Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #court-metrage tag

Greater love hath no man

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1911)

Greater love hath no man

"Greater love hath no man" est un court-métrage qui appartient à la période américaine de Alice Guy, on reconnaît d'ailleurs le logo de la Solax, le studio qu'elle a fondé en 1910 dans le New Jersey, là où se trouvaient alors la plupart des sociétés de production. La côte nord-est était alors le centre de gravité du cinéma américain (à l'image de l'ensemble de l'économie américaine), avant qu'Hollywood ne prenne le relais en même temps que le développement économique de la côte ouest.

"Greater love hath no man" est un western teinté de romance qui se situe au Nouveau-Mexique mais qui a été tourné comme on peut s'en douter en observant la végétation dans le New-Jersey, tout comme les premiers films de D.W. Griffith auxquels il fait penser. Dans cet univers d'hommes, une femme se distingue, Florence qui tombe amoureuse du nouveau contremaître au grand dam de Jake, son ancien fiancé. Cependant celui-ci va faire preuve d'héroïsme alors que les mineurs mexicains estimant qu'ils n'ont pas été assez payés pour l'or qu'ils ont extrait se font menaçants. Le simplisme de l'intrigue qui oppose les méchants mexicains aux vaillants colons américains ainsi qu'à l'armée de l'oncle Sam fait sourire ainsi que la théâtralité du jeu des acteurs, néanmoins le film est en pointe sur le plan des innovations techniques et n'a rien à envier à ceux que D.W. Griffith réalise au même moment et au même endroit (tournage en décors naturels, utilisation de la profondeur de champ, mouvements dans le cadre, montage alterné etc.)

Voir les commentaires

Les résultats du féminisme

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1906)

Les résultats du féminisme

" Vous ferez des films, c'est d'accord, c'est une affaire de fille, mais en dehors de vos heures de travail et à condition que votre courrier n'en souffre pas". C'est en ces termes que Léon Gaumont qui dirigeait une société de fabrication et de vente d'appareils photographiques à la fin du XIX° a donné le feu vert à Alice Guy pour réaliser des films: en dehors de ses heures de travail (de secrétaire, bien entendu…) et parce que l'art cinématographique, Léon Gaumont ne le prenait pas au sérieux, c'était "une affaire de fille".

C'est pourquoi en dépit du fait qu'il contient le mot "féminisme" dans son titre et qu'il a été réalisé par une femme, Alice Guy, ce court-métrage exprime en réalité l'angoisse des tenants du patriarcat de voir les rôles s'inverser. Car il leur est tout simplement inconcevable d'imaginer une société fondée sur l'égalité des sexes. La conception patriarcale de la société est fondée sur un rapport de forces dans lequel l'homme opprime la femme. Remettre en cause cet ordre des choses, c'est selon eux donner aux femmes les moyens de les écraser. Ainsi on voit (de façon d'autant plus caricaturale qu'on est au début du XX° siècle) des femmes faire la tournée des bars, fumer le cigare et séduire des hommes pendant que ceux-ci repassent, font de la couture ou promènent les enfants. Mais à la fin, il suffit que ceux-ci sifflent la fin de la récré et tout rentre dans "l'ordre", preuve que tout ceci n'était qu'une mascarade. Une mascarade même pas crédible puisque les femmes conservent leurs habits Belle Epoque très contraignants (corset, chignon), Alice Guy n'ayant pas osé demander aux acteurs de mettre des jupes. Pourtant cela rendrait plus crédible la scène où une femme fait respirer des sels à l'homme qu'elle est en train de déshabiller. C'est très révélateur de la réalité des rapports de force dans le cinéma, même durant cette époque pionnière. La fin a été ainsi imposée par Léon Gaumont à Alice Guy qu'il laissait libre mais pas trop. Et lorsque au début des années 20 elle est revenue en France, son aura n'avait pas survécu à la première guerre mondiale. Entretemps le cinéma était devenu une "affaire d'hommes".

Voir les commentaires

La Glu

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1907)

La Glu

C'est parce que Léon Gaumont ne prenait pas le cinéma au sérieux que Alice Guy, sa secrétaire put s'y faire une aussi grande place, devenant ainsi la première réalisatrice de l'histoire du septième art. Fille d'un éditeur-libraire , elle était passionnée par les pouvoirs de la fiction qu'elle décida d'appliquer à l'art cinématographique (à l'origine, pour faire vendre les caméras Gaumont). Jusqu'en 1907, elle dirigea toute la production cinématographique de la maison, embauchant techniciens et scénaristes  tout en réalisant elle-même ses propres films (plus de 300!), conçus comme autant de moyens d'expérimentations. Ainsi "La Glu" tourné en 1906 qui est une "saynète humoristique" de quelques minutes préfigure le slapstick américain avec un tournage en extérieur, une trame narrative et des situations burlesques se succédant à partir d'un élément perturbateur unique, un seau de colle qui, détourné par un chenapan introduit le désordre dans la vie de quelques quidams. Ceux-ci se retrouvent avec les chaussures collées au sol ou pire encore, le fondement collé au siège. La fin du court-métrage est assez abîmée.

Voir les commentaires

L.OU. (Lost and fOUnd)

Publié le par Rosalie210

Dave Mullins (2017)

L.OU. (Lost and fOUnd)

 L'un, JJ, ne sait que prendre. L'autre, Lou, à l'inverse ne sait que donner. L'un a besoin de remplir, l'autre se laisse vider. Diffusé en 2017 en première partie de "Cars 3", Lou (Lost and fOUnd) se situe dans une cour de récréation en Caroline du nord dans laquelle interagissent deux personnages en marge de l'école (comme l'a été souvent le réalisateur Dave Mullins à cause des nombreux déménagements de ses parents). Un personnage composé d'objets trouvés qui récupère tout ce qui a été oublié par les enfants pendant qu'ils sont en classe et les dispose dans une boîte pour qu'ils puissent facilement les retrouver. Et un petit garçon qui harcèle ses camarades pour leur prendre leurs affaires et les mettre dans son sac. 

L'histoire (sans paroles comme souvent dans les courts-métrages Pixar) suit un schéma très classique mais efficace. L'enfant harceleur se mue en bon samaritain après avoir été corrigé par Lou et son comportement est expliqué par le fait qu'il a été lui-même harcelé, l'objet qu'on lui a pris ayant été lui aussi récupéré par Lou. Le personnage de Lou est original puisque polymorphe (il change selon la disposition et la nature des objets qui le composent) et très poétique aussi puisqu'il illustre ce qu'implique le don de soi. Lorsque tous les objets ont été récupérés, Lou a tout simplement disparu. 

Voir les commentaires

Sage-femme de première classe/La naissance des enfants

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1902)

Sage-femme de première classe/La naissance des enfants

"Sage femme de première classe" est une version XXL (pour l'époque) de "la Fée aux choux", premier film de l'histoire du cinéma réalisé par une femme et l'un des tous premiers relevant de la fiction. XXL car il dure 4 fois plus longtemps que les versions de 1896 (qui s'est autodétruite) et de 1900 qui étaient de 1 minute, il comporte plus de personnages (deux femmes, un homme et six bébés contre une femme et deux bébés dans la version de 1901 et deux hommes, une femme et un bébé dans la version de 1896) et il est plus élaboré avec deux plans fixes se succédant dans deux décors différents, celui de la devanture de la marchande de bébés et celui de l'arrière cour où se trouve le potager dans lequel elle les "cueille" dans les choux pour les vendre, la césure ayant d'ailleurs lieu au milieu du film (soit à la fin de la deuxième minute, le film en comportant quatre au total). Le titre "La Fée aux choux" par lequel le film est parfois désigné provient des confusions qu'a pu faire Alice Guy à la fin de sa vie sur les différentes versions de son travail. S'il n'y a en effet pas de fée dans cette version, le magasin de la marchande de bébés se nomme bien "La Fée aux choux" et se base sur la légende selon laquelle les petits garçons naissent dans les choux et les petites filles dans les roses. Les bébés sont pour la plupart de véritables nouveaux nés que l'on voit d'ailleurs gigoter et que l'on imagine facilement brailler à pleins poumons vus qu'ils sont étendus sur un drap après avoir été "cueillis". Mi conte de fée, mi folklore populaire, cette illustration d'une croyance surannée ne manque pas de charme.

Par ailleurs il existe une polémique sur les premières années d'activités de Alice Guy, un autoproclamé historien du cinéma allant jusqu'à lui dénier la maternité des films qu'elle aurait réalisé entre 1896 et 1902 ce qui revient à l'accuser de mythomanie (aurait on osé remettre ainsi en cause l'autobiographie d'un pionnier masculin du cinéma?). Il considère à partir d'arguments technicistes fallacieux dont on sait qu'ils sont le carburant des négationnistes* de tout poil que "Sage-femme de première classe" est son premier film et qu'elle l'aurait copié sur des versions plus anciennes réalisées par des hommes qui lui auraient -bien évidemment- tout appris (c'est sûr que le sujet n'indique pas du tout qu'il est réalisé par une femme ^^^^^). Nul n'est prophète en son pays et Alice Guy est aujourd'hui mieux reconnue aux USA (plus à l'aise que nous sur le révisionnisme historique*, surtout quand il ne les concerne pas ^^) qu'en France où sa redécouverte est très récente.

* Il convient de ne pas confondre négationnisme et révisionnisme (confusion entretenue par les négationnistes eux-mêmes qui se prétendent historiens alors qu'il s'agit d'imposteurs). Le négationnisme dénie des faits historiques avérés notamment en refusant de croire ceux qui en ont été les acteurs ou les témoins (sur la base de critères subjectifs avoués ou non tels que le racisme, l'antisémitisme ou le sexisme). Pierre Vidal-Naquet les désigne comme étant "les faussaires de l'histoire". Le révisionnisme remet en cause l'interprétation des faits historiques admise jusque là à partir de nouvelles sources. Par exemple c'est l'accès aux archives allemandes sur le régime de Vichy qui a permis à l'historien américain Robert Paxton en 1973 de remettre en cause la thèse de la connivence Pétain-De Gaulle (dite de "l'épée et du bouclier") qui était alors admise en France comme étant la vérité historique.

Voir les commentaires

La Fée aux choux

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1896 et 1900)

Il existe (au moins) trois versions de "La Fée aux choux". L'originale qui date de 1896 n'a pas été conservée et c'est bien dommage car elle fermerait le bec à ceux qui sans preuves lui dénient son rôle dans l'histoire du cinéma. Celle de 1900 ou 1901 (photo) et enfin celle de 1902 ou 1903, plus élaborée et qui a pour titre "Sage-femme de première classe" ou "La naissance des enfants".

Il existe (au moins) trois versions de "La Fée aux choux". L'originale qui date de 1896 n'a pas été conservée et c'est bien dommage car elle fermerait le bec à ceux qui sans preuves lui dénient son rôle dans l'histoire du cinéma. Celle de 1900 ou 1901 (photo) et enfin celle de 1902 ou 1903, plus élaborée et qui a pour titre "Sage-femme de première classe" ou "La naissance des enfants".

" Si j'étais née en 1873 (…)./Si j'avais travaillé pour Gaumont pendant 11 ans (…]./Si j'avais été la seule femme metteur en scène du monde entier pendant 17 ans, /Qui serais-je?/Je serais connue,/Je serais célèbre/Je serais fêtée/Je serais reconnue./[…] Qui suis-je?/Méliès, Lumière, Gaumont?/Non./ Je suis une femme. (préface de l'autobiographie de Alice Guy, Autobiographie d'une pionnière du cinéma par Nicole-Lise Bernheim).

Si dans l'histoire des Arts, le premier roman est l'œuvre d'une japonaise, Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, l'un des premiers films de fiction de l'histoire du cinéma mondial est "La Fée aux choux" de Alice Guy qui est entrée dans le milieu du cinéma en devenant la secrétaire de Léon Gaumont en 1895 (alors patron d'un laboratoire de photographie avec le destin que l'on sait). La première version de la "Fée aux choux" se situe certes après "L'Arroseur arrosé" des frères Lumière mais elle précède de quelques semaines les premières réalisations de Georges Méliès. Alice Guy a inventé d'abord en France puis aux USA une bonne partie de l'art cinématographique (y compris la colorisation, la superproduction, le making-of et le clip sonore, ancêtre du parlant), se partageant les meilleurs acteurs américains dans les années 10 avec D.W. Griffith et n'hésitant pas contrairement à lui à tourner un film à 100% afro-américain, lui aussi le premier de l'histoire, "A Fool And His Money" en 1912. Elle a également eu un rôle important comme productrice. Elle a été à la tête des productions Gaumont jusqu’en 1907, embauchant des assistants comme Ferdinand Zecca et Louis Feuillade et elle a fondé aux USA la société de production Solax en 1910. "La Fée aux choux" est une métaphore de ce qu'elle a représenté pour le cinéma qu'elle a aidé à mettre au monde en France et aux Etats-Unis avant que celui-ci ne devienne un big business dont les femmes productrices et réalisatrices se sont retrouvées exclues (grosso modo au début des années 20). L'histoire du cinéma, elle aussi accaparée par les hommes tout comme la cinéphilie a parachevé l'œuvre d'emprise du patriarcat sur le septième art en l'oubliant malgré tous les efforts d'Alice Guy pour retrouver ses films et prouver qu'elle en était bien la réalisatrice. Ainsi alors que Georges Méliès bénéficiait d'une réhabilitation dès 1925 dans l'anthologie de Georges-Michel Coissac, elle n'y était même pas mentionnée. George Sadoul a attribué ses films à d'autres, Henri Langlois l'a négligée, Henri Toscan du Plantier, directeur de la Gaumont de 1975 à 1985 ne savait même pas qui elle était, ignorant l'histoire de sa propre société. Aujourd'hui, sa réhabilitation est en marche, surtout aux Etats-Unis où Martin Scorsese, un grand admirateur de la cinéaste au même titre que Georges Méliès lui a remis un prix honorifique en 2011 et a écrit une nouvelle préface pour la réédition de son autobiographie (à quand un "Huguette Cabret"? ^^^^) et en 2018, un documentaire a été diffusé à Cannes hors-compétition "Be natural, the untold story of Alice Guy-Blaché". Mais il n'a pas été distribué en France où l'accès à ses œuvres reste plus difficile. Néanmoins dans les années 80, un téléfilm "Elle voulait faire du cinéma" retraçait déjà son parcours avec (faut-il s'en étonner?) Christine Pascal dans son rôle et un prix Alice Guy est décerné depuis 2018 au meilleur film français réalisé par une femme.

Voir les commentaires

A Country Cupid

Publié le par Rosalie210

D.W. Griffith (1911)

A Country Cupid


Parmi les très nombreux courts-métrages tournés par D.W. GRIFFITH avant 1915, "A Country Cupid" apparaît assez anecdotique. Son atmosphère fait penser à celle de "La petite maison dans la prairie" avec son école du Midwest à classe unique accueillant des enfants d'âge et de classe sociale différents (on le remarque surtout à la présence ou non de chaussures aux pieds des enfants. Pour mémoire, Mary et Laura Ingalls se rendaient à l'école pieds-nus mais avec une coiffe sur la tête, tout comme une partie des fillettes du film). La mise en scène transcende ce que l'histoire (une dispute puis une réconciliation entre la maîtresse et son fiancé) peu avoir de banal. Comme toujours chez D.W. GRIFFITH, l'intrigue est très lisible et les personnages, relativement nombreux pour un court-métrage ont tous une bonne raison d'être. On remarquera en particulier l'ingéniosité de l'utilisation du petit Billy (en réalité joué par une petite fille) et la fin en montage alterné typique du cinéaste pour faire monter le suspense (Jack joué par Edwin AUGUST arrivera-t-il à temps pour sauver sa fiancée?) Enfin, un aspect moins réjouissant du film mais tout aussi caractéristique de l'œuvre de D.W. GRIFFITH est la stigmatisation des minorités. Le croquemitaine amateur de chair fraîche bien blanche (l'actrice qui joue la maîtresse se nomme d'ailleurs Blanche SWEET!) est à rechercher du côté des noirs-américains ou pire des métis ("Naissance d une Nation") (1915), des gitans ("Ce que disent les fleurs") (1910) ou ici des handicapés mentaux, le "half-wit" s'avérant être l'intrus que la communauté doit éliminer pour vivre en parfaite harmonie.

Voir les commentaires

Alas and Alack

Publié le par Rosalie210

Joseph De Grasse (1915)

Alas and Alack

Un court-métrage de 1915 incomplet (il manque la fin) mais qui est proposé en bonus sur le DVD de "Notre-Dame de Paris" (1923) sans doute parce qu'il met déjà en scène Lon CHANEY dans un rôle de bossu. Un double rôle pour être exact, l'histoire se déroulant sur deux plans: celui du conte et celui d'un certain réalisme social. Dans le conte, la femme du pêcheur (Cleo MADISON) est une jeune fille (sans doute une fille de pêcheur) qui a pour amant un prince (Arthur Shirley). Mais une méchante sorcière les sépare et confie la jeune femme au destin bossu (Lon CHANEY donc) qui l'enferme dans un coquillage géant. Dans la réalité, le prince est un homme très riche (toujours interprété par Arthur Shirley) qui possède un yacht. Il est marié à une insupportable mégère (Margaret Whistler) qui ne se sépare jamais de son petit chien. La femme du pêcheur qui lui a offert des fleurs lors de son escale à terre et sa petite fille le font rêver d'une vie plus épanouissante que la sienne. Pourtant celle-ci semble aussi mal lotie que lui avec son mari pêcheur (Lon CHANEY encore) toujours absent dont la bosse laisse penser qu'il est plutôt son geôlier que son grand amour. Une mélancolie commune lié au sentiment d'avoir raté sa vie relie donc ces deux personnages situés aux antipodes du spectre social. Il y a un très beau plan où pendant que l'homme contemple le bouquet offert par la femme du pêcheur, le visage de sa petite fille apparaît à l'intérieur de chacune des fleurs. On ne peut que conjecturer sur sa signification mais il est assez évident que le yachtman est en mal d'enfant à moins que la trame du conte ne nous indique que cette enfant pourrait bien être la sienne...

Voir les commentaires

L'Amour maternel (The Mothering Heart)

Publié le par Rosalie210

D.W. Griffith (1913)

L'Amour maternel (The Mothering Heart)


"The Mothering Heart", l'un des courts-métrages tardifs de D.W. GRIFFITH, est aussi l'un de ceux qu'il a tourné avec Lillian GISH qu'il avait découvert un an auparavant. Le scénario de "L'Amour maternel" présente une vision de la famille et de la femme que l'on qualifierait aujourd'hui d'ultra-conservatrice. Cela commence par une scène de séduction classique où Madame se refuse dans un premier temps avant de craquer devant le numéro de Caliméro de son prétendant ("Vois comme je souffre"). Cela se poursuit par une "scène de ménage" où monsieur sort pour gagner des sous pendant que madame reste à la maison pour faire le ménage et accomplir quelques menus travaux qui permettent d'arrondir les fins de mois. Dépendre financièrement, ne serait-ce qu'un peu de sa femme ne satisfaisant pas l'ego du mari, il se met soudain à gagner des fortunes et à délaisser son foyer pour les music-halls et une belle vamp plus sexy et fun que sa femme. Celle-ci le quitte pour retourner chez sa mère accoucher et la vamp finit par lui préférer un homme plus riche. Le pauvre homme est ainsi présenté comme une victime des femmes, lesquelles se divisent en deux camps, celle des saintes qui sacrifient tout à leur devoir maternel et celle des salopes qui sacrifient tout à l'argent. Pour finir en beauté ce travail d'édification des moeurs, le couple se réconcilie autour de la mort de leur enfant (punition divine de leurs péchés?) Fort heureusement, D.W. GRIFFITH utilise son talent de conteur et de monteur pour dynamiser l'histoire et il met en valeur le talent de Lillian GISH à faire passer toutes sortes d'émotions. Mais un tel film permet de méditer sur le décalage entre l'image et la réalité puisque Lillian GISH présentée dans nombre de films -dont celui-ci- à travers le prisme des fantasmes masculins (petite chose fragile nécessitant d'être protégée, épouse modèle et mère au foyer ou bien fille-mère abusée) était en réalité une grande professionnelle qui a tout sacrifié à son travail, y compris le mariage et la maternité.

Voir les commentaires

Personne ne veut jouer avec moi (Mit mir will keiner spielen)

Publié le par Rosalie210

Werner Herzog (1976)

Personne ne veut jouer avec moi (Mit mir will keiner spielen)

Financé par le ministère de l'éducation ouest-allemand, ce film qui date de 1976 a été tourné avec des enfants d'âge préscolaire à Munich. Bien que fictionnel, le récit est partiellement basé sur des faits réels que Werner HERZOG a recueilli auprès des enfants eux-mêmes et la technique employée (caméra à l'épaule et enregistrement du son rudimentaire) prolonge celle de ces précédents courts-métrages qui étaient documentaires.

L'histoire très simple fait ressortir une thématique majeure de la filmographie de Werner HERZOG: celle du paria. Les enfants commencent par imiter le monde des adultes. Il forment un cercle dans la classe qui symbolise la société de l'entre-soi. Ils tournent ostensiblement le dos à un petit garçon allongé tout seul dans un coin sous un meuble. La raison de cet ostracisme nous est expliquée à travers les messes basses des enfants. Ils le rejettent parce qu'il est pauvre et que son apparence est négligée. Personne ne vient le chercher à la sortie de l'école. Sa mère est malade et ne peut pas s'occuper de lui et son père le maltraite. Pourtant il n'y a aucun misérabilisme dans le film qui montre qu'en dépit de cette réalité sociale très sombre le monde de l'enfance reste celui ou tout encore est possible (comme celui du cinéma) contrairement à celui des adultes qui semble indifférent à son sort. Werner HERZOG superpose ainsi dans un même plan la banalité du train-train quotidien et une tragédie insondable.

Voir les commentaires

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 > >>