs.

Et pour finir, bien que la présence d'une voix-off alourdisse un film qui n'avait peut-être pas besoin d'autant de pédagogie, c'est toujours un bonheur pour moi d'entendre une voix qui a bercé mon enfance, celle de Jean TOPART.

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Le Comte de Monte-Cristo

Publié le par Rosalie210

Denys de la Patellière (1979)

Le Comte de Monte-Cristo

"Le Comte de Monte-Cristo" a été très souvent adapté depuis les origines du cinéma. Hélas, peu de ces adaptations sont des réussites. Même si je trouve la version muette de Henri FESCOURT satisfaisante, elle n'échappe pas au défaut récurrent des adaptations du roman de Alexandre Dumas: celui des coupes sombres dans l'intrigue. De ce point de vue, la mini-série de Denys de LA PATELLIERE réalisée à la fin des années 70 s'avère être le format idéal. L'ampleur de l'oeuvre d'origine se prête beaucoup mieux à six épisodes de 1h (remontés par la suite en 4 épisodes de 1h30) qu'en deux parties de 2h. On appelait encore ce type d'oeuvre audiovisuelle "feuilleton" en référence à la publication des romans du XIX° siècle en épisodes dans les journaux, ce qui avait été le cas de "Le Comte de Monte-Cristo". Elle restitue donc le roman dans sa quasi-intégralité et avec beaucoup de fidélité, même si de nombreux dialogues sont écourtés et que quelques personnages sont expédiés trop rapidement comme la très androgyne Eugénie Danglars et sa relation avec Louise d'Armilly. Mais développer ces questions était sans doute prématuré en 1979 sur une chaîne de télévision à une heure de grande écoute. Ceci étant, je fais la fine bouche étant donné que dans la plupart des adaptations françaises du roman, les Danglars n'existent pas du tout.

L'autre aspect qui fait de cette adaptation un incontournable pour les fans du roman de Dumas, c'est son aspect sépulcral. Plusieurs adaptations traitent le roman de Dumas avec légèreté sous prétexte qu'il s'agit d'une oeuvre populaire, certaines le tirant même vers le film de cape et d'épée ce qui est un contresens. La version de Denys de LA PATELLIERE est au contraire très sombre. Jacques WEBER prend son personnage au sérieux et réussit une composition très proche de celle qu'avait imaginé Alexandre Dumas. Son personnage est au sens propre un revenant qui semble avoir laissé à jamais une partie de lui-même au château d'If. Son visage émacié à la pâleur spectrale annonce la mort partout où il passe. Et ce même s'il parvient à la perfection à se mouler dans le jeu social de la restauration monarchique, empruntant diverses identités (que cette version restitue toutes: le Comte de Monte-Cristo, l'abbé Busoni, Lord Wilmore et Sinbad le marin, chacun d'eux parodiant les statuts sociaux que ses bourreaux parvenus se sont attribués). Comme tous les grands traumatisés, son Edmond Dantès dissimule sous l'impassibilité totale de son personnage de vengeur impitoyable une souffrance déchirante. Si comme dans les autres versions, on assiste à la déchéance de ses bourreaux qui se sont élevés au mieux malhonnêtement, au pire criminellement, l'ampleur de l'adaptation montre également les rouages de l'oppression sociale au sein de la famille bourgeoise, comparée à une prison ou un tombeau, notamment pour les filles réduites au rôle de marchandises vendues au plus offrant par le patriarcat tout-puissant quand elles ne sont pas éliminées pour de sordides questions d'héritage. C'est aussi cet ordre des choses que le Comte de Monte-Cristo remet en cause. Enfin cette vision sombre se maintient jusqu'au bout. Les actes du Comte, inspirés par une vision manichéenne du monde finissent par se retourner contre lui, menaçant d'engloutir le peu d'humanité qui lui reste.

En dépit de son âge et de défauts propres aux réalisations pour la télévision (une photographie pauvre et qui a mal vieilli) ainsi que quelques interprétations insignifiantes, cette version, illuminée par la musique de Nino Rota reste l'une des meilleures et ce n'est pas un hasard si le fils de Denys de LA PATELLIERE, Alexandre de la PATELLIERE prépare à son tour une nouvelle version du roman avec Pierre NINEY dans le rôle principal.

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Past lives - nos vies d'avant (Past lives)

Publié le par Rosalie210

Celine Song (2023)

Past lives - nos vies d'avant (Past lives)

Beau film méditatif au croisement des cultures américaine et coréenne qui porte un regard doux-amer sur le déracinement et l'identité plurielle. La première scène a une valeur programmatique puisque l'héroïne, Nora est assise entre deux hommes dont on découvre par la suite qu'il s'agit de son ami d'enfance coréen et de son mari américain. Tiraillée entre ces deux pôles, elle ne peut pleinement en satisfaire aucun. Son mari Arthur lui avoue qu'il souffre qu'une partie d'elle, celle des racines, lui soit inaccessible. Mais son ami d'enfance Hae Sung est nostalgique d'une petite fille coréenne nommée Na Young qui n'existe plus mais dont il ne parvient pas à faire le deuil. La réalisatrice, Celine SONG dont c'est le premier film que l'on devine largement autobiographique montre avec sensibilité comment l'espace et le temps créent un fossé impossible à combler avec son pays d'origine et en même temps comment celui-ci reste une partie fondamentale de soi. Une scène l'illustre parfaitement lorsque Hae Sung et Na Young se séparent enfants et prennent des chemins divergents. Il ne pourront jamais plus se rejoindre et en même temps resteront liés à jamais par leur passé commun. La notion d'Inyeon qui est au coeur du film montre que chaque personne est la somme de ses rencontres, passées et futures. Une notion à mettre en relation avec les croyances bouddhistes autour de l'idée de réincarnation et de destin: les rencontres sont perçues comme des reconnaissances et donc si dans cette vie-ci, le lien ne peut s'épanouir, il a pu en être autrement dans une autre vie, passée ou future, comme la roue du temps qui s'oppose à la vision linéaire des occidentaux. Ainsi le manège qui tourne à l'arrière-plan des retrouvailles entre Nora et Hae Sung est-il bien autre chose qu'un simple décor, un éventail de possibles non seulement à explorer mais qui l'ont sans doute déjà été. Vu ainsi, le choix de Nora d'élargir son horizon prend un tout autre sens.

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Le Comte de Monte-Cristo: 1ere époque - la trahison

Publié le par Rosalie210

Robert Vernay (1953)

Le Comte de Monte-Cristo: 1ere époque - la trahison

 

La première adaptation en couleurs du roman de Alexandre Dumas "Le Comte de Monte-Cristo" est de nouveau visible après une restauration qui a permis de lui rendre son éclat, même si elle n'est pas parfaite. Pour information, Robert VERNAY avait déjà réalisé une adaptation du roman dix ans auparavant mais en noir et blanc avec Pierre RICHARD WILLM dans le rôle-titre. Dans la version en couleurs, c'est Jean MARAIS qui interprète Edmond Dantès. Les deux versions possèdent la même structure de deux parties de 1h30 chacune.

La version Vernay-Marais est agréable à suivre. Bien écrite, elle ne manque pas de spiritualité dans sa première partie. Les changements politiques sont racontés avec une certaine ironie, soulignée dans les dialogues par les réparties de Villefort mettant en lumière ses retournements de veste. Ses fiançailles donnent également lieu à une description très juste de ses futurs beaux-parents, le marquis et la marquise de Saint-Méran qui incarnent la nostalgie de l'Ancien Régime. Hélas, le réalisateur ne se sert pas ensuite de cette idée pour montrer comment ceux-ci et le monde révolu qu'ils incarnent sont anéantis dans la deuxième partie. D'autre part, comme dans la version de Henri FESCOURT que j'aime beaucoup, l'aspect théâtre social de l'intrigue est bien restituée. Un parallèle est ainsi établi entre la déchéance de Morcerf à la chambre des pairs et celle de Villefort lors du procès de Andrea Cavalcanti. De même, les retrouvailles entre Dantès et Mercédès ont lieu lors d'un bal masqué. Et comme dans le roman la bonne fortune ne sourit guère à Caderousse, le raté de l'histoire, un esprit faible qui prend systématiquement les mauvaises décisions.

Néanmoins cette adaptation possède également d'importants défauts. Comme la plupart d'entre elles, elle simplifie trop le roman au point de faire passer à la trappe le personnage de Danglars qui est pourtant non seulement le cerveau du complot contre Edmond Dantès mais l'arriviste du monde de la finance qui complète celui de la magistrature qu'incarne Villefort et celui de l'armée qu'incarne Morcerf durant la période de la Restauration et de la monarchie de Juillet propice aux anoblis et aux enrichis peu regardants sur les moyens de leur ascension sociale. Autre gros problème, le personnage de Dantès est dénaturé. Il n'a plus rien de tourmenté, ni de mystérieux. Il semble identique du début à la fin, alors que Edmond Dantès est décrit au départ comme un jeune homme simple et naïf que les épreuves transforment en vengeur manipulateur et mégalomane. Ce manque de profondeur est particulièrement flagrant dans sa relation avec Mercédès. Ils se retrouvent comme s'ils s'étaient quittés deux heures auparavant, Monte-Cristo tentant de convaincre Mercédès de s'enfuir avec lui comme si elle n'était pas mariée et n'avait pas de fils, comme si elle le fait qu'elle ne l'avait pas attendu n'avait aucune importance. Ce qui rend le passage où il se prépare au duel avec Albert incompréhensible. Mais ce n'est qu'une incohérence parmi d'autres dans cette adaptation sympathique mais bien trop légère.

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Le Comte de Monte-Cristo: 2ème époque - la vengeance

Publié le par Rosalie210

Robert Vernay (1954)

Le Comte de Monte-Cristo: 2ème époque - la vengeance

 

La première adaptation en couleurs du roman de Alexandre Dumas "Le Comte de Monte-Cristo" est de nouveau visible après une restauration qui a permis de lui rendre son éclat, même si elle n'est pas parfaite. Pour information, Robert VERNAY avait déjà réalisé une adaptation du roman dix ans auparavant mais en noir et blanc avec Pierre RICHARD WILLM dans le rôle-titre. Dans la version en couleurs, c'est Jean MARAIS qui interprète Edmond Dantès. Les deux versions possèdent la même structure de deux parties de 1h30 chacune.

La version Vernay-Marais est agréable à suivre. Bien écrite, elle ne manque pas de spiritualité dans sa première partie. Les changements politiques sont racontés avec une certaine ironie, soulignée dans les dialogues par les réparties de Villefort mettant en lumière ses retournements de veste. Ses fiançailles donnent également lieu à une description très juste de ses futurs beaux-parents, le marquis et la marquise de Saint-Méran qui incarnent la nostalgie de l'Ancien Régime. Hélas, le réalisateur ne se sert pas ensuite de cette idée pour montrer comment ceux-ci et le monde révolu qu'ils incarnent sont anéantis dans la deuxième partie. D'autre part, comme dans la version de Henri FESCOURT que j'aime beaucoup, l'aspect théâtre social de l'intrigue est bien restituée. Un parallèle est ainsi établi entre la déchéance de Morcerf à la chambre des pairs et celle de Villefort lors du procès de Andrea Cavalcanti. De même, les retrouvailles entre Dantès et Mercédès ont lieu lors d'un bal masqué. Et comme dans le roman la bonne fortune ne sourit guère à Caderousse, le raté de l'histoire, un esprit faible qui prend systématiquement les mauvaises décisions.

Néanmoins cette adaptation possède également d'importants défauts. Comme la plupart d'entre elles, elle simplifie trop le roman au point de faire passer à la trappe le personnage de Danglars qui est pourtant non seulement le cerveau du complot contre Edmond Dantès mais l'arriviste du monde de la finance qui complète celui de la magistrature qu'incarne Villefort et celui de l'armée qu'incarne Morcerf durant la période de la Restauration et de la monarchie de Juillet propice aux anoblis et aux enrichis peu regardants sur les moyens de leur ascension sociale. Autre gros problème, le personnage de Dantès est dénaturé. Il n'a plus rien de tourmenté, ni de mystérieux. Il semble identique du début à la fin, alors que Edmond Dantès est décrit au départ comme un jeune homme simple et naïf que les épreuves transforment en vengeur manipulateur et mégalomane. Ce manque de profondeur est particulièrement flagrant dans sa relation avec Mercédès. Ils se retrouvent comme s'ils s'étaient quittés deux heures auparavant, Monte-Cristo tentant de convaincre Mercédès de s'enfuir avec lui comme si elle n'était pas mariée et n'avait pas de fils, comme si elle le fait qu'elle ne l'avait pas attendu n'avait aucune importance. Ce qui rend le passage où il se prépare au duel avec Albert incompréhensible. Mais ce n'est qu'une incohérence parmi d'autres dans cette adaptation sympathique mais bien trop légère.

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