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Le goût des merveilles

Publié le par Rosalie210

Eric Besnard (2015)

Le goût des merveilles

Peu de films de fiction français traitent du syndrome d'Asperger même si cela est en train d'évoluer en lien avec la prise de conscience progressive du retard considérable pris par notre pays dans la connaissance et la prise en charge adéquate des troubles autistiques. Retard encore très loin d'être comblé si l'on en juge par la critique du film de Benoît Sotinel dans le Monde qui qualifie l'Asperger "d'importation américaine" (expression révélatrice d'un chauvinisme bas du front) ou les ravages de la lecture psychologique de l'autisme qui l'attribue à la maltraitance parentale et entraîne des placements forcés en institution traumatisants, excluants et débilitants. Quand les personnes atteintes de ces troubles ne sont pas internées, elles sont néanmoins la plupart du temps exclues de la société (80% des enfants autistes ne sont pas scolarisés, l'accès à l'emploi s'avère également d'autant plus compliqué que les adultes autistes sont sous-diagnostiqués etc.) Enfin le mot autiste est lui-même utilisé de façon stigmatisante en France.

Ce préambule me semble nécessaire pour comprendre le décalage entre la réalité et le film, une comédie romantique dans laquelle (presque) tout le monde est particulièrement bienveillant envers Pierre (Benjamin LAVERNHE), où ses qualités sont exacerbées (d'autant qu'il fait partie des autistes de haut niveau ayant des capacités hors-normes en mathématiques et informatique ce qui facilite son acceptation alors que c'est loin d'être le cas chez tous les autistes*) et où son inclusion dans la société des neurotypiques semble (presque) ne poser aucun problème. Certes il y a en toile de fond la menace de son internement mais jamais celui-ci n'est envisagé de façon sérieuse. Bref si l'on accepte cette dimension de conte de fée un peu à la "Chouchou" (2003) (en moins caricatural tout de même), le film vaut d'être vu car il est bien documenté sur le syndrome d'Asperger** et surtout il nous le fait ressentir en nous faisant entrer dans le monde de Pierre. Un monde où comme dans "Le Fabuleux destin d Amélie Poulain" (2001) l'hypersensorialité du personnage donne une dimension extraordinaire aux petits plaisirs de la vie (comme de caresser des textures ou d'observer la forme des nuages, les variations de la lumière ou les boutons de fleur) mais sans masquer pour autant ce que cette hypersensorialité a de problématique lorsque l'environnement devient agressif (comme dans "Love and Mercy" (2014), des scènes montrent le personnage faisant une crise de panique à la suite d'une exposition à des bruits ou des lumières trop fortes et il n'aime également pas être touché). On s'amuse aussi des stratégies utilisées par Pierre pour entrer en contact en évitant de recourir au téléphone ou se faire ramener chez lui sans avoir à prendre de taxi. Tout ce qui tourne autour de lui a beau être assez convenu (à commencer par le personnage joué par Virginie EFIRA) et son personnage, pas exempt de clichés, la délicatesse du film et sa beauté formelle le font in fine sortir des sentiers battus.

* Le fait de prendre pour sujet les autistes de haut niveau (sans déficience intellectuelle ni retard de langage) s'explique aussi par le fait que ce sont ceux qui peuvent le mieux témoigner de leur condition, ayant les outils pour le faire.

** Benjamin Lavernhe s'est appuyé sur les livres de deux autistes asperger célèbres: Temple Grandin et Joseph Shovanec mais aussi et ce que déplore Hugo Horiot (lui aussi asperger) dans le plus du "Nouvel Observateur" daté du 22 décembre 2015, sur ceux d'une psychanalyse, Chantal Lheureux-Davidse placée sur la liste noire des formations sur l'autisme. Preuve qu'il y a encore du chemin à faire.

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La Liste de Schindler (Schindler's List)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1993)

La Liste de Schindler (Schindler's List)

C'est lors de mon séjour à Cracovie en 2015 que j'ai pris toute la mesure de l'importance du film de Steven SPIELBERG. En effet la visite de l'ancien quartier juif de Kazimierz où a été tourné en partie "La liste de Schindler" a été l'occasion de rappeler le travail de mémoire effectué par Steven SPIELBERG car en 1993, la Pologne post-communiste avait oublié sa part d'identité juive, détruite par la Shoah puis dont la mémoire avait été occultée sous l'ère du bloc soviétique. Le quartier était à l'abandon et a été réhabilité pour les besoins du film même s'il n'a pas retrouvé sa vie d'avant (il ressemble plus à un décor pour touristes et à un mémorial avec ses synagogues et son cimetière qu'à un lieu de vie car officiellement il n'y a plus que quelques centaines de juifs à Cracovie). Avant la guerre, Kazimierz (du nom du roi de Pologne Casimir III qui avait accueilli les juifs en Pologne au XIV° siècle) regroupait la majeure partie des juifs de Cracovie qui représentaient environ 1/4 de sa population. Les nazis les forcèrent à se regrouper dans un minuscule ghetto de l'autre côté de la Vistule (le pont qui relie les deux parties de la ville est montré dans le film) dont il ne reste plus aujourd'hui que des pans de mur ainsi qu'une place devenue mémorial de la saignée démographique opérée par la Shoah (elle se nomme "place des chaises vides" avec 65 chaises en bronze en mémoire des disparus. Pour mémoire, c'est depuis cette place que Roman POLANSKI a réussi à s'échapper du ghetto). Cette place est bordée par une pharmacie goy qui joua un rôle important auprès des juifs du ghetto ce que Steven SPIELBERG montre dans une scène très forte où lors de la liquidation du ghetto le personnel infirmier fait mourir dignement les patients avant que les nazis ne viennent les massacrer. La ferveur de notre guide polonaise (dont on appris au courant du séjour qu'elle avait des origines juives cachées) vis à vis du film de Spielberg était telle que la visite de Cracovie a fini par se confondre avec celle des lieux de tournage de "La liste de Schindler" avec un passage par la colline depuis laquelle Oskar Schindler (Liam NEESON) observe la liquidation du ghetto et une vue rapide sur les locaux de son usine.

En plus de son importance capitale pour la résurgence de la mémoire juive à Cracovie (et non juive d'ailleurs, les acteurs allemands qui jouent les SS ont pu également à l'occasion du tournage régler leurs comptes avec le passé de leur famille), "La liste de Schindler" est l'un des meilleurs films de fiction (bien que basé sur des faits réels) qui existe sur la Shoah. Les critiques de Claude LANZMANN sur le fait qu'en se concentrant sur l'infime minorité des juifs qui ont été sauvés par des Justes, le film ne parlerait pas de ce qu'a été la Shoah sont démenties par des images qui comme dans "Shoah" (1985) ou dans "Le Pianiste" (2002) soulignent le vide créé par l'extermination nazie. Ce sont ces plans sur des rues désertes jonchées de valises abandonnées et de toutes sortes d'objets jetés par les nazis à la suite du pillage et du saccage des appartements du ghetto. Ce sont les piles d'objets volés dans les valises et les photos qui servent aujourd'hui de marqueurs mémoriels à Auschwitz et à Birkenau. Ce sont aussi ces images du descellement des pierres tombales pavant l'allée de l'entrée du camp de Plaszow où furent déportés les survivants sous la direction du terrifiant Amon Göth (Ralph FIENNES, remarquable) dont Steven SPIELBERG montre avec compassion (mais sans aucune complaisance) l'étendue de la folie et de la déchéance. Enfin lorsque les femmes de la "liste de Schindler" échappent à une mort programmée (et il ne faut pas prendre l'eau sortant des douches au sens littéral mais comme une métaphore de la vie que Schindler parvient à leur conserver tout comme la petite fille au manteau rouge est le symbole du peuple juif martyrisé), le réalisateur nous montre bien la file interminable de ceux qui n'ont pas eu leur chance et s'enfoncent dans les ténèbres du crématorium filmé comme un moloch avalant ses proies et les recrachant sous forme de fumée par la cheminée.

Enfin, "La liste de Schindler" pose la question de ce signifie être un Mensch (un être vraiment humain dans la culture juive), la même question que se posait Billy WILDER dans le contexte du capitalisme sauvage de "La Garçonnière" (1960). Dans les deux films, les personnages ne sont pas au départ ce que l'on peut appeler des hommes de bien, ce sont des hommes de compromissions, des opportunistes qui ont choisi la facilité par lâcheté, appât du gain ou fascination pour les cercles de pouvoir mais ils apprennent à le devenir au terme d'une prise de conscience qui les élève au-dessus de la fange dans laquelle ils sont plongés avec l'aide d'un "maïeuticien" de l'âme (Stern, alias Ben KINGSLEY pour Schindler et le docteur Dreyfuss pour Baxter). Significativement, Billy WILDER avait d'ailleurs contacté Steven SPIELBERG car bien qu'ayant pris sa retraite depuis une dizaine d'années il souhaitait réaliser le film (pour mémoire, sa mère était morte à Auschwitz). Mais le tournage était sur le point de commencer alors à titre de consolation, il a été le premier à qui Steven SPIELBERG a projeté le film terminé.

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Top of the Lake: China Girl

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (2017)

Top of the Lake: China Girl

Quatre ans après la première saison de "Top of the Lake" (2013), Jane CAMPION scénarise et réalise une suite tout aussi prenante mais néanmoins bien plus inégale (les avis ont d'ailleurs été mitigés lors de la première diffusion). C'est en partie lié au choix de situer l'intrigue à Sydney alors que les œuvres les plus puissantes de Jane CAMPION sont en relation étroite avec la nature sauvage (ce qui est le cas de la première saison de "Top of the Lake"). Le choix d'un environnement urbain n'est pas follement original pour un thriller et on ressent moins la claustrophobie propre à la première saison, sauf lors d'une séquence mémorable dans une plage bondée lors du dernier épisode. L'autre reproche que l'on peut faire à cette deuxième saison est son aspect "too much". Trop de pistes, trop de personnages, trop de rebondissements et de coïncidences rocambolesques finissent par nuire à la lisibilité et la cohérence de l'ensemble. Comme il faut recréer une unité de lieu pour que l'intrigue fonctionne, Sydney étant une trop grande ville, tous les personnages sont condamnés à graviter autour du Silk 41, une maison close employant des jeunes filles asiatiques qui fait aussi office d'agence de location de ventres pour couples inféconds. Comme par hasard, la coéquipière de Robin Griffith a fait appel à une mère porteuse dans cette agence, comme par hasard le cadavre sur lequel Robin enquête est celui d'une jeune femme qui travaillait dans cette agence, comme par hasard sa fille Mary sort avec un type louche qui vit juste au-dessus de l'agence et veut l'y faire travailler. Bref les ficelles sont très grosses et ce n'est pas la prise d'otages du dernier épisode par un geek énervé (où? Au Silk 41 bien sûr, chacun sait que le tout Sydney fréquente les pseudos salons de massages thaï ^^) qui arrange les choses. Si on rajoute qu'à une exception près tous les personnages masculins sont particulièrement négatifs et que les femmes ont en gros le choix soit d'être bafouées (il faut voir le nombre d'agressions physiques que subit Robin Griffith dans cette saison!) soit de rejeter les hommes (ce que fait le personnage interprété par Nicole KIDMAN que je trouve complètement raté tant il est caricatural tant sur le plan du féminisme que de la maternité d'ailleurs), on ne peut pas dire que cette saison brille par sa subtilité. Reste un excellent casting et quelques personnages vraiment attachants. Robin bien sûr dont la relation avec sa fille Mary (remarquablement jouée par la propre fille de Jane CAMPION, Alice ENGLERT) constitue l'intérêt majeur de cette saison. Mais aussi Pyke (Ewen LESLIE) le père adoptif de Mary, personnage masculin en rupture complète avec les brutes épaisses, les psychopathes ou les pervers narcissiques dépeints par ailleurs. Enfin la coéquipière de Robin, Miranda (Gwendoline CHRISTIE) est également un personnage intéressant par sa personnalité et son physique hors normes. Hélas il n'est pas assez creusé et sa fin est bâclée.

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Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme

Publié le par Rosalie210

Sophie Robert (2011)

Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme

Il ne fait pas bon de naître avec un trouble du spectre autistique en France. Pour les parents et leurs enfants, c'est la double peine: diagnostics tardifs ou erronés, exclusion scolaire et sociale, prise en charge contre-productive à base de culpabilisation des parents, de traitements médicamenteux abrutissants et d'enfermement psychiatrique, mise à l'écart des parents à qui on retire leurs enfants à la moindre contestation dessinent les contours d'un pays intolérant et maltraitant, condamné par l'ONU et cinq fois par le Conseil de l'Europe pour ses graves manquements. Le quatrième plan autisme d'Emmanuel Macron est à lui seul un aveu de l'échec de tous ceux qui ont précédé. Avec son documentaire choc qui a lancé un si gros pavé dans la mare qu'il a été censuré pendant deux ans avant d'être réhabilité par la cour d'appel de Douai en janvier 2014, Sophie Robert explique les raisons de ce scandale spécifiquement français. En effet elle y dénonce l'emprise de la psychanalyse (qu'elle soit d'obédience freudienne ou lacanienne) sur la psychiatrie mais aussi le médico-social et la justice alors même que cette discipline s'est avérée incapable d'aider efficacement les autistes. Alors que quasiment partout ailleurs dans le monde elle a été abandonnée au profit de thérapies cognitives et comportementales qui ont démontré leur efficacité dans la diminution des troubles autistiques, en France, elle a conservé toute son influence pour le plus grand malheur des autistes et de leurs familles.

Non seulement la psychanalyse s'avère inefficace dans le traitement de l'autisme mais (et c'est cela qui a fait grincer les dents), la réalisatrice révèle certains des postulats idéologiques patriarcaux, sexistes et phallocrates qui la sous-tendent. Elle n'est pas la première à le faire. Alice Miller par exemple avait dénoncé les raisonnements de Freud qui projetait sur l'enfant les pulsions sexuelles et mortifères des adultes dans son complexe d'Œdipe. Outre cette érotisation qui déplace la culpabilité sur l'enfant (dans le complexe d'Œdipe, c'est lui qui désire l'adulte et cherche à le séduire), la démonisation des femmes y atteint un degré délirant, celles-ci étant accusées par leurs mauvais comportements d'être à l'origine de l'autisme de leurs enfants. De façon implacable, Sophie Robert traduit le jargon fumeux de ses interlocuteurs psychanalystes pour les placer face à leurs préjugés et leurs contradictions. Ainsi selon eux, une mère ne doit être ni trop froide (sinon c'est la mère-frigo de Bettelheim soi-disant responsable de l'autisme) ni trop chaude (sinon c'est l'inceste, uniquement envisagé envers son fils, les filles n'étant pas prises en considération et l'inceste père-fille, minimisé), elle doit être "suffisamment bonne" (dixit Winnicott). Ce que recouvre le mot "suffisamment" laisse perplexe étant donné la vision tordue que ces "professionnels" ont de l'amour maternel, transformé en désir érotique voire en désir de dévoration (c'est la "mère-crocodile" de Lacan contre laquelle il faut se défendre de peur d'être absorbé par elle. Pas étonnant qu'il ait fait une fixette sur l'origine du monde). Quant au père, il est lui aussi mis en accusation s'il n'a pas joué "suffisamment" son rôle symbolique qui est de séparer l'enfant de la mère. La distinction binaire entre la mère "nature" (forcément mauvaise) et le père porteur de "culture" est une véritable justification idéologique à la domination du pater familias sur la mère et au-delà sur la nature avec les dégâts que l'on sait.

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Mary et Max (Mary and Max)

Publié le par Rosalie210

Adam Elliot (2008)

Mary et Max (Mary and Max)

"Mary et Max" est un film d'animation en stop motion complètement atypique qui nous plonge au cœur d'une relation épistolaire sur une vingtaine d'années entre deux êtres très éloignés sur le plan générationnel, géographique et culturel mais très proches par leur sentiment de solitude et de différence. Comme le dit joliment Max, Mary et lui doivent emprunter par rapport aux êtres humains lambdas des chemins particulièrement tortueux, plein d'obstacles et de fissures. Car si la réalité dépeinte dans le film est très sombre, l'écriture est une bouée de sauvetage qui apporte de la poésie et de la joie. Le monde noir et blanc de Max se colore et celui, maronnasse de Mary s'adoucit. Et ce même si leur relation n'échappe pas aux malentendus et autres interruptions dues aux vicissitudes de la vie. Mary est une petite fille (puis jeune fille, puis jeune femme) très complexée par son physique ingrat, négligée par des parents indisponibles et qui de ce fait manque cruellement de confiance en elle. Cette fragilité foncière la fait plonger en dépression à chaque désillusion de la vie. Max est quant à lui un homme d'une quarantaine d'années d'origine juive qui souffre d'hyperphagie, de solitude (il n'a que des objets, des animaux et un ami imaginaire pour compagnie) et d'une inadaptation globale au monde qui l'entoure qu'il trouve chaotique et confus. Bien avant qu'il soit diagnostiqué asperger (vers le milieu du film), on reconnaît les divers symptômes de ce trouble du développement: une intolérance aux bruits, aux lumières et aux odeurs trop fortes, une difficulté à communiquer liée à l'incapacité à exprimer les émotions, l'incompréhension du langage non verbal et une compréhension uniquement littérale du langage verbal (on le voit emporter une chaise après que la secrétaire du dentiste lui ait signifié qu'il pouvait "prendre ce siège"), des crises d'angoisse face aux imprévus ou à des demandes trop intrusives pouvant aller jusqu'à faire disjoncter le cerveau, le rêve d'aller sur la lune ou sur une île pour être au calme, les balancements et les manies (collections, routines, détails chiffrés) pour s'apaiser. La connaissance de cet handicap est remarquable, de même que les souffrances liées à des traitements inadaptés. Considéré au mieux comme bizarre, au pire comme débile, Max est plusieurs fois interné en psychiatrie, mis sous camisole chimique ou soumis à des électrochocs, envoyé en analyse. Bref il est considéré comme un cas à soigner, à rééduquer alors que le film montre de toute évidence l'échec complet de toutes ces tentatives de manipulation sur lui.

"Mary et Max" est un film très âpre et en même temps très poétique parce que rien n'est montré de façon niaise ou larmoyante mais par le prisme d'une interprétation décalée par la naïveté de l'enfance pour l'une et par l'étrangeté du fonctionnement psychique de l'autre. La mère alcoolique "teste le sherry", la tache de vin sur le front est le signe que Mary sera la reine du chocolat dans le ciel et le hot-dog au chocolat est la recette préférée de Max. Mary et lui s'échangent tout au long de leur relation (jamais directe et pour cause, même si l'un n'habitait pas New-York et l'autre, l'Australie, il y aurait toujours un mur de verre entre eux) cette substance aussi revigorante que réconfortante.

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Top of the Lake

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (2013)

Top of the Lake

"Top of the lake" est une mini-série réalisée par Jane CAMPION d'une grande richesse thématique et formelle. Construit sur des dichotomies telles que le ciel et l'enfer, la nature et la culture ou encore les hommes et les femmes, l'histoire brouille cependant les pistes et joue beaucoup sur les apparences trompeuses. En dépit de son décor naturel majestueux, le site de Lake Top est un cul-de-sac, un lieu clos dans lequel on étouffe. Nombre de maisons abritent d'hideux secrets dans leurs sous-sols (du genre de celui de l'affaire Fritzl qui avait inspiré le roman "Claustria" à Régis Jauffret). Le patriarcat y règne en maître ainsi que la culture du viol dont les femmes et les enfants sont les principales victimes. "Top of the lake" a d'ailleurs été comparé à "Le Ruban blanc (2009) qui montre comment à l'intérieur d'une communauté la violence se transmet de génération en génération en écrasant les plus faibles.

Cependant, si tout le monde est trempé jusqu'au cou dans la violence machiste (le langage des femmes comme celui des hommes est celui des armes et fait des dégâts irréparables) "Top of the lake" raconte comment celles-ci réussissent à réinvestir le champ occupé par les hommes avec la nature pour alliée. De manière très symbolique, l'une des premières scènes de la mini-série voit l'un des caïds du bled, Matt Mitcham (Peter MULLAN) tenter sans succès de chasser le groupe de femmes qui s'est installé sur son ancienne propriété ironiquement appelée "Paradise". Plus tard il tentera par la ruse puis la force de leur reprendre ce qu'il considère comme son bien. De façon tout à fait symbolique, ces femmes d'âge mûr rejetées par les hommes (selon un schéma tout à fait classique) se sont regroupées autour de GJ, une sorte de gourou new-âge aux réparties cinglantes, interprétée par une Holly HUNTER qui s'est fait la tête de Jane CAMPION! Mais le combat entre hommes machistes et leurs victimes prend des formes multiples. Comme dans "Le Silence des agneaux" (1991) de Jonathan DEMME, Robin, une femme-flic déterminée mais vulnérable (Elisabeth MOSS) doit composer avec une hiérarchie masculine plus que trouble à son égard et descendre au plus profond de ses traumatismes passés pour parvenir à résoudre l'énigme de la disparition d'une fillette enceinte à laquelle elle s'identifie profondément. La manière désinvolte dont est traité le dossier de Tui (qui en plus d'être une fille très jeune est par sa mère d'origine thaïlandaise) est tout à fait édifiante, de même que les méthodes brutales du supérieur de Robin, Al Parker (David WENHAM) pour faire parler les jeunes délinquants qu'il arrête. Sans parler de la façon dont il les exploite sous couvert de les réinsérer. Derrière son apparence respectable et ses manières protectrices, il pourrait s'avérer être un prédateur bien plus redoutable que le parrain de la drogue Matt Mitcham.

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Le cerveau d'Hugo

Publié le par Rosalie210

Sophie Révil (2012)

Le cerveau d'Hugo

"Le Cerveau d'Hugo" diffusé pour la première fois sur France 2 puis multi rediffusé est un documentaire de référence à la fois sur le syndrome d'Asperger et sur le retard considérable pris par la France dans sa prise en charge. Son originalité consiste à mêler des témoignages d'autistes asperger (enfants, adolescents et adultes) avec ou sans leurs parents, des images d'archive et une reconstitution fictionnelle du parcours d'un jeune autiste, Hugo (Thomas COUMANS) de sa naissance à l'âge adulte.

"Vous pouvez avoir un prix Nobel et ne pas savoir dire bonjour de façon socialement adaptée. Ce sont deux facultés distinctes." L'incompréhension face à l'autisme asperger est en partie lié à ce développement fragmenté avec des secteurs de surdouance et d'autres complètement atrophiés. "Il est brillant mais très immature" est un verdict souvent appliqué aux asperger. Le domaine des interactions sociales n'est en effet pas acquis de façon innée comme il peut l'être pour les non-autistes. Parfois cette discordance est si extrême que la personne est complètement murée en elle-même et qu'il lui faut une véritable "kinésithérapie du cerveau" pour qu'elle puisse s'ouvrir au monde et partager son univers intérieur le plus souvent très riche avec les autres. Mais encore faut-il diagnostiquer correctement la nature des troubles autistiques et proposer un traitement adapté. Or la France s'est fourvoyée dans une grille de lecture erronée en considérant l'autisme comme un trouble d'origine psychologique dont les parents seraient responsables. Par conséquent la prise en charge s'est avérée catastrophique avec une multitude de faux diagnostics, des parents livrés à eux-mêmes et culpabilisés et des enfants dont on ne savait pas quoi faire et qui ont passé des années enfermés à l'hôpital psychiatrique alors qu'ils n'avaient rien à y faire. La toute-puissance de la psychanalyse en France a été un facteur déterminant de cette déroute généralisée et explique encore aujourd'hui les réticences à admettre la validité des recherches américaines qui ont prouvé que l'autisme est d'origine biologique et s'explique par une construction et un fonctionnement du cerveau différent de la norme. Un cerveau qui n'aurait pas fait suffisamment le "tri" dans ses connexions neuronales et par conséquent est rapidement submergé par les stimulations sensorielles du monde extérieur tant elles lui parviennent amplifiées et dans leurs moindres détails. Pour un Asperger, le monde est une jungle pleine de bruit et de fureur qui le stresse intensément et dont il sort la plupart du temps épuisé. Quand aux relations avec les neurotypiques, elles sont empreintes de difficultés. Comme l'être humain se fie aux apparences et rejette ce qu'il ne connaît pas ou ne comprend pas, il prend la plupart du temps l'asperger pour un "triso" débile profond à cause de sa posture un peu raide, de son visage un peu figé, de ses yeux fuyants (le contact visuel comme physique est souvent compliqué), de ses stéréotypies comportementales qui l'aident à apaiser ses angoisses (se balancer, agiter les mains comme des ailes de papillon, se frapper les joues, aligner des objets, parler tout seul etc.) L'expérience de l'Asperger à l'école oscille entre la solitude et le harcèlement et à l'âge adulte, l'acquisition de l'autonomie, l'insertion professionnelle et la possibilité de fonder une famille sont autant de défis à relever. Enfin l'intérêt restreint de l'autiste asperger pour un domaine particulier dans lequel il excelle (dans le film c'est le piano et on rappelle de nombreux cas de musiciens ou de scientifiques célèbres qui avaient des traits autistiques marqués comme Glenn Gould et Albert Einstein) peut lui permettre d'atteindre la reconnaissance de ses pairs. Mais c'est aussi un problème car l'Asperger a tendance à s'y enfermer comme dans un bocal puisqu'il le maîtrise et donc s'y sent bien (d'où le goût de nombreux asperger pour le monde sous-marin et pour l'espace, l'un d'eux dit d'ailleurs qu'il se sent comme un "martien chez les neurotypiques"). Son hyper spécialisation dont il peut parler pendant des heures ennuie l'autre sans qu'il s'en rendre compte la plupart du temps.

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Dans ses yeux (El secreto de sus ojos)

Publié le par Rosalie210

Juan José Campanella (2009)

Dans ses yeux  (El secreto de sus ojos)


"Dans ses yeux" est du très grand cinéma. Un croisement improbable mais parfaitement réussi entre une histoire d'amour impossible traitée à la manière des mélodrames américains des années 50 comme ceux de Douglas SIRK (je pense particulièrement à "Le Temps d'aimer et le temps de mourir") (1958) ou de David LEAN ("Brève rencontre") (1945) et un thriller politique paranoïaque des années 1970 (mais traité avec un sens du spectaculaire beaucoup plus contemporain dont témoigne l'haletante scène du stade) comme "Conversation Secrète" (1974) de Francis Ford COPPOLA ou "Three days of the Condor" (1975) de Sydney POLLACK. Le tout est captivant de bout en bout, porté par un véritable souffle épique (on pense à David LEAN encore mais cette fois pour "Le Docteur Jivago) (1965)" et raconté de façon non linéaire, à l'aide de flashbacks jouant sur la frontière ténue entre mémoire et onirisme.

Il n'y a qu'une lettre de différence entre "Temo" ("j'ai peur") et "Teamo" ("je t'aime") et pourtant il faudra un quart de siècle à Benjamin Esposito (Ricardo DARÍN, magnifique) pour passer de l'un à l'autre en déclarant sa flamme à l'amour de sa vie, Irene Hastings (Soledad VILLAMIL tout aussi magnifique). De quoi a exactement peur Benjamin? Sans doute de ne pas être "à la hauteur" de la femme qu'il aime. Une femme plus jeune, d'un milieu plus élevé, qui a fait ses études à Harvard et qui est sa supérieure hiérarchique. Et tout est fait pour entretenir cette peur qui confine à l'impuissance. Cela commence par une vision d'horreur qui lui coupe… le souffle. Volontairement, ce beau film très tendre est traversé par des éclairs de violence particulièrement crus. Benjamin est ainsi hanté par la vision traumatisante du corps dénudé et meurtri du cadavre d'une femme violée et assassinée. Sur les photos que lui montre le mari de la victime, il remarque le regard en biais d'un jeune homme dirigé vers elle, Isidoro Gomez. Suivant son intuition*, il parvient à l'arrêter et Irène, à le confondre grâce à ce même regard lubrique et à un déchaînement de propos méprisants sur sa virilité qui le fait sortir de ses gonds. Pas de quoi rassurer Benjamin d'autant que face à son silence persistant, Irène est sur le point de se lier à un autre homme. Cependant, peut-être aurait-il réussi à surmonter ses complexes si Isidoro Gomez (Javier GODINO) n'avait été rapidement libéré pour passer au service du régime en tant que barbouze. Une dictature dont le hideux visage est dévoilé dès les premières scènes du film lorsque deux maçons sont passés à tabac par la police pour leur faire porter le chapeau du meurtre. Isidoro peut pavoiser en exhibant (de nouveau) son "gros flingue" sous le nez d'Irène et de Benjamin qui n'a plus d'autre choix que de partir de cacher dans un trou de souris, son adjoint, sorte de double alcoolique clownesque et pathétique s'étant fait liquider à sa place. Vingt-cinq ans plus tard, devant l'échec manifeste de sa vie marquée par son incapacité à aimer, Benjamin tente enfin de parler en couchant sur le papier toute l'histoire. Un acte thérapeutique destiné à le libérer du poids du passé alors qu'il découvre dans une sorte d'effet-miroir que les anciens protagonistes de l'enquête sont devenus des morts-vivants enfermés dans une boucle perpétuelle de silence et de ressentiment pire que la mort.

* Benjamin comme Isidoro Gomez et comme beaucoup d'hommes est pris au piège d'une vision duale de la femme totalement mortifère, celle de la "sainte putain" qui le condamne soit à l'idéaliser et à la rendre inaccessible soit à la profaner et à la détruire tant le désir masculin est systématiquement assimilé à quelque chose de blessant et de flétrissant. Les deux premières scènes du film se répondent ainsi parfaitement. En même temps qu'une critique en creux des années noires de l'Argentine, le film dépeint une crise de la virilité et du patriarcat.

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Le médecin de famille (Wakolda)

Publié le par Rosalie210

Lucia Puenzo (2013)

Le médecin de famille (Wakolda)

Le grand projet eugéniste des nazis n'incluait pas seulement l'extermination des juifs mais également l'amélioration de la "race aryenne" jusqu'à un idéal de perfection et de pureté censé faire d'eux des dieux sur terre. En attendant ce jour les "fils du soleil" comme ils ne surnommaient devaient vivre en exil, cachés sous de fausses identités après leur défaite en 1945. L'Argentine fut l'une des terres d'accueil de ces nazis en fuite parmi lesquels se trouvait le terrifiant médecin d'Auschwitz, Josef Mengele. Lucía PUENZO a imaginé un épisode fictif de sa vie dans un roman qu'elle a ensuite porté à l'écran. Bien que la mise en scène soit un peu trop illustrative, le film ne manque pas d'intérêt. La première scène où le prédateur observe sa future proie suscite le malaise, de même que celles qui montrent ses carnets de croquis et l'atelier de fabrication de poupées en série qu'il finance, reflet de ses obsessions morbides "d'hygiène raciale". En dépit de son attitude franchement autoritaire et intrusive, ni Lilith qui souffre du harcèlement qu'elle subit à l'école à cause de sa petite taille, ni sa mère (qui est d'origine allemande et a grandi sous le nazisme) ne se méfient de lui. Elles l'accueillent plutôt comme leur bienfaiteur et subissent son emprise. Seul le père Enzo voit tout de suite que le personnage est louche et tente dès lors de l'empêcher d'utiliser sa fille puis ses fils jumeaux nouveaux nés comme cobayes de ses expériences. En arrière-plan de la petite histoire, la grande s'écrit avec l'enlèvement d'Eichmann par le Mossad et la traque infructueuse de Mengele qui réussit à s'enfuir pour le Paraguay puis le Brésil.

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XXY

Publié le par Rosalie210

Lucia Puenzo (2007)

XXY

"XXY" est le premier long-métrage, sensible et délicat de Lucia Puenzo, réalisatrice et scénariste argentine dont le thème récurrent de sa courte filmographie est la relation entre l'humain et la génétique. Là où autrefois les monstres étaient des divertissements de foire, ils sont devenus les cobayes de la médecine qui définit la norme du sujet sain et peut aller jusqu'à violer les droits humains les plus élémentaires comme celui du respect de l'intégrité physique. Pour avoir refusé que leur enfant soit mutilé à la naissance pour entrer dans les cases binaires de la désignation sexuelle*, les parents d'Alex sont mis au ban de la société. Ils passent leur temps à déménager et tentent tant bien que mal de cacher l'hermaphrodisme d'Alex**. Mais celle-ci/celui-ci arrive à l'adolescence et se confronte à l'intolérance et à la violence alors que les parents continuent de subir des pressions sociales pour les inciter à faire opérer Alex. Difficile dans ces conditions de se construire et de chercher sereinement son identité. Alors qu'Alex provoque quitte à prendre ou à donner des coups, elle rencontre une sorte d'âme sœur en la personne d'Alvaro, un timide adolescent de son âge qui se cherche sexuellement et qui à cause de son caractère efféminé est rejeté par son père (lequel comme par hasard est celui qui veut opérer Alex). Mais leur relation est remplie de difficultés et ce qui en ressort est surtout de la douleur. Cependant Alex contrairement à Alvaro a ses parents pour alliés, surtout son père (joué par le génial Ricardo Darin). Celui-ci souffre en silence, serre les dents, explose de rage parfois contre ceux qui s'en prennent à son fils mais il cherche surtout à comprendre et à donner à son enfant la possibilité de choisir qui il veut être.

* Les opérations des enfants intersexués sont très fréquentes. En France en 2016, on les estimaient à 2000. En plus de cela, elles s'accompagnent d'un traitement hormonal qui doit être pris à vie pour correspondre aux canons du sexe qui a été assigné à la naissance par les médecins. Dans le film Alex décide de ne plus prendre les corticoïdes qui doivent l'empêcher de se masculiniser.

** Alex a la même forme d'hermaphrodisme (le syndrome de Klinefelter caractérisé par l'anomalie chromosomique XXY qui est aussi évocatrice d'une mutilation ou incomplétude) que celle qui est dépeinte dans le roman "Middlesex" de Jeffrey Eugénides (l'auteur de "Virgin Suicides" adapté par Sofia Coppola
). Elle est assignée enfant au genre féminin avant que l'adolescence ne révèle que ses caractères dominants sont masculins. Cet hermaphrodisme s'accompagne par ailleurs d'infertilité. Alex semble cependant plutôt attiré par les garçons alors que dans "Middlesex", Calliope est attiré par les filles. L'hermaphrodisme invalide totalement les assignations de genre binaires tout comme les stéréotypes sexués en démontrant qu'il existe un continuum entre les deux sexes et de multiples cas d'entre-deux.

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