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Baby Annette, à l'impossible ils sont tenus

Publié le par Rosalie210

Sandrine Veysset (2021)

Baby Annette, à l'impossible ils sont tenus

"Baby Annette, à l'impossible ils sont tenus" est un documentaire qui a été diffusé sur France 3 en septembre 2021 et qui se situe dans le prolongement de "Annette" (2019), le dernier film de Leos CARAX. Il a été réalisé par Sandrine VEYSSET qui avait rencontré Leos Carax sur le tournage de "Les Amants du Pont-Neuf" (1991) alors qu'elle ne se destinait pas au cinéma. Il l'avait encouragée à transformer ses souvenirs d'enfance en un récit qui avait finalement abouti au remarquable "Y aura-t-il de la neige à Noël ?" (1996).

Comme son titre l'indique, le documentaire est consacré au travail des deux marionnettistes, Estelle Charlier et Romuald Collinet qui ont conçu et animé "Baby Annette" et ses nombreuses déclinaisons (selon l'âge et les émotions exprimées par son visage) à la demande de Leos Carax: « Annette ne pouvait pas être une vraie petite fille, ne pouvait pas être de la synthèse, ne pouvait pas être un robot. Alors que pouvait-elle être ? Un objet animé que je pourrais voir et filmer au milieu des acteurs et qu’eux pourraient toucher, enlacer. Un regard. Une marionnette. Ou une “mariannette”, comme on l’appelait. » Bien que très éloigné sur le fond de "Mary Poppins" (1964) ou de "Qui veut la peau de Roger Rabbit" (1988), "Annette" appartient en effet au monde des univers hybrides dans lesquels interagissent des acteurs de chair et d'os et des personnages animés. Une rencontre délicate. Outre un travail d'artisan et de technicien qui force le respect par sa minutie, sa patience, son amour du travail bien fait, on découvre l'ampleur des défis liés à l'intégration d'Annette dans un univers cinématographique, en particulier lorsqu'il est nécessaire qu'elle soit prise dans les bras: les teintes de peau doivent parfaitement correspondre. L'ingéniosité des marionnettistes pour lui donner vie est sans limite alors que eux-mêmes disparaissent dans des caches improbables et inconfortables dignes de R2D2 (l'intérieur d'une valise par exemple). Mais le résultat est digne d'un film qui est lui-même hors-normes: d'une grande poésie.

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Y aura-t-il de la neige à Noël?

Publié le par Rosalie210

Sandrine Veysset (1996)

Y aura-t-il de la neige à Noël?

A la frontière du drame social, du documentaire naturaliste sur le monde rural des années 70 et du conte, "Y aura-t-il de la neige à Noël?" est un film tout à fait atypique dans le paysage cinématographique français. Son histoire est elle-même digne d'un conte puisque la réalisatrice, Sandrine VEYSSET qui n'était pas issue du sérail et n'avait jamais pensé faire du cinéma a réussi à réaliser son premier film grâce à deux rencontres décisives. La première, avec Leos CARAX pour qui elle travaillait sur "Les Amants du Pont-Neuf" (1991) en tant que assistante-décoratrice et surtout chauffeur. Comme dans "Drive My Car" (2021), celui-ci l'écoute raconter son enfance et l'encourage à la transformer en récit. On mesure la fidélité de Sandrine VEYSSET à celui qui lui mis le pied à l'étrier au fait qu'elle a récemment réalisé "Baby Annette, à l'impossible ils sont tenus", le très beau documentaire sur la création et l'animation de la marionnette qui est au coeur de "Annette" (2019), encore un conte, décidemment! La deuxième rencontre décisive fut avec le producteur Humbert BALSAN qui fut le seul à lui laisser une liberté inconditionnelle pour la réalisation de son film, succès-surprise tant critique (prix Louis-Delluc, César du meilleur premier film) que public grâce à un excellent bouche-à-oreille.

"Y aura-t-il de la neige à Noël" frappe d'abord par la manière dont s'emboîtent harmonieusement deux genres a priori plutôt opposés: le réalisme documentaire décrivant un monde âpre fait de pauvreté et de pénibilité et une esthétique recherchée tant picturale (on pense par exemple à Millet et autres peintres de la ruralité) et photographique qui nous projette dans l'univers des teintes et des costumes des années 70. Il en va de même avec ce que raconte ce film, très proche du vécu des petites gens des années 70 mais en décalage avec le récit officiel, celui d'une modernité dont les personnages du film ignorent à peu près tout. Tout semble archaïque en effet dans le film, tant au niveau des conditions de vie que des moeurs comme si l'univers campagnard décrit par Sandrine VEYSSET n'avait pas évolué depuis l'époque féodale. On y voit en effet une mère célibataire et ses sept "bâtards" (un mot qui en dit long sur le fait que mai 68 n'avait pas atteint les campagnes, pas plus que la contraception ou l'avortement alors que le chiffre sept renvoie évidemment au conte de Blanche-Neige et des sept nains) trimer aux champs et à la ferme sous la houlette intermittente du patriarche tyrannique. Le film offre en effet un panorama édifiant du système patriarcal le plus opprimant qui n'a rien à envier à celui que l'on ne cesse aujourd'hui de dénoncer chez "les autres" (dans les anciennes colonies notamment ou dans les pays musulmans). Régnant sans partage sur un large domaine en seigneur et maître, le "père" (qui n'a pas d'autre appellation dans le film) est un séducteur compulsif du genre trousseur de domestiques, un polygame qui navigue entre ses deux familles, l'officielle et celle de l'une de ses boniches ramassée à l'assistance publique dont il a fait sa favorite mais qu'il engrosse à la chaîne pour l'enchaîner un peu plus à lui alors qu'elle est déjà totalement dépendante de son bon vouloir et doit subir ses crises de jalousie, sa goujaterie et sa radinerie (entre autres). Il se comporte pareillement envers ses enfants qu'il exploite tout en les privant (d'électricité ou de chauffage par exemple) sans parler de l'ultime preuve de son besoin de domination qui est l'attitude incestueuse qu'il adopte envers sa fille aînée lorsqu'il la surprend en train de s'amuser avec un jeune garçon extérieur à l'exploitation. C'est que dans l'imaginaire de ces tyrans domestiques, le besoin de contrôle est absolu: les seules personnes autorisées à travailler à la ferme en dehors de sa seconde famille sont les fils du premier lit, adultes mais totalement soumis eux aussi et des travailleurs agricoles marocains qui ne sont pas en position de réclamer quoi que ce soit.

Face au pouvoir absolu de cet homme qui apparaît également comme un ogre de conte de fées, la "mère" (elle aussi n'est appelée qu'ainsi) joue un rôle complexe. Débordante d'amour pour ses enfants, elle les protège autant qu'elle le peut et le talent de Sandrine VEYSSET à filmer la magie de l'enfance ainsi que l'aspect esthétique (une atmosphère chaleureuse issue de la lumière en été, de la féérie de noël en hiver) confère au film un aspect proprement merveilleux: jeux dans les bottes de paille, avec une ferme miniature ou dans la neige, légumes transformés en bateaux, trajet à l'école en groupe sous une bâche, chahuts le soir dans la chambre. Le père lui-même apprécie ponctuellement de s'immerger dans ce qui est un lieu de vie, de mouvement, de désir aussi, celui que la mère a toujours pour lui alors que l'ambiance dans sa famille officielle est celle d'un tombeau. Néanmoins, au fil des saisons qui s'assombrissent et de l'attitude de plus en plus oppressante du père, la vitalité de la mère est peu à peu asphyxiée ("de l'air" dit un de ses fils en voyant le père partir) au point d'envisager la mort comme seule issue et l'on mesure alors à quel point l'emprise de cet homme (économique, juridique mais aussi psychologique) est puissante ainsi que le fait qu'en dépit d'évolutions considérables, elle a encore de beaux restes de nos jours.

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Le Silence de Lorna

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre et Luc Dardenne (2007)

Le Silence de Lorna

"Le Silence de Lorna", cinquième film des frères Dardenne est plus posé que leurs films précédents, plus distancié aussi. Il est également ouvert à l'interprétation: on peut y voir une histoire d'amour comme un film d'horreur (l'ellipse centrale produit d'ailleurs un effet de basculement de l'une à l'autre). Le facteur humain imprévisible qui fait dérailler la machine capitaliste bien huilée jusque dans ses rouages les plus sordides est au coeur du cinéma des frères Dardenne. Dans ce film, il se situe dans la tête, dans le coeur et dans le ventre de l'héroïne, Lorna (Arta DOBROSHI). Pièce maîtresse d'un trafiquant d'êtres humains qui organise des mariages blancs, elle est à la fois un bourreau et une victime du système. Au début de l'histoire, elle croit maîtriser la situation et n'agir que selon ses intérêts, mais son "mari" de complaisance, un toxicomane que les trafiquants ont prévu "d'aider à en finir" s'avère bien plus encombrant que prévu. Lorna a beau se barricader, il parvient à se frayer un chemin jusqu'à sa conscience. Jérémie RENIER est une fois de plus excellent dans le rôle de ce paumé à la fois pathétique et touchant. Alors que Lorna le traitait au début du film littéralement comme un chien, elle finit par se rendre compte qu'il est le seul être véritablement humain dans le monde qui l'entoure au point que le reste n'a soudainement plus de valeur à ses yeux. Elle n'a donc logiquement plus sa place dans le système dont elle s'éjecte avant qu'il ne le fasse. La fin énigmatique dans la forêt traduit cette brutale sortie de route sans que l'on sache vraiment si Claudy a donné à Lorna le sens qui manquait à sa vie ou si elle est juste devenue folle.

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C'est la vie (Downhill/When boys leave home)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1927)

C'est la vie (Downhill/When boys leave home)

"Downhill" ("La Descente" ou "La Pente" ou "C'est la vie" en VF), est un film muet de Alfred HITCHCOCK réalisé peu de temps après son premier film important "Les Cheveux d or / The Lodger" (1927). On y retrouve d'ailleurs Ivor NOVELLO dans le rôle principal qui est encore une fois magnétique même si à 34 ans, il n'avait plus vraiment l'âge d'incarner un étudiant. Bien que considéré comme mineur, c'est (encore une fois) un film a réévaluer dans l'oeuvre foisonnante de Alfred Hitchcock non seulement pour sa forme mais aussi pour le fond. Dès les premières images, on est frappé par la précision de la reconstitution des différentes couches sociales que va traverser Roddy dans sa descente aux enfers à commencer par un monde universitaire très anglais qui fait immédiatement penser à Poudlard. Comme dans "The Lodger", Hitchcock s'inspire de F.W. MURNAU pour économiser les intertitres et raconter au maximum par l'image ce qui confère à son oeuvre un caractère expressionniste affirmé. Il introduit des thèmes qui vont devenir des leitmotiv dans son oeuvre: celui d'une relation trouble entre deux étudiants (comme dans "La Corde") (1948), celui du fugitif (comme dans "Jeune et innocent") (1937) et bien sûr le plus important de tous, celui du faux coupable. Mais dans "Downhill", il ne s'agit pas d'un malentendu ou d'une erreur judiciaire mais d'une auto-punition. Dans ce qui apparaît à première vue être un pur mélodrame, Roddy endosse les fautes des autres et tombe toujours plus bas, littéralement. La question est alors, pourquoi tant de masochisme? La réponse est dans la structure de "Downhill" qui annonce toutes les figures géométriques obsessionnelles du réalisateur. Chaque épisode de la vie de Roddy se termine par la descente d'un escalier (ou ses variantes: escalator, ascenseur), illustrant les étapes de sa dégringolade dans l'échelle sociale. On retrouve également la figure du cercle puisqu'une fin inattendue et abrupte nous ramène au début, laissant le spectateur imaginer la suite (un nouveau départ après une éprouvante année initiatique?) Mais la figure la plus intéressante est celle du masque, de l'illusion et du miroir. En effet, chaque étape du parcours de Roddy reflète quelque chose de lui. Dans la première partie, il voit des enfants mendier et se moque d'eux sans se douter qu'il sera un jour à leur place: un exclu de la société. Dans la deuxième qui s'intitule "un monde d'illusions", un plan nous fait croire qu'il est devenu serveur avant qu'un changement de cadre nous révèle qu'il est en fait acteur. En effet dans cette partie, il se fourvoie en épousant une actrice qui ne lui cache même pas qu'elle veut lui piquer son fric et qu'elle a un amant (je soupçonne François TRUFFAUT de s'en être inspiré pour "La Sirène du Mississipi") (1969). Dans la troisième partie "illusions perdues", on le voit se faire payer pour danser avec des femmes plus ou moins âgées, évidemment il s'agit d'un cache-sexe pour évoquer la prostitution. Il se retrouve alors à raconter sa vie (et notamment l'imposture de son mariage) devant un personnage attentif qui s'avère être un travesti: une version cauchemardesque de lui-même? A chaque fois qu'il perd pied, il est question d'argent et de sexe. Issu d'un milieu très riche, il se laisse accuser à tort à la place de son ami au nom d'un "pacte de loyauté" et l'accusatrice ne cache pas qu'elle choisit de l'accuser lui parce qu'il est le plus riche des deux. Qu'expie-t-il exactement: le fait d'être riche ou bien celui d'être lié de trop près à cet ami? (Ou les deux). Dans la deuxième partie, il se laisse dépouiller de son héritage par une femme qui le trompe ouvertement comme s'il l'utilisait pour se payer une couverture. Et dans le monde de la prostitution où l'on paye pour coucher avec lui il découvre une fois les rideaux tirés qu'il est avec un autre homme. On voit donc bien que sous la couche mélodramatique, c'est un drame bien plus profond qui se joue sur fond de puritanisme religieux et de conventions sociales et qui rejoint bien évidemment les maîtres allemands qui ont tout appris à Hitchcock, à commencer par Murnau.

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Bruno Ganz, les révolutions d'un comédien

Publié le par Rosalie210

 Thomas ROSENBERG et André SCHÄFER (2021)

Bruno Ganz, les révolutions d'un comédien

Oui, Bruno GANZ, disparu en 2019 nous manque comme le dit dans le film l'un de ceux qui a travaillé avec lui. Bien que n'ayant jamais réussi à percer à Hollywood, l'acteur suisse était devenu au fil du temps une grande pointure du théâtre allemand et du cinéma européen. Et comme le dit un autre témoignage, en dépit de son caractère intellectuel et singulier, il avait réussi à conquérir le coeur des gens ordinaires, notamment sur tard avec des films comme "Pain, tulipes et comédie" (2001) où il mettait en avant son deuxième talent, la cuisine. D'ailleurs "Si loin, si proche!" (1993), la suite de "Les Ailes du désir" (1987) le montrait déjà une fois devenu humain en pizzaiolo patron d'un restaurant nommé "La Casa del angelo", une fibre culinaire certainement héritée de ses origines maternelles italiennes. De fait, sa tombe à Zurich est entourée de centaines de tulipes.

Mais en dépit de quelques moments forts comme celui que je viens d'évoquer ou encore le précieux témoignage de Wim WENDERS qui l'a dirigé à trois reprises et développe la naissance rock and roll de son amitié avec Dennis HOPPER au cours du tournage de "L Ami américain" (1977), j'ai été globalement déçue par ce film et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, en dépit de sa richesse documentaire, celui-ci est très lacunaire, en particulier en ce qui concerne sa carrière cinématographique. En fait de "cinéma européen", on ne le voit presque jouer que dans des films allemands et encore, Werner HERZOG et Volker SCHLÖNDORFF sont oubliés. Exit sa filmographie suisse (Alain TANNER), française (Éric ROHMER, Patricia MAZUY), anglaise (Sally POTTER), grecque (Theo ANGELOPOULOS) etc. De plus, parmi les intervenants, il y a une critique de théâtre particulièrement désagréable, Esther Slevogt qui "casse" ses deux films les plus connus, "Les Ailes du désir" (1987) qu'elle trouve kitsch et "La Chute" (2003) où elle réduit sa prestation en Hitler à celle d'un homme misérable et malade "comique sans le vouloir". Il y aurait eu beaucoup mieux à dire sur ceux deux films. D'ailleurs elle est plus inspirée lorsqu'elle parle de Bruno GANZ au théâtre et de la façon dont il a révolutionné le premier rôle puisque pour des raisons évidentes, il était devenu impossible d'incarner sur scène un héros allemand. Mais Bruno GANZ qui était de nationalité suisse, d'extrême-gauche comme son père et avait des origines juives du côté de sa mère savait mieux que personne faire résonner les mots qui dans sa bouche devenaient comme lui-même, doux et poétiques (quand je pense à la langue allemande, je pense à "Als das kind, kind war" et non à "raus/schnell" grâce à lui). Enfin, j'ai trouvé globalement l'évocation de Bruno Ganz trop froide, trop distanciée, désincarnée et ne parvenant pas à réellement dissiper le mystère de cet immense et fascinant acteur pour parvenir à entrer dans son intimité.

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Moonage Daydream

Publié le par Rosalie210

Brett Morgen (2022)

Moonage Daydream

Sacré expérience sensorielle que cette "Rêverie lunaire" qui m'a fait penser (et pas qu'un peu) au psychédélisme du voyage vers Jupiter vécu par Bowman dans "2001 : l odyssée de l espace" (1968). C'est logique car le premier tube de David BOWIE lui a été inspiré par le film de Stanley KUBRICK. De fait, "Moonage Daydream" commence très fort avec au terme d'une folle traversée de l'espace-temps (défilement d'images et de sons en accéléré) la chute d'un OVNI sur terre alias (plutôt qu'alien ^^) "Ziggy Stardust and the spiders from Mars" l'album de la consécration. A partir de là, on entre en immersion complète dans ce qui s'apparente à une reconstitution de l'univers mental de l'artiste (d'ailleurs la seule voix que l'on entendra dans le film est la sienne) avec une qualité de son et d'image assez impressionnante. Une reconstitution qui comme je le disais abolit les limites de l'espace et du temps même si le réalisateur trouve un bon compromis entre le chaos qui précède la création et un minimum de chronologie qui permet de ne pas complètement s'y perdre (même s'il vaut mieux connaître le parcours et l'oeuvre de David BOWIE pour pleinement apprécier ce travail kaléidoscopique rempli d'ellipses). Quoique se perdre dans ce dédale visuel et sonore a aussi son charme, personnellement ce que j'ai préféré, ce sont les rimes visuelles et sonores que j'ai trouvé d'une puissance poétique sans pareille en plus d'être riches de sens. J'en citerai trois: l'espace, le sol lunaire, la rotation des planètes, les images de SF tirées de BD ou de vieux films de série B formant une boucle qui correspond à l'oeuvre de l'artiste dont la légende commence avec "Space Oddity" et se termine avec "Blackstar" autour de la figure du major Tom; les nombreuses images liées de près ou de loin à l'expressionnisme allemand qui se rapportent autant à la période berlinoise de Bowie qu'à la thématique obsessionnelle du monstre ("Scary Monsters" pourrait d'ailleurs être Berlin, hanté par les fantômes du passé, couturé par la guerre, balafré par le mur); enfin la déambulation "zen" d'un Bowie peroxydé dans les années 80 en pleine retraite spirituelle dans un pays asiatique qui pourrait être la Thaïlande notamment le long d'escalators qui semblent former eux aussi une boucle mais en forme de 8, d'infini. Tout cela montre en définitive que Bowie était un marcheur, un explorateur, un défricheur de territoires mais qui finissait toujours par revenir sur ses pas ("ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre"). Evidemment, pour l'apprécier il faut adhérer au projet et en comprendre les limites. En insistant sur son isolement, son déracinement, sa recherche d'identité, son monde intérieur, bref en choisissant une vision quelque peu autiste de l'artiste, le réalisateur occulte presque totalement le monde extérieur et surtout les nombreuses collaborations sans lesquelles Bowie n'aurait pas atteint de tels sommets ni pu se renouveler autant.

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Belushi

Publié le par Rosalie210

R.J. Cutler (2020)

Belushi

Présenté au festival américain de Deauville début septembre, "Belushi" a été diffusé sur OCS le 18 septembre et est désormais disponible sur My Canal. Il s'agit d'une "biographie orale" de l'humoriste, acteur et musicien américain mort d'une overdose en 1982 à l'âge de 33 ans. Biographie orale car les nombreux intervenants qui témoignent sur sa vie n'apparaissent pas à l'écran. On n'entend que leurs voix-off qui se succèdent sur des images d'archives (photographies, coupures de presse, vidéos), les trous étant remplis par des séquences d'animation façon BD.

La notoriété mondiale de John BELUSHI (et son passage à la postérité) n'est due qu'à un seul film: "The Blues Brothers" (1980). "1941" (1979) a été en effet un échec commercial et son côté anarchiste et déjanté ne correspond pas à l'image que beaucoup se font de Steven SPIELBERG (qui pourtant apparaît brièvement dans "Les Blues Brothers"). En revanche "anarchiste et déjanté" correspond bien à la personnalité (privée et artistique) de John BELUSHI qui avant le film culte de John LANDIS avait étalé son humour trash et régressif (dont Jim CARREY est un héritier) durant quatre ans à la télévision américaine au sein du SNL (Saturday Night Live) avec une bande de potes devenus également des stars (le "brother" Dan AYKROYD, Harold RAMIS, Bill MURRAY, tous trois futurs "Ghostbusters") (1984). Parallèlement, il avait fondé un groupe de blues avec Dan AYKROYD et des musiciens, écumé les salles de concert de Los Angeles et sorti un album, prélude au film de John LANDIS. Sans parler d'une vie nocturne intense. John Belushi était donc un surdoué en de nombreux domaines mais aussi un écorché vif incapable d'encaisser les coups et un kamikaze sans limites qui s'est logiquement brûlé les ailes avec pour carburant une toxicomanie galopante et encouragée par l'époque, celle de la contre-culture. Autre camée célèbre, Carrie FISHER qui a été sa partenaire dans "Les Blues Brothers" explique avec bon sens que les cures de désintoxication ne pouvaient qu'échouer étant donné qu'elles ne s'attaquaient pas aux problèmes que la drogue servait justement à masquer. Souffrant (comme Carrie FISHER diagnostiquée à l'âge de 24 ans) vraisemblablement de troubles bipolaires (ses variations d'humeur étant de véritables montagnes russes avec "des hauts très intenses et des bas très sombres"), John Belushi était issu d'une famille albanaise immigrée qui ne s'était jamais intégrée et avec laquelle il n'était jamais parvenu à établir le contact. Par contraste, son besoin de relations fusionnelles aboutit à une solitude plus grande encore. Car c'est seul qu'il s'est éteint au Château-Marmont à Los Angeles pendant que sa femme avait pris le large pour sauver sa peau et que Dan AYKROYD n'est pas cette fois arrivé à temps avec le scénario de "Ghostbusters" (1984) pour le sortir de sa prison.

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Le Chant du Danube (Waltzes from Vienna)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1934)

Le Chant du Danube (Waltzes from Vienna)

"Le Chant du Danube" fait partie des films les moins connus de Alfred HITCHCOCK sans doute parce que sa diffusion est devenu au fil du temps une rareté. Il existe pourtant en DVD zone 2, seul ou à l'intérieur d'un coffret. Mais Hitchcock n'avait pas beaucoup d'estime pour ce film si l'on se fie à ce qu'il en disait dans ses entretiens avec François TRUFFAUT. Selon moi, il avait tort. Déjà parce qu'il y a toujours quelque chose de bon à retirer d'un film de Alfred HITCHCOCK, même considéré comme mineur. Et ensuite, parce que bien qu'atypique dans sa filmographie, "Le Chant du Danube" porte bien sa signature et est plus inventif, dynamique et intéressant (tant sur le fond que sur la forme) que d'autres films qu'il a pu faire à la même époque (par exemple "Junon et le paon") (1929) ou même ultérieurement ("Joies matrimoniales") (1941).

Il est difficile de définir le genre auquel appartient "Le Chant du Danube", c'est selon moi l'un de ses charmes. Il s'agit de l'adaptation d'une opérette, "Walzer aus Wien" (le titre du film en VO) de Heinz Reichter, A.M. Willner et Ernst Marishka, créée à Vienne le 30 octobre 1930 sur des musiques de Johann Strauss père et fils arrangées par Erich Korngold. Pourtant, le résultat à l'écran n'a rien à voir avec ce que l'on pourrait craindre: une grosse pâtisserie meringuée façon "Sissi" (1955). Il est bien question pourtant de pâtisserie dans "Le Chant du Danube" et aussi de biographie romancée, et évidemment de musique mais c'est pour mieux échapper aux clichés. Alfred HITCHCOCK créé un film extrêmement libre (surtout pour l'époque) qui si je devais le définir se situe quelque part entre le récit d'émancipation et la comédie à tendance burlesque. Il fait le portrait particulièrement attachant de Johann Strauss junior dont le génie créatif est étouffé par un père castrateur et une fiancée possessive. Mais un troisième personnage, la comtesse Helga von Stahl lui apporte au contraire une aide décisive (et un grand souffle de liberté). On est charmé par la manière très imagée (et rythmée) avec laquelle Hitchcock transcrit la genèse de la création de la célèbre valse de Strauss junior "Le Beau Danube bleu", la façon dont il parvient à la faire entendre au public ainsi que par quelques moments où la comédie s'emballe jusqu'aux limites de la transgression notamment au début et à la fin, bâties sur le même modèle. Une fin qui m'a beaucoup fait penser à l'acte II du "Mariage de Figaro"* dont le sous-titre est "La folle journée".

* Pour mémoire, il s'agit du moment où le comte surgit chez la comtesse, persuadé de son infidélité, pour y débusquer Chérubin qui s'est caché dans le cabinet adjacent. Mais Chérubin parvient à sauter par la fenêtre et Suzanne a le temps de prendre sa place juste avant que le comte n'oblige la comtesse à ouvrir la porte du cabinet. Dans "Le Chant du Danube", le comte, persuadé que sa femme le trompe avec Strauss junior se précipite chez lui pour se faire ouvrir la porte de sa chambre mais ce n'est pas non plus la personne à laquelle il pense qui en sort à la suite de péripéties savoureuses que je ne dévoilerai pas.

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L'Accompagnatrice

Publié le par Rosalie210

Claude Miller (1992)

L'Accompagnatrice

L'ombre de la seconde guerre mondiale et le passage à l'âge adulte sont des thèmes récurrents dans la filmographie de Claude MILLER et en regardant la silhouette juvénile de Romane BOHRINGER dans "L'accompagnatrice", je n'ai pu m'empêcher de penser à celle de Charlotte GAINSBOURG que Claude Miller dirigea à deux reprises à la même époque alors qu'elle était adolescente et jeune adulte. Avoir un père célèbre et être de la même génération n'est pas leur seul point commun, elles ont une histoire familiale marquée par la guerre (tout comme Claude Miller). Quand Romane BOHRINGER tourna le film, elle venait juste d'être révélée par "Les Nuits fauves" (1992) et se retrouve à jouer avec son père, ce qui donne une résonance particulière à la séquence où Benoît (Julien RASSAM) demande la main de son personnage à Charles Brice, joué par Richard Bohringer qui lui répond qu'il n'est pas son père et que d'ailleurs, elle n'en a pas. Charles Brice par ailleurs marié à une cantatrice, comment ne pas songer à "Diva" (1980)?

"L'accompagnatrice" est un film qui a pour originalité d'établir un parallèle implicite entre la vie et la scène en adoptant le point de vue d'un personnage de l'ombre qui se fait le témoin des événements racontés dont elle reste majoritairement une spectatrice. Au début de l'histoire, il existe un contraste extrêmement tranché entre le monde terne et étriqué de Sophie fait de privations et de frustrations et celui des Brice, lumineux, luxueux et aventureux dont elle rêve de faire partie. Pourtant, l'envers du décor nous est montré presque immédiatement avec l'apparition de personnages douteux qui nous font comprendre que le couple s'est compromis avec le régime de Vichy et l'occupant et que c'est cela qui lui permet de maintenir son train de vie (Charles Brice aime à répéter qu'il était déjà riche avant la guerre). Sentant cependant le vent tourner (l'histoire se déroule en 1942/1943), les Brice décident cependant de partir se réfugier à Londres. A moins que ce ne soit un moyen pour Charles de reconquérir Irène qui vit une passion avec un résistant. Sophie choisit de partager leur sort (et donc de se faire le témoin de leur histoire) jusqu'au bout comme si elle préférait vivre vivre sa vie par procuration plutôt que de céder à Benoît, décrit par Irène comme "un futur employé des PTT" (soit le retour à la case départ). La fin de l'histoire est de ce point de vue très amère puisque Sophie perd finalement sur tous les tableaux.

Si le film se suit agréablement et est rehaussé par l'interprétation intense de Richard Bohringer dans le rôle d'un personnage complexe et au final tragique, il n'en reste pas moins que la transposition du roman d'origine de Nina Berberova me semble très affadie. Sophie telle que l'interprète Romane Bohringer semble fascinée par les Brice et avide de partager la moindre miette de leur existence bien plus que jalouse ou haineuse. Elle semble dénuée de toute conscience politique ou sociale malgré quelques tirades qui semblent tomber comme un cheveu sur la soupe et ressemble davantage à un fantôme qu'à une "deus ex machina" prête à se venger. L'ambivalence de sa relation aux Brice et surtout à Irène est à peine effleurée. La portée du film en est évidemment très amoindrie en apparaissant finalement comme une remake de "L'Effrontée", la fraîcheur de l'adolescence en moins.

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Hallelujah, les mots de Léonard Cohen

Publié le par Rosalie210

Dan Geller, Dayna Goldfine (2022)

Hallelujah, les mots de Léonard Cohen

Le documentaire "Hallelujah, les mots de Léonard Cohen" traite de deux sujets entre lesquels les réalisateurs ont eu visiblement du mal à choisir. Le premier est une évocation (un peu trop rapide) des sources d'inspiration des textes poétiques de Léonard Cohen qualifié de "troubadour des temps modernes". D'une d'entre elles surtout, celle qui donne son titre au film. Car le deuxième sujet est l'histoire peu commune du parcours de cette chanson extraite d'un album intitulé "Various positions" passé inaperçu à sa sortie au milieu des années 80 et même retoqué dans un premier temps aux USA par la maison de disques Columbia. Ce sont les reprises effectuées par d'autres artistes et en particulier par Jeff Buckley dans les années 90 qui vont assoir peu à peu sa notoriété. La mort de ce dernier à l'âge de 30 ans en 1997 va amplifier la portée de cet hymne qui deviendra ensuite dans une version expurgée l'un des titres-phares de la bande originale du premier "Shrek" (2001) puis de "Tous en scène" (2016). "Hallelujah" est le parfait exemple d'une oeuvre née dans les marges (outre son créateur, on peut citer l'interprète de l'une des premières reprises du titre dans un album-hommage à Léonard Cohen en 1991, John Cale, co-fondateur du groupe "The Velvet Underground") qui peu à peu s'impose jusqu'au centre de l'industrie anglo-saxonne du divertissement, que ce soit dans le cinéma d'animation, à la télévision dans les émissions de télé-crochet du type "The Voice" ou encore lors d'hommages comme celui en mémoire des victimes du coronavirus. Non sans avoir perdu quelques plumes au passage. "Hallelujah" est en effet dans sa version d'origine un texte d'inspiration religieuse comme son titre l'indique (il signifie "loué soit dieu" dans l'ancien testament soit en hébreu "hallelu" "Yah" (vé) devenu dans le nouveau testament "Alleluia", "loué soit le seigneur"). Le succès de cette chanson provient en partie du moins de cette inspiration dans le sacré de par sa capacité à fédérer, à faire communier comme dans une grand messe laïque (religion signifie "relier" dieu et les hommes et l'art fait partie du divin). Mais dans le texte d'origine, ce mysticisme était également intimement relié à l'acte sexuel, certains passages étant très explicites. Et ce sont eux qui évidemment ont disparu car cela aurait fait fuir le public familial ou même tout simplement le grand public. Le sexe et le sacré étant pourtant profondément liés, Léonard Cohen se montre bien plus authentiquement religieux que tant de théoriciens autoproclamés de la foi. Loué soit-il de nous l'avoir rappelé.

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