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Nuremberg, des images pour l'histoire

Publié le par Rosalie210

Jean-Christophe Klotz (2019)

Nuremberg, des images pour l'histoire

On croyait tout savoir sur le procès militaire international de Nuremberg intenté par les alliés vainqueurs de la guerre qui durant près d'un an, de novembre 1945 à octobre 1946 jugea 24 hauts dignitaires nazis de crimes contre la paix, crimes de guerre et, nouveau chef d'accusation, crime contre l'humanité. On sait aussi qu'il s'agit du premier procès dont les audiences ont été filmées (par les américains et par les soviétiques), ouvrant la voie à bien d'autres, d'Eichmann à Barbie et que les images y ont joué un rôle fondamental en tant que preuves des crimes commis, aux côtés des autres types d'archives.

Ce que l'on sait moins en revanche, c'est comment ces preuves audiovisuelles ont été réunies. Le procureur Jackson qui considérait le document d'archive comme central chargea de cette mission deux jeunes soldats, Budd et Stuart Schulberg qui travaillaient sous l'égide de John FORD au sein de l'OSS (Office of Strategic Services). Le film de Jean-Christophe KLOTZ retrace leur enquête de plusieurs mois au coeur de l'Europe dévastée pour retrouver à temps un maximum de documents afin de pouvoir les diffuser lors du procès. Ce qui compliquait leur tâche était d'une part le fait que les défenseurs des accusés avaient réussi à faire invalider nombre d'archives audiovisuelles d'origine américaine, de l'autre, le fait que les nazis et leurs complices encore en liberté s'acharnaient à détruire celles qui étaient d'origine allemande. A plusieurs reprises, les deux frères arrivèrent trop tard pour sauver les bobines qui se consumaient par milliers quand ce n'était pas le bâtiment qui les abritait qui flambait. Heureusement, à la suite d'un concours de circonstances improbable dans lequel on découvre que John FORD était également vénéré par des soviétiques, les deux hommes mettent la main sur un trésor conservé dans la zone allemande occupée par l'URSS à une époque où celle-ci était encore alliée aux occidentaux et effectuent alors avec leur équipe un long travail de montage pour les diffuser au procès.

Le film met en évidence de manière saisissante l'impact que ces images eurent sur les accusés qui jusque là se retranchaient dans le déni. Le procureur Jackson fit d'ailleurs avancer la date de leur diffusion et on sait que le tribunal fut aménagé spécialement pour permettre à l'écran d'y prendre une place de choix. Jean-Christophe KLOTZ montre le changement radical du visage des accusés après avoir été obligés de regarder en face l'étendue de leurs propres crimes. L'un des moments les plus évidents est celui où Rudolf Hess qui feignait l'amnésie fit une déclaration dans laquelle il reconnaissait endosser la responsabilité de ses actes.

A plus long terme, le travail des frères Schulberg a forgé la mémoire collective de ces événements. Même s'ils n'ont pu tourner que 35 heures de rushes sur plus de 10 mois de procès, ils ont pu enregistrer en audio l'intégralité des débats. Stuart Schulberg en a fait un film en 1948, "Nuremberg, it's Lesson for Today" qui ne sortit aux USA qu'en 2010 grâce au travail de restauration de sa fille car avec l'éclatement de la guerre froide, les priorités avaient changé et le film fut enterré.

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L'expérience Ungemach, une histoire de l'eugénisme

Publié le par Rosalie210

Vincent Gaullier, Jean-Jacques Lonni (2020)

L'expérience Ungemach, une histoire de l'eugénisme

Les apparences sont trompeuses. Qui croirait que derrière les 138 pavillons de la cité-jardin Ungemach à Strasbourg se cache une histoire digne de "Bienvenue à Gattaca" (1997)? Même aujourd'hui, les édiles taisent le sulfureux passé du quartier où seule une plaque posée dans les années 50 rappelle sa vocation d'origine: abriter de " jeunes ménages en bonne santé désireux d’avoir des enfants et de les élever dans de bonnes conditions d’hygiène et de moralité".

Lorsque la cité est créée dans les années 20, il ne s'agissait pas à proprement parler d'eugénisme mais plutôt d'hygiénisme et de natalisme. La France avait en effet perdu une grande partie de sa jeunesse à la guerre, directement ou indirectement et connaissait un déficit de naissances ancien et préoccupant. De plus les masses populaires vivaient souvent dans des conditions (notamment de logement) déplorables héritées du XIX° siècle avec des problèmes de santé publique tels que l'alcoolisme ou la tuberculose. C'est donc pour lutter contre tous ces fléaux qu'un industriel du nom de Léon Ungemach décida avec son associé, Alfred Dachert de construire une cité-jardin dans un quartier populaire de Strasbourg. Cela s'inscrivait dans la tradition des initiatives paternalistes patronales du XIX° dont l'exemple le plus célèbre est le phalanstère Godin. De plus, dans l'entre-deux-guerres, beaucoup de cités-jardins virent le jour, notamment en Ile-de-France pour offrir aux ouvriers des conditions de vie plus saines et plus proches de leurs origines campagnardes (cultiver son jardin plutôt qu'aller boire au bar du coin).

La où les choses se corsent, c'est lorsqu'on analyse les critères d'admission et de maintien dans le logement. Les époux devaient être jeunes, féconds, en bonne santé, s'engager à avoir au moins trois enfants, le mari devait avoir une bonne situation, la femme quant à elle ne devait pas travailler (une question-piège demandait quelle était sa profession). Une fois installés, ils devaient respecter un règlement comportant plus de 300 articles et subissaient des contrôles incessants au cours desquels ils étaient notés selon un système de points. Si les inspecteurs découvraient que les époux ne respectaient pas les critères, ils étaient expulsés de leur logement. Celui-ci n'était par ailleurs loué que jusqu'au 21 ans du dernier enfant, ensuite, il fallait déménager. Les critères de sélection furent appliqués jusqu'aux années 60 et les critères d'expulsion jusqu'aux années 80 alors que la ville gérait la cité-jardin depuis les années 50.

Le documentaire, passionnant et glaçant, comble les non-dits de la ville qui pratique l'omerta sur le sujet. Des témoignages d'anciens habitants, le plus souvent enfants au moment des faits expliquent que même leurs parents n'avaient pas conscience d'être les cobayes d'une pratique d'eugénisme destinée à "améliorer l'espèce humaine", s'accompagnant en d'autres lieux de mesures de stérilisation forcées pour les populations indésirables. Des spécialistes explicitent le contexte, notamment l'importance de la culture protestante dans la politique d'eugénisme, celle-ci visant la perfectibilité de l'être humain alors que le catholicisme condamnait l'intervention de la science dans la reproduction humaine. Surtout, le film évoque comment la tentation de l'eugénisme a été stoppée in extremis au Royaume-Uni devant l'usage monstrueux qu'en a fait l'Allemagne nazie.

En raison du manque d'archives visuelles, le documentaire a recours à une animation décalée qui fait tantôt penser à celle des Monty Python, tantôt à celle de "Pink Floyd The Wall" (1982). Pour faire comprendre que ce que cachent les pavillons si proprets n'est rien d'autre qu'une variante de "1984" et "Le meilleur des mondes", un arrière-plan fait allusion à la cité de "Metropolis" (1927), les toits s'enlèvent pour laisser entrer la main des autorités ("Big Brother is catching you" ^^), les bébés, produits en série, défilent sur une chaîne de montage et les familles se transforment en souris de laboratoire.

Mais loin de cantonner l'expérience eugéniste au passé, le film démontre que celle-ci n'est qu'un avatar du système capitaliste anglo-saxon obsédé par le darwinisme social de la performance et la compétition que le nazisme a poussé jusqu'à la monstruosité la plus extrême. Qui entre aujourd'hui en contradiction avec le souci de protéger la diversité. Et de conclure sur ces mots à méditer "Quand tu fais la cité Ungemach, tu exclues d'emblée de fabriquer des Brigitte Fontaine, tu exclues d'emblée de fabriquer des Annie Ernaux, tu exclues d'emblée de fabriquer tout ce qui dépasse du cadre et pourtant ce qui dépasse du cadre pour moi c'est la vie."

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Mandibules

Publié le par Rosalie210

Quentin Dupieux (2020)

Mandibules

Dans "Mandibules", la trouvaille fantastico-absurde de Quentin DUPIEUX n'est ni un pneu psychopathe, ni un blouson en daim qui ne supporte pas la concurrence mais une mouche géante nommée Dominique trouvée dans un coffre de voiture volée par deux losers SDF particulièrement bas de plafond, Manu (Grégoire LUDIG) et Jean-Gab (David MARSAIS). Le genre à enchaîner les gaffes, à avoir un débit de "mongol", trois mots de vocabulaire et aucune suite dans les idées. De quoi bien s'entendre avec la mouche donc. Pas désarçonnés pour deux sous par cette étrange découverte, ils décident d'apprivoiser la bête pour l'utiliser comme drone à leur service. Là où le film devient carrément jubilatoire c'est lorsqu'à la suite d'une méprise, les deux compères quelque peu attardés se retrouvent avec leur passager clandestin dans une superbe villa avec piscine avec une bande de jeunes bourgeois pas très fute-fute eux non plus. Les quiproquos hilarants s'enchaînent portés par une Adèle EXARCHOPOULOS dans un rôle à contre-emploi. Elle est la seule "fine mouche" du groupe mais comme elle est handicapée dans son élocution suite à un accident, elle passe pour une complète agitée du bocal qui fait la paire avec les deux zigotos.

L'univers décalé de Quentin DUPIEUX fait donc encore une fois mouche ^^, nous délivrant une délicieuse petite comédie dont il a le secret, absurde en apparence mais qui retombe parfaitement sur ses pieds. Manu et Jean-Gab semblent coincés dans une réalité parallèle où le temps n'existe pas (ils vivent dans l'insouciance de l'instant) pas plus que l'ancrage dans un espace (ils vivotent dans la précarité la plus complète, dorment dans leur voiture volée déglinguée ou à la belle étoile, mangent ce qui leur tombe sous la main et ont une hygiène douteuse en contraste total avec les luxueuses villas qu'ils sont amenés à visiter ce qui n'a pas l'air de les affecter). D'une certaine manière, ils vont de pair avec la mouche qui vit dans les décharges et se nourrit de rebuts.

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Vibrato, l'écoute des victimes du Bataclan

Publié le par Rosalie210

Jérémy Leroux (2021)

Vibrato, l'écoute des victimes du Bataclan

"Vibrato" est un documentaire qui s'intéresse au corps sonore chez l'être humain, à son fonctionnement, ses traumatismes et les soins dont il peut faire l'objet. Le corps sonore est à l'origine un objet émettant directement ou non des vibrations comme une corde ou une cloche mais c'est aussi le cas de l'être humain, qu'il émette des sons ou serve de caisse de résonance.

Le film de Jérémy LEROUX aborde donc les attentats du Bataclan sous cet angle. Des rescapés témoignent en voix-off de leur perception auditive des événements, des conséquences sur leur vie et de leur reconstruction pendant qu'un ballet de danseurs contemporains filmés tantôt en plan large et tantôt en gros plan tentent de représenter avec leur corps le traumatisme subi. Ces séquences sont entrecoupées d'interventions de spécialistes qui font tantôt de la pédagogie (comment fonctionne un être humain face à un stress intense), tantôt de la thérapeutique (les traumatismes de l'ouïe et comment les soigner, le rôle guérisseur du son sur le corps et l'âme à travers les âges et les cultures etc.) Le résultat aurait pu (dû?) être passionnant mais hélas, ce n'est pas le cas. D'une part parce que le format choisi est bien trop court pour permettre un développement satisfaisant des thèmes abordés. D'autre part parce que le dispositif s'avère extrêmement répétitif et finalement assez abstrait.

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Armageddon Time

Publié le par Rosalie210

James Gray (2022)

Armageddon Time

Les éléments qui font que je n'adhère pas au cinéma de James GRAY, je les ai retrouvés dans son dernier opus "Armageddon Time": une certaine tendance à surligner plutôt qu'à suggérer et un personnage principal qui en dépit de ses velléités de rébellion manque de caractère, qui semble subir les événements avec résignation ou s'en accommoder jusqu'à un certain point. On a beaucoup comparé Paul à Antoine Doinel mais ce dernier me fait plutôt penser à son ami Johnny beaucoup plus attachant, lui dont les rêves se brisent implacablement contre "un monde sans pitié" qui ne lui laisse aucune chance. Paul en dépit de son inadaptation (lent, rêveur, artiste) bénéficie d'une protection familiale que n'a pas son ami défavorisé sur tous les plans. Cette inégalité des chances condamne leur amitié dans un contexte de montée en flèche du libéralisme débridé (la victoire de Reagan, le film étant fortement autobiographique).

Ceci étant il serait dommage de s'en tenir là. Car en dépit de ces maladresses (récurrentes dans le cinéma de James Gray) le film à la tonalité douce-amère donne aussi beaucoup à réfléchir. Paul est un adolescent indécis qui doit se positionner par rapport aux valeurs véhiculées par sa famille qui ne sont pas les mêmes selon les générations. Le grand-père (formidable Anthony HOPKINS), très marqué par la violence antisémite et l'exil encourage son petit-fils à se réaliser dans ce qu'il aime et à affronter les injustices en "mensch" (c'est à dire avec honneur et intégrité, ce mot m'arrache toujours des larmes tant il me renvoie à "La Garçonnière" (1960) où déjà un sage d'origine juive encourageait Baxter en ce sens face aux compromissions du "rêve américain"). Les parents en revanche sont avant tout soucieux de s'intégrer (au point d'avoir américanisé leur nom de famille) et de faire réussir leur progéniture. Qui pourrait les en blâmer? D'autant que le père qui semble si dur envers son fils sait ce qu'est l'humiliation sociale et reconnaît sans peine la noblesse de son beau-père qui est le seul à lui avoir tendu la main. Il semble au fond impuissant et résigné à jouer le jeu cynique et individualiste que la société lui impose de peur de se faire écraser ("sauve ta peau"). Paul semble suivre ses traces mais le très beau final avec ses travellings arrière sur les lieux de son apprentissage vidés de leur substance laisse entendre que cela ne sera peut-être pas le cas.

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L'Or des mers

Publié le par Rosalie210

Jean Epstein (1932)

L'Or des mers

"L'Or des mers" est ce que l'on appelle un docu-fiction c'est à dire un documentaire contenant des éléments de narration propres à la fiction. Il fait partie des nombreux films que Jean EPSTEIN a tourné dans les îles bretonnes avec les populations autochtones. Pour mémoire, la carrière de Jean Epstein se divise en deux parties. Une première dans les années 20 dans le cinéma d'avant-garde notamment pour les studios Albatros. Et une deuxième dans les années 30 en Bretagne dans un style mêlant ethnographie et légendes.

"L'Or des mers" se distingue tout d'abord par un hiatus très perceptible entre les images et le son lié à une technique de post-synchronisation alors balbutiante que Jean Epstein expérimentait pour la société Syncro-Ciné mais qu'il ne s'était pas vraiment approprié. De ce fait, "l'Or des mers" a été tourné comme un film muet et il est clair que le son y joue un rôle tout à fait accessoire.

Ensuite, le film s'enracine dans un terreau documentaire particulièrement rude, celui de l'île de Hoëdic, alors la plus pauvre des îles bretonnes. Les habitants, environ 300 pêcheurs, y vivaient alors dans l'isolement et la misère, ne mangeant pas à leur faim une partie de l'année. Ce climat d'enfermement, de promiscuité et de privations est le support de la fiction que Jean Epstein va développer, à savoir la découverte par le plus misérable et le plus méprisé des pêcheurs de l'île d'une boîte qui va déchaîner les passions des autres habitants contre lui et sa fille Soizic tant ils sont persuadés qu'il s'agit d'un trésor. Le film prend alors une allure quasi fantastique, les éléments naturels hostiles (mer, vent, sables mouvants, algues, rochers, froid mordant de l'hiver durant lequel a été tourné le film) jouant un rôle métaphorique prépondérant. Jouant beaucoup sur le montage alterné, Jean Epstein contrebalance la noirceur de son propos par de gros plans lumineux sur le beau visage de Soizic dont la pureté finit par toucher le coeur de celui qui l'a séduite par ruse ce qui lui permet de s'émanciper de son père en même temps que Soizic se libère du sien. Un très beau film.

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Downton Abbey 2: Une Nouvelle Ere (Downton Abbey 2 : a New Era)

Publié le par Rosalie210

Simon Curtis (2022)

Downton Abbey 2: Une Nouvelle Ere (Downton Abbey 2 : a New Era)

Le deuxième film dérivé de la série "Downton Abbey" (2010) est un beau cadeau aux fans de la saga. Certes, il y a belle lurette que celle-ci ronronne sur ses acquis, tirant un bien moindre parti des transformations économiques, sociales et culturelles du premier quart du XX° siècle que dans les premières saisons. D'autre part, un petit récap au début du film aurait été nécessaire tant les personnages superfétatoires se sont accumulés au fil d'épisodes eux-mêmes de plus en plus anecdotiques. Ainsi je n'avais gardé aucun souvenir de la nouvelle épouse de Branson qui se contente durant tout le film de jouer les potiches. Idem en ce qui concerne l'époux d'Edith ou celui de Daisy. Enfin le fan service façon "courrier du coeur" atteint des sommets, tous les personnages importants sans exception qui étaient encore célibataires parvenant durant le film à trouver l'âme soeur alors que chez certains, cela traînait depuis des années ou bien cela se résumait à une accumulation de déboires (l'approche de la fin définitive de la saga?)

Malgré cela, outre les qualités habituelles que j'ai signalé dans mon précédent avis (écriture, interprétation, magnificence des décors, costumes, coiffures etc.), l'idée de diviser l'intrigue en deux parties, l'une dans une superbe villa de la French Riviera et l'autre au château pendant un tournage de cinéma est astucieuse. Dans le premier cas, il s'agit pour Robert Crawley (Hugh BONNEVILLE) de lever un doute sur sa filiation en raison d'un leg inattendu que sa mère Violet (Maggie SMITH) reçoit d'un certain marquis de Montmirail (et non, pas de Jean RENO à l'horizon puisque ledit marquis est décédé, ça aurait été marrant de le voir avec Nathalie BAYE qui joue sa veuve). Cette petite virée près de Toulon est l'occasion de quelques scènes amusantes avec Carson (Jim CARTER) plus guindé que jamais même en proie au mal de mer et par 35 degrés à l'ombre. Dans le second, il s'agit très trivialement de trouver des fonds pour réparer le toit du château qui fuit de tous les côtés. Comme par le passé, la famille Crawley prouve ses excellentes capacités d'adaptation dont en réalité la noblesse britannique a cruellement manqué (faut-il le rappeler, la saga de Julian FELLOWES est une utopie sociale). Cela donne l'occasion aux cinéphiles de se régaler avec la reconstitution d'un tournage au moment de l'arrivée du parlant, dans l'esprit de "Chantons sous la pluie" (1952) avec une actrice photogénique mais à la voix de crécelle. Heureusement que Mary (Michelle DOCKERY) peut la doubler au pied levé alors que Moseley se découvre un talent de scénariste. Mary justement qui semble ne pas être heureuse en ménage (ce qui permet au moins dans son cas de faire disparaître de l'écran un personnage inutile dont l'acteur a sûrement refusé de rempiler et d'ajouter un peu de mélancolie à l'histoire) alors que la santé de la comtesse douairière vacille: un signe de plus qu'il s'agit de la Der des Der? Car le dernier plan le souligne parfaitement: celle-ci (et son interprète, la formidable Maggie SMITH) est irremplaçable.

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Corps perdu

Publié le par Rosalie210

Lukas Dhont (2012)

Corps perdu

"Corps perdu" est le premier film réalisé par Lukas Dhont en 2012. Il annonce à un double titre ses deux premiers longs-métrages. Le milieu de la danse classique est celui dans lequel évolue Lara, l'héroïne de "Girl" alors que le titre souligne l'importance de l'enjeu de la mutation du corps adolescent dans ses films non en fonction de la nature mais du choix de la personne qui l'habite (qu'il souhaite le féminiser comme dans "Girl" ou le viriliser comme dans "Close"). Dans "Corps perdu", Lukas Dhont confronte Miller, un danseur de ballet âgé de 16 ans très incertain sur tous les plans à un séduisant voyou qui s'incruste dans sa chambre pour échapper à la police. On peut se demander dans quelle mesure l'inconnu n'est pas la matérialisation de l'homme que rêve d'être Miller. Le fugitif passe en effet une partie de la nuit dans son lit avant d'échanger sa place avec lui et de même, il échange ses habits avec ceux de Miller, passant du rouge au bleu (comme dans "Matthias et Maxime" de Xavier Dolan, onirisme et passion sont au programme) Miller revêt par ailleurs la veste que l'homme a laissé dans la chambre, telle une seconde peau avant de se contempler dans le miroir de la salle de bains. Un leitmotiv du film puisque qu'avant la rencontre (la mue?) Lukas Dhont a filmé sa peau de près au même endroit et dans la même situation. L'acharnement de Miller à coller aux basques de l'homme de ses rêves ("Ce rêve bleu/Je n'y crois pas, c'est merveilleux
/Pour moi, c'est fabuleux/Quand dans les cieux/Nous partageons ce rêve bleu à deux/Nous faisons ce rêve bleu à deux") est lié au fait que celui-ci pourrait lui indiquer le chemin pour atteindre son but, lui qui ne "connaît pas la route" pour devenir un adulte accompli.

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Close

Publié le par Rosalie210

Lukas Dhont (2022)

Close

"Close" commence au seuil de l'adolescence dans une sorte de paradis édénique. Une bulle à l'écart du monde où règne une innocence permettant le développement d'une amitié fusionnelle entre deux garçons, Léo et Rémi grâce au regard bienveillant de parents compréhensifs, en particulier les mères (Léa DRUCKER et Emilie DEQUENNE). Arrive une rentrée délicate, celle des 13 ans et patatras, tout s'effondre tant la relation tendre entre Rémi et Léo paraît tendancieuse aux yeux des autres. Ce sont des questions insidieuses, des remarques insultantes, une exclusion du groupe des garçons dominants qui comme dans toute cour d'école classique s'adonnent aux sports collectifs en occupant l'essentiel du territoire. Le film se focalise alors sur Léo qui éprouve de la honte vis à vis de son ami et commence à se détacher de lui pour s'intégrer au groupe dominant. Comme dans "Girl" (2018)", le premier film de Lukas DHONT où une adolescente transgenre pratiquait la danse pour façonner son corps à l'image de ses rêves, Léo se met à pratiquer le hockey sur glace pour se protéger, paraître plus viril et faire ainsi disparaître les stigmates de la "tapette". Rémi de son côté est touché en plein coeur par le rejet de celui qui était comme un frère jumeau. Quant à Léo, il va se retrouver avec un fardeau de culpabilité beaucoup trop lourd pour lui. On a beaucoup ironisé sur les images des deux garçons courant dans les champs de fleurs sauf que d'une part ces champs font partie de leur quotidien (les parents sont floriculteurs) et de l'autre une scène se situant au tournant du film montre celles-ci piétinées par la machine qui les cueille, ne laissant que la terre nue. Lukas DHONT montre avec la sensibilité de celui qui a vécu cette expérience la difficulté de grandir hors des sentiers battus à une période de la vie où il ne semble exister que deux choix possibles: se conformer ou disparaître. "Close" a ainsi un double sens qui reflète l'histoire du film. Il signifie à la fois "proche" et "fermé".

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Goodbye (Hope Gap)

Publié le par Rosalie210

William Nicholson (2019)

Goodbye (Hope Gap)

"Goodbye", c'est "Une séparation" (2010) version british (et pourquoi pas alors que Bill NIGHY est le héros du prochain film de Oliver HERMANUS, "Vivre", adaptation anglo-saxonne du film de Akira KUROSAWA par Kazuo ISHIGURO, l'auteur de "Les Vestiges du jour" (1993) qui doit sortir en décembre). Soit la chronique douce-amère de la fin d'un couple marié depuis 30 ans et de leur fils adulte, un "no life" plus ou moins pris en otage par ses parents. Si la mise en scène est impersonnelle, le film est rehaussé par son écriture subtile et bien évidemment par sa brillante interprétation. Bill NIGHY est tout en retenue comme à son habitude mais confirme depuis quelque temps sa propension à exprimer la fragilité de ses personnages ce qui le rend infiniment attachant alors que Annette BENING qui a conservé sa physionomie nature (ce qui l'embellit) parvient à nuancer son rôle plutôt ingrat de femme bafouée se réfugiant dans le déni, un certain degré de harcèlement et de chantage affectif... et la religion. Quant à Josh O CONNOR, lui aussi apporte beaucoup de nuances à un personnage renfermé et peu affirmé (à l'image du père) qui se retrouve dans la position inconfortable de l'intermédiaire que ses parents instrumentalisent. Pour peu que l'on aime ce travail sur la banalité du quotidien tout en demi-teinte, on appréciera particulièrement la grande finesse psychologique déployée par petites touches comme la tasse de thé que Grace laisse toujours à demi-pleine parce qu'elle "n'aime pas que les choses se terminent", offrant ainsi à son mari le moyen d'occuper le grand vide qui s'est installé entre eux en refaisant du thé. Plus tard, alors qu'il est parti depuis longtemps, on partage ses pensées en la voyant regarder son bureau où elle croit toujours l'apercevoir. Le vide lui est si insupportable qu'elle en vient à adopter un chien portant le nom de son ex-mari et à s'engager auprès de bénévoles à l'écoute de gens dans la détresse (étant donné que ses croyances religieuses l'empêchent d'envisager le suicide en dépit d'évidentes pulsions allant en ce sens). Du côté du mari, on remarquera la modestie de son nouveau foyer comparativement à l'ancien qui s'accorde avec ses propos quand il fait remarquer à son fils que l'homme a finalement besoin de peu de choses. Le film s'inscrit enfin dans les superbes paysages côtiers des falaises de Douvres.

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