Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #curtiz (michael) tag

L'indésirable (A Tolonc)

Publié le par Rosalie210

Michael Curtiz (1914)

L'indésirable (A Tolonc)

Comme beaucoup de réalisateurs naturalisés américains de l'âge d'or hollywoodien, Michael Curtiz est issu d'un monde disparu, la Mitteleuropa. D'origine juive hongroise, Michael Curtiz (qui s'appelait alors Mihály Kertész dans le milieu du cinéma hongrois mais dont le vrai nom est Manó Kertész Kamine) a en effet réalisé ses premiers films dans l'Empire austro-hongrois, celui-là même qui fut le déclencheur de la première guerre mondiale et n'y survécut pas. D'ailleurs la région montrée dans le film ne se trouve ni en Autriche ni en Hongrie dans leurs frontières actuelles mais dans les Carpates qui sont aujourd'hui partiellement en Roumanie.

"L'indésirable" est une rareté qui vaut plus pour sa valeur historique (c'est l'un des premiers films du cinéma hongrois que Michael Curtiz a donc contribué à fonder, l'un des rares a être parvenu jusqu'à nous et on y voit des scènes d'un grand intérêt ethnographique avec des costumes folkloriques au début et à la fin que l'on retrouve à la même époque à Ellis Island, le centre qui accueillait les migrants européens à New-York) que pour son histoire, mélodramatique et bourrée d'invraisemblances. Quant à la forme, elle est inégale (sans parler du fait que certains plans ont sans doute disparu, le montage semblant parfois être fait à la hache). Une partie du film ressemble à du théâtre filmé avec des scènes statiques et en prime un jeu outré (Michael Curtiz venait d'ailleurs du théâtre, ce qui est logique à cette époque primitive du cinéma) mais il y a aussi quelques beaux passages dynamiques en montage alterné. On voit également que le réalisateur a le sens de la composition des cadres notamment dans le positionnement des corps dans l'espace et dans les angles de prise de vue. Enfin il affleure une certaine sensibilité dans la manière de filmer les scènes campagnardes dans lesquelles les paysages sont magnifiés, un monde traditionnel qui était en train de disparaître sous l'effet de l'exode rural et de l'émigration.

Voir les commentaires

Casablanca

Publié le par Rosalie210

Michael Curtiz (1942)

Casablanca

Comme "Monnaie de singe" (1931) ou "Huit et demi" (1963), j'ai découvert "Casablanca" à travers "Brazil" (1985) (qui allait à son tour devenir un film culte, cité par les frères Coen dans "Le Grand saut" (1994) ou par Albert DUPONTEL plus récemment dans "Adieu les cons") (2019). Chez Terry GILLIAM, "Casablanca" n'est pas seulement le film que regardent les employés de M. Kurtzmann quand celui-ci a le dos tourné, le personnage principal s'appelle Sam, comme le pianiste emblématique du film de Michael CURTIZ. Comme lui, il est indissociable d'un air entêtant célébrant la nostalgie d'un paradis perdu (dans un Paris ou un Brésil d'opérette) qu'il ne joue pas mais fredonne. Et comme Rick (Humphrey BOGART dont il adopte au cours du film la défroque du privé) le Sam de Gilliam est appelé à sortir de sa neutralité/indifférence par amour en s'engageant au côté de la résistance à l'oppression. Bref il y a belle lurette que "Casablanca" est sorti du temps de l'histoire (celle de l'évolution du positionnement des USA dans la seconde guerre mondiale dont Rick est l'incarnation) et a dépassé les genres auxquels il a appartenu (le film de propagande et le mélodrame) pour devenir un mythe c'est à dire un récit d'explication du monde intemporel et universel. Les personnages y transcendent d'ailleurs leur petit "moi" au profit d'une cause qui les dépassent ce qui en fait d'authentiques héros de la première ou de la dernière heure (la palme au "vichysto-résistant" joué par Claude RAINS qui s'appelle Renault, comme l'entreprise automobile qui fut nationalisée après la guerre pour avoir collaboré). "Casablanca" est d'ailleurs un film-monde avec son café marocain recréé en studio à Hollywood dans lequel se pressent des réfugiés venus de l'Europe entière espérant décrocher le graal pour partir aux USA. La fiction rejoignant la réalité, nombre d'acteurs du film étaient des allemands ou des français ayant fui le nazisme et le régime de Vichy: Peter LORRE dans le rôle du trafiquant Ugarte, Marcel DALIO en croupier ou encore Curt BOIS dans le rôle d'un irrésistible pickpocket. On ne peut que saluer l'interprétation au diapason, la superbe photographie de Arthur EDESON et la mise en scène très fluide qui parvient à brasser tous ces personnages sans jamais nous perdre.

Voir les commentaires