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Downton Abbey

Publié le par Rosalie210

Michael Engler (2019)

Downton Abbey

Quatre ans après la fin de la sixième et dernière saison de la série britannique, Julian FELLOWES son auteur ajoute encore une pierre à l'édifice avec ce long-métrage de deux heures qui ressemble beaucoup aux épisodes de prestige "Christmas spécial" qui clôturaient chaque saison. L'intrigue se situe en 1927, environ un ou deux ans après les derniers événements de la saison 6 et tourne autour de la venue du couple royal ce qui provoque un branle-bas de combat du sous-sol jusqu'au plafond du château de Downton Abbey. La lutte qui se joue downstairs entre la domesticité snobinarde de Buckingham Palace et celle de Downton Abbey est très amusante. On retrouve avec bonheur les personnages attachants et hauts en couleur qui ont fait les beaux jours de la série de Carson, le majordome retraité ultra guindé qui reprend du service (Jim CARTER) à Thomas Barrow (Rob JAMES-COLLIER), son successeur qui doit vivre son homosexualité dans la clandestinité, celle-ci étant alors pénalisée en Angleterre. Upstairs, c'est comme toujours Lady Violet et son impériale interprète, Maggie SMITH qui se taille la part du lion, chacune de ses répliques ciselée par le talent d'écriture de Julian FELLOWES faisant mouche. A ses éternelles joutes avec Lady Isobel (Penelope WILTON) s'ajoutent celles qui l'opposent à sa cousine Lady Bagshaw (Imelda STAUNTON, épouse à la ville de Jim CARTER) qui gravite dans le cercle du couple royal. Lady Violet fait rire mais elle fait aussi pleurer lors d'une très belle scène finale avec sa petite-fille, Lady Mary (Michelle DOCKERY) dans laquelle elle évoque sans tabou sa fin prochaine et l'avenir du domaine.

Mais en dépit de ses qualités d'écriture et d'interprétation ainsi que la magnificence de ses décors et costumes, le discours du film, à l'image de l'évolution de la série est de plus en plus anecdotique et ouvertement réactionnaire. "Downton Abbey" (2010) a toujours fonctionné comme une utopie, celle de la négation de la lutte des classes par la recherche d'une harmonie dans la hiérarchie sociale. Cependant les trois premières saisons (dont je reste une inconditionnelle) analysaient de façon très fine les répercussions des évolutions politiques, économiques, sociales et culturelles sur son petit microcosme (révolutions industrielles, montée en puissance de la bourgeoisie et des classes moyennes, première guerre mondiale, indépendance irlandaise, émancipation des femmes etc.) Les trois saisons suivantes manquaient en revanche de substance, le départ d'acteurs emblématiques de la série n'ayant pas été compensé de façon satisfaisante. Le film quant à lui tourne carrément à la glorification de la monarchie et le désir de Julian FELLOWES d'éviter à tout prix les conflits (est-ce en raison du climat lié au Brexit?) transforme Tom Branson, l'ex-chauffeur républicain irlandais joué par Allen LEECH en chien de garde des altesses royales et de leurs intérêts. Qui sont aussi désormais les siens (on apprend à la fin qu'il va avoir son propre domaine, couronnement de son ascension sociale express). On croit halluciner lorsque sur ses conseils, la fille de sa Majesté décide de rester avec son imbuvable mari pour ne pas abîmer l'institution. Effrayant!

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