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Les dames du bois de Boulogne

Publié le par Rosalie210

Robert Bresson (1945)

Les dames du bois de Boulogne

"Il n'y a pas d'amour Hélène, il n'y a que des preuves d'amour" dit Jacques (Jean Marchat) à son amie (Maria Casarès) rongée de doutes au début du film sur la réalité de l'amour que lui porte Jean (Paul Bernard). Jacques est une référence à l'œuvre dont le film est l'adaptation, "le mariage saugrenu", l'un des récits contenu dans Jacques le fataliste et son maître de Denis Diderot. Il s'agit de l'histoire de Mme de la Pommeraye qui délaissée par son amant le marquis des Arcis décide de se venger en oeuvrant secrètement à son mariage avec Mademoiselle d'Aisnon que sa mère a prostituée. Elle fait passer les deux femmes pour des dragons de vertu.

De ce conte moral du XVIII° siècle transposé dans le Paris contemporain, Bresson a tiré non un mélodrame mais un film dont la grandeur tragique et mystique n'a d'égale que la sobriété du jeu tout en retenue des acteurs allié au dépouillement des décors et de la mise en scène. Les conditions extrêmement difficiles du tournage en pleine guerre n'expliquent que partiellement cette économie de moyens. Bresson n'en est qu'à son deuxième film mais il est déjà extrêmement rigoureux, perfectionniste et exigeant. Il recherche l'épure, la sobriété, la simplicité. Tout le contraire de Maria Casarès à qui il impose une sorte de "vœu de silence" malgré sa résistance. Toute la frustration de la tragédienne brimée s'exprime dans une rage contenue qui donne une force extraordinaire à son personnage de femme-araignée perfide et cruelle qui emprisonne ses proies dans sa toile pour satisfaire sa rancune.

Là où Bresson se différencie franchement de Jacques le fataliste, c'est que son approche moraliste se double d'une approche religieuse (Diderot était athée) portée par le beau personnage d'Agnès (Elina Labourdette). En dépit des apparences qui lui sont défavorables (sa pauvreté, sa relation trouble avec une mère mi-maquerelle, mi-mère supérieure, son costume d'entraîneuse qui rappelle celui de Marlène Dietrich dans l'Ange Bleu), Agnès dès sa première apparition irradie d'innocence. Innocence liée à la référence à Molière dans son prénom, à son caractère entier et déterminé et à la joie authentique qu'elle exprime lorsqu'elle danse, toute en élan et en ouverture. Le film nous raconte son chemin de croix vers la rédemption, une rédemption qu'elle atteint dans une scène finale sublime, un véritable acte de grâce divine qui révèle à chacun ce qu'il est, profondément. Agnès auréolée de blanc, merveilleusement éclairée dans sa pureté retrouvée. Jean que la vengeance d'Hélène n'atteint que dans son vernis mondain, faisant éclater au grand jour ses sentiments véritables ("la vanité et l'amour sont incompatibles" disait déjà Madame de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses, une œuvre apparentée à celle-ci). Et enfin Hélène repliée dans sa noirceur, sa vanité et son amour-propre qui croyait tout contrôler et à qui la situation finit par échapper.

Jacques Demy aimera tellement ce film qu'il lui inventera une suite. Ce sera Lola, son premier film avec Elina Labourdette qui reprendra son rôle d'ancienne danseuse et Anouk Aimée en costume d'Ange Bleu, femme "de mauvaise vie" à la pureté éclatante.

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Charlot et Fatty font la bombe (The Rounders)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot et Fatty font la bombe (The Rounders)

The Rounders qui signifie "les ivrognes" ou "les débauchés" est l'une des meilleures comédies tournées à la Keystone par Chaplin. Elle servira de modèle à plusieurs œuvres futures. Si Roscoe Arbuckle et Chaplin avaient déjà tourné ensemble dans six courts-métrages, The Rounders est sans nul doute leur meilleure collaboration. Les deux comiques sont irrésistibles dans leurs numéros d'ivrognes poursuivis par des épouses acariâtres. On ne sait d'ailleurs qui plaindre le plus: les maris harcelés par leurs mégères ou les femmes flanquées de chiffes molles sauf quand il s'agit de leur piquer des sous pour aller à la taverne du coin. Roscoe Arbuckle rendit plus tard un hommage aussi ému que lucide à Chaplin: " J'ai toujours regretté de ne pas avoir été son partenaire dans un film plus long que ces bandes d'une bobine tournées si rapidement. C'est un artiste complet, de génie sans aucun doute, l'unique de notre époque et le seul dont on parlera encore dans un siècle."

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Lego Batman le film (The Lego Batman Movie)

Publié le par Rosalie210

Chris McKay (2017)

Lego Batman le film (The Lego Batman Movie)

Un dessin animé hystérique et épuisant qui use et abuse d'un gloubiboulga de références à la pop culture. Les personnages Batman ne suffisant pas à remplir le vide intersidéral de cette soupe abrutissante on a fait appel aux autres super-héros et aux méchants d'autres sagas cultes du catalogue Warner du Seigneur des Anneaux à Harry Potter, tout aussi peu et mal exploités. L'histoire est décousue, l'esthétique laide, la morale hyper-convenue. Quant à l'humour il oscille entre le caca-prout-prout et les clins d'œil parodiques à la Schrek (personnellement, je déteste ça). En dehors des geek ou des super fans de Batman qui collectionnent tous les opus de leur héros, s'abstenir y compris si on a des enfants. Voilà de quoi leur refiler la migraine (d'autant qu'ils ne comprendront pas les 3/4 des références).

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Charlot garde-malade (His New Profession)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot garde-malade (His New Profession)

Dès que Chaplin accède à la réalisation, son influence sur les productions de la Keystone se fait sentir. Hormis la séquence finale, le comique de ce court-métrage ne repose pas sur le slapstick mais sur les maladresses, les quiproquos et un bon sens du rythme (au montage notamment). Il aurait pu d'ailleurs s'intituler "tel est pris qui croyait prendre". Un jeune homme qui veut flirter en paix refile son oncle en fauteuil roulant à Charlot contre la promesse d'un salaire. Charlot finit par se servir du paralytique pour soutirer de l'argent à un mendiant qui est lui aussi en fauteuil roulant. Après s'être payé quelques verres, il chipe la copine du neveu. Quant à l'oncle, il manque par deux fois tomber à la mer.

Le tournage s'est déroulé en Californie sur la plage de Venice et à Ocean Park. C'est le premier film où l'on voit le Vagabond lire la National Police Gazette, un tabloïd notoire qui réapparaîtra dans des films ultérieurs.

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La scandaleuse de Berlin (A Foreign Affair)

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1948)

La scandaleuse de Berlin (A Foreign Affair)

La scandaleuse de Berlin, septième film de Wilder tourné entre 1947 et 1948 est un tournant dans la filmographie. Pour la première fois, il superpose avec brio plusieurs genres et plusieurs thèmes: la comédie vaudevillesque (le triangle amoureux), le documentaire naturaliste (la survie dans les ruines de Berlin qui fait penser à "Allemagne année 0" à cause de la crudité des plans), le récit initiatique (la métamorphose de Phoebe Frost), le choc des cultures (américaine et germanique), la satire grinçante de l'occupation américaine et de la dénazification (l'occasion de gags bien sentis), la tragédie sous-jacente (les ravages de la guerre d'anéantissement).

On a souvent comparé la Scandaleuse de Berlin à Ninotchka dont Billy Wilder écrivit le scénario. Phoebe Frost (jouée par Jean Arthur) peut en effet être considérée comme une cousine yankee de l'héroïne communiste d'Ernst Lubitsch. Psychorigide jusqu'au bout des ongles elle vient à Berlin en tant que dirigeante d'une délégation du Congrès américain. Son rôle est de surveiller et de regonfler si nécessaire le moral des troupes. Elle va découvrir une réalité aux antipodes de ses principes (marché noir, prostitution...) et qui va produire sur elle une vraie métamorphose. Deux personnages jouent un rôle essentiel dans cette transformation: le capitaine Pringle (John Lund), un homme un peu faible et veule dont elle tombe amoureuse. Et Erika von Schlütow, une chanteuse de cabaret jouée par une Marlene Dietrich impériale tout droit sortie de chez Sternberg. Erika est l'antithèse de Phoebe, une femme marquée, désabusée, qui renvoie l'américaine naïve à ses utopies de petite fille et met en échec ses préjugés. C'est une femme dont le seul principe est l'instinct de survie. Ex-maîtresse d'un nazi en fuite, elle s'est reconvertie dans les bras du capitaine Pringle en échange de faveurs matérielles. Pringle séduit Phoebe pour faire diversion puis tombe amoureux d'elle mais ne peut rompre avec Erika. Il est en effet manipulé par l'armée qui cherche ainsi à coincer Brigel, l'ancien amant nazi d'Erika. Lorsqu'elle le découvre, elle conserve une dignité inébranlable.

Marlene Dietrich était très réticente au départ à l'idée de jouer ce rôle mais elle avait confiance en la capacité de Wilder à la sublimer (comme il l'a fait plus tard pour Audrey Hepburn et Marylin Monroe). Aux dialogies ciselés, à l'interprétation remarquable et aux images chocs, il faut également rajouter le brio de la mise en scène. La scène où Phoebe, troublée par le capitaine essaye en vain de se protéger en utilisant (en vain) les casiers des fichiers comme obstacles entre elle et lui trouve en bel écho dans la scène finale où le capitaine un peu honteux de sa conduite essaye d'échapper cette-fois ci à une Phoebe énamourée en dressant des chaises entre lui et elle.

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Gloria

Publié le par Rosalie210

John Cassavetes (1980)

Gloria

Les puristes considèrent Gloria comme une œuvre bâtarde et à ce titre, la rejettent du "premier cercle" des œuvres de Cassavetes. En effet parce qu'il était aux abois après les échecs successifs de Meurtre d'un bookmaker chinois et Opening night, Cassavetes avait accepté un travail alimentaire: écrire un scénario de polar pour la MGM. Le projet étant tombé à l'eau, Cassavetes contacta la Columbia qui accepta de le produire avec Gena Rowlands comme actrice principale. Cassavetes prit alors la décision de réaliser le film qu'il qualifia par la suite "d'incident de parcours", confortant l'avis des puristes de son œuvre.

En réalité Gloria est une œuvre profondément originale. Sa beauté et son identité vient justement de ce qu'il lui a été reproché: sa bâtardise. Car Gloria est tout autant un polar, un thriller, un film de traque, une histoire d'amour, une radiographie des bas-fonds d'une ville. Une œuvre métissée qui parle de métissage. Le générique offre un magnifique condensé de l'ADN du film. Il s'agit de gros plans d'aquarelles de l'artiste afro-américain Romane Bearden qui défilent sur fond de musique hispanique. Ces aquarelles annoncent les trois thèmes majeurs du film: la ville (New-York), l'enfance (Gloria partage la vedette avec Phil, un enfant de 6 ans), le métissage.

Tout dans ce film n'est en effet que croisements et confrontations: enfant rêveur portoricain et femme réaliste WASP, débutant qui doit tout apprendre et professionnelle chevronnée, genre codifié (le polar/thriller) et relation humaine peu banale (une adoption réciproque qui se fait dans l'urgence et la douleur), vision prosaïque de New-York du point de vue des oubliés de l'American way of life et onirisme, ghettos lépreux et tenues vestimentaires Ungaro, film de commande devant obéir aux codes hollywoodien et liberté du réalisateur qui parvient à insuffler sa personnalité non conformiste à l'intérieur de ce cadre. Le patronyme de Gloria "Swenson" est conçu comme un décalque dissonant du patronyme de la célèbre star du muet Gloria Swanson qui devint par la suite la star de Billy Wilder dans Boulevard du Crépuscule. Les deux films ont en commun la mise en pièce de l'usine à rêves. Ce n'est pas le New-York de carte postale que filme Cassavetes mais la réalité des quartiers pauvres livrés à eux-mêmes: bâtiments taudifiés, prostitution, insécurité, violence avec une atmosphère de guérilla urbaine.

Dans cette réalité cauchemardesque où la mafia traque sans relâche l'enfant qui a survécu au massacre de sa famille et celle qui le protège on assiste à un autre suspense beaucoup plus important aux yeux de Cassavetes. Celui de l'éclosion d'un sentiment d'amour aussi fort que âpre entre un enfant qui se donne des airs de petit dur et une héroïne pétrie de contradictions à la force de caractère peu commune. Gena Rowlands y insuffle tout son génie ce qui fait de Gloria l'un de ses rôles les plus mémorables. Avec sa détermination farouche, sa révolte et sa rage froide, elle affronte seule la mafia et impose ainsi le thriller au féminin. Au point d'avoir inspiré la plupart des femmes guerrières et vengeresses de Tarantino. Mais on retrouve également des influences dans d'autres films comme Léon de Luc Besson ou Julia d'Eric Zonca. Kurt Wimmer a également revendiqué l'influence de Gloria dans son film Ultraviolet. Et Sidney Lumet en a fait en remake en 1999 avec Sharon Stone.

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Charlot grande coquette (The Masquerader)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot grande coquette (The Masquerader)

Bien que le slapstick soit présent dans cette comédie (coups de pieds, lancer de briques, fin au fond d'un puits...), celle-ci offre une intrigue plus élaborée où se côtoient la mise en abyme et le travestissement. Chaplin interprète en effet... Chaplin devant les studios Keystone puis dans la loge où on le voit se maquiller et devenir le Vagabond en compagnie de Roscoe Fatty Arbuckle qui se prépare également pour sa scène. Un peu trop distrait par les jolies filles, Charlot rate son entrée puis gâche deux fois de suite le tournage. Il est renvoyé mais il a plus d'un tour dans son sac. Voilà qu'il revient travesti en ravissante jeune femme pour se faire réengager. Il en profite pour prendre sa revanche en se lançant dans un petit jeu de séduction avec le réalisateur (celui-là même qui l'avait renvoyé!)

The Masquerader est la deuxième des trois comédies où Chaplin apparaît travesti après Madame Charlot (A Busy Day) en mai 1914 et avant Mam'zelle Charlot (A Woman) pour la Essanay en 1915. Dans Madame Charlot, le travestissement était grossier et la femme interprétée par Chaplin était une mégère qui n'avait rien de séduisant. Dans the Masquerader comme dans Mam'zelle Charlot en revanche, le travestissement est tellement bluffant qu'il suscite le trouble tant Chaplin sait se muer en créature douce, féminine et séduisante.

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Liliom

Publié le par Rosalie210

Fritz Lang (1934)

Liliom

Quatre ans après Frank Borzage, Fritz Lang adapte à son tour la pièce de théâtre du dramaturge hongrois Ferenc Molnar. Le film fait un peu figure d'OVNI dans sa carrière car c'est aussi le seul film qu'il a réalisé pendant son séjour en France après avoir fui l'Allemagne et avant qu'il ne rejoigne les Etats-Unis. L'influence du réalisme poétique français se fait d'ailleurs sentir, notamment sur le jeu des acteurs et les décors.

La version de Lang possède trois qualités principales. Tout d'abord l'interprétation de Charles Boyer est en tous points remarquable et donne beaucoup de charme, d'énergie et d'humanité à Liliom, ce voyou "irrécupérable" entouré d'anges gardiens prêts à tout pour le sauver de la damnation (Liliom signifie "dur à cuire" en magyar). Deuxième atout, le regard plus que critique que Lang porte sur la justice qu'elle soit terrestre ou divine (la deuxième étant montrée comme un clone de la première). Enfin le film bénéficie d'un sens du rythme qui fait que l'on ne s'ennuie jamais.

Le film de Lang est beaucoup plus connu des cinéphiles et du public que celui de Borzage. Il est sympathique, charmant, divertissant. Néanmoins il reste un film mineur dans sa filmographie car trop léger. La pièce d'origine est bien trop faible pour convaincre, surtout un spectateur d'aujourd'hui. Englué dans ce matériau de base, Lang n'a pas réussi à y imprimer suffisamment sa personnalité pour le transcender.

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Charlot artiste-peintre (The Face on the Bar Room Floor)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Charlot artiste-peintre (The Face on the Bar Room Floor)

Film dramatique passable, mauvais film comique tant les situations pathétiques prêtent peu à rire. Chaplin a voulu parodier la ballade The Face Upon the Floor de Hugh Antoine d'Arcy qui évoque un peintre autrefois prospère que sa bien-aimée Madeleine (Cecile Arnold) quitte pour un autre homme. Conséquence, il sombre dans le désespoir (et l'alcool). Mais Chaplin qui utilise un récit en flash-back n'a pas poussé la parodie assez loin. Le décalage entre ce qu'il raconte aux piliers de bars (qu'il était un grand artiste, que sa femme l'adorait etc.) et ce que l'on voit apparaître sur l'écran ne fonctionne pas bien. Les situations censées être comiques tombent alors à plat. Dommage car l'idée de départ était intéressante. Et on peut souligner l'audace de Chaplin qui expérimente de nouvelles façons d'essayer de faire rire à l'opposé des recettes stéréotypées de la Keystone.

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Fièvre printanière (Recreation)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1914)

Fièvre printanière (Recreation)

Un tout petit film à tous les sens du terme: sa durée (6 minutes) et ses ressorts comiques (un best-of des gags les plus éculés de la Keystone: coups de pied, gifles, lancer de briques, intervention des Keystone cops.) Chaplin ne s'est pas cassé la tête car Recreation (un titre en VO plus évocateur que celui de la VF) a été conçu pour accompagner un film éducatif, The Yosémite. Au moins la chute dans le lac finale offre une variante intéressante à celles que l'on a déjà pu voir: cette fois il n'y a pas de jaloux et tout le monde y passe, hommes et femmes.

A noter que la pellicule du film est partiellement dégradée. Les 2/3 des images du film sont de très mauvaise qualité.

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