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Embrasse-moi idiot (Kiss me, Stupid)

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1964)

Embrasse-moi idiot (Kiss me, Stupid)

Les meilleures comédies de Wilder étaient fondées sur un équilibre entre l'audace de leur histoire et de certaines répliques/situations et une sensibilité humaniste qui finissait par emporter le morceau (Certains l'aiment chaud, Ariane, La Garçonnière). Rien de tel dans Embrasse-moi idiot qui est une satire féroce du rêve américain sans aucun compromis. C'est à la fois sa force et sa limite.

C'est une force car le film est un jeu de massacre brillant et jubilatoire sur le thème de l'arrivisme cher à Wilder. Pour décrocher un contrat avec Dino, un chanteur à succès obsédé sexuel de passage dans leur ville, deux compositeurs locaux Orville Spooner et Barbey Milsap imaginent un stratagème pour le retenir consistant à lui offrir l'épouse d' Orville pour une nuit. Comme Orville est un jaloux pathologique, le rôle de l'épouse est confié à une prostituée, Polly pendant que Zelda, la femme d'Orville est censée retourner chez ses parents. Mais à la suite d'une série de quiproquos les faux-semblants tombent et les deux femmes échangent vraiment leurs rôles. La première se prend à rêver à la vie d'une épouse respectable alors que la seconde en chaleur et frustrée par son odieux mari fait d'une pierre deux coups: elle se venge de son époux tout en le servant auprès de Dino. Après tout n'est-ce pas le rôle d'une épouse modèle? On comprend que l'amoralité totale de cette histoire qui égratigne la sacro-sainte famille américaine ait fait scandale et entraîné l'échec commercial du film. Et ce d'autant plus que le code Hays s'étant affaibli, Wilder peut aborder la sexualité et l'adultère de façon beaucoup plus frontale qu'avec 7 ans de réflexion auquel Embrasse-moi Idiot ressemble beaucoup. Les allusions sexuelles sont permanentes avec divers objets phalliques (cactus, bouteille, chandelles), le nom des lieux (Climax traduit en VF par "Jouy", Chaude-ville et vallée du paradis), et de savoureuses répliques à double sens dans la bouche de Dino: " Je mettrai la main à la pâte." "Elle me montrera son persil." etc. Dean Martin qui interprète Dino s'amuse beaucoup avec son image de crooner prédateur sexuel à qui il faut absolument son en-cas tous les soirs sinon il se réveille le matin avec la migraine!

Malgré toutes ces qualités, Embrasse-moi idiot est un film limité. Comme 7 ans de réflexion, c'est un vaudeville plus épicé certes mais tout aussi laid et vulgaire. Une laideur et une vulgarité assumées, nécessaires mais que rien ne vient contrebalancer. Laideur morale du mari douteux, mesquin, méchant, parano, hypocrite et intéressé (ne parlons même pas de son acolyte qui vendrait père et mère pour l'argent et la gloire). Vulgarité du chanteur hédoniste bouffi, crétin, animal, visqueux et de son regard sur la prostituée réduite à ses fesses et son décolleté plongeant. Les femmes sont nettement plus fines que leurs congénères cro-magnonesques. Kim Novak est sublime plastiquement et touche avec son beau visage mélancolique et Félicia Farr (l'épouse de Jack Lemmon à la ville) est mutine à souhait. Mais on est quand même pas loin du dégoût.

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