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Articles avec #animation tag

La Flûte magique

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1946)

La Flûte magique

Comme la plupart des films d'animation de Paul GRIMAULT, "La Flûte magique" est une ode à la résistance à l'oppression par le pouvoir enchanteur de la beauté. Réalisé en 1946 soit dans l'après-guerre, sans le scénariste de ses premières oeuvres Jean AURENCHE, il préfigure dans son esthétique comme dans sa thématique "Le Roi et l'Oiseau"* (1979). Il raconte l'histoire d'un jeune troubadour qui se fait méchamment refouler à l'entrée d'un château fort par un seigneur et ses sbires particulièrement mal embouchés, ceux-ci allant jusqu'à lui casser son instrument. Mais par la grâce d'une flûte magique, don de la nature alliée au petit troubadour (et obtenue par la métamorphose d'un oiseau), celui-ci va radicalement changer la nature de la menaçante forteresse et de ses sombres habitants, à leur corps défendant, les obligeant au péril de sa vie à danser au son de sa petite musique. Bien que l'histoire se situe au Moyen-Age, le film lorgne vers le cinéma burlesque et cartoonesque et le compositeur Marcel DELANNOY se permet de délicieux anachronismes avec des airs jazzy entraînants. C'est joyeux, léger et délicieusement impertinent.

* "graphisme net et élégant fondé sur la courbe, le traitement en volume des personnages, le soin apporté aux détails dans les décors tendant au réalisme, une animation fluide et riche en mouvements, une palette luxuriante de couleurs fort variées, un découpage technique abondant en plans de différentes valeurs, de changements d'angles de prises de vues et de mouvements d'appareils... En ce qui concerne le fond, par une philosophie poético-anarchiste « prévertienne », par un amour pour les faibles, les êtres différents et fantaisistes, par une haine de la méchanceté, de la bêtise, de l'envie et de la tyrannie." (Alain GAREL critique et historien de cinéma, professeur d'histoire du cinéma)

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Le Voyage du Prince

Publié le par Rosalie210

Jean-François Laguionie et Xavier Picard (2019)

Le Voyage du Prince

Dans "Le Château des singes" (1999), Kom, un jeune singe appartenant à la tribu des Woonkos, peuple de singes "primitifs" vivant dans la canopée découvrait sur le plancher des vaches la civilisation des Laankos, peuple singe de la Renaissance prétendument civilisé mais rongé par les complots. "Le Voyage du prince", dernier-né de Jean-François LAGUIONIE offre un prolongement à la fable philosophique du film de 1999 en reprenant en prélude la scène tragique de la traversée de la mer gelée effectuée par l'armée du prince Laanko directement inspirée de "Alexandre Nevski" (1938) de Sergei M. EISENSTEIN. Sauf qu'en dépit de la Bérézina, Le Prince naufragé réussit à atteindre le rivage situé de l'autre côté de la mer. Il découvre alors à son tour une nouvelle civilisation, celle des Nioukos. Celle-ci est revêtue des atours de la société industrielle de la fin du XIX° siècle-début XX° (des grands palais de la consommation en verre et acier aux tramways électriques en passant par le travail à la chaîne et les projections cinématographiques qui synthétisent les débuts de cet art en version muette et musicale sous chapiteau de fête foraine et "King Kong") (1932). Prouesse technologique qui rappelle à la fois dans son architecture le Paris art nouveau et "Metropolis" (1927), cette société fait écho à la nôtre telle qu'elle s'est construite depuis deux siècles. On y évoque tour à tour l'obscurantisme (vis à vis des scientifiques qui remettent en cause "la doxa"), le suprémacisme (le prince est exhibé dans une cage à la manière des zoos humains de l'époque coloniale), le productivisme et le capitalisme (avec l'obsolescence programmée), le combat de l'homme contre la nature qui donne lieu à des scènes de ruines envahies par la végétation d'une grande beauté visuelle et enfin le véganisme au travers d'une société écologiste vivant d'énergies renouvelables et de végétaux dans les arbres. Une vie trop simple pour le Prince, sorte de Léonard de Vinci simiesque qui rêve de mettre au point une machine volante lui permettant de voyager et d'être libre.

Poétique et fantastique, "Le Voyage du Prince" (2019) se situe dans la continuité des plus beaux films de cet émule de Paul GRIMAULT.

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Le voleur de paratonnerres

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1944)

Le voleur de paratonnerres

70 ans avant "The Walk: Rêver Plus Haut" (2015), Paul GRIMAULT imaginait avec son scénariste Jean AURENCHE l'histoire d'un petit garçon funambule défiant la gravité... et l'autorité. Autorité prenant la forme de deux policiers jumeaux moustachus très fortement inspirés des Dupond Dupont de l'oeuvre de Hergé. Influence de la bande-dessinée franco-belge donc et influence également du cartoon américain dans la suite de gags dans lequel le voleur déjoue systématiquement les combines des deux policiers pour tenter de l'arrêter. Leurs corps élastiques se retrouvent en effet emprisonnés dans des tuyaux, écrasés en accordéon par des parpaings ou bien en quasi lévitation au-dessus du vide. Derrière l'intrigue classique du gendarme et du voleur, on devine l'appel à la désobéissance civile liée au fait que pendant la guerre (époque de réalisation du film), les flics étaient aux ordres du régime de Vichy. Quant au petit voleur, il est un substitut de l'oiseau, de la bergère et du ramoneur qui sont autant de figures de la liberté. Le tout est mis en musique par Roger DESORMIÈRE, comme dans "L Epouvantail" (1942).

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L'Epouvantail

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1942)

L'Epouvantail

Les courts-métrages réalisés par Paul GRIMAULT dans les années 40 ont pour point commun d'être des manifestes poétiques de résistance à l'oppression. "L'Epouvantail", réalisé au milieu de la seconde guerre mondiale offre une fable limpide, celle d'un chat prédateur d'un charmant couple d'oiseaux qui ont trouvé refuge sous le chapeau d'un épouvantail plein de bonhommie, ce dernier effectuant pour l'occasion une reconversion à 180°. Les oiseaux préfigurent la bergère et le ramoneur tyrannisés par le roi mais aussi tous les innocents persécutés par les nazis dont le chat anthropomorphe revêtu d'un accoutrement de gestapiste est une incarnation, bien avant "Maus" de Art Spiegelman. Quant à l'Epouvantail, il fait penser aux Justes, les hommes et les femmes qui cachèrent les juifs au péril de leur vie pour les soustraire à la traque de la Gestapo et de la Milice. Mais en dépit de ses allusions à l'occupation allemande de la France, "l'Epouvantail" est très influencé par le cartoon américain qui était alors en plein âge d'or: courses-poursuites endiablées, coups de bâtons avec des étoiles au-dessus du personnage groggy, désarticulations. Quant à la ruse du chat se faisant passer pour une superbe pin-up pour piéger l'épouvantail, elle fait penser au loup de Tex AVERY bavant devant le sexy petit chaperon rouge.

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Les Enfants de la mer (Kaijû no kodomo)

Publié le par Rosalie210

Ayumu Watanabe (2019)

Les Enfants de la mer (Kaijû no kodomo)

"Stanley KUBRICK est un réalisateur qui m'a profondément marqué" (Ayumu WATANABE). C'est un euphémisme. Quand on regarde "Les Enfants de la mer", s'il y a une référence qui saute aux yeux, c'est bien "2001, l odyssée de l'espace" (1968), son psychédélisme, sa dimension métaphysique, ses interrogations existentielles (d'où venons-nous, où allons nous?) Oui mais le film de Stanley KUBRICK a beau être énigmatique et rebuter certains par son hermétisme, il me semble bien plus lisible et maîtrisé que "Les Enfants de la mer". Car le problème de ce film d'animation, c'est son scénario qui semble être resté à l'état d'ébauche. Après un début qui tient à peu près la route, même s'il n'est pas follement original (une adolescente en mal de communication avec ses parents et mise au ban de la société via la métaphore de son exclusion du club de handball se retrouve "en vacance" c'est à dire disponible), la rencontre avec Umi et Sora, les deux mystérieux frères venus de la mer et cousins de l'enfant astral de Kubrick semble tracer de nouvelles perspectives fort intéressantes. Sauf qu'elles ne sont pas creusées et ne mènent finalement nulle part. Au lieu de donner du sens à cette rencontre, le réalisateur préfère se concentrer sur une débauche d'effets visuels -magnifiques au demeurant- à la Kandinsky naviguant entre les échelles micro et macrocosmiques pour évoquer quoi au fond? Le mal que l'homme s'inflige à lui-même en dévastant les océans? Le fait qu'il doit se reconnecter de toute urgence au langage du vivant s'il veut survivre? Le lien entre la plus infime cellule et "le grand tout"? Hayao MIYAZAKI fait passer les mêmes messages dans ses films (on pense notamment à "Le Voyage de Chihiro") (2001) avec autrement plus d'efficacité narrative et d'émotions grâce à des personnages intelligemment travaillés. Dans "Les Enfants de la mer", ces aspects sont expédiés au profit d'une débauche grandiloquente qui à force d'excès finit par lorgner plus du côté du "Lucy" (2014) de Luc BESSON que de Stanley KUBRICK dont la froideur et la rigueur formelle permettent d'éviter in extremis ces écueils. C'est regrettable car le spectateur se sent rapidement exclu, s'ennuie et parfois quitte la salle avant la fin. Autrement dit, le réalisateur a un peu trop oublié les destinaires de son oeuvre pour que celle-ci reste dans les annales.

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La Table tournante

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault et Jacques Demy (1988)

La Table tournante

Cette émouvante rétrospective de l'oeuvre animée de Paul GRIMAULT, filmé par Jacques DEMY* dans son atelier est profondément émouvante. Drôle, tendre, instructive et poétique, elle permet de mettre en évidence ce qui relie ses films les uns aux autres, par-delà les ans. De "La séance de spiritisme est terminée" (1931) à "Le fou du roi" (1987), ce sont plus de cinquante ans de courts-métrages essaimés comme les cailloux du Petit Poucet qui défilent devant nos yeux avec en point de mire son chef-d'oeuvre et unique long-métrage, "Le Roi et l Oiseau" (1979). Celui-ci n'est pas seulement présent par son affiche qui orne l'atelier. Ses personnages (ainsi que ceux des courts-métrages) s'en évadent pour venir interagir avec leur créateur. "La Table tournante" mêle donc prises de vue réelles et animation, permettant à Paul GRIMAULT d'expliquer le principe même de ce qui fonde son art aux personnages (et derrière eux, au public) à l'aide de la fameuse table qui donne son titre au film (échappée de "La séance de spiritisme est terminée") ainsi que d'une facétieuse tasse s'amusant à tourner à la façon de l'attraction de Disneyland, toutes deux des objets réels animés image par image selon le principe de l'animation en volume. On retrouve ce délicieux mélange dans l'introduction et le dénouement entre hiver et printemps avec tantôt un Paul GRIMAULT figuré par un ours anthropomorphe dans un dessin animé en 2D et tantôt comme dans "Mary Poppins" (1964), directement inséré dans un paysage animé.

Mais par-delà la forme, ce qui est le plus important, c'est le fond. Chacun des films de Paul GRIMAULT est une ode à la résistance contre la barbarie, qu'elle s'incarne sous les traits d'un animal prédateur, d'un despote du Moyen-Age, de flics jumeaux façon Dupond et Dupont ou bien d'ogives nucléaires ironiquement prénommées "Pax" en référence à l'équilibre de la Terreur de la Guerre Froide mais à qui Paul GRIMAULT fait subir le même sort que Stanley KUBRICK dans "Docteur Folamour" (1963). Avec évidemment la même conclusion glaçante.

* Celui-ci a commencé son parcours professionnel dans l'atelier de Paul Grimault et c'est lui qui a eu l'idée directrice de "La Table tournante". On remarque aussi l'intervention de l'une de ses muses, Anouk AIMÉE qui a doublé la Bergère, l'un des personnages phares de Paul GRIMAULT.

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Soul

Publié le par Rosalie210

Pete Docter et Kemp Powers (2020)

Soul

"Soul", le dernier-né des studios Pixar qui devait initialement sortir au cinéma le 19 juin 2020 se retrouve finalement sur la plateforme de streaming Disney + pour noël. Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle car jusqu'à présent ce système sans doute trop individualiste a échoué à créer une mémoire collective. Or les films Pixar font partie d'un précieux patrimoine qu'il serait dommage de voir ainsi privatisé.

Cette réflexion faite, le film se situe dans la continuité des précédents opus de Pete DOCTER, "Monstres & Cie" (2002), "Là-haut" (2008) et surtout "Vice-versa" (2015). Très conceptuel et métaphysique, il m'a fait penser à la pièce de théâtre "L'Oiseau bleu" de Maurice Maeterlinck qui date du début du XX° siècle et a été plusieurs fois adapté au cinéma. Elle relate le voyage de deux enfants au pays des morts mais également au pays des "pas encore-nés". De fait l'histoire de "Soul" raconte la rencontre entre une âme neuve pas encore incarnée mais qui n'attend rien de la vie avant même de l'avoir commencée et d'un homme pas encore tout à fait mort qui s'y accroche désespérément parce qu'il pense ne pas encore avoir vraiment vécu. Pour enrichir encore ce canevas, le titre "soul" (âme) se réfère également à la musique jazz dont le héros qui est afro-américain (une première chez Pixar) est passionné.

Sur le plan formel, le film est comme "Vice-versa" (2015) novateur en trouvant des traductions graphiques de concepts ou d'expériences cérébrales, psychologiques ou sensorielles comme la déconnexion de soi (transe ou névroses), l'EMI et l'au-delà (pas d'enfer ni de paradis mais un grand tout cosmique dans lequel les âmes se fondent) sans parler d'un mélange de personnages métaphysiques en 2D qui font penser aux tableaux de Picasso en version stylisée et d'autres en 3D. Sur le plan narratif, c'est plus confus avec de nombreuses bonnes idées pas pleinement exploitées et des passages convenus. La fin en particulier est très politiquement correcte. Bref "Soul" est un chaudron bouillonnant mais pas un film pleinement abouti.

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Parvana, une enfance en Afghanistan (The Breadwinner)

Publié le par Rosalie210

Nora Twoney (2017)

Parvana, une enfance en Afghanistan (The Breadwinner)

Dans un avis précédent sur "Les Hirondelles de Kaboul" (2019) postérieur à "Parvana, une enfance en Afghanistan", je déplorais la fascination des occidentaux pour le sinistre régime des Talibans en Afghanistan dans le domaine du cinéma d'animation contribuant ainsi à ancrer toujours un peu plus dans le cerveau des "têtes blondes" (expression révélatrice de stéréotypes racisés qui ne disent pas leur nom) la confusion entre islam et islamisme radical. Si cette confusion est largement partagée dans le monde adulte abreuvé de médias répétant en boucle que l'Occident est la civilisation des Lumières et sous-entendant que les pays musulmans abritent celles de l'obscurantisme et du terrorisme, il est préoccupant de voir se perpétuer ces croyances simplistes (et racistes) dans le domaine des oeuvres pour la jeunesse même si un Michel OCELOT travaille à déconstruire ces stéréotypes et jeter des ponts entre les cultures non sans égratigner celle des dominants au passage.

Ce préalable effectué, "Parvana" qui est très beau esthétiquement évite cependant la plupart des pièges dans lesquels tombe "Les Hirondelles de Kaboul" (2019). Il y a plusieurs raisons à cela. Le point de vue qui est celui d'une enfant débrouillarde, énergique et courageuse (que l'on a comparée à Kirikou, pourquoi pas dans le sens où sa détermination déteint sur ses proches qui sortent de leur passivité), l'absence de misérabilisme qui en résulte, la justesse des portraits des personnages qui évite le jugement facile*, les allers-retours entre réel et imaginaire qui font sens et subliment ce qui pourrait être insoutenable, la proximité de l'intrigue avec celle de "Osama" (2004) qui est un film réalisé par un afghan, l'engagement de Deborah Ellis, l'auteure canadienne du livre auprès d'associations qui travaillent à l'éducation des afghanes au Pakistan et le recueil de témoignages qui ont servi à construire l'histoire de Parvana, sa ressemblance enfin avec Malala Yousafsai, rescapée des talibans réfugiée en Angleterre et militante pour l'éducation des filles.

* Par exemple Idrees, l'adolescent taliban qui incarne la bêtise et la violence du jeune fasciste qui abuse de son pouvoir devant ceux qu'il peut opprimer n'est plus qu'une chiffe molle entre les mains de ses pairs et un gamin pathétique dont on entrevoit le destin funeste lorsque la guerre éclate.

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Persepolis

Publié le par Rosalie210

Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2007)

Persepolis

Persepolis, l'adaptation animée de la BD autobiographique de Marjane SATRAPI fait partie des classiques du genre. Sa réussite réside d'abord dans son esthétique particulièrement soignée qui fait autant référence à l'expressionnisme allemand qu'aux estampes japonaises en passant par les styles graphiques reconnaissables de Dix ou de Munch. Cette esthétique est au service d'un récit qui mêle habilement et inextricablement grande et petite histoire, ce biais lui donnant une résonance universelle. En effet dans ce qui s'apparente à un récit initiatique dans lequel une enfant puis jeune fille puis jeune femme cherche sa place, la particularité provient du fait qu'elle ne parvient à se fixer nulle part. Trop rebelle puis trop émancipée pour ne pas se mettre en danger dans une société iranienne corsetée par les mollahs, elle ne parvient cependant pas à s'épanouir en Europe tant le fossé culturel entre elle qui a vécu les horreurs de la guerre et un régime de terreur et les autres est immense. "Persepolis" s'apparente donc à une douloureuse errance entre un pays d'origine dans lequel l'oppression règne et des pays européens où c'est au contraire l'indifférence qui tue avec pour seuls refuges le rêve et la famille. Néanmoins il n'y a aucun misérabilisme dans "Persepolis" car les femmes en particulier sont des personnages hauts en couleur (même si la BD et son adaptation sont majoritairement en noir et blanc) que ce soit Marjane et sa langue bien pendue ou sa grand-mère, forte nature qui fume de l'opium et manie un langage aussi fleuri que les fleurs de jasmin qu'elle met dans son corsage.

J'ai néanmoins deux réserves sur le film qui font que j'ai une préférence pour la BD. La première réside dans le doublage français qui acculture* d'autant plus l'oeuvre qu'il s'agit de voix très célèbres (Catherine DENEUVE, Danielle DARRIEUX, Chiara MASTROIANNI etc.) La deuxième est dans le fait qu'en condensant les quatre volumes en 1h30, j'ai ressenti à plusieurs reprises de la frustration devant des événements qui sont racontés trop rapidement (la révolution iranienne par exemple ou même la guerre Iran-Irak dont aucune clé d'explication ne nous est donnée). Tout ce qu'on en retient, ce sont les images d'horreur et d'oppression. Des images qui sidèrent alors qu'une analyse plus poussée aurait été la bienvenue.

* Si le choix de l'animation est si pertinent pour illustrer des histoires de conflits sanglants dans des régions reculées du monde, c'est que la stylisation et l'abstraction ont la puissance d'un langage universel comme l'avait autrefois le cinéma muet. En revanche les voix françaises dénaturent l'oeuvre en brouillant son identité.

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Josep

Publié le par Rosalie210

Aurel (2020)

Josep

Juste avant que le couperet du deuxième confinement ne sonne à nouveau le glas du cinéma en salle, je suis allée voir "Josep". Non seulement animation et histoire font bon ménage mais il semble même que certains épisodes de l'histoire récente parmi les plus insoutenables et/ou les plus indicibles trouvent dans l'animation un moyen privilégié de s'exprimer. Je pense en particulier à "Le Tombeau des lucioles" (1988) et à "Valse avec Bachir" (2007) qui sont deux incontestables réussites (je suis beaucoup plus réservée sur "Les Hirondelles de Kaboul") (2019). "Josep" comble un trou noir de notre mémoire collective: celui du sort ignoble réservé aux réfugiés espagnols lorsqu'ils passèrent la frontière en février 1939 lors de la Retirada, espérant trouver en France un refuge face à une mort certaine s'ils restaient en Espagne tombée aux mains de Franco qui, faut-il le rappeler était l'allié de Mussolini et de Hitler. Ceux-ci se servirent d'ailleurs de la guerre d'Espagne pour tester leur matériel et leurs stratégie d'anéantissement des populations civiles du camp ennemi. Or, ces réfugiés qui étaient Républicains et pour beaucoup, communistes ou anarchistes furent traités en parias, en indésirables et parqués dans des conditions effroyables dans des camps de concentration improvisés dont certains ainsi que les policiers affectés à la garde des lieux furent ensuite réemployés pendant la guerre pour surveiller les juifs en transit vers les centres de mise à mort nazis. Tout cela est évoqué dans le film qui gratte donc là où ça fait mal, c'est à dire dans la face sombre du soi-disant "pays des droits de l'homme" qui hier comme aujourd'hui est dominé par des forces conservatrices préférant s'allier à l'extrême-droite plutôt que de risquer de tomber aux mains des "rouges". Mieux valait Hitler que le Front Populaire et cette idéologie n'a guère évolué depuis. On est juste passé de l'épouvantail du judéo-bolchévisme à celui de l'islamo-gauchisme et comme par hasard, on reparle de faire disparaître tous les garde-fous vis à vis de l'arbitraire, de restaurer les bagnes et la peine de mort. Soit une grande partie de ce que vécurent les réfugiés espagnols soumis aux exactions de policiers xénophobes et haineux et privés de la satisfaction de leurs besoins les plus élémentaires. Ainsi le film montre ce qui est véridique que certains furent parqués sur des plages comme celle d'Argelès sans aucun abri, aucun soin ni aucune nourriture. Bref un traitement comparable à celui que les nazis réservèrent aux prisonniers soviétiques, considérés comme des ennemis idéologiques à exterminer par la faim et le froid.

Mais le film qui est la première oeuvre du dessinateur de BD et de presse Aurel est aussi et surtout un hymne à la résistance et à la fraternité. Il y rend hommage à un autre dessinateur ayant réellement existé, Josep Bartoli dont il retrace le parcours d'un camp à l'autre (les transferts étaient fréquents dans ce qui s'apparentait à un archipel du Goulag dans le sud-ouest de la France) puis au Mexique et aux USA. Josep a dû sa survie à son don artistique qui l'a protégé de la folie et à la chance grâce à une bonne rencontre en la personne d'un policier plus humain que les autres, Serge, qui lui a sauvé la vie et est devenu ensuite résistant pendant la guerre sous un nom d'emprunt (je vous laisse deviner lequel). Et lorsque leurs héritiers se croisent dans un musée consacré à une rétrospective des dessins de Josep, ils se reconnaissent par des signes évidents: le poing levé de la révolte ouvrière et le crayon entre les dents, allusion aux caricatures dépeignant les bolchéviks comme des êtres sanguinaires avec un couteau entre les dents.

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