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Johnny English

Publié le par Rosalie210

Peter Howitt (2003)

Johnny English


En dépit de la prestation très drôle de l'excellent John MALKOVICH, du capital sympathie de Rowan ATKINSON et du talent de l'acteur qui joue Bough, Ben MILLER (que l'on retrouve avec plaisir dans le numéro 3, "Johnny English contre-attaque" (2018), ce premier "Johnny English" n'est pas une franche réussite. Trop poussif, trop statique avec des gags de niveau maternelle assez grossiers et des longueurs (tout ce qui tourne autour du personnage féminin joué par Natalie IMBRUGLIA est raté). Il n'en reste pas moins que Johnny English est un personnage attachant, un grand enfant bien servi par la bouille attendrissante de Rowan ATKINSON. Sa bêtise et sa maladresse dynamitent allègrement les fondements des films du type James Bond. A savoir le virilisme fondé sur la maîtrise et la conquête. Johnny English est un incapable notoire bien qu'il affirme le contraire ce qui ajoute au ridicule ("j'ai la situation bien en main", "vous jouiez encore à la marelle à l'école que j'utilisais déjà ce matériel") et sa virilité lui joue de sales tours que ce soit le chargeur du pistolet qui tombe, ou une partie du canon ou encore sa cravate qui se prend dans un rail de sushis.

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Sportif par amour/Campus (College)

Publié le par Rosalie210

James W. Horne, Buster Keaton (1927)

Sportif par amour/Campus (College)

Même cornaqué de tous les côtés (budget, réalisation, sujet) par un studio et un producteur soucieux de rentabiliser ses futurs films après l'échec commercial du "Mécano de la Général", Buster KEATON parvient à imprimer sa personnalité à cette pâle copie de "Vive le sport !" (1925)" avec Harold LLOYD sorti deux ans auparavant et qui avait été extrêmement bankable.

"Collège" distille un grand malaise dès ses premières images. On y voit exposé un système dans lequel Buster KEATON ne trouve jamais sa place. La métaphore du costume mouillé devenu trop étroit est éloquente du mal-être du personnage (et de l'acteur) dans un système qui n'a pas été conçu par et pour sa personnalité artistique mais pour faire de l'argent. Si bien que par la suite Buster KEATON dynamite les scénettes dans lesquelles il est impliqué. Il y a une profonde ironie dans le fait qu'en dépit de l'application à la lettre des vieilles recettes américaines ("tu peux y arriver si tu essayes plus fort") il échoue dans tout ce qu'il entreprend. Non le sport en soi (Buster KEATON était un athlète accompli et nous fait une grande démonstration de ses talents à la fin du film quand il est enfin libre de ses mouvements) mais de ce qu'il y a de contraint dans le cadre universitaire: la normativité, les codes sociaux, la soumission à la collectivité. Il échoue dès qu'il doit faire corps avec un groupe et en appliquer les règles, assimiler les gestes techniques d'une discipline bref abdiquer sa singularité. Pas seulement dans le sport d'ailleurs mais aussi dans le monde du travail (excellente scène du bar à cocktails) et enfin dans l'institution du mariage dont Buster KEATON a une vision très noire, les dernières images du film en témoignent.

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Coraline

Publié le par Rosalie210

Henry Selick (2009)

Coraline
Coraline

La beauté de "Coraline", l'ultime chef-d'œuvre à ce jour de Henry SELICK réside dans son caractère d'oeuvre artisanale dans une industrie envahie par l'image de synthèse déshumanisée. La première séquence -la fabrication d'une poupée de chiffon à partir des restes d'une autre poupée- en offre une mise en abyme saisissante. C'est aussi un conte adapté du roman de Neil Gaiman mais qui s'abreuve également à la source de tous les récits de petites filles qui découvrent une interface ouvrant vers un autre monde: Alice et le wonderland, Wendy et le neverland, Dorothy et Oz ou encore Lucy et Narnia et plus récemment Ofelia et le labyrinthe. En beaucoup plus sombre, Coraline lorgnant vers le récit d'épouvante avec des métamorphoses/déformations angoissantes, des griffes acérées à la "Edward aux mains d argent" (1990) ou "Les Griffes de la nuit" (1984), des boutons noirs cousus à la place des yeux, un tunnel vortex à l'apparence organique. Il est d'ailleurs déconseillé aux plus jeunes.

Coraline est en effet un conte vénéneux sur l'identité et la dualité. L'héroïne s'appelle Coraline mais ses voisins la prénomment tous Caroline. La poupée à son effigie symbolise l'emprise de la sorcière qui elle-même a revêtu l'apparence de sa mère. Et de l'autre côté du tunnel qui se trouve derrière la porte il y a un monde parallèle au sien, un monde identique mais en plus beau, riche, grand, tournant autour d'elle et de ses désirs. Mais ce monde trop beau pour être vrai est un piège constitué de pantins-clones aux yeux cousus et de fleurs carnivores. Le sourire tordu de l'autre mère et celui, forcé par des points de suture de l'autre Wybie, l'utilisation de courtes focales et de séquences oniriques délirantes comme on peut en trouver chez Terry Gilliam* font basculer la féérie dans le cauchemar. Seule Coraline et le chat noir qui l'accompagne parviennent à conserver leur singularité. Coraline restitue même leurs yeux, c'est à dire leur âme à trois enfants qui en avaient étés dépossédés par la sorcière sur fond de ciel étoilé à la Van Gogh. Un moment de pure grâce.

* Je pense en particulier à la séquence complètement déjantée du trapèze. Dans la réalité déjà décalée, l'appartement situé au-dessous de celui de Coraline est occupé par deux vieilles femmes, Spink et Forcible issues du monde du spectacle et qui empaillent leurs fox-terriers, tous identiques, lorsqu'ils meurent en leur cousant en plus des ailes dans le dos. Dans la réalité alternative où le délire est poussé à l'extrême, les chiens reprennent vie et forment le public d'un théâtre où les deux femmes se produisent. L'une prend l'apparence d'une énorme sirène et l'autre d'une version fellinienne de la Vénus de Botticelli. Toutes deux déclament "Hamlet" de Shakespeare avant que tout ne se dézingue et que les corps difformes ne s'avèrent être que des costumes à l'intérieur desquels se cachent deux sylphides faisant du trapèze (Spink et Forcible jeunes?)

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L'étrange noël de M. Jack (The Nightmare Before Christmas)

Publié le par Rosalie210

Henry Selick (1993)

L'étrange noël de M. Jack (The Nightmare Before Christmas)


La genèse de ce chef-d'œuvre de l'animation est le reflet de son intrigue. Il y est en effet question de cases, de marginalité et de normalité et au final de mélange des genres.

L'ouverture du film montre des cases ou plutôt des portes dans des arbres. Chacune ouvre sur une fête différente. Mais Halloween et Noël sont-elles réellement à l'opposé l'une de l'autre? La réponse du film jette la confusion. Halloween est joyeusement macabre grâce à l'animation d'esprits et de monstres plein de ressources, d'énergie et de vitalité alors que Noël est triste sous un maquillage festif. Elle se réduit à une succession de pièces vides que l'on remplit avec des objets "politiquement corrects". Il faut dire que son maître est lui-même un pur produit de consommation (issu d'une publicité pour Coca-Cola, faut-il le rappeler ?)

La manière dont Jack Skellington va secouer la torpeur de ces noëls convenus ressemble à s'y méprendre à celle de Tim BURTON employé au sein des studios Disney au début des années 80. Ceux-ci sont alors en panne de créativité et leur vision du monde bien-pensante leur fait rejeter tout ce qui est différent. Pourtant c'est de cette différence que pourrait venir leur revitalisation. Ils refusent donc d'assumer le décalage burtonien qui s'en va alors prouver son talent sous d'autres cieux. Mais le poème écrit par Tim BURTON qui est à la base de "L'étrange Noël de monsieur Jack" reste la propriété de Disney. Burton et le studio se retrouvent donc 10 ans après pour réaliser ce projet, le premier ayant acquis une notoriété suffisante pour crédibiliser l'entreprise et le second ayant un nouveau directeur plus éclairé, Michael Eisner . Néanmoins avant de devenir le 41° long-métrage du studio et de trôner dans ses parcs à thèmes à chaque Halloween, il lui faudra passer par la filiale Touchstone, l'image du film étant décidément trop décalée avec le style bonbonnière habituel de Disney. Tim BURTON a réussi au bout du compte à casser les codes et à faire accepter à l'Amérique son côté sombre (comme avec les films Batman) et ambivalent ce qui n'est pas une mince affaire dans un pays marqué par un mode de pensée manichéen qui veut maîtriser le monde en collant des étiquettes à chacun.

La réussite totale du film n'est cependant pas seulement due à Tim BURTON. Il s'est appuyé autant par manque de temps que de savoir-faire sur Henry SELICK, un spécialiste de l'animation en stop-motion qui n'avait pas eu droit aux honneurs d'un long-métrage depuis des décennies. Le succès du film ouvre la porte à d'autres longs-métrages de ce type qu'ils soient réalisés par Tim BURTON, Henry SELICK ou d'autres (Wes ANDERSON, Nick PARK etc.) Et la musique de Danny ELFMAN est tout simplement exceptionnelle. Les chansons envahissantes des films Disney sont la plupart du temps convenues et superflues. Ici elles font corps avec la narration et la mise en scène, contribuant à leur lisibilité et à leur dynamisme.

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Cendrillon (Cinderella)

Publié le par Rosalie210

James Kirkwood Sr. (1914)

Cendrillon (Cinderella)

"Cinderella" est l'une des illustrations de l'influence de l'Europe sur l'Amérique personnifiée par sa petite fiancée d'alors alias l'actrice Mary PICKFORD. Certes il ne s'agit pas de la première adaptation cinématographique du conte de Charles Perrault mais c'est celle qui servira de modèle au film d'animation des studios Disney. De fait en dépit des limites de l'époque, le film dégage un certain charme grâce au charisme de sa star et à l'onirisme dans lequel il baigne. Cendrillon passe son temps moins à travailler qu'à rêver étendue sur l'herbe ou sur sa paillasse. Et elle rêve à quoi? A l'amour bien sûr ! Cendrillon est l'un des exemples parmi les plus emblématiques du mythe du prince charmant, l'homme idéal rêvé par les très jeunes filles et dont la venue leur permettra de s'accomplir dans les sociétés patriarcales. La famille de Cendrillon est pourtant matriarcale mais les modes de pensée de la belle-mère, des deux sœurs et de Cendrillon sont façonnées par le patriarcat. Ce sont des rivales qui cherchent à susciter le désir chez un homme en se parant des atouts de la séduction. Et si Cendrillon y parvient, c'est parce qu'elle a le profil idéal. La femme idéale selon le patriarcat se doit d'être belle pour flatter l'ego de l'homme et lui servir de trophée. Elle se doit d'être bonne c'est à dire dévouée afin de s'oublier pour se mettre au service des besoins de son seigneur et maître. Elle doit être douce, soumise, décorative et excellente maîtresse de maison. Tout est fait pour rendre ce modèle désirable et son revers (celui des demi-sœurs), repoussant. Il va sans dire que la relation qu'entretenait alors le réalisateur James KIRKWOOD avec Mary PICKFORD (un grand classique des rapports asymétriques hommes-femmes dans le monde du cinéma) s'inscrit parfaitement dans ce schéma.

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Fatty bistro (Out West)

Publié le par Rosalie210

Roscoe Arbuckle (1918)

Fatty bistro (Out West)

Roscoe ARBUCKLE s'échappe de Manhattan pour effectuer une virée à l'ouest. "Fatty bistro" est en effet une joyeuse parodie de western et c'est une nouveauté suffisante pour renouveler agréablement la série. Les plans de poursuite à distance depuis une ligne d'horizon avec des silhouettes en contre-jour se mouvant en accéléré dans le fond du plan sont l'une des originalités du film. Cet effet cartoon apparaissait déjà brièvement dans "Fatty chez lui (1917)" mais les grands espaces californiens permettent de les multiplier. Par ailleurs l'utilisation du train en marche comme source de gags est très keatonienne et on sent son influence dans cette partie du film.

En contrepoint, le saloon "de la dernière chance" devient le petit théâtre où Roscoe ARBUCKLE peut mettre en place la mécanique burlesque habituelle de ses films. Quelques gags sont hilarants comme le cheval qui titube après avoir ingéré de l'alcool, la trappe à cadavres et l'insensibilité de Wild Bill Hickup (Al St JOHN) qui continue à s'acharner sur Alice LAKE alors que Fatty lui fracasse des dizaines de bouteilles sur la tête. En revanche il ne supporte pas les chatouilles ce qui signe le caractère enfantin du film. Et ce bien qu'encore une fois, époque oblige, ni la femme (mère la morale puis proie sans défense) ni l'homme noir (que l'on fait "danser" à coups de pistolet) ne sont présentés à leur avantage.

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Fatty Docteur (Oh Doctor!)

Publié le par Rosalie210

Roscoe Arbuckle (1917)

Fatty Docteur (Oh Doctor!)

"Fatty docteur" est une comédie surprenante car en rupture avec celles qui précèdent ("Fatty Garçon boucher" (1917), "Fatty chez lui" (1917) et "La noce de Fatty" (1917)). Au lieu du gros bébé amateur de bagarres qui se sert de son commerce pour jouer avec la nourriture et détruire le décor et la bienséance, Fatty interprète le rôle d'un bourgeois respectable qui vient assister aux courses de chevaux avec sa famille. Certes il fait de l'œil à une vamp (Alice Mann) mais ses agissements restent somme toute très sages. Lorsqu'il découvre que cette femme veut l'escroquer avec son mari (Al St. JOHN), il se déguise en Keystone Cop (son ancien emploi) et réussit un doublé: arrêter les voleurs et empocher l'argent des paris. Buster KEATON occupe lui aussi un rôle à contre-emploi par rapport à ses trois premières collaborations avec Fatty. Il interprète le rôle de son fils, un gamin à l'âge indéterminé mais particulièrement bête et pleurnichard. A l'opposé du visage figé qu'il arborera dans la suite de sa carrière, il grimace ici à qui mieux mieux. Il effectue également une acrobatie spectaculaire avec une roulade arrière sur une table avant de se réceptionner dans un confortable fauteuil.

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La noce de Fatty (His Wedding Night)

Publié le par Rosalie210

Roscoe Arbuckle (1917)

La noce de Fatty (His Wedding Night)

"La noce de Fatty" est un court-métrage de Roscoe ARBUCKLE d'apparence très classique mais quand on creuse un peu, on réalise qu'il s'agit d'une comédie fondamentalement incorrecte qui ne passerait pas du tout aujourd'hui. On s'y moque tour à tour d'une afro-américaine (qui se retrouve avec une facture imprimée au dos de sa jupe "4 dollars l'once" comme au temps de l'esclavage) et d'un homme efféminé qui s'asperge de parfum, on endort une femme avec du chloroforme pour pouvoir la bécoter en toute impunité ou bien on l' étrangle et on la mord parce qu'elle refuse une proposition de mariage. Heureusement il y a Buster KEATON pour relever le niveau. Eméché, il se glisse dans la chambre puis dans les habits de la mariée avec une telle aisance qu'il finit par être pris pour elle (d'autant qu'il a la même taille et la même corpulence que Alice LAKE avec laquelle il partage une belle complicité à l'écran). Alors que Roscoe ARBUCKLE est à couteaux tirés avec Al St. JOHN pour obtenir la main de Alice LAKE, il n'est pas du tout jaloux de Buster KEATON avec lequel il est plutôt complice dès qu'il s'agit de débordement alcoolisé. Lorsque ce dernier se travestit puis est enlevé, la confusion devient telle qu'Al et lui-même manquent de peu l'épouser.

Ce court-métrage a un autre atout: ses nombreux gros plans qui permettent de bien saisir les expressions des protagonistes. On comprend pourquoi Al St. JOHN n'est pas passé à la postérité en dépit de son talent: il ne dégage aucun charisme alors que Buster KEATON et Roscoe ARBUCKLE rayonnent littéralement.

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Fatty chez lui (The Rough House)

Publié le par Rosalie210

Roscoe Arbuckle (1917)

Fatty chez lui (The Rough House)

A défaut d'un vrai scénario, "Fatty chez lui" se singularise par le talent burlesque du trio Roscoe ARBUCKLE, Buster KEATON et Al St. JOHN ainsi que l'inventivité des gags. Certes il y a beaucoup de slapstick dans la veine des comédies de la Keystone (auquel Roscoe ARBUCKLE rend hommage avec Buster KEATON et Al St. JOHN en Keystone cops) et l'essentiel du film consiste à détruire l'intérieur d'une maison (j'ose à peine imaginer l'état de la cuisine, du salon et de la chambre tels qu'ils apparaîtraient dans un film d'aujourd'hui en couleurs). Mais il y a aussi des idées originales promises à un bel avenir. Fatty environné d'étoiles animées préfigure les cartoons de la Warner Bros. De même, quelques plans de poursuite sont tournés avec les acteurs apparaissant en silhouette en arrière-plan. Et surtout on voit Fatty esquisser la danse des petits pains qui sera reprise une dizaine d'années plus tard par Charles CHAPLIN pour "La Ruée vers l'or" (1925). Quant à Buster KEATON s'il fait une démonstration de son art de la chute il n'a pas encore le visage complètement figé de ses futurs films.

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L'Armée des ombres

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Melville (1969)

L'Armée des ombres

1969 est une année charnière dans la représentation de la Résistance en France. Lorsque sort le film de Jean-Pierre MELVILLE, De Gaulle a démissionné depuis quatre mois. Or il avait contribué à construire dans l'après-guerre une mémoire officielle de réconciliation nationale selon laquelle une majorité de français avaient résisté aux allemands pendant la guerre. Des résistants célébrés comme des héros à l'image de Jean Moulin dont l'entrée au Panthéon en 1964 donna lieu à un célèbre discours d'André Malraux: "Entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé (…) Entre, avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle — nos frères dans l’ordre de la Nuit (…) Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France… "

Le film de Jean-Pierre MELVILLE ne remet pas fondamentalement en cause cette vision. De Gaulle est montré comme le chef unique de la Résistance (alors que le film se déroule avant l'unification de ses différents mouvements), "Saint Luc" (Paul MEURISSE) étant un substitut de Jean Moulin. D'autre part le seul personnage important que l'on peut croire collaborateur dans le film (joué par Serge REGGIANI) s'avère en réalité résistant, validant la thèse de l'historien Robert Aron du "double jeu" des pétainistes. Néanmoins il amorce un changement d'époque de par la vision démythificatrice et désenchantée qu'il donne de la Résistance. Une vision distanciée et fragmentée par le souvenir qui semble au fur et à mesure que le film avance se transformer en cauchemar ("Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bienvenus" est la phrase qui sert d'exergue au film). Les résistants sont montrés moins comme des héros que comme des morts en sursis voire des fantômes sortis d'outre tombe. L'aspect profondément carcéral et oppressant du film (lié aux décors, à la photographie glaciale, quasiment privée de couleurs, à la bande-son sinistre) donne au spectateur l'impression d'avoir basculé dans une dimension sépulcrale. Une impression renforcée par les personnages et l'interprétation des acteurs. Contrairement à ce que faisait Malraux dans son discours d'hommage à Jean Moulin, le spectateur ne peut s'identifier aux résistants du film. L'accès à leur intériorité nous est refusé car ils l'ont eux-mêmes verrouillée pour pouvoir s'adonner à leur activité. Cela fait d'eux des êtres froids, inexpressifs et interchangeables, inhumains, désincarnés et insensibles à l'exception des personnages joués par Jean-Pierre CASSEL et Simone SIGNORET. Mais c'est aussi leur refus d'abdiquer toute humanité qui en fera des proies faciles. D'autre part le quotidien des résistants est marqué par l'ennui entrecoupé de brefs moments de montée d'adrénaline. Ils attendent beaucoup, se cachent, fuient et se taisent. Et ils n'hésitent pas à tuer. Pas seulement le nazi ou le collaborateur mais aussi quiconque dans leur rang qui serait susceptible de les trahir. Le plus impitoyable de tous étant Gerbier (Lino VENTURA) dont le dévouement à l'organisation et la dévotion à la hiérarchie se rapproche des codes de la mafia japonaise: "Le mot “aimer” n’a de sens pour moi que s’il s’applique au patron". Rapprocher ainsi ces hommes de l'ombre du monde des gangsters avec des codes de film policier a quelque chose de passablement dérangeant.

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