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Chambre avec vue (A Room with a view)

Publié le par Rosalie210

James Ivory (1985)

Chambre avec vue (A Room with a view)

Premier grand succès public et critique du trio magique et cosmopolite formé par James Ivory (réalisateur américain), Ruth Prawer Jhabvala (scénariste britannique) et Ismaël Marchant (producteur indien), "Chambre avec vue" est également leur première adaptation cinématographique du romancier britannique Edward Morgan Forster. Deux autres suivront: "Maurice" (ma préférée) en 1987 (mais sans Ruth Prawer Jhabvala) et "Retour à Howards End" en 1992. L'ensemble forme une trilogie remarquable à laquelle on peut rajouter un autre sommet, "Les Vestiges du jour" réalisé en 1993 d'après le roman de Kazuo Ishiguro.

Bien qu'un peu inégal dans son interprétation (Lucy et George joués respectivement par Helena Bonham Carter alors toute jeune et Julian Sands sont trop fades) et son scénario (la fin semble bâclée) , "Chambre avec vue" fait office de prélude à ce qui fait tout le prix de l'œuvre de ce cinéaste et lui permet d'échapper à l'académisme: le surgissement de la nature dans un milieu corseté qui la réprime avec violence. C'est de cette contradiction permanente que jaillit l'intérêt du film. Celui-ci oppose de manière assez évidente la sensualité et la passion latine au puritanisme anglais incarné par le snob et guindé Cecil Vyse (Daniel Day Lewis qui joue le parfait dandy proustien) et la prude vieille fille Charlotte Bartlett (Maggie Smith qui sait à merveille incarner les personnages collets montés). Mais contrairement à ce qui a été écrit ici et là, ni l'un ni l'autre ne sont caricaturaux. La sensualité de la bouche de Cecil/Daniel Day Lewis est en contradiction flagrante avec le reste de son apparence et trahit une sensualité refoulée (sans doute homosexuelle). Le comportement de Charlotte est rempli d'actes manqués, ses yeux sont mélancoliques et on apprend qu'elle a eu par le passé une aventure à laquelle elle n'a pas donné suite. Et ce qui vaut pour les personnages vaut aussi pour les situations. En Italie, Lucy est le témoin horrifié d'une rixe sanguinaire alors qu'en Angleterre, elle voit surgir des herbes hautes trois hommes nus sortant de l'eau dont son frère Freddy (Rupert Graves) et Georges. Cette scène très picturale a d'ailleurs valeur de manifeste tant les élans du corps des trois gaillards sont mis en valeur. Il est assez évident que ces scènes font surgir la vérité des désirs et des sentiments de Lucy, laquelle n'est pas prête à y faire face (elle tourne de l'œil ou interpose son ombrelle entre elle et la vision choquante). Avec une légèreté narquoise, les cartons qui parsèment le film et les dialogues insistent sur les mensonges qu'elle profère aux autres et à elle-même. Dommage que son évolution vers l'affirmation de soi soit si vite expédiée, il faudra attendre "Maurice" pour voir une version pleinement aboutie de ce cheminement vers la connaissance et l'affirmation de soi-même par le renversement des barrières sociales, culturelles et morales.

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