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Le Mépris

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1963)

La nouvelle Eve?

La nouvelle Eve?

L'un des films régulièrement parmi les mieux classés de l'histoire du cinéma par les critiques (avec "Vertigo" qui d'ailleurs joue aussi sur le dédoublement blonde/brune comme le fait aussi l'abscons "Mulholland Drive") et qui est comme ces deux derniers un méta-film. Autrement dit c'est un film qui met en scène le tournage d'un film. Une mise en abyme du cinéma quelque peu nombriliste dont les critiques sont bons clients.

Mais ce qui fait du "Mépris" un monument du septième art est ailleurs. Il est dans le fait qu'il met en scène ni plus ni moins que la culture (occidentale) des origines ce qui en fait un objet d'art intemporel.

Il baigne en effet dans la civilisation gréco-romaine de part le choix de l'œuvre adaptée qui est "L'Odyssée" d'Homère (autrement dit le premier bouquin de notre histoire à être parvenu jusqu'à nous avec l'Illiade du même "auteur") mais aussi les lieux du tournage, Rome et Capri avec des vues époustouflantes sur la mer et le golfe de Salerne depuis la villa Malaparte (dont Godard tire un admirable parti de l'architecture, j'y reviendrai). La tragédie intime qui se noue en ces lieux s'effectue sous l'égide des dieux comme au temps du théâtre grec qui sont représentés par des statues. Michel Piccoli feuillette des livres remplis de photos de peintures érotiques sur des objets de l'époque antique. Enfin Brigitte Bardot qui passe la moitié du temps dans le film en tenue d'Eve fait figure de réincarnation de la première femme de la Genèse qui est au fondement des croyances juives mais aussi chrétiennes (et le christianisme est né dans l'Empire romain).

En recréant les origines de la culture occidentale, Godard n'a pas oublié celles du cinéma qu'il situe quelque part au carrefour de la France, de l'Allemagne et des USA. La France, c'est lui, "l'homme invisible", le grand manitou qui dirige le méta-film ainsi que les acteurs principaux. L'Allemagne, c'est Fritz Lang qui interprète son propre rôle pour les diriger dans une version sixties de "l'Odyssée". Fritz Lang à qui Piccoli et Bardot (enfin "Paul" et "Camille") rendent hommage en temps que maître de l'expressionnisme allemand ("M. Le Maudit") mais aussi pour sa carrière américaine ("L'Ange des maudits", façon aussi de rappeler que le cinéma des USA s'est nourri de l'immigration européenne). Mais les USA sont surtout représentés par le producteur Jeremy Prokosch (Jack Palance) qui est caricaturé en homme d'affaires bling-bling macho à qui Paul "vend" Camille, du moins l'interprète-elle ainsi. 

Car "Le Mépris" qui est une libre adaptation du roman éponyme d'Alberto Moravia est aussi une tragédie intime (soulignée par une musique magnifique de George Delerue), celle de la déréliction d'un couple qui n'en finit plus de se déchirer "à bas bruit". Les avances de Jeremy Prokosch servent de déclencheur (ainsi qu'une main aux fesses de sa secrétaire qui révèle le tempérament libidineux de Paul autant que le moment où il "mate" des peintures érotiques) mais ce sont les difficultés de communication entre Paul et Camille qui précipitent la fin de leur couple. Paul apparaît suffisamment ambigu pour instiller le doute dans l'esprit du spectateur. Au point que la célèbre scène d'introduction ("Tu aimes mes pieds/chevilles/genoux/épaules/fesses/seins/visage") peut s'interpréter a posteriori comme une sorte de publicité pour la "vente à la découpe" alors que Camille s'enferme dans une attitude boudeuse et distante qui retarde l'issue "fatale". La mise en scène de Godard atteint ici des sommets de génie dans l'utilisation de l'espace et des mouvements pour suggérer la séparation du couple (de la voiture du producteur qui se met entre eux aux plans sur la terrasse où Paul et Camille se ratent ou encore les tentatives de Paul pour évincer Jérémy du canapé où il s'est rapproché de Camille).

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La Vie devant soi

Publié le par Rosalie210

Moshé Mizrahi (1977)

La Vie devant soi

Le film de Moshé Mizrahi sorti deux ans après le formidable roman de "Emile Ajar" (alias Romain Gary) a très mal vieilli en raison d'une réalisation extrêmement terne et sans dynamisme qui fait cruellement ressortir la laideur des décors et de la photographie et prive l'histoire de tout sa sève. La sève du roman c'est la reconstitution d'un quartier parisien populaire et d'un parler pittoresque, une chaleur humaine, une solidarité et une poésie transcendant les difficultés économiques et sociales vécues par un groupe d'exclus, pour l'essentiel des enfants de prostituées immigrées gardés et protégés par une vieille dame elle-même ancienne prostituée et survivante de la Shoah. Le fait de passer d'un point de vue subjectif plein de richesse (celui de Momo, le plus âgé des pensionnaires qui voue un amour filial absolu à sa mère adoptive informelle) à un point de vue objectif joue dans cette neutralisation du propos. Heureusement la prestation de Simone Signoret dans le rôle de Madame Rosa est flamboyante et bouleversante tant l'actrice habite son rôle (elle n'a pas volé son César et est restée longtemps associée à cette prestation, du moins pour le grand public). C'est à la qualité du roman d'origine et à son interprétation magistrale que cette réalisation digne d'un mauvais téléfilm doit de ne pas avoir sombré dans l'oubli.

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Tchao Pantin

Publié le par Rosalie210

Claude Berri (1983)

Tchao Pantin

"Tchao Pantin" est un cimetière d'éléphants. L'immense Coluche tout d'abord qui a démontré de façon éclatante que les (grands) comiques sont aussi de grands acteurs dramatiques. Et pour cause, le rire pour reprendre l'expression le Chris Marker est "la politesse du désespoir". L'inspecteur Lambert devenu un pompiste alcoolique et dépressif c'est le "dark side" du clown qui remonte soudain à la surface et nous fait ressentir son insondable tristesse. Impossible de ne pas songer dans la scène où il raconte la mort de son fils au sentiment de culpabilité qui devait l'écraser après le suicide de son meilleur ami, Patrick Dewaere (lui aussi un clown tragique) avec l'arme qu'il lui avait donné*. Mais dans le genre acteur "au bout du rouleau", alcoolique, drogué, suicidaire, Philippe Léotard, bien que moins présent à l'écran se pose là aussi et a été poursuivi le restant de sa vie par la mort de ses deux amis (des jumeaux?) **. Même la toute jeune (à l'époque) Agnès Soral ne porte pas son personnage de punkette fragile et paumée à la légère. Quant à Richard Anconina qui n'est présent que dans les 45 premières minutes du film, il a obtenu l'un de ses meilleurs rôles dans la peau d'un petit délinquant qui rappelle à Lambert le fils qu'il a perdu et qu'il va ensuite venger pour exorciser ses propres démons. Le pompiste noyé dans le cafard trouve alors un ultime sursaut d'énergie dans la réalisation de sa pulsion autodestructrice.

Mais le film ne serait pas non plus ce qu'il est sans son ambiance cafardeuse nocturne, créée par les décors de Alexandre Trauner, les lumières du chef opérateur Bruno Nyutten et la musique de Charlélie Couture.  Une ambiance typiquement eighties avec ses éclairages au néon, ses taudis parisiens lépreux et ses concerts punk "no future".

 

* Si l'acte a pu être déclenché par la rumeur que sa femme avait une relation avec Coluche, la véritable raison du suicide de Dewaere était liée aux actes pédophiles qu'il avait subi enfant et dont il n'avait jamais pu se libérer.

** Coluche est mort en 1986 en percutant un camion alors qu'il roulait à moto. Cela me fait penser à un autre amuseur public de la même génération, Takeshi Kitano qui faisait le pitre à la TV japonaise jusqu'en 1994 où il a eu un accident de scooter (en réalité une tentative de suicide). Sauf que lui a survécu (avec des séquelles), sans quoi il ne se serait pas révélé en tant que grand cinéaste et sa notoriété n'aurait jamais franchi les frontières du Japon.

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Mélodie en sous-sol

Publié le par Rosalie210

Henri Verneuil (1963)

Mélodie en sous-sol

"Mélodie en sous-sol" est un classique du film de casse surtout apprécié aujourd'hui pour deux raisons:

- Le tandem entre deux stars charismatiques de génération différentes, Jean GABIN (alors sexagénaire) qui reste en retrait dans le rôle du commanditaire et Alain DELON (vingt-sept ans au moment du tournage) qui capte une grande partie de la lumière dans le rôle de l'homme d'action. Le réalisateur, Henri VERNEUIL définissait cette association (qui se traduisit par des querelles d'ego sur le tournage en dépit de l'admiration que Delon portait à Gabin) comme celle du félin et du pachyderme " D’un côté, un pachyderme. Lent. Lourd. Les yeux enfoncés sous des paupières ridées et, dans l’attitude, la force tranquille que confère le poids. Celui du corps. De l’âge. De l’expérience. Quarante ans de carrière. Quelque soixante-dix films : Gabin. De l’autre, un félin. Un jeune fauve, toutes griffes rentrées, pas un rugissement mais des dents longues et, dans le regard bleu acier, la détermination de ceux qui seront un jour au sommet : Delon."

- La scène finale dans laquelle les billets remontent à la surface depuis le fond de la piscine sous le regard consterné et impuissant des deux monstres sacrés à l'opposé l'un de l'autre outre sa belle utilisation de l'espace renvoie à toute une tradition moraliste (judéo-chrétienne?) illustrant par un dénouement aussi absurde que malheureux le fait que le crime ne paie pas allant de "L'Affaire Cicéron (1952) de Joseph L. MANKIEWICZ à "L'Ultime razzia" (1956) de Stanley KUBRICK.

Mais "Mélodie en sous-sol" a un autre aspect intéressant beaucoup moins mis en avant dans les analyses qui en sont faites c'est son caractère social. Le film s'inscrit en effet dans un contexte précis qui est celui des laissés pour compte des 30 glorieuses qui sont illustrées tant par le surgissement de la société des loisirs (les passagers du métro évoquant leurs vacances à la mer) que par la construction des grands ensembles à Sarcelles, ville que Mr Charles (Jean GABIN) qui sort de cinq ans de prison ne reconnaît plus. Son pavillon, incongru au milieu des barres et des tours apparaît comme la survivance d'un passé révolu car sa femme, Ginette (Viviane ROMANCE) qui l'a attendu a refusé de le vendre aux promoteurs (j'ai pensé à "Là-haut" (2008) qui présente une situation de départ assez similaire). Mr Charles scelle son destin dès le début en refusant les opportunités de promotion sociale permises par la croissance économique (trop longues et laborieuses à son goût) pour le mirage du "gros coup", rejoint en cela par un jeune loup ambitieux lui aussi issu d'un milieu défavorisé et cherchant à réussir par la délinquance, Francis Verlot (Alain DELON). Une grande partie de l'intérêt du film réside dans le décalage entre les manières du jeune homme mal dégrossi et le milieu de la jet-set cannoise qu'il tente d'infiltrer sur ordre de son boss. Les notations sociologiques sont particulièrement bien vues! Et si l'on rajoute que les dialogues sont écrits par Michel AUDIARD, l'ensemble en paraît d'autant plus savoureux.

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Cinquième Colonne (Saboteur)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1942)

Cinquième Colonne (Saboteur)

"Cinquième colonne" est l'œuvre de transition parfaite entre "Les 39 marches" (1935) qui selon François TRUFFAUT symbolisait la période anglaise de Alfred HITCHCOCK et "La Mort aux trousses" (1959) qui toujours selon Truffaut symbolisait sa période américaine. Les trois films bénéficient de structures similaires (la cavale d'un faux coupable assisté d'une blonde qui finit par devenir sa complice) et la fin spectaculaire de "Cinquième colonne" du haut de la statue de la liberté ressemble beaucoup à celle de "La Mort aux trousses (1959) sur le mont Rushmore. Ces deux monuments filmés par Hitchcock comme point culminant de ses films d'espionnage symbolisent les valeurs des USA face aux ennemis de l'intérieur qui cherchent à déstabiliser le pays en période de guerre (seconde guerre mondiale pour "Cinquième colonne", guerre froide pour "La Mort aux trousses" (1959)). Cependant le ton de "Cinquième colonne" est moins joueur que dans "La Mort aux trousses" (1959) car il s'agit d'un film de propagande où le héros doit sauver l'industrie de guerre des USA d'un réseau nazi qui s'est infiltré partout en s'y infiltrant à son tour. Ce héros est par ailleurs joué par un acteur (Robert CUMMINGS) nettement moins flamboyant que Cary GRANT. Mais Hitchcock nous régale d'une série de morceaux de bravoure qui compense largement ce que le film peut avoir de trop sérieux. La scène du ranch par exemple est assez remarquable avec son ambiance faussement légère où l'on découvre que le grand-père d'une famille américaine "modèle" qui joue avec son bébé est en réalité un chef nazi. Il en va de même avec la traque du faux coupable dans le torrent où la mise en scène effectue en même temps que le héros et son complice de circonstance un véritable tour d'illusionnisme, la grande scène de bal pleine de chausse-trappes et enfin la scène de fusillade dans un cinéma où la réalité finit par se confondre avec la fiction (scène qui a sans doute inspiré Quentin TARANTINO pour le final de "Inglourious Basterds") (2009).

Le film de Hitchcock est intéressant aussi dans le fait de rendre hommage au genre fantastique dans un film d'espionnage. La scène de la cabane où un aveugle reconnaît l'innocence de Barry Kane est une allusion à "La Fiancée de Frankenstein" (1935) alors que celle où Patricia et lui sont cachés par un cirque composé de monstres de foire fait penser à "La Monstrueuse Parade" (1932).

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Thelma et Louise (Thelma and Louise)

Publié le par Rosalie210

Ridley Scott (1991)

Thelma et Louise (Thelma and Louise)

Pourquoi les road movie sont-ils toujours au masculin? "Thelma et Louise" est l'exception qui non seulement confirme la règle mais la rend explicite. Parce que le monde extérieur est régi par la loi du mâle dominant, les femmes qui osent sortir de chez elles et a fortiori voyager seules le paient cher en subissant harcèlement et viol sans que le système judiciaire, formaté selon les rapports de force qui régissent le reste de la société ne vienne corriger le tir. Le fait que cet ordre social soit impossible à renverser explique l'absence d'issue à la révolte de Thelma (Geena DAVIS) et de Louise (Susan SARANDON) qui n'ont le choix qu'entre la soumission ou la mort (comme dans "Sans toit ni loi" (1985) autre road movie au féminin à la fin tragique). Il y a bien un personnage masculin positif dans l'histoire, un homme empathique qui voudrait les sauver (Hal Slocombe, l'enquêteur joué par un Harvey KEITEL dont la sensibilité préfigure son rôle dans "La Leçon de piano") (1993) mais il est isolé, mis sur la touche. On le voit surgir derrière la voiture pour tenter de la retenir mais c'est déjà trop tard, les deux amies ont choisi de quitter un monde dont elles ne veulent plus. Une fin à la portée mystique certaine mais qui maintient le statu quo.

En dépit de cette fin ou plutôt à cause d'elle (car la dérive des deux femmes prend très tôt les allures d'une fuite en avant sans issue), "Thelma et Louise" reste un film d'émancipation. Thelma et Louise sont très différentes mais leur échappée prend la forme d'une revanche sur toutes les formes d'aliénation qu'elles ont subi de la part des hommes. Désormais elles rendent coup pour coup et font justice elles-mêmes avec les mêmes armes que les hommes ce qui peut paraître très américain (mais c'est aussi suédois si l'on pense à Lisbeth Salander). Il est intéressant d'ailleurs de souligner que l'usage de la violence est chez elles une réponse aux agressions et en aucune façon un mode relationnel spontané. La scène du hold-up, celle où le flic est enfermé dans le coffre de sa propre voiture ou encore celle où elles font exploser le camion-citerne du rustre qui ne cesse de leur faire des remarques obscènes à chaque fois qu'elles le double (plus machiste que le monde de la route tu meurs!) sont remplies d'ironie car elles accomplissent ces actes délictueux avec une extrême politesse. Il n'y a guère que le meurtre du violeur qui peut paraître brutal mais là aussi le relativisme culturel joue à plein. Un homme défendant sa petite amie agressée aurait paru dans son bon droit. Une femme qui tire sur l'homme qui agresse son amie, ça reste transgressif et d'ailleurs c'est bien pour cela qu'elles comprennent qu'elles n'ont rien à attendre de la justice et qu'il ne leur reste plus que la fuite. Cet acte éclaire par ailleurs la différence de caractère des deux femmes ainsi que ce qui soude leur amitié. Thelma est une très jeune femme au foyer qui n'a aucune expérience de la vie et que son mari vaniteux et toujours absent considère comme une boniche qui doit le servir sans moufter (de toutes façons il ne l'écoute pas). La cavale lui permet de s'éclater dans une seconde adolescence mais sa naïveté et son inconséquence font que c'est par elle que la plupart des ennuis arrivent. Ceci étant il est difficile de résister à Brad PITT qui a percé au cinéma dans le rôle du séduisant voleur J.D. qui déborde de charisme. Louise est quant à elle plus âgée, plus mûre et plus désillusionnée aussi. Elle n'attend plus rien des hommes (son petit ami Jimmy joué par Michael MADSEN se rend compte trop tard qu'elle lui échappe et ni son empressement à l'aider, ni sa bague de fiançailles ne parviennent à infléchir le cours de son destin) et pour cause, sa virée prend la forme d'un retour sur son traumatisme de jeunesse que celle-ci ne parvient pas à exorciser autrement que par la violence (tout le monde comprend qu'elle a été violée au Texas mais elle refuse d'en parler).

Près le trente ans après sa sortie "Thelma et Louise" n'a rien perdu de sa force rageuse ni (hélas) de sa pertinence.

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Tenue de soirée

Publié le par Rosalie210

Bertrand Blier (1986)

Tenue de soirée

Douze ans après "Les Valseuses" (1974), Bertrand BLIER remettait le couvert avec "Tenue de soirée" pensé à l'origine pour le même trio c'est à dire Gérard DEPARDIEU, Patrick DEWAERE et MIOU-MIOU. Mais Patrick DEWAERE s'étant suicidé entre-temps, il lui a fallu envisager un autre acteur. Dans un premier temps il a pensé dans la continuité de Dewaere à Bernard GIRAUDEAU qui a refusé. Alors il a changé complètement de style en engageant Michel BLANC dont la composition remarquable lui a valu un prix d'interprétation mérité au festival de Cannes.

On reconnaît dans "Tenue de soirée" tout ce qui fait la patte Blier: la verve des dialogues mis dans la bouche de brillants acteurs, la cocasserie drolatique et grinçante de nombreuses situations à caractère satirique, une crudité et une vulgarité qui passent crème parce qu'enrobés de tendresse et de poésie, la transgression et la provocation mis au service d'une réflexion pertinente sur l'époque dans laquelle se situe le film. Car les temps ont bien changé depuis "Les Valseuses" (1974). Aux insolents voyous hippies solaires faisant souffler un vent de liberté sur la France corsetée des seventies succèdent les sordides années 80 sans autre horizon que le fric et le sida. Bob (Gérard DEPARDIEU) et Monique ( MIOU-MIOU) tous deux accros au fric sont capables de vendre père et mère pour avoir la belle vie. Mais n'ayant ni père ni mère, ils passent leur temps à vendre Antoine (Michel BLANC) qui pour son malheur est lui accro aux sentiments. Malgré ce sordide tableau fait de dépendance affective et de descente aux enfers dans la prostitution, ni Bob ni Monique ne sont foncièrement antipathiques. Ils apparaissent surtout paumés et Blier les dépeint avec tendresse. Quant aux situations dans lesquelles se retrouve le trio, elles sont souvent désopilantes se qui fait oublier leur côté scabreux. Par exemple leur confrontation avec les grands bourgeois blasés qu'ils viennent cambrioler (Jean-Pierre MARIELLE et Caroline SILHOL) ne manque pas de sel!

Enfin, comme dans "Les Valseuses" (1974), "Tenue de soirée" (1986) aborde des questions relatives à la sexualité, l'homosexualité occupant une place beaucoup plus importante. Mais là aussi le regard a évolué. A l'utopie soixante-huitarde a succédé un désenchantement certain sur fond de menace du sida (évoqué dans l'une des dernières scènes du film*) Les configurations entreprises par le trio y débouchent systématiquement sur des impasses. Monique ne supporte pas Antoine qui s'accroche à ses basques, le couple Bob-Antoine exploite et exclut Monique, Bob domine et manipule Antoine. Le film lui-même se termine en impasse: Antoine voulait voir la mer il se retrouve à tapiner travesti sur le bitume parisien flanqué de ses deux inséparables complices réduits au même sort.

* L'évolution est la même chez Agnès VARDA. A ses films hippies de la fin des années soixante et des années soixante-dix succèdent ses films sida des années 80 comme "Kung-Fu Master" (1987).

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Les Valseuses

Publié le par Rosalie210

Bertrand Blier (1974)

Les Valseuses

Aujourd'hui c'est un film culte. A sa sortie c'était un énorme coup de pied aux fesses de la France profonde, conservatrice et catholique incarnée à l'époque par la présidence de George Pompidou mais que l'on a pu retrouver plus récemment dans les discours clivants d'un Nicolas Sarkozy abonné aux "Valeurs actuelles" c'est à dire tournant le dos aux acquis de mai 1968 et fustigeant les racailles face "à la France qui se lève tôt". Faire des héros deux glandeurs qui s'amusent à narguer les autorités, ignorent manifestement le droit de propriété et fonctionnent à l'instinct en prenant leur plaisir où ils le trouvent sans se poser de question était une véritable provocation. Les faire interpréter par deux jeunes chiens fous alors inconnus mais bourrés de talent était un coup de génie. De même que les entourer d'une pléthore d'actrices d'âge différent mais toutes de premier ordre (ou appelées à le devenir!) Face à ce casting flamboyant, mordant et épatant de naturel (la scène au bord du canal est "renoirienne" et les dialogues sont prononcés avec une telle gourmandise qu'on en redemande des "On est pas bien là"!!), la France pompidolienne apparaît d'autant plus sinistre et dévitalisée avec ses logements de masse, ses gardiens du temple de la consommation de masse, ses villes-fantômes du tourisme de masse ou ses agriculteurs de la PAC rivés à leur outil de production de masse. C'est souvent en se positionnant à la marge que l'on comprend le mieux le fonctionnement du monde et c'est ce décalage qui rend le film si pertinent encore aujourd'hui. Si pertinent, si vivant et si audacieux dans son discours, y compris aujourd'hui vis à vis de la sexualité. Certes le contexte post-soixante-huitard se fait ressentir dans un film qui a des points communs avec celui de Agnès VARDA "Lions Love" (1969) qui est centré sur un ménage à trois et où la nudité est érigée en mode de vie ou encore avec "Easy Rider" (1968) pour le road-movie libertaire dans un monde de ploucs. Dans le film de Bertrand BLIER, le triolisme est donc la règle étant donné que Jean-Claude et Pierrot font tout ensemble mais leur comportement misogyne n'est qu'une façade derrière laquelle sont abordées des problématiques sexuelles intimes qui restent encore souvent mal ou peu traitées comme l'impuissance, l'homosexualité, la frigidité/soumission au désir masculin et l'affirmation du désir féminin (le personnage joué par MIOU-MIOU effectue le même parcours libérateur que celui de Andie MacDOWELL dans "Sexe, mensonges & vidéos") (1989), la relation entre sexualité/allaitement (rôle dévolu à Brigitte FOSSEY en femme faussement "respectable") le vieillissement annihilateur (avec le personnage joué par Jeanne MOREAU qui ose en plus parler des règles) ou à l'inverse la première fois (rôle dévolu à la toute jeune Isabelle HUPPERT dans un rôle court mais tout aussi marquant que celui de Brigitte FOSSEY).

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Chaplin

Publié le par Rosalie210

Richard Attenborough (1992)

Chaplin

Librement inspiré de l'autobiographie de Charles CHAPLIN, le biopic de Richard ATTENBOROUGH, réalisateur habitué aux grands sujets est inégal. Du côté négatif, il y a un fil directeur assez lourd avec les interventions intempestives d'un personnage fictif, l'éditeur du livre autobiographique de Chaplin (joué par un Antony HOPKINS mal employé) qui lui demande régulièrement des précisions, rectifications sur ses souvenirs. Il y a aussi une vraie difficulté dans le dosage des différents éléments du scénario. Fallait-il accorder par exemple la même importance à toutes les femmes de la vie de Chaplin? A mon avis non car elles défilent comme des figures de cire et on n'en retient rien alors que Edna PURVIANCE (dont la relation intime avec Chaplin est passée sous silence) et Paulette GODDARD ont eu un rôle très important en tant qu'actrices dans ses films (la première au temps du muet et la second, au temps du parlant). Ce reproche peut d'ailleurs être étendu à la plupart des personnages secondaires car la reconstitution de l'industrie hollywoodienne du début du XX° siècle est soignée mais hélas, trop survolée. Si bien qu'on passe directement des débuts de Chaplin chez Mack SENNETT avec une allusion dépréciative à une certaine Mabel amputée de son nom de famille et présentée comme n'ayant pas les moyens de son ambition créatrice (alors qu'aujourd'hui Mabel NORMAND a été réhabilitée comme réalisatrice auprès de Chaplin mais une femme qui dirige un homme, ça fait tache peut-être ^^) à la fondation de son propre studio en 1917 en sautant toutes les étapes intermédiaires. Et les célébrités quand elles apparaissent font là encore de la figuration (le couple Douglas FAIRBANKS et Mary PICKFORD par exemple). Enfin de façon générale, la vie privée de Chaplin (les problèmes psychiatriques de sa mère jouée par… Geraldine CHAPLIN, ses conquêtes, ses démêlés avec Hoover) prend trop de place et est abordée de manière répétitive (fallait-il montrer Hoover toutes les demi-heure à la façon des pubs MAAF et de leur slogan "un jour je l'aurai"?)

Mais il y a du bon aussi dans "Chaplin". D'abord le rôle-titre, cela a été assez souligné est magnifiquement interprété par Robert DOWNEY Jr. qui réussit à nous faire croire qu'il est Chaplin aux différents âges de sa vie. Et ce n'est pas un mince exploit car il est aussi bon dans les acrobaties du slapstick de sa jeunesse que dans la dernière scène où en tant que vieillard mélancolique, il jette une dernière fois l'œil dans le rétro pour regarder les scènes emblématiques de ses films (une très belle idée ce bouquet final qui permet de revoir des extraits entrés dans la mémoire collective des films "Le Kid / Le Gosse" (1921), "La Ruée vers l'or" (1925), "Le Cirque" (1927) etc.) Ensuite, bien que trop courte, la reconstitution du tournage d'un de ses premiers courts-métrages muets est parfaitement jubilatoire (là aussi le talent de l'interprète principal joue à plein). Procédé étendu dans une autre scène qui reprend les codes des films comiques muets dans un épisode de la vie de Chaplin (celui où il a dû se planquer avec ses bobines pour éviter qu'elles ne soient saisies par les avocats de sa première femme). Rien que pour le pur bonheur que dégagent ces scènes, le film vaut d'être vu!

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Talons aiguilles (Tacones lejanos)

Publié le par Rosalie210

Pedro Almodovar (1991)

Talons aiguilles (Tacones lejanos)

Après "Femmes au bord de la crise de nerfs", "Talons aiguilles", le dixième long-métrage de Pedro Almodovar a marqué un nouveau tournant dans sa carrière en lui ouvrant les portes de la reconnaissance internationale. "Talons aiguilles" est un film de transition entre ses œuvres de jeunesse transgressives et kitsch et les films de la maturité plus sombres et mélancoliques. C'est aussi un film qui fusionne plusieurs genres, notamment le mélo sirkien et le thriller hitchcockien (une image extraite du générique de "Vertigo" est d'ailleurs insérée dans le générique) avec une esthétique de télénovela et une identité LGTB affirmée. Ainsi le "body trouble" de l'histoire est un juge barbu le jour qui devient transformiste la nuit en imitant le personnage interprété par Marisa Paredes (la performance de Miguel Bosé est assez hallucinante). A cela il faut ajouter le thème central des relations compliquées entre Becky (Marisa Paredes) une mère narcissique et distante qui a tout sacrifié à sa carrière (le titre en VO est "Talons lointains") et qui cherche à se racheter et sa fille Rebeca (Victoria Abril) que le manque d'amour et la soif de reconnaissance conduit à s'accaparer et/ou à assassiner les amants de sa mère puis à tomber dans les bras de celui qui se fait passer pour elle. Si l'ensemble n'est pas complètement abouti (on sent que Almodovar se cherche encore à travers les références qu'il cite, notamment Bergman), le film est tout de même suffisamment généreux en scènes fortes, émouvantes, jubilatoires, sensuelles ou érotiques avec quelques séquences musicales d'anthologie ("Piensa en mi" chanté par Luz Casal est devenu un hit) pour demeurer l'un des films importants de son réalisateur.  

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