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Blade Runner

Publié le par Rosalie210

Ridley Scott (1982)

Blade Runner

La première réussite de Blade Runner, c'est l'œuvre dont elle s'inspire, le roman de SF Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? de Philip K. Dick sorti en 1966. Le film lui est d'ailleurs dédicacé, K. Dick ayant disparu peu avant sa sortie. Si le film par bien des aspects s'écarte du livre, il en conserve l'esprit. Dans les deux cas, nous sommes plongés dans une cité labyrinthique post-apocalyptique (San Francisco dans le livre, Los Angeles dans le film) où le vivant s'est considérablement raréfié à cause des radiations et de l'émigration sur d'autres planètes. Ceux qui restent sont des dégénérés isolés qui n'ont pas le droit d'émigrer (John R. Isidore dans le livre, J.H Sebastian dans le film) ou des gens qui comme Deckard ont choisi de rester en dépit de l'atmosphère inhospitalière. Ils font figure de derniers retranchés dans un monde qui se meurt. Le livre comme le film jouent beaucoup sur le brouillage des frontières entre le vivant et la réplique artificielle. Si la lutte contre la disparition de la faune naturelle est beaucoup plus développée dans le livre que dans le film, l'angoisse du remplacement des humains par des androïdes est au cœur des deux œuvres. D'où la mission quelque peu désespérée des Blade Runner: les empêcher de venir sur terre pour s'y infiltrer et se substituer à eux. D'autant que derrière cette mission se profile une autre question qui est l'interrogation sur ce qu'est l'humanité et quelle est sa différence avec des androïdes (réplicants dans le film) dont le degré de perfectionnement oblige pour les distinguer à faire des tests sophistiqués sur les capacités d'empathie mesurables par l'élévation de la température de la peau ou la dilatation de l'iris. Le film va d'ailleurs encore beaucoup plus loin que le livre qui maintenait une différence ontologique entre humains et androïdes et empêchait l'empathie d'advenir entre eux. Le comportement de Deckart dans le film (Harrison Ford dans l'un de ses meilleurs rôles) est si désabusé et cynique, sa vie est si vide d'humanité qu'il n'est pas difficile de jeter le trouble sur sa véritable identité (au fil des remaniements du film, les doutes sur la véritable nature du Blade Runner n'ont d'ailleurs cessé de grandir). Par conséquent sa relation avec Rachel, l'androïde qui s'ignore et qui possède une mémoire implantée s'en trouve considérablement modifiée. Il n'est pas interdit de penser que Rachel est le double féminin de Deckart (la licorne de son rêve possiblement implanté?)

Outre ce scénario de grande qualité, l'autre atout majeur qui a fait de Blade Runner un film incontournable de l'histoire du cinéma est sa totale réussite visuelle qui continue de fasciner et d'inspirer les cinéastes plus de 30 ans après sa sortie. A mi chemin entre la démesure d'un décor à la Metropolis et l'atmosphère oppressante d'un film noir des années 40, Blade Runner impose comme une évidence la cohérence d'une architecture rétrofuturiste qui n'a rien d'évident, mélange de mégapole asiatique, de pyramides mayas, de puits pétroliers en feu, d'aquarium géants, d'immeubles de différentes époques. Cet empilement a pour but de montrer que dans une planète abandonnée on ne créé plus, on recycle au milieu des ordures. Mais son aspect hétéroclite est harmonisé par une atmosphère hypnotique incroyable se composant d'une dualité parfaitement équilibrée. D'un côté l'impression de baigner en permanence dans un cloaque nocturne et pluvieux, de l'autre d'être au ceour d'un ballet de lumières faites de néons, de spots publicitaires géants et de faisceaux trouant la nuit.

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