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Sur la planche

Publié le par Rosalie210

Leïla Kilani (2011)

Sur la planche

C'est vraiment dommage, le sujet, d'une brûlante actualité, était en or. Mais il est gâché par un scénario paresseux qui ne va pas au-delà de son idée principale: celle d'un quatuor de jeunes ouvrières marocaines vivant à Tanger, petites esclaves de la mondialisation le jour, délinquantes revanchardes la nuit. Conséquence: des scènes répétitives qui donnent un sentiment d'immobilisme tout à fait en opposition avec la bougeotte supposée des héroïnes. Un défaut encore aggravé par une mise en scène maniériste insupportable. La réalisatrice lorgne clairement du côté des frères Dardenne et de Cassavetes: gros plans permanents qui ne permettent pas de voir au-delà des visages des jeunes filles, caméra à l'épaule "virevoltante" sensée insuffler du dynamisme... Elle a juste oublié le petit plus qui fait toute la différence: le suspense moral des films des frères Dardenne, l'humanité bouleversante, la générosité des personnages (et acteurs) de Cassavetes. Les visages des actrices de "Sur la planche" ont la dureté de la pierre ou la froideur d'un masque. Ils prennent, ils revendiquent (Badia, le personnage principal "éructe" plus qu'elle ne parle et sa logorrhée prétentieuse et intellectualisante sonne faux au possible ) mais ils ne donnent rien. Bien entendu c'est la situation de survie des jeunes femmes qui explique cette insensibilité, cet amoralisme, cette indifférence au monde et à autrui. Mais c'est aussi un choix de la réalisatrice qui se complaît dans le sordide et le "no future" sans jamais en sortir (un choix d'autant plus contestable que la réalité est toujours plus complexe. Même dans les situations les plus extrêmes, certains n'ont pas abdiqué toute forme d'humanité et ont même survécu grâce à cela, donc il aurait été sans doute plus pertinent de s'ouvrir à une certaine diversité).

Le résultat est un film stérile, un film qui tourne en rond, un film qui semble interminable tant il suscite rapidement l'ennui. Et ce en dépit d'un aspect documentaire d'une pertinence réelle sur la zone franche de Tanger accueillant les usines textile délocalisées du Nord et son impact sur la société marocaine.

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