Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La Cigarette

Publié le par Rosalie210

Germaine Dulac (1919)

La Cigarette


"La Cigarette" est un drame bourgeois mâtiné d'une atmosphère presque fantastique. En effet la jalousie paranoïaque de Pierre (Gabriel SIGNORET), le mari égyptologue (d'âge mûr) vis à vis de sa jeune femme Denise (Andrée BRABANT) dont le comportement lui paraît frivole semble influencée par les ondes négatives d'une momie à l'histoire assez semblable sur laquelle il travaille et qu'il a fait placer près de son bureau. L'autre intérêt majeur du film est qu'il effectue un travail sur la notion de subjectivité. Toute la première partie dans laquelle nous n'avons accès qu'au point de vue de Pierre est accablante pour Denise qui semble chercher toutes les occasions de s'amuser loin de son mari et près d'un beau jeune homme (Jules RAUCOURT) qui la courtise. Mais plus le film avance, plus c'est le point de vue de Denise qui s'impose et qui accable son mari, incapable de communiquer avec elle tant il est emmuré en lui-même et dans son travail. Denise s'avère attentive et aimante (elle lui expose d'ailleurs les raisons de son amour pour lui à la fin du film) et finalement, c'est par le biais d'une cigarette potentiellement porteuse de mort que le courant parvient enfin à passer entre eux et à chasser la momie, symbolisant le fait que Pierre choisit finalement la vie plutôt que la mort. Ces digressions presque expérimentales par rapport au drame bourgeois traditionnel portent la marque de la réalisatrice, Germaine DULAC même si ses oeuvres plus radicales étaient encore à venir.

Voir les commentaires

The Blot

Publié le par Rosalie210

Lois Weber (1921)

The Blot

"The Blot" est un excellent film de Lois WEBER qui illustre l'expression "proximité spatiale, distance sociale". En effet cohabitent dans le même cadre et dans la vie (par des liens amicaux, amoureux, de voisinage ou de maître-élève) des personnages au statut social très différent. Pour simplifier, l'histoire tourne autour d'un professeur et de sa famille, les Griggs qui vivent dans la gêne car le père est sous-payé pour le travail qu'il effectue. Les conséquences affectent aussi bien sa femme qui épie avec envie le confort matériel des voisins, les Olsen (des artisans prospères) que sa fille Amélia qui doit travailler pour compléter les revenus de son père. Avec un sens du détail visuel très pointu, Lois WEBER multiplie les gros plans sur des objets usés ou déchirés qui soulignent la pauvreté du foyer et le sentiment de honte qui en résulte. Elle se concentre en particulier sur la nourriture (une partie de l'intrigue tourne autour d'un poulet, une autre autour d'un thé) Elle fait également une fixation sur les chaussures comme symbole du statut social de celui qui les porte: celles, trouées de l'épouse Griggs, celles, ternes du pasteur qu'il fait briller avec de la graisse d'oie ce qui lui attire des ennuis avec le chat des Griggs, celles neuves et bien lustrées de Phil West (Louis CALHERN), le gosse de riche amoureux d'Amélia et ami du pasteur et enfin, le stock des Olsen dont le père est fabricant de chaussures si bien que même les bébés peuvent en porter. Cette manière de concrétiser la misère quotidienne et les sentiments qui l'accompagnent est l'aspect le plus remarquable du film.

Mais celui-ci n'est pas pour autant tout à fait réaliste. La chaussure est aussi en rapport avec le mythe de Cendrillon étant donné que Phil West se comporte comme un amoureux transi et un prince charmant avec Amélia alors qu'il s'agit par ailleurs d'un séducteur entouré par les femmes de son milieu. Cette situation est d'autant plus improbable que Amélia ne l'encourage guère. L'aspect conte de fée ne s'arrête pas là d'ailleurs. Progressivement au cours du film, ces personnages issus de milieux très différents et qui entretiennent des préjugés les uns à l'égard des autres vont être amenés à se rapprocher. Phil West le dandy oisif qui se moque ouvertement avec ses amis du père d'Amélia au début du film est tellement transformé par l'amitié et l'amour qu'il finit même par utiliser son réseau pour tenter de faire revaloriser le salaire des professeurs. Les Griggs et les Olsen finissent également par s'apprécier à leur juste valeur. La seule note un peu amère du film est liée au fait qu'Amélia choisit Phil West qui n'a aucun mal à éclipser ses deux rivaux, le pasteur et le fils Olsen sans lesquels cependant il ne serait pas parvenu à ses fins.

Voir les commentaires

L'été de Kikujiro (Kikujirō no natsu)

Publié le par Rosalie210

Takeshi Kitano (1999)

L'été de Kikujiro (Kikujirō no natsu)

"L'été de Kikujiro" est l'un des plus beaux films de Takeshi KITANO. L'un de ses plus personnels aussi. Il s'agit ni plus ni moins de sa version de "Le Kid / Le Gosse" (1921) de Charles CHAPLIN, cinéaste avec lequel il partage un solide sens du burlesque forgé sur les planches (puis pour "Beat Takeshi", à la TV) mais aussi une histoire familiale traumatique qu'il répare dans un film thérapeutique où il va en quelque sorte chercher en lui l'enfant qu'il a été pour lui offrir le père qu'il n'a jamais eu. Le titre et l'affiche parlent d'eux-mêmes. On y voit un petit garçon au premier plan si bien que l'on croit que "Kikujiro" c'est lui. Or il s'appelle Masao et Kikujiro est en fait le nom du personnage interprété par Takeshi KITANO que l'on voit en arrière-plan et c'est aussi le prénom du père du cinéaste. L'aspect autobiographique du film est renforcé par le fait que Kikujiro (le vrai et son double de fiction) sont d'anciens yakuzas. Dans le film ce n'est jamais dit explicitement mais cela est révélé par l'énorme tatouage que Kikujiro porte dans le dos (un signe distinctif des yakuzas). De plus, Kikujiro est un joueur compulsif (comme l'était le père de Kitano) qui a les plus grandes difficultés à s'occuper du gamin qu'on lui fourre entre les pattes. Car lui-même se comporte en irresponsable, son impulsivité n'ayant d'égale que sa grossièreté et son amoralité. Leur périple pour retrouver la mère de Masao se transforme en un road-movie déjanté où chaque étape, chaque galère est le prétexte d'un gag remarquablement mis en scène. Démuni matériellement, Kikujiro utilise le système D (pour ne pas dire l'escroquerie) pour se déplacer, manger ou se loger avec une spontanéité presque enfantine qui fait de lui le double de Masao. Comme dans le film de Charles CHAPLIN, le jeu et la survie ne font qu'un. Chaque séquence est le prétexte d'un gag burlesque où le sens du cadrage et de l'ellipse de Kitano font merveille. Pour ne citer qu'un exemple, Kikujiro a l'idée de crever les pneus d'un véhicule pour entrer en contact avec son propriétaire, l'aider à le réparer et se faire prendre en stop. Mais voilà que tout en échafaudant à haute voix son plan, penché sur le véhicule, il ne voit pas Masao se figer et le cadre s'élargir, révélant la présence du propriétaire de la camionnette à sa gauche.

Mais le film n'est pas qu'humoristique, il est sous-tendu par une poignante mélancolie. Masao est un orphelin qui voit ses amis partir en vacances en famille pendant que lui reste à quai. Exclu des vacances et exclu de la famille. C'est (inconsciemment) pour lui offrir une réparation (et une seconde chance pour lui-même) que Kikujiro s'embarque avec lui dans ce qui s'apparente à une quête initiatique. En effet il ressort métamorphosé de cette expérience. La séquence où ils retrouvent la mère de Masao est un moment de basculement où Kikujiro l'homme-enfant et le voyou mal dégrossi devient Kikujiro le père responsable. A partir de ce moment, il réoriente ses actions frauduleuses de façon à protéger l'enfant et l'empêcher ainsi de sombrer dans le désespoir. Ce faisant il devient son ange gardien, lui offre une vraie enfance (la séquence du camping avec des complices est un beau moment de tendresse et de jeux partagés) et par un effet miroir, se remet en contact avec sa propre histoire familiale. L'attachement entre Masao et Kikujiro se renforce au point de rompre quelque peu l'inexpressivité caractéristique des visages filmés dans le cinéma de Takeshi KITANO, le masque de théâtre cédant la place à la comédie humaine. "L'été de Kikujiro" est un film qui donne les clés des ruptures de ton si caractéristiques du cinéma de Takeshi KITANO, un cinéma où cohabitent l'enfant et le gangster, des images naïves et une violence graphique souvent brutale. La musique de Joe HISAISHI est une nouvelle fois (après "Hana-Bi" (1996)) particulièrement inspirée.

Voir les commentaires

Capitaines d'Avril (Capitães de Abril)

Publié le par Rosalie210

Maria de Medeiros (2000)

Capitaines d'Avril (Capitães de Abril)

Le premier film de Maria de MEDEIROS est une reconstitution de la révolution des œillets du 25 avril 1974 au Portugal en forme d'hommage à ses principaux acteurs, les fameux "capitaines" du titre. La révolution a en effet été initiée par de jeunes officiers traumatisés par leur expérience des guerres coloniales en Afrique. L'Empire était un des piliers idéologiques de la dictature de Salazar (remplacé en 1968 par Caetano) qui s'épuisait à vouloir le conserver au prix de guerres sans issues, théâtres de terribles massacres de civils. Pour le jeune portugais qui souhaitait échapper à la conscription, il n'y avait qu'un seul choix possible: émigrer en France (ce qui est évoqué dans la scène d'ouverture où la fiancée du jeune soldat le supplie d'émigrer avec elle). C'est donc l'énergie du désespoir qui a poussé ces jeunes officiers à se révolter contre leur absence de perspectives d'avenir et contre leur instrumentalisation par un Etat criminel. Le film suggère que leur volonté de mener une révolution pacifique (la fleur au bout du fusil) émane d'un profond sentiment de culpabilité et du désir de se racheter. Une révolution qui n'aurait cependant été qu'un coup d'Etat (ce n'était d'ailleurs pas la première tentative) si la population civile n'était pas descendue dans la rue pour soutenir les militaires, exigeant notamment la libération de tous les prisonniers politiques. Les femmes en particulier jouent un rôle important et notamment les femmes de militaires. Maria de MEDEIROS joue ainsi Antonia, une enseignante dont le rôle semble avoir été déterminant dans l'engagement de son mari (Frédéric PIERROT).

Cependant le film de Maria de MEDEIROS en dépit de sa sincérité manque de maîtrise tant sur la forme que sur le fond si bien que l'ensemble paraît assez abstrait et confus. Le gouvernement semble se réduire à quelques hommes (Caetano, le frère d'Antonia qui est ministre, le chef de la police politique et une poignée de sbires), tout comme les militaires semblent assez peu nombreux alors que les différents acteurs du mouvement révolutionnaire (notamment le MFA et le général Spinola) sont mal caractérisés. Un peu plus de profondeur politique aurait été bienvenu afin de dépasser le niveau des belles mais naïves images d'Epinal.

Voir les commentaires

Gremlins

Publié le par Rosalie210

Joe Dante (1984)

Gremlins

"Gremlins", film culte ancré dans les années 80 (les décors de Kingston Falls ont été réutilisés pour Hill Valley dans "Retour vers le futur" (1985), les deux films ont d'ailleurs beaucoup de points communs) est le "Docteur Jekyll et M. Hyde" de l'Amérique. C'est en effet un film bicéphale qui porte la marque diamétralement opposée de ses deux auteurs: celle de Steven SPIELBERG le producteur (redoublée par le scénariste du film, Chris COLUMBUS) et celle de Joe DANTE le réalisateur. Steven SPIELBERG incarne les valeurs-refuge des USA c'est à dire un univers de conte et la célébration de la cellule familiale à travers les références à ses films cultes tels que "La Vie est belle" (1946) devenu le film de noël des américains. Comme dans le film de Frank CAPRA, l'histoire se déroule à noël dans une petite bourgade où tout le monde se connaît et a pour épicentre la chaleur d'un foyer familial où vient se rajouter une grosse peluche vivante à la voix d'ange, le mogwai Gizmo. Mais comme dans "La Vie est belle" (1946), les apparences sont trompeuses et la famille a du plomb dans l'aile. A la lutte du petit entrepreneur contre le Big Business vient se substituer la crise du début des années 80 avec dès le début une mère qui avec ses enfants mendie en vain un délai pour payer son loyer et un père inadapté qui bricole des objets inutiles et défectueux (une façon de railler l'American way of life) nanti d'un fils qui s'est substitué à lui pour faire vivre la famille mais dont la voiture ne marche pas sans parler de la fille dont il est amoureux pour qui noël rime avec taux de suicide maximal. Quant à la grosse peluche, force est de constater qu'entre des mains immatures, elle peut faire tourner le rêve en cauchemar. C'est ainsi que la vision spielbergienne ainsi nuancée peut harmonieusement se combiner avec celle du sale gosse Joe DANTE et sa bande "d'affreux, sales et méchants" (des animatroniques, technique typique de l'époque pour animer les créatures de SF) qui ont pour mission de pulvériser façon puzzle ^^ la vision par trop ripolinée de l'Amérique profonde heureuse, cette Amérique qui tremble devant une invasion étrangère fantasmée ("Gremlins" partage également avec "Retour vers le futur" (1985) une citation explicite du film "L'Invasion des profanateurs de sépultures" (1956) dont l'habillage SF transpose la psychose liée à la peur du communisme, peur qui était encore d'actualité dans les années 80, la guerre froide n'étant pas encore terminée). Il y a donc aussi une satire grinçante dans "Gremlins" qui culmine avec le visionnage par les monstres de "Blanche Neige et les 7 Nains" (1937) (au vu de ce qui leur arrive après, on est pas loin de la séquence d'introduction de "Brazil" (1985) qui date de la même époque) mais aussi dans la cultissime et si drôle scène du bar ou encore celle de la cuisine où le symbole du foyer se transforme en film d'horreur façon "Massacre à la tronçonneuse" (1974). Les Gremlins sont l'inverse d'E.T., pour eux "Téléphone, maison" c'est "caca". Au final, c'est le cosmopolitisme rompu au dialogue et à l'adaptation qui juge l'Amérique WASP vivant sous cloche et son jugement est sans appel: c'est elle qui doit sortir de son cocon et grandir pour affronter ses responsabilités.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3