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Articles avec #cinema danois tag

Melancholia

Publié le par Rosalie210

Lars von Trier (2011)

Melancholia

Je n'ai vu à ce jour que deux films de Lars von TRIER ("Breaking the Waves" (1996) et "Mélancholia") et j'ai été frappée par leur trame similaire. Les deux films sont centrés sur une jeune femme que sa rupture sociale reconnecte à la nature. Elle devient alors surpuissante, provoquant miracles ou cataclysmes tout en s'autodétruisant. D'une certaine manière, Lars von TRIER fait revivre la figure tant redoutée de la sorcière, cette femme dont le savoir empirique fut éradiqué par la rationalité triomphante et si masculine de l'Humanisme du XVI° siècle (car contrairement aux idées reçues, les sorcières furent brûlées à la Renaissance et non au Moyen-Age). Cependant, la rationalité scientifique incarnée par John (Kiefer SUTHERLAND) ne peut rien contre la sombre dépression de Justine (Kirsten DUNST) qui semble attirer Melancholia comme un aimant. De même que toute sa fortune échoue lamentablement à réussir le mariage de celle-ci ou à la rendre heureuse. Le film qui comporte deux parties (comme il comporte deux planètes et deux soeurs) montre dans un premier temps l'échec de John en tant que patriarche à prendre le contrôle des femmes de sa belle-famille au travers du naufrage d'une cérémonie de mariage pourrie de l'intérieur. Puis la deuxième partie narre son échec en tant que scientifique à prendre le contrôle de la trajectoire de la planète Melancholia. Avec sa disparition, c'est tout un ordre du monde qui s'écroule. Ne restent plus que des femmes, des jouets d'enfant, une cabane faite de quelques branches, outils qui face à l'inéluctable apocalypse sont ramenés au même niveau que le télescope sophistiqué et l'immense et luxueux domaine tiré à quatre épingles de John et Claire (Charlotte GAINSBOURG) qui fait un peu penser par sa géométrie aux jardins du château de "L Année dernière à Marienbad" (1961). Le génie propre de Lars von TRIER réside dans ce travail mettant en relation les échelles macro et micro cosmiques, la société humaine et ce qui la dépasse (mais dont elle dépend). Dans "Melancholia" à défaut de créer l'éco-anxiété, il a créé la "cosmo-anxiété" au travers du personnage de Claire qui contrairement à Justine souhaite continuer à vivre notamment pour son fils. Enfin "Melancholia" se caractéristique par sa majestueuse beauté. Construit comme un opéra avec une introduction résumant le film et deux parties, il est baigné par la musique de "Tristan et Isolde" de Wagner et des images oniriques très picturales dont celle de son affiche qui représente Justine qui telle Ophélie flotte dans une rivière-tombeau baignée de fleurs ou bien tente en vain de s'arracher à des branches griffues qui l'empêchent d'avancer. Sous la surface de la pelouse et des arbres bien taillés grouille un psychisme humain insaisissable et potentiellement terrifiant.

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Drunk

Publié le par Rosalie210

Thomas Vinterberg (2020)

Drunk

Je n'avais plus regardé de film de Thomas VINTERBERG depuis son percutant "Festen" (1998). "Drunk" aborde lui aussi un sujet délicat et il le fait avec beaucoup d'humanité. Du début à la fin, tous les paradoxes de l'alcool sont explorés et c'est bien parce que les facettes lumineuses et sombres du produit ne sont jamais séparées que le film atteint cette puissance. De façon assez ironique, le lieu central du film est une école dans laquelle derrière une apparence respectable l'alcool coule à flots et sans entraves. Chez les élèves mais aussi chez leurs enseignants quadragénaires gagnés par le mal de vivre. L'un d'eux attire particulièrement le regard avec ses grands yeux tristes: c'est Martin (Mads MIKKELSEN) qui voit sa vie lui échapper: il est en difficulté dans son travail et sa famille l'ignore. Alors en dépit de ses réticences (liées peut-être à un passé déjà agité par la substance) il se laisse tenter avec trois de ses amis (dont Tommy joué par Thomas BO LARSEN déjà vu dans "Festen") (1998) par l'expérience consistant à vivre au quotidien avec de plus en plus d'alcool dans le sang. Et c'est le début de l'engrenage. L'alcool réenchante sa vie, anime ses cours, le rend créatif et alerte. Et il est rappelé combien les substances psychotropes ont pu jouer un rôle créatif (même s'il n'est pas mentionné au profit d'Hemingway, on pense à Rimbaud). Combien leur effet désinhibant peut être magique en stimulant les capacités, augmentant la confiance en soi, l'initiative et la prise de risques. Mais dans le même temps, l'addiction finit par produire ses effets ravageurs, détruisant la vie sociale, la vie intime, la vie tout court. La fin est particulièrement admirable, faisant se succéder une scène de deuil et une scène inoubliable de danse en apesanteur dans un lâcher prise total après la libération de la parole.

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Le Festin de Babette (Babettes Gæstebud)

Publié le par Rosalie210

Gabriel Axel (1987)

Le Festin de Babette (Babettes Gæstebud)

De même qu'il fallu quatorze ans à Babette pour toucher le gros lot et être en mesure de préparer le somptueux dîner gastronomique français qui donne son titre à la nouvelle de Karen Blixen dont le film est adapté, il fallut quatorze ans pour que le réalisateur Gabriel Axel parvienne à obtenir les crédits nécessaires à la réalisation du film. Les conseillers qui accordent les subventions de l'institut du cinéma danois jugeaient le scénario trop mince pour un long-métrage et pensaient également qu'il n'intéresserait pas un public moderne. Raté! Car c'est l'austérité de la première partie du film qui par contraste donne l'eau à la bouche lorsqu'arrive le moment du plantureux repas. Qui n'a jamais rêvé d'être assis à la table des convives pour goûter des mets qui au mieux se dégustent une fois par an à noël (les cailles farcies aux truffes et au fois gras, le caviar) mais la plupart du temps sont tout simplement inaccessibles au commun des mortels (les grands vins, la soupe de tortue qui avec les fruits confits me font penser au repas gargantuesque qui clôt "Le général Dourakine" de la comtesse de Ségur!)

"Le Festin de Babette" est un film d'oppositions mais aussi un film de médiations. Opposition entre les pays nordiques (La Norvège dans la nouvelle, le Danemark dans le film) et son austérité luthérienne et la France vue comme un pays de débauchés, entre Martine et Philippa, les deux vieilles filles puritaines et soumises et Babette, ex chef cuisinière d'un grand restaurant et ex Communarde, entre les acteurs scandinaves issus pour la plupart des films de Dreyer et de Bergman et la française Stéphane Audran plutôt abonnée à des rôles de femme fatale ou de bourgeoise, entre l'amour et l'art vus comme autant de tentations diaboliques (comme par hasard l'air que Achille Papin fait chanter à Philippa est "La Ci Darem la Mano" extrait de Don Giovanni et les victuailles apparaissent aux deux sœurs comme des émanations de l'enfer, un véritable sabbat de sorcières)  et une conception de la foi ascétique qui implique de renoncer à toutes les formes de plaisir terrestre pour se consacrer à Dieu et à son œuvre.

Toute la beauté du film réside dans le fait que la médiation l'emporte sur l'opposition et la vie sur la mort, du moins un bref instant (la dernière image de ce point de vue est éloquente). En effet la petite communauté luthérienne dirigée par Martine et Philippa (prénoms en relation avec Martin Luther et son ami Philippe Melanchthon) se déchire sous leurs yeux consternés et impuissants et c'est le festin de Babette, pourtant accueilli avec un mélange de crainte et d'ignorance qui paradoxalement va faire communier ses membres, leur apporter la paix du cœur et de l'esprit en comblant leurs sens et ce alors qu'ils avaient juré de nier l'effet que le repas aurait sur eux. Preuve s'il en est que la vraie spiritualité prend ses racines dans la sensualité (ce qui est d'ailleurs le message originel du christianisme!) et que le puritanisme lui est parfaitement stérile. La médiation, c'est également celle qu'accomplit le général Lorens Löwenhielm, seul convive à ne pas appartenir à la secte et qui en fin connaisseur commente chaque plat et chaque vin pour finir par reconnaître la signature de l'artiste des fourneaux qui se cache derrière le repas*. C'est enfin celle du réalisateur né au Danemark mais élevé en France et accomplissant sa carrière théâtrale et audiovisuelle dans les deux pays entre lesquels il effectue de nombreux allers-retours. Il a par ailleurs mis en scène de nombreux classiques français au Danemark.

* D'ailleurs la séquence du repas est l'occasion d'un total renversement de valeurs, les luthériens devenant des profanes ignares et le général, leur guide spirituel.

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Festen

Publié le par Rosalie210

Thomas Vinterberg (1998)

Festen

C'est un film coup de poing dont la force me prend aux tripes à chaque nouveau visionnage. Bien meilleur à mon avis, bien plus convaincant que le "Ruban blanc" qui traite également du fascisme ordinaire tapi à l'intérieur des familles si respectables en apparence de l'Europe "boréale" chère à l'extrême-droite. Mais Vinterberg n'a reçu que le prix du jury alors qu'Haneke a eu la palme. C'est dommage.

On a beaucoup critiqué les principes du dogme 95, cette nouvelle vague cinématographique danoise lancée sous l'impulsion de Vinterberg et Von Trier en réaction aux superproductions hollywoodiennes bourrées d'effets spéciaux. Mais outre le fait qu'il n'a jamais été question de suivre le dogme à la lettre (ce qui serait un comble pour un film qui repose sur la transgression), le résultat dans Festen est saisissant de par la parfaite adéquation entre le thème traité (la révélation d'un secret de famille qui provoque un séisme) et le style employé (une caméra à l'épaule scrutant les visages à la manière de Cassavetes).

On pense forcément à la "Règle du jeu" de Renoir devant cette grande maison bourgeoise où l'on passe sans arrêt de l'étage des maîtres et de leurs invités qui fêtent l'anniversaire du patriarche à celui des domestiques. Sauf que si les premiers se livrent au grand cirque des faux-semblants, ce n'est pas le cas des seconds qui aident au contraire Christian, le fils aîné victime d'inceste dans son enfance à déjouer la règle du silence. Le sous-sol des cuisines tout comme l'eau ou le tube d'aspirine sont autant de métaphores des pulsions et secrets enfouis qui cherchent à remonter à la surface. Si bien qu'à chaque nouvel échec, les domestiques poussent Christian à retourner dans l'arène de la cérémonie jusqu'à ce que la vérité éclate.

Et cela finit par marcher. La maison se lézarde de tous côtés. On observe une montée progressive de la violence contre Christian pour tenter de préserver l'unité familiale. A la torture psychologique (tentative de la mère pour diffamer son fils, propos humiliants du père) succède la violence physique lorsque le frère cadet passablement déséquilibré et ses amis jettent Christian hors de la maison puis l'attachent à un arbre dans la forêt non sans l'avoir frappé au préalable. Cette violence est redoublée par l'arrivée de Gbatokai, le fiancé noir d'Hélène, sœur cadette de Christian, qui déclenche un déchaînement de racisme dans l'assemblée. Comme Christian, Gbatokai fait figure d'intrus, de "corps étranger" dont il faut se prémunir. Le conflit ne se dénoue que par la lecture de la lettre de Linda, la sœur jumelle de Christian qui s'est suicidée à cause des abus sexuels dont elle a été victime au même titre que son frère. Linda dont le fantôme est omniprésent tout au long du film.

La parole a valeur de libération. Christian peut construire sa vie alors qu'il en était empêché. Il brise le cercle de la fatalité qui consistait à reproduire les mêmes abus de génération en génération (l'intervention du grand-père permet de comprendre que le père a subi lui aussi des abus).

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