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Articles avec #court-metrage tag

Chien bleu

Publié le par Rosalie210

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (2018)

Chien bleu

Après l'émerveillement et l'émotion qu'a suscité en moi le premier long-métrage de Fanny LIATARD et Jérémy TROUILH, j'ai eu envie de voir leurs courts-métrages et j'ai trouvé sur le net ce magnifique "Chien bleu" qui contient en miniature toute la beauté et la sensibilité qui les caractérisent.

Le titre "Chien bleu" est polysémique. Il se réfère d'abord au célèbre album jeunesse de Nadja édité par l'Ecole des loisirs et d'ailleurs on retrouve dans le film un plan identique à la couverture où le chien bleu se détache sur un fond jaune. Cet hommage est lié au fait qu'il y a toujours des traces nostalgiques de l'enfance dans leurs films. Comme dans "Gagarine" (2020), le travail sur la couleur des deux cinéastes est exceptionnel, déclinant ici toutes les nuances du bleu pâle au bleu nuit avec également en parallèle un travail sur les formes géométriques, rectangulaires et circulaires.

Mais ce travail formel est au service d'un récit qui comme dans "Gagarine" s'ancre dans le bitume des cités taudifiées de banlieue pour s'élever vers le ciel. Le bleu prend alors tout son sens, plus exactement un double sens contradictoire. D'un côté des "idées bleues" du père de Yoann (Rod PARADOT que j'aimerais voir plus souvent au cinéma tant il est éclatant de sensibilité) qui vit cloîtré chez lui en proie à une profonde dépression qui se manifeste par une obsession monochrome pour le bleu qui sature son environnement et qu'il a déteint sur son chien. Et de l'autre, le bleu est aussi la couleur de Soraya (Mariam Makalou), la jeune femme solaire que rencontre Yoann et qui pratique la danse tamoul sur les toits, en référence aux divinités hindoues. Car le bleu, couleur du ciel est aussi la couleur des dieux. Cette élévation spirituelle est déjà une façon de s'arracher à la pesanteur et à la tristesse qui l'accompagne pour devenir aussi léger que les oiseaux, ceux-ci (de couleur bleue) étant également longuement filmés par le duo. Par l'intermédiaire de Yoann qui cherche une issue pour son père, celui-ci peut donc quitter sa bulle bleue (dans laquelle il se sent en sécurité), mettre son casque (en se peignant le visage) pour rejoindre la station orbitale dans laquelle gravitent les danseuses qui l'attendent pour une rencontre "avec les yeux" pour reprendre la célèbre chanson de Christophe qui accompagne le film. "Le soleil a rendez-vous avec la lune". ^^

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Foutaises

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Jeunet (1989)

Foutaises

"Foutaises" qui signifie "chose insignifiante, sans intérêt" est un petit concentré de sept minutes de tout ce qui fait la magie du cinéma de Jean-Pierre JEUNET. Son générique est le parfait prototype de celui de "Delicatessen" (1990) (bien que la première phrase soit "j'aime pas les étalages de boucherie" on retrouve des acteurs tels que Marie-Laure DOUGNAC et Chick ORTEGA) et son contenu ressemble beaucoup au début de "Le Fabuleux destin d Amélie Poulain" (2001) puisqu'il est construit sur le principe d'une liste binaire en forme de "j'aime" et "j'aime pas" renvoyant à Georges Pérec. Dit comme cela, ça paraît simpliste mais en fait, pas du tout car ce langage renvoie à celui de l'enfance et l'inventaire nostalgique qui suit fait penser à la petite boîte-madeleine de Dominique Bretodeau, ce quinquagénaire qui par le biais des traces matérielles de son passé, renouait avec son enfance, les émotions qui allaient avec et pouvait enfin communiquer avec son petit-fils. Là c'est "la muse" de Jean-Pierre JEUNET qui s'exprime face caméra, Dominique PINON (j'ai lu ce terme dans un article et j'ai trouvé le détournement de ce terme tellement amusant que je le place ici), avec son éternel faciès d'enfant-clown qui se remémore depuis le décor neutre de sa chambre ce qu'il aime (ou n'aime pas) aujourd'hui mais surtout ce qu'il aimait (ou n'aimait pas) hier. Et c'est là qu'intervient le plus l'aspect proustien du cinéma de Jean-Pierre JEUNET. Car comme Amélie Poulain, le héros de "Foutaises" se connecte au monde par les sensations et se remémore le passé par elles, le petit beurre ayant remplacé la madeleine à l'heure du goûter "Quand j’étais gosse, j’aimais l’odeur du pain grillé, le matin, le plastique à recouvrir les livres, à la rentrée, et puis les petits pots de colle blanche, à l’école. J’aimais prendre les escalators dans le mauvais sens, dérouler la toile cirée, et fouler la neige immaculée. Mais j’aimais pas, et j’aime toujours pas, les cadavres des sapins de Noël sur les trottoirs en janvier." Les images qui accompagnent les propos de Dominique PINON accentuent cette nostalgie par leur effet rétro, aspect présent dans tout le cinéma du réalisateur. Dans "Foutaises" on est plongé dans les années trente et soixante (époque de l'enfance du réalisateur) au travers de l'évocation des départs en vacances en train qui sentent fort les premiers congés payés et aussi via des images abîmées de vieux films français tels que "Le Quai des brumes" (1938), d'anciens acteurs tels que Richard WIDMARK ou de vieilles séries comme "Thierry la Fronde" (1963) ou encore d'images de BD franco-belges.

Et c'est là que "Foutaises" prend tout son sens. Car en fait c'est une antiphrase. Jean-Pierre JEUNET laisse entendre à travers son catalogue poétique que ce qui fonde notre identité se trouve dans l'enfance et que celle-ci construit son rapport au monde par les sensations, ces fameux "tout petits plaisirs" qui semblent insignifiants alors qu'ils sont la clé du bonheur qu'on peut emporter partout avec soi à l'image du sable de la plage que l'on retrouve des mois après à l'intérieur des pages du livre lu à ce moment-là. Le fait d'en conserver la mémoire fait de nous des êtres humains à part entière alors que ceux qui l'ont oublié sont coupés d'eux-mêmes et des autres.

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La sonate à Kreutzer

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1956)

La sonate à Kreutzer

Une curiosité que ce moyen métrage datant du début de la carrière de Éric ROHMER. Longtemps considéré comme perdu, il a essentiellement une valeur documentaire. On y voit en effet non seulement Éric ROHMER faisant l'acteur (et on comprend pourquoi contrairement par exemple à François TRUFFAUT il n'a pas continué l'expérience) mais le temps d'une brève séquence, toute l'équipe des Cahiers du cinéma de l'époque: Jean-Luc GODARD (qui jour le rôle de l'ami journaliste du personnage principal), François TRUFFAUT, Claude CHABROL, André Bazin... En dehors de ce dernier, y figurent plusieurs grosses pointures de la Nouvelle vague alors en gestation.

Pour le reste "La sonate à Kreutzer", librement inspiré d'une nouvelle de Léon Tolstoï raconte l'histoire moyennement intéressante d'un architecte qui cherche à se marier par pur conformisme social. Résultat, il épouse la première venue (Françoise MARTINELLI) qui ne l'aime pas plus que lui ne l'aime. Il n'avait pas prévu que la femme qu'il épouserait ne serait pas une marionnette mais un être humain qui ne se plierait pas à ses désirs. Aussi au lieu de l'amour, c'est la haine liée à la frustration qui l'envahit, surtout quand son épouse tombe amoureuse d'un jeune critique (Jean-Claude BRIALY alors débutant qui traînait dans le sillage de l'équipe des Cahiers du cinéma et que l'on a vu ensuite dans plusieurs films importants de la Nouvelle vague dont "Le Genou de Claire" (1970) d'un certain... Éric ROHMER) avec lequel elle partage les mêmes goûts musicaux. Bref "La sonate à Kreutzer" est un banal "crime passionnel" qui porte bien mal son nom car il s'agit plutôt d'une histoire d'orgueil bafoué qui se mue en violence conjugale.

Le film se distingue aussi par son style particulier. Il est en effet dépourvu de dialogues, tourné comme au temps du muet avec une bande-son ajoutée a posteriori contenant les morceaux musicaux et la voix off intarissable de Éric ROHMER qui raconte ce qu'il s'est passé, le film étant construit en flashback.

 

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L'Odyssée de Choum

Publié le par Rosalie210

Julien Bisaro (2019)

L'Odyssée de Choum

Tchoupi Choum, voilà un film d'animation absolument adorable qui raconte l'histoire d'un bébé chouette tombé du nid dans le bayou à la suite d'une tempête et qui se retrouve plongé au coeur d'un vaste monde inconnu plein de surprises mais aussi de dangers. Pour corser le tout, il égare son petit frère tombé avec lui et qui n'est pas encore sorti de sa coquille. Les deux orphelins doivent se retrouver mais aussi partir en quête d'une maman d'adoption.

Rythmé par des rebondissements permanents, le film qui a obtenu de nombreux prix se met à la hauteur des petits volatiles pour explorer le monde à leur échelle, que ce soit l'environnement naturel du bayou dans lequel ils sont nés ou la station balnéaire toute proche qui suite à la tempête leur envoie ses "spores" les plus inattendus dont une grande roue détachée de son socle qui n'est pas sans rappeler celle du déjanté "1941" (1979) de Steven SPIELBERG. Mais les messages portés par le film sont à la fois écologiques et humanistes. Non seulement les hommes n'ont pas à s'approprier les animaux mais ceux-ci n'ont pas besoin d'eux pour retrouver leur chemin. Et face à l'adversité ils peuvent former tout naturellement des familles recomposées d'espèces différentes alors que le pays dans lequel ils vivent -particulièrement le vieux sud- est marqué par une idéologie raciste phobique du métissage (même si on remarque que leur famille d'accueil humaine est métissée). Quant à son style graphique duveteux et pastel il est enchanteur.

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Le Chien mélomane

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1973)

Le Chien mélomane

Réalisé en 1973, "Le Chien mélomane", sorte de "Docteur Folamour" (1963) animé se situe dans la continuité du précédent court-métrage de Paul GRIMAULT, "Le Diamant" (1970). On retrouve dans cette nouvelle fable antimilitariste au dessin stylisé le personnage du professeur Savantas non plus cette fois en colonisateur mais en marchand d'armes. L'allusion à la guerre froide est transparente lorsqu'on le voit vendre le même instrument de destruction (qui ironiquement se trouve être un instrument à cordes) à deux pays ennemis jumeaux qui l'utilisent pour s'entretuer. Dans son immense usine de guerre prénommée "Pax" s'accumulent les ogives nucléaires du même nom (allusion sans doute à Orwell et aussi au fait que la dissuasion nucléaire était présentée comme le meilleur moyen de neutraliser le conflit en faisant courir des dangers insensés à la planète). De fait, comme dans le célèbre bijou d'humour noir de Stanley KUBRICK, la pacification aboutit à l'apocalypse nucléaire. Le présence de Jacques PRÉVERT au scénario se fait ressentir non par les dialogues (le film est muet, comme "Le Diamant") (1970) mais par le clin d'oeil à "Les Temps modernes" (1936) de Charles CHAPLIN. Non par le travail à la chaîne comme dans "Le Roi et l Oiseau" (1979) mais par une machine qui traduit le langage du chien en langage humain, seule source de parole du film. Chien qui par ailleurs fait dérailler la machine bien huilée jusqu'à l'irréparable.

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Le Diamant

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1970)

Le Diamant

"Le Diamant" et "Le Chien mélomane" sont des oeuvres tardives de Paul GRIMAULT car réalisées dans les années 70 alors que ses autres courts-métrages datent des années 40. Le changement de style n'en est que plus frappant. Alors que les films des années 40 évoquaient l'univers des contes, Walt DISNEY ou Tex AVERY, ceux des années 70, plus stylisés et évoluant dans un univers de science-fiction dystopique font penser à René LALOUX ou à Roland TOPOR. Sur le fond, les charges anti militaristes sont également plus frontales car au lieu d'être intemporelles elles font directement allusion à l'actualité de l'époque. "Le Diamant" par exemple était projeté en complément de "L'Aveu" (1970) de COSTA-GAVRAS. Il relie deux lieux opposés: une sorte de prison située d'après le costume des gardiens dans une dictature latino-américaine et une île coupée du monde jonchée de diamants dans laquelle vivent des autochtones qui ont choisi le plus gros pour orner leur totem. A l'aide d'un vaisseau qui semble carburer au sang des victimes de la prison (une métaphore limpide!), le professeur Savantas, sinistre personnage qui ressemble à un squelette (et que l'on retrouve dans "Le Chien mélomane", parfaitement complémentaire de "Le Diamant") s'en va voler la pierre en ne se privant pas de laisser derrière lui un champ de ruines causé par les rafales de sa mitraillette-parapluie. Mais le diamant étant trop lourd pour son vaisseau, il finit par tomber dans une immense étendue stérile. Paul GRIMAULT montre à travers ce film que les dernières oasis de liberté dans lesquelles l'homme vit en harmonie avec la nature dans un monde animiste sont détruites par la convoitise d'un capitalisme insatiable qui supporte des régimes de terreur et d'oppression et stérilise tout ce qu'il touche.

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Les passagers de la Grande Ourse

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1943)

Les passagers de la Grande Ourse

Plusieurs courts-métrages de Paul GRIMAULT tels que "Le Marchand de notes" (1942) ou "Le Petit Soldat" (1947) ont mis en évidence sa filiation avec les contes d'Andersen et son influence par conséquent sur les films d'animation du studio Pixar. "Les Passagers de la Grande Ourse" met plutôt en évidence une autre influence majeure, celle que Paul GRIMAULT a exercé sur Hayao MIYAZAKI, co-fondateur du studio Ghibli avec Isao TAKAHATA (influencé lui aussi par Paul GRIMAULT mais plutôt par l'aspect social et politique de ses films que par leur univers graphique). Le voyage aérien d'un enfant et de son chien à bord d'un engin improbable (un "aéroscaphe") qu'on croirait sorti d'un roman de Jules Verne et qui est habité par un robot (Figmin), voilà ce qui semble être une ébauche de "Le Château dans le ciel" (1986). Bien entendu, il ne s'agit pas d'une influence directe car les deux réalisateurs nippons n'ont découvert Grimault qu'avec "La Bergère et le Ramoneur", la première version de son chef d'oeuvre "Le Roi et l'Oiseau" (1979). Mais il n'en reste pas moins que les liens entre les deux oeuvres sautent aux yeux. Paul GRIMAULT ne s'est toutefois pas inspiré de Jules Verne pour "Les Passagers de la Grande Ourse" mais d'un poème de Victor Hugo intitulé "Plein Ciel", extrait du recueil "La Légende des siècles" qui décrit un engin volant en forme de bateau. En voici la première strophe (il est extrêmement long):

"Loin dans les profondeurs, hors des nuits, hors du flot,
Dans un écartement de nuages, qui laisse
Voir au-dessus des mers la céleste allégresse,
Un point vague et confus apparaît ; dans le vent,
Dans l’espace, ce point se meut ; il est vivant ;
Il va, descend, remonte ; il fait ce qu’il veut faire ;
Il approche, il prend forme, il vient ; c’est une sphère ;
C’est un inexprimable et surprenant vaisseau,
Globe comme le monde et comme l’aigle oiseau ;
C’est un navire en marche. Où ? Dans l’éther sublime !"

Ce n'est pas le seul lien du film avec l'univers de la littérature. En 1944, Paul GRIMAULT a publié chez Gallimard en association avec Paul Guth une version littéraire de cette histoire.

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Le Marchand de notes

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1942)

Le Marchand de notes

"Le Marchand de notes" est le premier court-métrage de Paul GRIMAULT, co-écrit avec Jean AURENCHE et sorti en 1942. Les deux hommes s'étaient rencontrés dans une agence publicitaire dans laquelle ils travaillaient au cours des années 30. La patte de Grimault est parfaitement reconnaissable dans l'histoire qui raconte un affrontement sur le mode burlesque entre un marchand qui vend des notes de musique... au poids mais aussi le ballet mécanique d'une danseuse (il faut mettre une pièce de monnaie pour qu'elle s'anime) et un troubadour quelque peu facétieux qui met des bâtons dans les roues de cette conception mercantile de l'art, libère les notes et aussi la danseuse. Leur duo préfigure celui du "Le Petit Soldat" (1947) et bien sûr, celui de la bergère et du ramoneur*. Grimault puise en effet sa source d'inspiration chez Hans Christian Andersen, conteur spécialiste de l'animation des objets. Par ailleurs tous les films de Grimault sont porteurs d'un message politique subversif. Sur le plan formel, deux styles graphiques s'entrechoquent pour un résultat étonnamment harmonieux: un décor dépouillé constitué de lignes géométriques qui n'est pas sans rappeler certains tableaux de Giorgio de Chirico (influence majeure par ailleurs de son chef-d'oeuvre "Le Roi et l'Oiseau") (1979). Et des personnages tout en rondeurs que l'on imagine sans peine sortis de l'univers Disney, l'irrévérence en moins.

* "Objets inanimés, avez-vous donc une âme" est le trait d'union entre l'univers des contes d'Andersen, les films animés de Grimault et leurs héritiers des studios Pixar, ce dernier ayant eu une influence mondiale.

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Le Petit Soldat

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1947)

Le Petit Soldat

"Le Petit Soldat" est la première collaboration des trois grands poètes à l'origine de "Le Roi et l'Oiseau" (1979) à savoir Paul GRIMAULT, Jacques PRÉVERT et Joseph KOSMA. On peut même en rajouter un quatrième avec Hans Christian Andersen, "Le Petit Soldat" étant l'adaptation de l'un de ses contes "Le Vaillant petit soldat de plomb". Par conséquent, il n'est guère surprenant que le résultat soit un chef d'oeuvre touché par la grâce, aussi beau que poignant qui préfigure non seulement "Le Roi et l'Oiseau" (1979) mais toute sa descendance américaine. Les jouets animés de vie de la boutique du Petit Soldat sont les contemporains des premiers grands films de Walt DISNEY à qui ils font penser par la fluidité de leur animation, la délicatesse des couleurs, la rondeur des tracés et la pureté de leurs sentiments (les larmes de la poupée m'ont fait penser à celles que verse Dumbo). Ils sont aussi les grands-parents de ceux qui peuplent la chambre d'Andy dans "Toy Story" (1995), John LASSETER signant également son affiliation à Andersen par l'apparition de la bergère au milieu des petits soldats (en plastique et non plus en plomb, changement d'époque oblige). Mais le contexte du film de Paul GRIMAULT, réalisé en 1947 est beaucoup plus dramatique. L'ombre de la guerre plane sur l'innocence de l'enfance avant de venir la ravager par le biais de la destruction programmée des jouets et de leur temple. Dans un paysage hivernal parsemé de ruines un petit automate acrobate enrôlé de force revient blessé dans sa boutique d'origine pour retrouver l'élue de son coeur, une danseuse qui est accaparée par le diable. Mais celui-ci vole le coeur de l'automate avant de tenter de le détruire. S'engage alors une course-poursuite sur la glace charriée par le fleuve qui rappelle le magnifique film de D.W. GRIFFITH, "À travers l'orage" (1920) dans lequel l'amour fou s'oppose à la tyrannie dans une situation marquée par l'ombre portée de la mort.

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La Flûte magique

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1946)

La Flûte magique

Comme la plupart des films d'animation de Paul GRIMAULT, "La Flûte magique" est une ode à la résistance à l'oppression par le pouvoir enchanteur de la beauté. Réalisé en 1946 soit dans l'après-guerre, sans le scénariste de ses premières oeuvres Jean AURENCHE, il préfigure dans son esthétique comme dans sa thématique "Le Roi et l'Oiseau"* (1979). Il raconte l'histoire d'un jeune troubadour qui se fait méchamment refouler à l'entrée d'un château fort par un seigneur et ses sbires particulièrement mal embouchés, ceux-ci allant jusqu'à lui casser son instrument. Mais par la grâce d'une flûte magique, don de la nature alliée au petit troubadour (et obtenue par la métamorphose d'un oiseau), celui-ci va radicalement changer la nature de la menaçante forteresse et de ses sombres habitants, à leur corps défendant, les obligeant au péril de sa vie à danser au son de sa petite musique. Bien que l'histoire se situe au Moyen-Age, le film lorgne vers le cinéma burlesque et cartoonesque et le compositeur Marcel DELANNOY se permet de délicieux anachronismes avec des airs jazzy entraînants. C'est joyeux, léger et délicieusement impertinent.

* "graphisme net et élégant fondé sur la courbe, le traitement en volume des personnages, le soin apporté aux détails dans les décors tendant au réalisme, une animation fluide et riche en mouvements, une palette luxuriante de couleurs fort variées, un découpage technique abondant en plans de différentes valeurs, de changements d'angles de prises de vues et de mouvements d'appareils... En ce qui concerne le fond, par une philosophie poético-anarchiste « prévertienne », par un amour pour les faibles, les êtres différents et fantaisistes, par une haine de la méchanceté, de la bêtise, de l'envie et de la tyrannie." (Alain GAREL critique et historien de cinéma, professeur d'histoire du cinéma)

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