Piège de cristal (Die Hard)
John McTiernan (1988)
"Piège de cristal" n'est pas qu'un film d'action culte, c'est un must du genre, un film qui en 30 ans n'a pas pris une ride et dont les secrets n'ont jamais été percés par tous les copieurs qui ont tenté de reproduire la "recette". Mais ils ne sont pas allé plus loin que la surface de verre. Car comme le dit si bien Gilles Rolland dans sa critique du film sur le site "On Rembobine", "Si on regarde toujours le film aujourd'hui presque 30 ans après sa sortie, ce n'est pas uniquement pour entendre McClane balancer ses punchlines ("Now I have a machine gun ho-ho-ho", "Yippee-ki-yay, pauvre con !" etc.) les pieds en sang tandis qu'il dézingue les terroristes dans cette gigantesque tour de verre. C'est aussi parce qu'il reste à ce jour l'un des rares métrages du genre à proposer un vrai discours à étages."
Explorons quelques uns de ces étages qui ont fait la réussite du film:
- En premier lieu, il y a la maîtrise parfaite de l'espace-temps. L'utilisation brillante de l'unité de lieu et de temps, un rythme qui ne faiblit jamais et un suspense savamment entretenu. L'exploitation des différentes parties du bâtiment reflète l'intelligence d'un scénario dont les différents éléments s'imbriquent parfaitement et une efficacité visuelle qui permet au spectateur de capter l'essentiel.
- En deuxième lieu, il y a le héros ou plutôt l'anti-héros, un personnage vulnérable mais plein de ressources en rupture avec les montagnes de muscles invincibles qui étaient à la mode à l'époque. John McClane doit autant utiliser ses méninges que ses poings ou ses armes pour l'emporter seul contre tous tandis que son corps sans défense (il est en marcel et pieds nus) subit un vrai martyre. Il incarne le mâle américain en crise, celui dont la virilité est remise en cause par l'ambition professionnelle de sa femme Holly (Bonnie Bedelia) qui le dépasse en pouvoir et en prestige au point d'oser se faire un nom à elle. Bruce Willis est parfait dans un rôle à multiple facettes et d'autres réalisateurs sauront mettre en valeur également cette complexité que l'acteur porte en lui (comme Terry Gilliam, Robert Zemeckis, Wes Anderson...).
-John McClane est par ailleurs une sorte de Robin des bois qui défie les institutions et leurs huiles dont le film souligne à la fois l'incompétence, la brutalité de classe dominante et le cynisme. Le représentant de la police Dwayne Robinson veut écraser McClane comme une punaise et ordonne de "foncer dans le tas", le journaliste menace d'expulsion la gouvernante latino des McClane si elle ne le laisse pas entrer chez eux pour interviewer les enfants (ce qui donne des informations précieuses aux terroristes) et le représentant du FBI, Johnson menace un employé de licenciement s'il ne coupe pas le courant de l'immeuble (ce qui facilite l'accès des terroristes au coffre-fort). D'autre part en préparant l'assaut sur le toit, il se croit revenu en pleine guerre du Vietnam et ajoute "on descend les terroristes et on perd 25% des otages maximum". Mc Clane les résume tous parfaitement lorsqu'il les traite de "machos imbéciles". Quant aux terroristes, ils sont également brocardés pour leur appât du gain et leur stupide arrogance et particulièrement leur leader, Hans Gruber, campé de façon impériale par Alan Rickman. "Je suis un voleur exceptionnel et un kidnappeur à qui on parle poliment" dit-il à Holly qui a osé égratigner son orgueil en le traitant de "petit voleur" (quant au journaliste, elle lui mettra le poing dans la figure!)
- Le seul allié de McClane est un sergent noir (Reginald Veljohnson) qui le soutient psychologiquement de l'extérieur. Logiquement il se fait malmener par les représentants de la police et du FBI.
Et oui, un film d'action, ça peut aussi penser sans en avoir l'air. Et même sacrément bien! A l'image de son anti-héros va-nu-pieds que tout le monde méprise. A tort. Il y avait bien un Ghost dans la machine ho-ho-ho
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