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Ninotchka

Publié le par Rosalie210

Ernst Lubitsch (1939)

Ninotchka

Dès les premières images, la satire politique est en marche. Trois agents du ministère soviétique du commerce, Iranoff, Buljanoff et Kopalski (aux visages évoquant Lénine, Staline et Trotski) se laissent tenter par un séjour dans la suite royale (cherchez l'erreur) d'un grand hôtel parisien. Officiellement il s'agit de profiter du coffre de la suite pour déposer en lieu sûr les bijoux confisqués à l'aristocratie russe et que les trois hommes sont venus vendre. Officieusement, les trois hommes en profitent pour prendre du bon temps. Lubistch joue avec les clichés de la vie parisienne où tout n'est que luxe, calme et volupté. Il faut dire que par contraste la vie en URSS montrée à la fin du film est rabat-joie au possible: pénuries, appartements partagés et surpeuplés, surveillance permanente, censure. Quant à l'idéologie communiste et aux purges staliniennes, elles donnent lieu à des dialogues étincelants signés par le duo Wilder-Brackett comme " Quelles sont les nouvelles de Moscou ? - Bonnes, excellentes : les derniers procès ont été une vraie réussite : il y aura moins de Russes mais ils seront meilleurs!" Ou " Le camarade Cazabine ? Non, je suis désolé, il nous a quitté il y a six mois, il a été rappelé en Russie pour enquête. Vous aurez plus de détails avec sa veuve." Ou encore "Puis-je avoir vos bagages, Madame ? - Pourquoi ? - C'est un porteur, il veut les porter - Pourquoi ? Pourquoi voudriez-vous porter les bagages des autres ? - Mais c'est mon métier, Madame - Ce n'est pas un métier, c'est une injustice sociale - Ça dépend du pourboire." Le capitalisme corrupteur et exploiteur en prend en effet lui aussi pour son grade comme le montrent les dernières images du film.

Evidemment la satire politique n'est que le hors-d'œuvre. Le plat de résistance, c'est la comédie sentimentale avec l'entrée en scène de Garbo. Elle incarne Nina Ivanovna Yakouchova dite Ninotchka, une soviet psychorigide endoctrinée au point de parler comme une machine à slogans qui va se laisser griser par les charmes insoupçonnés du capitalisme. Lequel est incarné par un aristocrate jouisseur et décadent, amant de la comtesse Swana dont les bijoux font partie du lot confisqué pendant la révolution russe. Garbo dont c'est la première comédie et l'avant-dernier film même si ce n'est pas le premier où elle rit(contrairement à ce qu'affirmait une publicité mensongère) peut ainsi jouer du contraste entre son apparence glacée et une vraie fantaisie révélée par la caméra de Lubitsch dont la capacité à mélanger harmonieusement le léger et le grave se vérifie parfaitement ici.

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Le roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie's Punctured Romance)

Publié le par Rosalie210

Mack Sennett (1914)

Le roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie's Punctured Romance)

Le roman comique de Charlot et Lolotte a le goût des premières fois. Il est en effet souvent présenté comme la première comédie de long-métrage produite à Hollywood (cela dépend des critères de durée qui délimitent moyen et long métrage, variables d'un pays à l'autre). Ce sera d'ailleurs le seul essai de la Keystone dans ce domaine. Le personnage principal, Tillie (Lolotte en VF) était inspiré de l'opérette de 1910 Tillie's nightmare (de A. Baldwin et Edgar Sloane), gros succès de Broadway qui mettait en vedette Marie Dressler.

Dans le film qui fut également un gros succès populaire, elle est cependant éclipsée par Chaplin qui dans un second rôle est tellement brillant que le public et la critique n'eut d'yeux que pour lui. Presque tous les producteurs de cinéma le sollicitèrent ensuite pour lui faire signer des contrats. Sa performance est d'autant plus remarquable qu'il joue un rôle antipathique d'escroc arrogant, violent et malhonnête. Mais il est néanmoins irrésistible. A côté de lui les autres acteurs font pâle figure. Marie Dressler notamment en fait trop ce qui enlève tout aspect pathétique à son personnage de femme abusée et le tire au contraire vers la grosse farce. D'autre part le film peine à trouver son rythme. De nombreuses scènes piétinent laborieusement et seule la course-poursuite de la fin retrouve l'esprit burlesque des films de la Keystone.

Le film de 6 bobines fut restauré en 2004 car au fil du temps il avait subit de nombreuses coupes, remontages et des effets sonores avaient été rajoutés.

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La course au voleur (A Thief Catcher)

Publié le par Rosalie210

Ford Sterling (1914)

La course au voleur (A Thief Catcher)

A thief catcher est une comédie de Ford Sterling dans laquelle Chaplin fait une brève apparition en Keystone Cop.

Dans les années 20 et 30, le film apparaissait encore dans les filmographies consacrées à Chaplin. Mais lorsque H.D Waley, directeur technique du FBI fit en 1951 la filmographie de Chaplin qui fait aujourd'hui autorité, le titre disparut, probablement à cause d'une possible confusion avec un autre film perdu de Chaplin, Her friend the Bandit, réédité sous le titre quasi-homonyme The Thief catcher. Par miracle, une copie 16mm incomplète de A thief catcher fut découverte chez un antiquaire par le collectionneur américain Paul E. Gierucki en juin 2010. Elle portait le titre "His regular job" et la copie datait de 1918 mais le collectionneur parvient à l'identifier correctement.

Chaplin a tourné en tout 36 films pour la Keystone. 34 nous sont parvenus en intégralité. Grâce à la découverte de Paul E. Gierucki, A thief catcher a partiellement refait surface (incluant le passage où apparaît Chaplin ce qui est le plus important). On peut le regarder dans les bonus du coffret 4 DVD Lobster de 2010 qui réunit l'intégralité des films Chaplin à la Keystone sauf Her Friend the Bandit qui reste à l'heure actuelle la seule comédie Chaplin de ce studio qui semble à jamais perdue. Mais comme celui-ci en a signé le scénario, on en retrouvera la trame dans d'autres films (Charlot garçon de café, Charlot et le comte, Charlot patine, Charlot et le masque de fer).

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Charlot nudiste (His Prehistoric Past)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot nudiste (His Prehistoric Past)

Ne surtout pas se fier au titre en VF qui assimile le nudisme aux peaux de bête de la période préhistorique sans doute dans un but racoleur. His Prehistoric Past est la dernière comédie de deux bobines de Chaplin pour la Keystone (tournée avant Charlot et Mabel en promenade mais sorti après). Il est structuré par un procédé de rêve issu des sketchs de Chaplin pour le théâtre de music-hall de Fred Karno et qu'il réutilisera dans d'autres films (Charlot soldat, Une Idylle aux champs, The Kid, Les Temps modernes...) Le thème de la préhistoire s'est imposé car il était à la mode avec de nombreuses découvertes paléontologiques. D.W Griffith tourna en 1912 un drame d'une bobine Man's Genesis qui exploitait cet intérêt du public pour la Préhistoire et qui fut rapidement parodié. Même si le résultat n'est pas transcendant, le film de Chaplin contient des gags savoureux comme celui où il utilise des poils d'ours pour remplir sa pipe et frotte un silex contre sa jambe pour l'allumer. On le voit également disputer avec succès un harem de filles au roi local joué par Mack Swain lequel se transforme en un policier joué par Sydney Chaplin qui l'arrache à son rêve...

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Charlot et Mabel en promenade (Getting Acquainted)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot et Mabel en promenade (Getting Acquainted)

Charlot et Mabel en promenade est le dernier court-métrage réalisé par Chaplin pour la Keystone en novembre 1914. Il s'agit d'une sorte de vaudeville en plein air où les jeunes membres de deux couples mal assortis (Charlot et Mabel) échappent à leurs vieux conjoints respectifs (la mégère Phyllis Allen et le barbon Mack Swain) pour aller flirter. Même si elle n'est pas spécialement originale par rapport à d'autres comédies antérieures se déroulant dans un parc, elle est mieux structurée et réalisée. Chaplin suggère clairement la lubricité de son personnage (sa canne qui accroche et relève "par mégarde" la jupe de Mabel, son regard qui se fixe quelques instants sur les fesses d'une jeune femme blonde penchée devant lui) et fait du policier l'agent du retour à l'ordre conjugal conservateur. D'autre part il évite tous les effets faciles de la Keystone: il n'y a ni jets de briques, ni tarte à la crème, ni final dans un lac. Ouf!

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Charlot et Mabel aux courses (Gentlemen of Nerve)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot et Mabel aux courses (Gentlemen of Nerve)

Petite comédie médiocre au scénario décousu qui se compose de scènes de flirt et de chamailleries sur un champ de courses. Charlot est un pique-assiette qui s'introduit frauduleusement au Ascot Park Speedway (où avait déjà été tourné Madame Charlot) pendant une course amicale de bienfaisance le 20 septembre 1914. On le voit s'essuyer les chaussures sur l'arrière-train de Mack Swain lequel à cause de son gabarit reste coincé au travers de la palissade. Puis on le voit boire le soda de sa voisine dès qu'elle a le dos tourné. Enfin il finit par séduire Mabel, la fiancée de Conklin. La dernière séquence offre une série de gros plans charmants de Chaplin et Normand.

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Charlot déménageur (His Musical Career)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot déménageur (His Musical Career)

Encore un Chaplin en toute petite forme avec cet opus qui met un temps interminable à démarrer et qui s'avère assez pauvre en gags. Le meilleur moment est la scène finale avec le piano glissant au bas d'une rue escarpée et terminant sa course dans le lac en même temps que ses deux livreurs, Charlot et Swain.

Charlot déménageur inspirera 18 ans plus tard la comédie de Laurel et Hardy The Music Box (Livreurs, sachez livrer!) produite par Hal Roach et réalisée par James Parrott, frère cadet de Charles Parrott (connu plus tard sous le nom de Charley Chase) qui joue le rôle du propriétaire du magasin de pianos dans Charlot déménageur. Le film de Laurel et Hardy reçut l'Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 1932.

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Charlot papa (His Trysting Places)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot papa (His Trysting Places)

Sans être un chef-d'oeuvre, il s'agit de l'une des meilleures comédies réalisées par Chaplin pour la Keystone et comme elle fait deux bobines, on peut la rapprocher de Charlot Mitron pour la narration, la mise en scène et le montage (un duo comique, plusieurs lieux, plusieurs histoires qui s'entrecroisent etc.) L'histoire est astucieuse (un quiproquo conjugal basé sur un échange involontaire de manteaux entre Chaplin et Swain) et a aussi une valeur biographique/documentaire. En effet pour la première fois, Chaplin aborde la question de la paternité dans son œuvre. Et dire qu'elle lui pose problème est un doux euphémisme. Il se montre négligent, indifférent voire cruel envers son fils qu'il transporte comme un paquet, laisse jouer avec un révolver ou près des flammes du poêle sans parler de l'eau bouillante qu'il renverse près de lui. Le foyer conjugal n'en est pas un, il ne cesse de se brûler dès qu'il veut se poser. Bref il dépeint sous couvert de grosse rigolade un enfer familial où il apparaît en mauvais père déconnecté de son enfant. Cette hostilité vis à vis des enfants reviendra comme une plaie lancinante dans ses films pour la Mutual et la First National jusqu'à ce qu'il se décide enfin à l'exorciser. Ce sera dans l'un de ses plus beaux films, The Kid.

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La tortue rouge

Publié le par Rosalie210

La tortue rouge

Lenteur. Solitude. Silence. Sagesse. Simplicité. Epure. Contemplation. Amour. Symbiose.

Au début pourtant, l'homme réchappé du naufrage et échoué sur l'île déserte veut faire comme tous ceux qui en sont passé par là (dans la culture occidentale du moins). Il veut construire un radeau pour quitter l'île. Il s'acharne. Il recommence, encore et encore. Mais une mystérieuse force le ramène toujours sur le rivage après avoir détruit l'embarcation. Cette force, il finit par le découvrir, c'est une immense et mystérieuse tortue rouge. L'homme la voit comme son ennemie et lorsqu'elle vient à sa rencontre, il la frappe, la retourne et la laisse pour morte. C'est alors qu'il réalise qu'elle est venue le sauver, lui qui se mourrait de désespoir. Plein de remords, il essaye de la ranimer. Alors le miracle se produit: la tortue devient femme. L'homme cesse de lutter, il lâche prise et laisse les flots emporter son radeau. Plus jamais il ne tentera d'aller contre les éléments ou de les dominer ou de les transformer. Il se laissera porter, il contemplera, il acceptera. La tortue métamorphosée deviendra sa compagne et la mère de leur enfant. Elle restera avec lui jusqu'à la fin. Puis elle retournera à la mer.

Ce conte philosophique d'une limpidité absolue et d'une beauté à couper le souffle nous parle de la condition humaine et du rapport de l'homme à l'univers. Il est le fruit de trois sensibilités au carrefour de l'orient et de l'occident. Celle du réalisateur néerlandais Michael Dudok de Wit auteur de plusieurs courts métrages sur les cycles de la vie. Celle du studio animiste (à tous les sens du terme) japonais Ghibli dont c'est la première collaboration avec des éléments extérieurs. Et enfin celle de Pascale Ferran coscénariste qui dans Lady Chatterley magnifiait déjà la symbiose homme/nature.

Cette œuvre minimaliste, distanciée et silencieuse ne peut pas plaire à tout le monde mais elle recèle tant de beauté qu'elle doit être découverte

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Loving

Publié le par Rosalie210

Jeff Nichols (2016)

Loving

Loving commence comme une chronique quasi-documentaire du quotidien d'une petite communauté vivant dans l'Etat de Virginie en 1958. On travaille, on fait des courses de vitesse, on va boire et danser, on fait des projets. Bref, rien que de très banal s'il n'y avait pas des éléments perturbateurs. A commencer par les paysages campagnards de Virginie nimbés dans leur magnifique lumière et le son des grillons. Ces paysages représentent les racines. Ils sont filmés avec insistance comme témoins de ce qui se joue dans le film. D'accueillants, ils peuvent se transformer en un clin d'œil en sourde menace tout comme dans "Take Shelter", l'un des précédents films de Jeff Nichols. Une source menace qui créé une tension palpable durant tout le film et invalide l'interprétation de ceux qui n'y voient qu'une histoire à l'eau de rose.

Ce qui se joue dans ces paysages est révélé dès la première phrase du film "Je suis enceinte". D'où le deuxième élément perturbateur, la présence de Richard, un blanc, au milieu des noirs. Richard est le père du bébé à naître et feint d'ignorer le troisième élément perturbateur: les regards désapprobateurs posés sur lui et sur Mildred, sa compagne noire. Mildred, plus lucide que Richard sur ce qui les attend réagit avec anxiété lorsqu'il lui annonce qu'il a acheté un terrain et va leur construire une maison. Tant qu'ils vivaient ensemble en concubinage, couverts par leurs familles, leur couple était plus ou moins toléré. A partir du moment où Richard épouse Mildred dans un Etat voisin avant de revenir en Virginie, il franchit une ligne rouge invisible. Celle de la loi sur la pureté du sang promulguée en 1924 qui interdit les mariages interraciaux en Virginie. Le couple est donc persécuté pour ce qu'il représente de menace aux yeux des ségrégationnistes blancs qui brandissent en guise de justification l'interprétation erronée d'un passage de la Genèse et des doctrines raciales inspirées du règne animal.

Richard et Mildred vivent un véritable chemin de croix. Ils sont arrêtés en pleine nuit, emprisonnés, condamnés à une peine de prison auquel il ne peuvent se soustraire qu'en étant bannis de l'Etat. Les familles et amis adressent des reproches à Richard comme s'il était fautif, l'un d'entre eux lui demandant pourquoi il ne divorce pas. Mais toutes ces pressions se heurtent au mur du bien nommé Loving. Richard, bâti comme un roc taiseux impénétrable qui sait au plus profond de lui-même que la loi est injuste et qu'il ne fait rien de mal encaisse et souffre en silence. Mais à aucun moment il ne fait porter le poids des épreuves sur sa femme qu'au contraire il protège avec amour (d'où le surnom affectueux qu'il lui donne, brindille). Mildred, timide mais moins fataliste ne supporte pas l'exil. Elle choisit de retourner clandestinement en Virginie avec Richard et de se battre. Un combat judiciaire qui remontera jusqu'à la Cour suprême laquelle fera invalider les lois interdisant les mariages mixtes et le métissage à l'échelle de l'Union en 1967 dans le contexte de la lutte pour les droits civiques. La force de l'arrêt résidant autant dans son contenu que dans la symbolique des patronymes: Loving versus Virginia, la plus grande des forces humaines portant l'estocade à une Virginie virginale fantasmatique obsédée par la peur inepte de la "souillure" raciale.

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