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Articles avec #cinema chinois tag

Lust, Caution (Se, Jie)

Publié le par Rosalie210

Ang Lee (2007)

Lust, Caution (Se, Jie)

Alors que j'avais beaucoup aimé "Raison et sentiments" (1995) et "Le Secret de Brokeback Mountain" (2005), j'ai été profondément déçue par ce film bancal qui n'est pas dénué de qualités certes mais qui ne méritait certainement pas son Lion d'Or à Venise.
Qu'est ce qui cloche donc dans ce film? Beaucoup de choses en fait.

- Premièrement les séquences réussies dans "Lust, Caution" sont noyées au beau milieu d'un film extrêmement long et pesant. Pour ne prendre qu'un exemple la séquence de Mahjong inaugurale avec sa caméra nerveuse et son rythme endiablé distille un sentiment d'urgence qui suscite immédiatement l'intérêt. Pourquoi faut-il alors que lui succède un flashback interminable (près d'une heure!), ampoulé et fade consacré à la formation puis à la première tentative (avortée) de l'héroïne pour piéger sa cible? Cette énorme digression retarde d'autant le moment où on entre enfin dans le vif du sujet à savoir la relation SM qui se noue entre elle et M. Yee (Tony LEUNG Chiu Wai, impeccable comme toujours). Ang LEE est visiblement plus à l'aise dans un cadre intimiste que dans des reconstitutions historiques à grand spectacle et il ne sait pas relier efficacement les deux. Bref, il n'est pas David LEAN.

- Deuxièmement, l'intrigue n'est absolument pas crédible. Mais il existe d'excellents films reposant sur des intrigues invraisemblables. Le problème vient ici du fait que Ang LEE veut faire un film historique engagé et donc sérieux auquel on ne croit pas un seul instant. La faute aussi à une erreur de casting: Tang WEI n'a pas l'étoffe pour jouer les espionnes et ne possède pas le charisme de la femme fatale. Même maquillée ou dénudée et en action dans des scènes torrides, elle ressemble à une petite fille timide dans un costume trop grand pour elle. Son club théâtre est d'ailleurs à l'avenant. Comment croire un seul instant que ces étudiants inexpérimentés (et dépourvus de tout talent d'acteur pour simuler d'ailleurs) puissent monter un tel projet contre un homme aussi puissant et l'amener aussi loin dans un contexte de danger extrême? Quand on compare avec par exemple l'infiltration dans le QG des nazis de "L Armée des ombres" (1969) ou même avec le bien meilleur "Black Book" (2006) au sujet proche, la comparaison est douloureuse pour le film de Ang LEE. Il en va de même avec les références à Alfred HITCHCOCK, plus que maladroites.

- Enfin il y a à mon sens un problème d'éthique fondamental dans ce film. Je ne supporte pas d'entendre le mot "amour" quand il n'y en a pas. Or beaucoup de critiques ont évoqué "un grand film romantique tragique" ou bien "une histoire d'amour impossible". Là encore la faute au réalisateur. Peu importe la complexité de ce que ressentent les personnages, lui doit être clair dans le message qu'il fait passer. Or il ne l'est pas et affiche une complaisance plus que douteuse envers son personnage masculin assassin, tortionnaire, violeur, collaborateur carriériste et lâche de surcroît. M. Yee peut bien éprouver des sentiments, verser des larmes et s'autodétruire, le fait est qu'il agit en prédateur qui logiquement croque toute crue la jeune Wong incapable de faire le poids face à lui: il lui prend son corps, son coeur et au final sa vie. Seuls les actes comptent. Violence et amour sont incompatibles.

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Happy Together

Publié le par Rosalie210

Wong Kar-Wai (1997)

Happy Together

Qui connaît un peu le cinéma de WONG Kar-Wai sait que le titre de son film ne peut être qu'une antiphrase. C'est l'impossibilité de la relation amoureuse qui est explorée dans "Happy Together", film qui joue admirablement tel l'accordéon argentin sur une alternance entre grands espaces dans lesquels les liens se dissolvent et à l'inverse la promiscuité étouffante du huis-clos d'un appartement délabré. "Ni avec toi ni sans toi" est la devise qui semble guider les agissements de Ho (Leslie CHEUNG) et de Fai (Tony LEUNG Chiu Wai), couple gay composé de deux caractères antinomiques qui ne cessent de se retrouver et de se déchirer. "Happy Together" fonctionne comme une danse de tango entre les deux pôles opposés de la planète, Hong-Kong et Buenos Aires. Pourtant, l'aspect le plus réussi du film ne réside pas dans la dramatisation mais dans l'exploration de l'intimité de ce couple au travers de gestes banals du quotidien criants de vérité qui m'ont fait penser à certains passages de "Mala Noche" (1985). L'ébauche de relation entre Fai et Chang (Chen CHANG) fondée sur le non-dit, les rencontres manquées mais aussi le rêve d'un ailleurs m'a fait penser au film le plus connu de WONG Kar-Wai, "In the Mood for Love" (2000) sans parler d'une esthétique très semblable. Néanmoins en dépit de son prix de la mise en scène à Cannes, j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs dans "Happy Together" et que le fait que WONG Kar-Wai travaille sans scénario préétabli s'y faisait davantage ressentir.

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The Assassin (Nie Yinniang)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao-hsien (2015)

The Assassin (Nie Yinniang)

Visuellement, c’est magnifique. On voit que les plans ont été travaillés à l’extrême, que la disposition des personnages dans le cadre est très réfléchie, tout comme le sont les effets atmosphériques, les jeux de lumières ou l’harmonie des couleurs. La bande-son, également est splendide (en particulier le chant de la fin qui ressemble à un hymne celtique). Bien que se rattachant au genre du wu xia pian (les arts martiaux chinois), les scènes d'action sont rares, elliptiques à l'image du reste du film qui est avant tout contemplatif. Ce n'est pas là qu'est le problème à mes yeux. Le véritable problème est que sur le fond c’est un film complètement hermétique avec des personnages réduits à des silhouettes hiératiques dont le cinéma asiatique est friand (les « hommes portemanteaux ») et une intrigue décousue et illisible. C'est sans doute voulu puisqu'une bonne moitié des plans sont "filtrés", "tamisés" par des rideaux de tissus ou d'arbres comme s'il fallait chercher à entretenir quelque mystère ésotérique mais dans un cadre historique qui nécessite un minimum de repères, cela ne fonctionne pas et j'ai trouvé ce positionnement agaçant. J’ai à peine compris qui était qui sans parler de sous-intrigues qui rendent l’ensemble encore plus confus. Sans la lecture du synopsis, je n'aurais même pas saisi les liens entre les personnages c'est dire s'ils n'ont rien d'évident. Quant aux enjeux, j'ai vaguement saisi que l'héroïne, justicière, doit choisir entre son devoir et ses sentiments (variante, la vie ou la mort). Pas très original. Bref c’est abscons, abstrait, froid comme la mort, ennuyeux comme la pluie et finalement assez creux comme si tout ce décorum pompeux se prétendant philosophique voire géopolitique ne dissimulait en réalité que de la vacuité. Dommage.

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Un temps pour vivre, un temps pour mourir (Tong nien wang shi)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao-hsien (1985)

Un temps pour vivre, un temps pour mourir (Tong nien wang shi)

Avec un titre occidental qui fait penser au roman de Erich Maria Remarque "Le temps de vivre et le temps de mourir" adapté par Douglas SIRK sous le titre "Le temps d'aimer et le temps de mourir", le film de HOU Hsiao-Hsien intrigue. Il intrigue aussi par ce qu'il nous montre: Taïwan comme lieu d'un déracinement symbolisé par la maison de style japonais* dans laquelle vit la famille de Ah-hsiao, réfugiée sur l'île depuis 1948. L'ambivalence de l'exil y est bien montrée. Dans les premières années, les parents refusent véritablement de s'installer et la grand-mère, de plus en plus rongée par la maladie d'Alzheimer ne pense qu'à rentrer au pays, ne parvenant pas à se configurer Taïwan comme une île. Parallèlement, les échos des ravages du Grand Bond en avant leur font regretter de ne pas avoir pris davantage de membres de leur famille avec eux alors qu'ils sont déjà très nombreux et très pauvres. Et la mise en scène, faisant écho à un besoin d'ancrage ne cesse de revenir sur les mêmes lieux, les mêmes plans déclinés cependant en une infinité de variations selon qu'il fait jour ou nuit, soleil ou pluvieux, ou encore selon l'époque racontée.

Adoptant le style d'une chronique de souvenirs d'enfance (le titre du film en VO est "l'histoire de mon enfance") sans véritables enjeux dramatiques (du moins apparents), le film de HOU Hsiao-Hsien fait partie d'une série largement autobiographique. Il se divise en deux parties, chacune se concluant sur la mort d'un membre de la famille: d'abord le père quand Ah-hsiao a une dizaine d'années, puis celle de la mère quand il est adolescent suivie de sa grand-mère. Ce qui frappe le spectateur, c'est la volonté manifeste de distanciation vis à vis de ce que le cinéaste raconte et qui lui est pourtant très proche. Il y a dans cette démarche un travail de deuil manifeste, vu l'instance à nous montrer les corps privés de vie de ceux qui furent ses géniteurs et qui constituent autant de moments traumatiques retravaillés par la mémoire (le regard lourd de reproches d'un employé des pompes funèbres devant le corps laissé trop longtemps à l'abandon de la grand-mère, le cri déchirant de la mère lors de la veillée funèbre du père etc.). Il y a aussi la volonté d'éclairer cette enfance avec un regard adulte. L'espace extrêmement compartimenté de la maison mais aussi le découpage fait ressortir à quel point chaque personnage est isolé des autres, à quel point la circulation (des paroles, de l'affection) est entravée, à quel point chacun est finalement très seul. La froideur et la lenteur qui se dégage d'un film elliptique et contemplatif peuvent d'ailleurs rebuter. L'ouverture et l'épilogue du film se répondent: l'indifférence de Ah-hsiao aux appels de sa grand-mère qui le cherche fait écho au fait que sa famille ne s'apercevra de sa mort que lorsque le travail de décomposition aura commencé à faire son oeuvre. L'asthme du père s'avère être en fait la tuberculose qui comme pour la mère et la grand-mère, imprime sa marque sur les surfaces de la maison. La soeur aînée a dû sacrifier ses études et la cadette est morte de négligence au profit d'un fils adoptif appelé (ironiquement?) King. Bref alors que dans la première partie, Ah-Hsiao semble être un enfant tout ce qu'il y a de plus espiègle, adepte des antisèches et des 400 coups, il se mue en petit chef de bande sauvage et taciturne, la privation de repères s'accentuant au fil des décès**.

* Comme nombre d'îles (je pense par exemple à la Sicile), Taïwan a subi plusieurs occupations étrangères et en a gardé les stigmates culturels.

** De ce point de vue, le film offre un démenti cinglant à tous ceux qui pensent que la solution à la crise que nous vivons actuellement est l'immunisation collective (sous-entendu le sacrifice des aînés inutiles au profit des jeunes productifs). Le résultat ne serait qu'un immense traumatisme qui priverait les êtres humains à la fois de passé et d'avenir. 

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Have a Nice Day

Publié le par Rosalie210

Liu Jian (2017)

Have a Nice Day

Une curiosité que ce film d'animation chinois, simple mais percutant qui rappelle beaucoup sur la forme le style pop de Quentin Tarantino: mélange de violence et d'humour noir, ballet de mafieux et d'aspirants mafieux autour d'un sac de billets dérobé à un malfrat (comme dans "Jackie Brown") et même plan iconique en contre-plongée d'ouverture du coffre d'une voiture dans lequel se trouve un type pas mal amoché. L'humour masque quand même la terrible vacuité de la petite société chinoise dépeinte complètement atomisée en individus transformés par l'appât du gain en bêtes féroces. Le film comporte un morceau de bravoure assez épatant: une vidéo détournant des affiches de propagande maoïste en version pop art capitaliste dans laquelle deux des personnages lancés à la course au fric rêvent de "lendemains qui chantent" dans un Shangri-la de pacotille. Ils n'iront pas plus loin que la chambre 301 d'un hôtel minable. Quant à la plupart des autres personnages après s'être entre-déchirés comme des fauves lâchés dans une arène, ils finiront leur course folle dans un grand carambolage. Laissons le mot de la fin à l'élément déclencheur de l'intrigue, Xiao Zhang, un jeune employé du BTP qui arrondit ses fins de mois en convoyant les fonds de son patron mafieux avant de s'enfuir avec la caisse. Il a besoin de cet argent pour payer en Corée l'opération de ravalement de façade de sa fiancée défigurée par une opération de chirurgie (in)esthétique qui a mal tourné en Chine. Par ailleurs il proclame son admiration au tueur à gages venu lui faire la peau. Bref, peu de substance sous la coquille et on appréciera aussi bien l'ironie du titre que du passage sur l'acquisition de la liberté en Chine qui se mesure à ce qu'il est possible ou non d'acheter selon le taux de remplissage de son portefeuille.

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A Touch of Sin (Tiān zhù dìng)

Publié le par Rosalie210

Jia Zhangke (2013)

A Touch of Sin (Tiān zhù dìng)

J'ai du mal à accrocher en général aux films choraux qui racontent des histoires parallèles en n'accordant de ce fait à chacune qu'une durée limitée. Cela me laisse sur un sentiment de frustration car il n'y a pas assez de temps pour développer l'intrigue et les personnages de chaque histoire et de ce fait, ceux-ci sont subordonnés à l'idée d'ensemble. En dépit de quelques tentatives d'entrecroisement, "A Touch of Sin" relève en effet de cette structure et peut se décomposer en quatre courts-métrages sur un même thème, celui de la violence des rapports économiques et sociaux en Chine depuis que celle-ci est devenu l'épicentre de la mondialisation. Le réalisateur, Jia Zhangke a essayé de mêler documentaire et fiction en s'inspirant de quatre faits divers ayant défrayé la chronique et en les inscrivant dans un genre cinématographique d'action populaire. Avec un bonheur inégal.

Le premier et le troisième segment sont à mes yeux les plus réussis. Le premier bénéficie d'un personnage charismatique d'une taille imposante et reconnaissable à son grand manteau vert qui fait penser aux cache-poussière des héros de western (et il a même une moto en guise de cheval sans parler du fait qu'il lance dans les airs à plusieurs reprises une tomate, gimmick qui fait irrésistiblement penser à "Scarface" d'Howard Hawks). Son expédition punitive s'inscrit dans le registre du vigilante movie du type "Justice sauvage" sauf qu'il s'agit ici d'éliminer les chefs de village corrompus et leurs sous fifres serviles, les voies pacifiques s'étant révélées être des impasses. Le troisième segment a pour protagoniste principale une femme et se développe dans le sous-genre de série B du "rape and revenge movie" qui a par exemple abouti à des films mainstream tels que le diptyque "Kill Bill" de Quentin Tarantino ou "Elle" de Paul Verhoeven. En effet dans ces films, les femmes subissent d'abord la violence des hommes avant que par un effet boomerang elles ne retournent cette violence contre eux. Une violence physique mais aussi économique puisque le client du sauna frappe sa victime à coups de billets de banque: on ne peut être plus clair! 

En revanche les deuxième et quatrième segments sont plus faibles. Les motivations mal définies du travailleur migrant laissent sceptiques face à tant de violence déployée pour voler de l'argent. Cela ne suffit pas à en faire un "personnage". Idem avec le quatrième protagoniste, très veule et passif qui n'arrive pas à trouver sa place dans la jungle économique et sociale qui l'exploite. L'histoire se base sur un scandale très connu, celui des vagues de suicide dans les filiales chinoises de l'entreprise taïwanaise Foxconn qui sous-traite toute l'informatique mondiale (de Apple à Microsoft en passant par Nintendo). Mais ce thème est à peine effleuré au profit de celui, plus cinématographique du bordel de luxe où le jeune homme, employé comme hôte d'accueil se heurte à l'impossibilité de construire une relation dans le monde de la prostitution. Cet épisode est particulièrement mal raccordé aux autres.

"A Touch of Sin" est donc une expérimentation intéressante, qui donne lieu à de grands moments de cinéma et suscite la réflexion mais il ne parvient pas toujours à se hisser à la hauteur de ses ambitions qui consiste à allier à la fois la précision du documentaire et le caractère populaire et spectaculaire du "wu xia pian" (film de sabre chinois, le titre du film se référant à "A Touch of Zen" de King Hu visible en ce moment sur Arte Replay).

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Tigre et Dragon (Wò Hǔ Cáng Lóng)

Publié le par Rosalie210

Ang Lee (2000)

Tigre et Dragon (Wò Hǔ Cáng Lóng)

"Tigre et dragon" c'est du cinéma à grand spectacle mêlant culture chinoise et budget hollywoodien. Si le film est conçu pour plaire au plus grand nombre avec un dosage savant entre action et romance qui manque un peu d'âme à mes yeux, il en met plein la vue quand même avec des chorégraphies splendides réglées par Yuen Woo-Ping, celui là même dont le savoir-faire a été déterminant pour les scènes de kung-fu de la trilogie "Matrix" et des deux parties de "Kill Bill". On a donc des personnages en apesanteur qui tournoient et volent au-dessus des cimes avec une grâce magique. Le film offre également un condensé des plus beaux paysages chinois (forêts de bambous, chutes d'eau, montagnes) et de ses meilleurs acteurs issus de Chine continentale ou des "provinces chinoises à système différent" pour reprendre la définition qu'elle donne de Hong-Kong et de Taïwan (territoire dont est également originaire le réalisateur, Ang Lee qui a voulu rendre hommage au cinéma de son enfance). Tous ont dû d'ailleurs apprendre leurs dialogues en mandarin alors que leurs langues natales étaient le cantonais ou l'anglais. Quant à l'histoire, elle mélange la tradition feuilletonesque occidentale avec ses combats de cape et d'épée version asiatique, ses multiples rebondissements rocambolesques et ses histoires d'amours impossibles et des figures typiques de la tradition chinoise comme la guerrière intrépide façon Mulan. On peut également souligner l'opposition entre le couple d'âge mûr formé par Li Mu Bai (Chow Yun Fat) et Yu Shu Lien (Michelle Yeoh) qui ont sacrifié leurs sentiments sur l'autel du devoir et de l'honneur à celui beaucoup plus jeune formé par Jen (Zhang Ziyi) et Lo (Chang Chen) qui sont insoumis et individualistes. Deux générations aux valeurs différentes qui représentent l'évolution récente de la Chine.

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My Blueberry Nights

Publié le par Rosalie210

Wong Kar-Wai (2007)

My Blueberry Nights

"My Blueberry Nights" est considérée comme une œuvre mineure de Wong Kar-Wai mais je la préfère à "2046" par exemple car il a le mérite de la simplicité tout en dégageant une atmosphère envoûtante et en étant plus original qu'il n'y paraît. Certes, c'est un film inégal, conçu à partir de l'un des sketches qui devait constituer "In the Mood for love" à l'origine. Celui-ci devait comporter trois parties tournant autour de la nourriture (entrée, plat et dessert). La partie "plat" a pris toute la place dans "In the Mood for love" si bien que Jude Law et Norah Jones ont remplacé Tony Leung et Maggie Cheung pour déguster le dessert dans un café délocalisé quelque part à New-York. Le scénario de "My Blueberry Nights" repose sur une déception amoureuse, une attente, des rencontres, il se construit en creux, sur des histoires d'objets abandonnés par leurs propriétaires qui font écho à des âmes esseulées, celle de l'héroïne et des gens qu'elle croise au gré de ses pérégrinations et avec lesquels elle fait un bout de chemin.  Le changement de cadre géographique inspire Wong Kar-Wai en lui permettant de jouer sur plusieurs tableaux: les lieux clos et les grands espaces, la nuit et le jour, la sédentarité et le mouvement, le blues et la fleur bleue. L'idée de faire réorchestrer l'un des thèmes phare de "In the Mood for love" par Ry Cooder (auteur de l'inoubliable BO de "Paris, Texas" autre film d'exilé magnifiant l'Amérique) établit un élégant trait d'union entre Hong-Kong et les USA. Aux couleurs à dominante rouge et verte des ambiances nocturnes urbaines écrites le plus souvent au néon s'opposent les couleurs chaudes du désert (beau travail du chef opérateur Darius Khondji créateur de bulles colorées comme dans les films de Jeunet et Caro). Le premier écrin est conçu pour Jeremy (Jude Law) qui dans un renversement des rôles assignés aux hommes et aux femmes dans les récits traditionnels attend le retour de sa belle partie en mer… ou plutôt dans l'Amérique profonde en lui concoctant de bons petits plats dans son chaleureux cocon ^^. Le second est conçu pour la flambeuse Leslie (Natalie Portman) qui se déplace en jaguar et met au tapis ses partenaires masculins. Entre ces deux pôles splendides il y a un segment assez mauvais autour d'une rupture amoureuse hystérique et cliché entre un flic (David Strathairn) et son épouse (Rachel Weisz) avec deux acteurs lourdement démonstratifs. Cette faute de goût est seul véritable maillon faible du film.

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So Long, My Son (Dì jiǔ tiān cháng)

Publié le par Rosalie210

Wang Xiaoshuai (2019)

So Long, My Son (Dì jiǔ tiān cháng)

Il y a des films d'1h30 qui semblent interminables. Et d'autres comme celui-ci dont on ne voit pas passer les 3h. Dense, virtuose et poignant, le film de WANG Xiaoshuai mêle inextricablement grande et petite histoire en racontant le parcours de deux familles chinoises sur les quatre décennies qui ont fait passer la Chine du maoïsme au capitalisme mondialisé. Et ce qui rend son film passionnant bien qu'un peu déroutant au début, c'est qu'il privilégie une narration émotionnelle sur la chronologie des faits. Autrement dit, les événements racontés ne le sont pas de façon linéaire mais plutôt selon un système d'échos et de rimes qui forment chacun le morceau d'un puzzle qui n'est reconstitué qu'à la fin. Système formel qui humanise l'histoire beaucoup mieux que ne l'aurait fait une reconstitution chronologique*.

En effet ce qui ressort de manière particulièrement aigüe dans ce film qui travaille le temps long de façon admirable, ce sont les notions de culpabilité et de responsabilité. Ou comment des actes commis à un instant T auront des répercussions pour tout le reste de l'existence. Les deux familles dont le film raconte l'histoire sont liées l'une à l'autre mais ne sont pas égales, pas plus au temps du communisme (ou l'une est la supérieure hiérarchique de l'autre même si leurs conditions d'existence sont égales) qu'au temps du capitalisme débridé (où la première s'est enrichie alors que la deuxième s'est précarisée). Derrière la façade amicale, ce qui se joue entre ces deux familles est une relation de type bourreau/victime avec des actes aux conséquences dont on peut mesurer les effets délétères 5,10 ou 20 ans plus tard. La scène de la noyade dans le lac de barrage qui ouvre le film et revient plusieurs fois ensuite est un instant T de basculement de l'existence qui plonge la famille dominante dans les affres de la culpabilité et la famille dominée dans la tragédie de la perte et du deuil impossible. C'est alors qu'un acte commis au nom de la doxa du régime politique en place (empêcher la naissance d'un deuxième enfant en vertu de la doctrine de l'enfant unique) se met à ronger celle qui l'a commis jusqu'à la détruire de l'intérieur. Les correspondances créées par le montage font comprendre qu'à la tentative de suicide de la mère privée de descendance correspond la tumeur qui abrège la vie de celle qui s'en sent responsable.**

En dépit de la tonalité mélancolique et par moments tragique du film, le réalisateur ne tombe jamais dans le mélo larmoyant. Chaque scène délicate est tournée de façon pudique, soit à l'aide de rideaux qui cachent, soit en éloignant la caméra du drame en train de se jouer, ce qui fait d'autant mieux ressortir le vide de la perte (ce que l'on voit surtout ce sont les longs couloirs d'hôpitaux ou l'immensité du barrage dans lesquels s'agitent de minuscules silhouettes, symboles d'un régime qui écrase et déshumanise.) Et l'interprétation est remarquable, particulièrement celle du couple formé par Yaojun (Wang JINGCHUN) et Liyun (YONG Mei) qui ont été à juste titre primés à Berlin. La scène où ils arborent un pauvre sourire forcé sur leur visage triste parce qu'ils sont sommés de se réjouir pour le prix qu'ils ont reçu en tant que "couple modèle du planning familial" m'a fait penser à celui de Lillian GISH dans "Le Lys brisé" (1919).

* C'est la limite d'un film comme "La Famille" (1987) de Ettore SCOLA qui raconte l'histoire d'une famille sur un siècle de façon linéaire avec un plan de couloir faisant la transition entre deux époques. Le procédé est lassant tant il est répétitif et finit par ressembler à un catalogue.

** Cette question de la responsabilité individuelle face aux ordres d'un système inique voire criminel ne se pose pas seulement dans les régimes autoritaires qui imposent le devoir d'obéissance et pratiquent le lavage de cerveau (les rouages qui acceptent de servir le système y adhèrent la plupart du temps et sont même plutôt zélés ce qui est le cas de Haiyan dans le film). Dans "Sicko" (2007) qui dépeint les dérives du système de santé américain, on voit d'anciens employés de groupes d'assurances privés qui sont hantés par le fait d'avoir reçu des primes pour avoir fait faire des économies à leur société c'est à dire avoir trouvé le moyen qu'elles refusent de payer les soins de leurs clients, entraînant la plupart du temps leur décès prématuré.

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Beijing Bicycle (Shiqi sui de dan che)

Publié le par Rosalie210

Wang Xiaoshuai (2001)

Beijing Bicycle (Shiqi sui de dan che)

"Beijing Bicycle" est sorti au début des années 2000 alors que la Chine amorçait sa décennie de croissance exponentielle couronnée par les jeux olympiques de Pékin en 2008. C'est donc l'instantané d'un pays en mutation (comme "Slumdog Millionaire" (2008) pour l'Inde, autre géant démographique émergent) à un moment clé de son histoire que nous offre le film. On y voit le capitalisme libéral le plus débridé symbolisé par les gratte-ciel, les hôtels de luxe, les salons de massage côtoyer les taudis alors que la bicyclette, alors encore reine du pavé reste un signe extérieur d'ascension sociale très convoité pour une large part de la population. Le héros, Gui est un adolescent qui débarque tout juste de sa campagne natale et qui se retrouve plongé dans une jungle (urbaine mais aussi économique) dont il ne comprend pas les règles. S'ensuit une série de mésaventures liées à l'ignorance de Gui qui se fait exploiter sans vergogne par l'entreprise qui l'emploie. Celle-ci finit par le jeter sans ménagement après que celui-ci se soit fait voler son vélo qu'il était sur le point d'acquérir avec son labeur. Comme l'identité du voleur n'est jamais clairement établie dans le film, il est tout à fait possible que ce soit l'entreprise elle-même qui ait volé l'engin au moment où elle allait en perdre la propriété pour ensuite le receler et se faire encore de l'argent dessus. A cette âpreté du gain sans scrupules (la scène tragi-comique où Gui se fait doucher malgré lui puis ensuite réclamer le prix de la douche) répond l'obstination de Gui qui refuse qu'on lui tonde la laine sur le dos. Ce qui lui vaut d'être considéré comme "un petit malin" alors qu'il veut juste faire son travail et que son contrat soit honoré.

Gui part donc à la recherche de son vélo qui peut s'il le retrouve lui rendre son travail (une intrigue qui rappelle celle du "Le Voleur de bicyclette" (1948) de Vittorio DE SICA). Son chemin croise celui d'un autre adolescent, Jian, celui qui a acheté d'occasion le vélo volé (avec de l'argent volé à ses parents!). C'est l'occasion de faire le portrait de la classe sociale urbaine laborieuse qui vit dans les taudis mais rêve de changer sa condition quitte à employer des moyens peu scrupuleux. Le vélo permet à Jian de s'intégrer dans un groupe et de gagner la fille de ses rêves. Il n'est donc pas plus prêt que Gui à y renoncer ce qui donne lieu à des mano a mano particulièrement âpres, signe d'une atomisation des structures sociales (famille comprise) et de la poussée de l'individualisme chez les jeunes prêts à tout pour avoir leur place au soleil.

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